La Question des Vaccins

03 janvier 2012

L'expérimentation animale impose de revoir notre plan variole


Plusieurs études conduites sur des animaux ont montré l'inefficacité du vaccin antivariolique utilisé au cours de la campagne d'éradication lorsque ces animaux avaient été contaminés peu de temps auparavant ou même un peu après et alors que ce vaccin se montre très efficace quand il est utilisé dans des conditions normales, c'est à dire un délai suffisant entre la vaccination et la dose d'épreuve. Une de ces études a même mis en évidence que cette vaccination réalisée à proximité de la contamination pourrait aggraver la variole.

Comme le proposent certains auteurs de ces études il faut très sérieusement envisager de modifier les plans variole en y remplaçant la vaccination des contacts constatée inefficace par des antiviraux ou des injections d'anticorps.

Chemin faisant, ces constatations expérimentales devraient conduire à réexaminer le rôle qu'a pu avoir la vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication et même auparavant. Et aussi la compétence et le rôle de l'expertise nationale et mondiale (OMS) qui n'ont pas su voir – ou voulu voir - cette absence d'efficacité à partir des très nombreux rapports de terrain et des multiples flambées de variole qui se produisirent tout au long de la campagne d'éradication.

J'ai d'ailleurs déjà écrit un article sur cette aspect des choses [9]. Le moins qu'on puisse dire est que les résultats de ces expérimentations animales n'infirment pas, bien au contraire, les conclusions auxquelles j'étais parvenu. Je précise que j'ignorais ces résultats expérimentaux au moment de la rédaction de cet article. 

La vaccination  après exposition aussi nommée ''vaccination des contacts'' prend aujourd'hui toute son importance en raison non seulement du risque bioterroriste, qui parait limité pour la variole, mais surtout en raison de cas humains de la variole dite du singe bien qu'elle soit propagée par des rongeurs. En pareils cas et par le fait que les populations ne sont plus immunisées contre les virus de la variole, il devient essentiel de rechercher une protection  après exposition. C'est pourquoi il est très important de savoir ce que vaut réellement cette vaccination. 



Les documents

Trois documents ont été publiés sur le site de l'OMS en décembre 2010 sur les recherches menées sur le virus de la variole entre 1999 et 2010 :

1- Le premier a été rédigé par les chercheurs eux-mêmes [1]

2- Le second est un rapport d'un comité d'experts indépendants sur ces recherches [2]

3- Le troisième est un rapport du comité consultatif de l'OMS sur ces recherches [3].

Ce dernier rapport n'hésite pas à remettre en cause l'efficacité de la vaccination antivariolique sur les contacts telle qu'elle était affirmée dans la mouvance de la grande campagne d'éradication de la variole.

En effet, page 38 on peut lire :

« Importance pour la santé publique

Le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d’une façon ou d’une autre la variole réémergeait. Le fait de disposer de médicaments contre la variole présenterait des avantages importants au cours d’une flambée, en permettant d’administrer un traitement après exposition.

Une étude effectuée par Stittelaar et al., publiée dans Nature le 11 décembre 2005, décrivait une infection intratrachéale létale par l’orthopoxvirus simien et démontrait que le traitement par un antiviral au moment de l’infection était protecteur, tandis que la vaccination ne l’était pas »

Ce Comité consultatif constitué par l'OMS pour examiner ces recherches porte alors l'appréciation suivante :

« Ces résultats semblent remettre en question les données limitées, rassemblées pendant la phase d’éradication de la variole, relatives à l’efficacité de la vaccination administrée jusqu’à 4 jours après l’exposition pour prévenir la maladie. »


Le seul fait d'envisager, de la part d'un tel comité, de remettre en cause l'affirmation maintes fois martelée de l'efficacité de la vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication est déjà énorme, et même presque surréaliste, en tout cas totalement inattendu. 

J'ai pu trouver le résumé de l'étude  * [4]. Il y est reconnu que si la vaccination préventive est bien documentée, on sait peu de choses sur l'efficacité de la vaccination antivariolique quand elle est utilisée après exposition au virus de la variole (vaccination des contacts).

* L'accès à l'étude complète est payant. J'ai reproduit le résumé   en anglais en annexe IV.

Malgré cette indigence de résultats et de données il a souvent été affirmé avec beaucoup de certitude par l'OMS ou par son directeur du programme d'éradication de la variole Donald Henderson et consciencieusement répété par beaucoup d'autres, que cette vaccination était très efficace quand elle était administrée dans les 3-4 jours qui suivaient l'exposition au virus de la variole. J'ai déjà expliqué dans un autre article  [9] que ces affirmations ne s'appuyaient à l'époque sur aucun argument consistant, qu'il soit de nature épidémiologique ou immunologique. J'avais d'ailleurs rapidement exposé cela au congrès de la Sfsp à Lille le 4 novembre 2011. Je vais y revenir ici avec de nouveaux arguments apportés par ces expérimentations.

