Dernière minute (24 août 2011) :

le document ''Rapport final de la Commission mondiale pour la Certification de l'éradication de la variole" (décembre 1979) qui a présidé à la proclamation officielle de cette éradication le 8 mai 1980 par l'Assemblée mondiale de la santé et qui était déclaré épuisé depuis moins d'un an est désormais en ligne :

http://whqlibdoc.who.int/publications/a41464_fre.pdf  

 IL existe aussi un gros document OMS sur les vaccins antivarioliques et le virus variolique (déc. 2010) :

http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.3_fre.pdf

On y lit que la variole a été vaincue par la vaccination ...

"La variole est la seule maladie humaine qui ait été éradiquée grâce à une campagne de vaccination à l’échelle mondiale. Cette réussite demeure l’un des grands triomphes de la science médicale. Le vaccin antivariolique, constitué de virus vivants de la vaccine, s’est révélé d’une très grande efficacité."

Il y a beaucoup à dire !!!

Grande Nouvelle !

L'OMS annonce :

"Les Archives du Programme d'Eradication de la Variole sont actuellement en cours de digitalisation et seront prochainement accessibles en ligne."

Et dans le rapport du secrétariat du 17 mars 2011 préparant la 64ième Assemblée mondiale de la santé on peut lire :

"Archives
9. Lors de sa douzième réunion, le Comité consultatif a également évoqué l’accès aux archives OMS du programme d’éradication de la variole et la conservation de ces dernières. Les documents papier ont été conservés et les archives scannées ont été placées dans une base de données spéciale. Il est prévu de les mettre à disposition sur l’Internet."

Il deviendrait ainsi possible de préciser les analyses et hypothèses formulées ici sur les vraies causes de l'éradication de la variole. Espérons...

Mes trois nouveaux articles sur le sujet :

Mon nouvel article sur l'éradication de la variole (26 septembre 2011) essaie d'étudier le rôle de la vaccination des contacts.

 

Et aussi mon article du 3 janvier 2012 "Les expérimentations animales imposent de reprendre notre plan variole"

Et encore mon article du 3 février 2012 "1974, l'année noire de la variole en Inde : la clé de l'énigme"

Fin de l'additif

Il est généralement  affirmé vigoureusement que la variole fut vaincue par la vaccination.

C’est très loin d’être vrai. On a voulu la vaincre par de vastes campagnes de vaccination qui se sont avérées être des échecs. Il fallut recourir à une stratégie bien différente qui consistait à pister le virus individu par individu ou plutôt par les filières de propagation. Comment ?

D’abord recherche active des malades en interrogeant la population et en montrant des affiches de varioleux.

Puis en isolant le plus tôt possible les malades de façon rigoureuse.

Puis en recherchant les personnes contacts, généralement celles qui s’étaient rendues au chevet du malade. On les surveillait et si leur température dépassait 38° on les isolait. La maladie ne devenant contagieuse qu’à la phase d’éruption les malades étaient ainsi isolés avant de devenir contagieux.

Ce fut la vraie clé de l’éradication de la variole.

Pour plus d’informations, d'analyses et de références à ce sujet voir mon article format PDF Eradication_de_la_Variole sur ce blog.

Il a aussi été publié dans une version légèrement différente : l'éradication de la variole [1].

Cette stratégie ne fut pas au départ le fruit de recherches approfondies mais fut constatée fortuitement à la suite d’une pénurie de vaccins : une équipe de vaccinateurs était en place en Afrique pour mener des campagnes de vaccination contre la variole quand elle fut appelée dans une région où sévissait une épidémie. Elle disposait de très peu de vaccins, environ 2000 pour 250000 personnes. Le chef d’équipe, le Dr William Foege, décida alors de palier à la pénurie en isolant les malades et en faisant de la surveillance au lieu de passer partout pour vacciner. Quand les doses de vaccins arrivèrent il n’y avait plus de variole.

Le Dr Foege en parla à un épidémiologiste du CDC d’Atlanta, Donald Henderson qui en parla à l’OMS. C’est ainsi que naquit la stratégie dite de surveillance-endiguement qui a permis à Henderson d’être considéré comme étant celui qui avait vaincu la variole.

On pourra trouver cette histoire dans l'ouvrage de Jean-François Saluzzo -le Monsieurs Vaccins de Sanofi- "La guerre contre les virus" chez PLON  2002  page 33. S'il a mentionné l'isolement des malades il a cependant oublié de mentionner la recherche des contacts par des critères pertinents ainsi que la surveillance de leur température et leur isolement dès qu'elle dépassait 38°, soit avant qu'ils ne deviennent contagieux, préférant insister sur leur vaccination alors que l'efficacité de celle-ci  "à chaud" est très discutable dans de telles conditions. Voici un bref passage (pour ne pas tomber sous le coup des copyright) :

"Foege ne possède que quelques milliers de doses, il n'est pas possible d'envisager une campagne de masse. Il a alors l'idée de limiter les vaccinations dans les quelques villages où des cas suspects ont été rapportés et d'isoler les malades. Son équipe visitera les différents villages de la région et, en présence d'un cas, ils vaccineront les sujets en contact. Par cette approche, Foege pense limiter l'extension de l'épidémie jusqu'à l'arrivée d'une importante quantité de vaccins qui lui permettra alors de compléter les vaccinations.

Cela ne sera pas nécessaire. cette approche donne des résultats surprenants : en quelques semaines l'épidémie est enrayée. "

On peut aussi lire un article de Patrick Berche, doyen de la faculté de médecine de Paris-Descartes (site de cette université) sur l'action menée par Foege en cette occasion. On constate qu'il ne fait aucune allusion à l'isolement des malades. Il parle seulement d'une vaccination en anneau formant ainsi un bouclier humain autour des cas pour empêcher la variole d'en sortir. Cependant, comme aucune vaccination n'est efficace à 100%, et tout particulièrement une telle vaccination pratiquée "à chaud "sur des personnes pouvant être en incubation ou contaminées peu après la vaccination, il y avait forcément des échecs c'est à dire des vaccinés qui faisaient la variole. S'ils n'avaient pas été isolés cela obligeait à leur courir après !

Non, la réussite de l'opération était obligatoirement liée à l'isolement des contacts.

D'ailleurs cette histoire de vaccination des contacts qui n'aurait été introduite que tardivement dans le programme d'éradication et après les échecs est à dormir debout : on a toujours vacciné les contacts ! Dès qu'un cas de variole était signalé quelque part les équipes de vaccination se précipitaient pour faire une large vaccination massive autour des cas, comme le dit le doyen Berche quand Foege se heurta en Inde aux autorités partisantes de la vaccination massive.

Pourquoi une vaccination plus légère autour des cas aurait été efficace alors que l'autre stratégie échouait ?

Bonne question ! La réponse est simple : les contacts qui tombaient malades étaient isolés !!!

Ou pourquoi, pour reprendre l'image relayée par Berche, quand on arrose toutes les maisons autour d'un incendie ça ne marche pas mais que ça va mieux si on n'en arrose que certaines ?

On peut aussi lire (en anglais) un article de W.H. Foege sur le site de l'OMS : "Retour sur l'éradication de la variole en Afrique Centrale et de l'Ouest" (Bulletin OMS Vol 16 - 1998 - pages 233-235 - résumé en français page 235)

[1] http://www.infovaccin.fr/l-eradication-de-la-variole.html

 

Additif 28 février 2011

Voici le lien vers un document OMS de très haut niveau faisant le point sur les recherches actuelles sur le virus de la variole et les vaccins. On y trouve en particulier ceci qui concerne le devenir des documents relatifs à l'éradication de la variole :

"21. Le Comité consultatif a été informé de questions relatives à la conservation des archives du programme d’éradication de la variole. Elles sont en mauvais état et les chercheurs y ont difficilement accès. Un programme a été lancé en vue de numériser tous les documents, ce qui permettra de faire des recherches plein texte et de restaurer les archives pour en assurer la pérennité. Le Comité, qui s’est félicité de cette démarche, a été informé qu’un projet similaire avait permis de numériser une documentation comparable recueillie par les Centers for Disease Control and Prevention."

C'est très important car le rapport de la Commission mondiale pour l'éradication mondiale de la variole, document qui a présidé à la proclamation officielle de l'éradication de la variole le 8 mai 1980, que je m'étais procuré et sur lequel je me suis appuyé pour analyser cette grande affaire de l'éradication de la variole* n'est plus disponible à l'OMS (déclaré épuisé en anglais et en français).

*Mon texte PDF sur ce blog, voir le lien ci-dessus 

A voir : un diaporama sur la variole (photos), les effets secondaires du vaccin (photos), les plans antiterroristes...Mais rien sur la recherche active des malades, leur isolement, la recherche active des contacts...

A voir aussi : "Programme d'éradication de la variole" sur le site de l'OMS avec des photos.