Sur cette question capitale voici ce que rapporte l'étude en question :

Le premier résultat expérimental présenté dans cette étude porte sur des singes auxquels on a administré une dose de poxvirus du singe provoquant une infection mortelle.

Le traitement par un antiviral administré 24 heures après cette dose donne une

réduction significative de la mortalité.

Par contre, le vaccin antivariolique administré 24 heures après cette dose

ne donne aucun résultat significatif quant à la réduction de la mortalité.

 



Une autre expérimentation animale conduite par Staib et al. (2006) est particulièrement intéressante et d'abord parce qu'elle est publiée intégralement en accès libre [5].

Pour résumer :

Les vaccins utilisés au cours de la campagne d'éradication (et avant) étaient produits avec le virus de la vaccine qui avait gardé la capacité de se répliquer (vaccin VACV dans l'étude : Vaccinia Virus). Un nouveau vaccin appelé MVA* a été obtenu avec le virus dit Ankara  en atténuant la virulence du virus de la vaccine par plus de 570 passages sur embryon de poulet jusqu'à lui faire perdre sa capacité de se répliquer. Les auteurs ont expérimenté avec les 2 vaccins.


* MVA : Virus Ankara Modifié


1- Avec le vaccin "VACV", les animaux vaccinés 14 jours avant une épreuve mortelle par le virus de la variole sont entièrement protégés. Donc le vaccin est efficace sur ces animaux, ce qui est essentiel pour la suite. Par contre, quand on les vaccine 2 jours avant l'épreuve ou à tout autre moment après, c'est l'échec total.

Autrement dit, l'expérimentation animale est en défaveur des affirmations soutenues au cours et avant la campagne d'éradication sur la soi-disant efficacité de cette vaccination en post-exposition, c'est à dire sur les contacts.

2- Quand on utilise le vaccin MVA* le résultat est favorable s'il est inoculé 2 jours avant l'épreuve. Dans les 3 heures après on évite le décès mais pas une forme grave de la maladie. Au delà c'est l'échec.

Il est curieux de constater que le vaccin MVA plus atténué se montre plus efficace dans ces circonstances que le VACV, ce qui est contraire aux normes habituelles. D'ailleurs les auteurs, qui avaient d'abord expérimenté avec le MVA, avaient envisagé que le vaccin VACV se montre plus efficace pour cette raison. Ils ont constaté le résultat inverse, ce qui démontre une fois de plus combien il faut se méfier des raisonnements en immunologie :

Pour faciliter la vérification des mes affirmations par les internautes qui liraient ces lignes et en raison de leur grande importance, j'ai reproduit les passages en anglais avec une traduction (Annexe I).

Les auteurs se montrent sévères (ils pourraient l'être beaucoup plus encore) en qualifiant d'anecdotiques les données présentées par l'OMS et Henderson sur la question. Le document Fenner et al. [13] est un document OMS de 1500 pages dont Henderson est co-auteur. Il est aussi co-auteur dans la navrante publication Mortimer-Henderson 2003 qui sera commentée plus loin.

Quand on sait qu'Henderson a soutenu et martelé cette affirmation en tant que directeur du programme d'éradication à l'OMS et qu'il a continué par la suite à la soutenir sans aucune preuve sérieuse et qu'il le faisait encore en 2003 avec des arguments pour le moins contestables et datant de 1901 on ne peut que s'interroger.

D'autant plus qu'une autre étude apporte un résultat encore plus négatif en expérimentant avec des doses non mortelles, ce qui permet de distinguer entre l'absence d'efficacité de la vaccination et un effet aggravant de celle-ci quand elle est réalisée à proximité temporelle de la dose d'épreuve.

Il s'agit de l'étude de ''Earl et al., 2008'' [7] qui a expérimenté sur des singes Cynomolgus avec le vaccin Dryvax produit par le laboratoire américain Wyeth. Ce vaccin a été utilisé au cours de la campagne d'éradication, le virus vaccinal ayant conservé la capacité de se répliquer comme tous les virus vaccinaux utilisés à cette époque contre la variole. Ces singes ont été testés avec le virus de la variole du singe (monkeypox).

Voici les résultats obtenus (page 10892 colonne 2 ; en raison de leur importance j'ai reproduit le passage en anglais en annexe II) :

1- Protection complète contre une dose élevée de monkeypox 30 jours après la vaccination.