Le dernier cas de variole endémique, le somalien Ali Maow Maalin travaillait pour le programme local d'éradication et il avait donc été vacciné (mais pas avec succès, on s'en doutait !):

(Cliquer sur le document PDF du lien)


"Ali Maow Maalin was a 23-year-old cook at the Merca Hospital along the coast of southern Somalia when he became infected. He had volunteered for the local Smallpox Eradication Programme staff and had been immunized, but no one checked his vaccination site and his subsequent illness revealed that he must not have had a successful immunization and was not protected."



Ce n'était pas très sérieux d'envoyer ainsi au contact des varioleux des personnels sur le bras desquels il suffisait de jeter un coup d'œil pour savoir qu'ils n'étaient pas protégés par leur vaccination, du moins selon la norme en vigueur...

Je me doutais qu'il devait y avoir des personnels de santé du programme d'éradication qui avaient été atteints malgré la vaccination et je m'étonnais que le rapport de la Commission mondiale soit totalement muet à ce sujet. Je n'imaginais pas que le plus célèbre cas de variole de cette période  avait ces caractéristiques. Il est bien évidemment nommé par le rapport qui ne dit pas qu'il avait été vacciné ni qu'il était un volontaire du programme d'éradication. D'ailleurs la couverture du rapport montre une photo du virus de la variole prélevé sur Ali. Aujourd'hui il participe au programme d'éradication de la polio en Somalie et l'OMS lui avait fait l'honneur d'un communiqué (voir mon article "Eradication de la variole" déjà  indiqué plus haut).

J'avais vu un film à la télé montrant Ali sortant de sa case alors qu'il est atteint par la variole. Incapable de tenir debout, deux hommes le prennent par les épaules et les jambes pour le déposer dans un 4x4 qui démarre en trombe...

A lire aussi : la variole par Donald Henderson, document sur le site de l'OMS et rédigé en 1971, la date peut avoir son importance.

Polémique sur blogs : si vous voulez vous faire une idée de l'intensité de la polémique déclenchée sur certains sites importants (pour les dialogues entre internautes) par cette affaire de l'éradication de la variole allez lire cet échange sur Doctissimo (daté de mai 2010 à l'occasion du 30e anniversaire de l'éradication de la variole). Ce qui m'amuse beaucoup c'est qu'ils commentent avec une passion extrême des textes dont je suis à l'origine. Vous pouvez lire l'original en PDF sur ce blog. A aucun moment il n'a été question de soutenir que la variole aurait disparu alors qu'il n'y aurait pas eu de vaccinations comme l'animateur principal de Doctissimo pour les vaccinations tente de le faire croire afin de dénigrer  l'argumentation ! Non, il s'agit d'étudier le rôle qu'ont pu avoir les diverses vaccinations : massives, contacts, personnel de santé. Le débat, si on peut appeler cela un débat, est absolument navrant mais ça fait partie de l'ambiance  dans laquelle il faut se frayer un chemin ...

Quand même, une info intéressante donnée d'abord  par un internaute et reprise par l'animateur à propos de l'épidémie de Vannes en 1954 à la suite d'une importation :

"Le directeur départemental de la Santé qui, vacciné le 3 janvier 1955, contracta la maladie le 13 et mourut le 24 janvier"

ce que confirme l'animateur principal du blog :

"le Docteur Guy Grosse (1911-1955) médecin inspecteur principal de la DDASS du Morbihan, responsable de la lutte contre l'épidémie, est décédé de variole, le 24 janvier 1955 (cité à l'Ordre de la Nation, avec Légion d'Honneur à titre posthume)"

Cela confirme l'hypothèse avancée dans mon texte PDF que la vaccination pratiquée "à chaud" en période d'incubation pouvait aggraver la maladie ou la provoquer même chez une personne de nombreuses fois vaccinée auparavant. Un exemple de plus. Hypothèse étudiée dans mon nouvel article annoncé au début de celui-ci.

Epidémie de Vannes : voir le remarquable descriptif réalisé par un témoin.

On peut aussi lire, en anglais, à l'occasion du 30ième anniversaire de l'éradication, un article du Lancet par Sanjoy Battacharya :

"Reflections on the eradication of smallpox"

"The importance of the decision to direct field work on the identification and isolation of smallpox cases and the vaccination of contacts is undeniable; this was a revolutionary concept borne out of the necessity of working with finite vaccine stocks."

Ou encore un diaporama sur cette éradication, sur le site de l'OMS et par le même auteur

http://www.who.int/global_health_histories/seminars/presentation26.pdf