2- Avec une dose plus modérée la protection est encore complète quand les animaux sont testés 10 jours après la vaccination.

3- Testés 6 jours après avec la même dose on observe une virémie ainsi que des lésions mais tous les animaux survivent.

4- Testés 4 jours après, seulement 1 animal sur 4 survit contre 4 sur 6 chez les témoins non vaccinés. La virémie et les lésions sont identiques chez les vaccinés et les témoins.

Ramenées au même dénominateur pour une comparaison plus facile c'est 3 sur 12 qui survivent chez les vaccinés contre 8 sur 12 chez les témoins.

Autrement dit, même vaccinés 4 jours AVANT d'être contaminés, les singes testés résistent mieux quand ils n'ont pas été vaccinés que s'ils l'ont été avec le vaccin Dryvax !!!

5 - Par contre, quand on utilise le vaccin MVA (virus Ankara modifié) qui dérive du virus de la vaccine en ayant perdu la capacité de se répliquer, les résultats sont beaucoup plus favorables :

Tous les animaux ont survécu, un seul ayant été suffisamment gravement malade pour contraindre à le sacrifier.

Que conclure ?

D'abord que le vaccin Dryvax se montre efficace dans des conditions normales d'utilisation, c'est à dire quand les animaux sont vaccinés suffisamment de temps avant l'épreuve. Ce résultat est essentiel pour valider la suite de l'expérience et montrer que c'est bien quand le test est trop rapproché de la vaccination que celle-ci se montre non seulement inefficace mais aggravante.

Il semble bien en effet que la rencontre, à quelques jours près, du virus de la variole (ici de la variole du singe) et du virus vaccinal soit explosive quand le virus vaccinal utilisé a conservé la propriété de se répliquer, ce qui a été le cas jusqu'à la disparition de la variole. Cette rencontre provoquerait un phénomène qui écraserait la manifestation des réactions immunitaires, même si elles se produisent. En effet, les auteurs ont pu mesurer les taux d'anticorps chez les vaccinés Dryvax et MVA : ils sont comparables.

Ces résultats confirment tout à fait que ce que j'appelle « l'effet Buchwald » pourrait avoir été la réalité depuis le début de la vaccination jennérienne au début du 19è siècle jusqu'au dernier cas de variole fin 1977 et que ce serait ce phénomène qui aurait provoqué les désastres reconnus par le directeur à l'OMS du programme d'éradication Donald Henderson et qui conduisirent le programme d'éradication au bord de l'échec (voir mon article [9]).

 

Primo-vaccination et rappels

Il faut noter que dans ces expériences sur des animaux il s'agit de primo-vaccinations. Que se passerait-il si la vaccination en post-exposition était un rappel  d'une autre plus ancienne ?

 

Citant une publication de 2003 (Mortimer-Henderson  [11]), les auteurs veulent penser que cette vaccination aurait été efficace quand il s'agissait d'une revaccination chez des personnes précédemment immunisées. On pourrait alors se demander si cette revaccination était vraiment utile. Voir les citations en annexe III.

 

Je voudrais leur suggérer de faire l'expérience suivante : en revaccinant peu après le test d'épreuve des animaux dont on sait qu'ils sont protégés par une vaccination un peu plus ancienne. Les auteurs verront alors si la protection se maintient ou si les animaux font malgré tout la maladie comme l'hypothèse Buchwald le propose et que de nombreux faits le suggèrent comme je l'ai exposé dans un autre article [9]

 

 

Il faut modifier notre plan variole

Notre plan variole [10] rend obligatoire (décret du 3 avril 2003 [15]) la vaccination des personnes déclarées contacts d'un cas de variole selon une définition précise. Pour les contacts classés de haut niveau aucune contre-indication ne doit être retenue. Le moins que l'on puisse dire est qu'il faudrait être vraiment sûr de l'efficacité de la vaccination antivariolique dans ces conditions alors que les effets secondaires de cette vaccination peuvent être redoutables (encéphalite par exemple). Or rien de tel. Ces dispositions ont été prises en s'appuyant sur la stratégie utilisée au cours de la campagne d'éradication, son succès paraissant valider la vaccination des contacts, oubliant un peu vite que la stratégie de surveillance-endiguement qui incluait la vaccination des contacts avait  souvent été suivie de flambées de variole reconnues inattendues et sans précédent  (voir mon autre article [9]).

Voir aussi la circulaire du 29 avril 2003 [14].

Constatant que les résultats expérimentaux sont très en défaveur de la vaccination des contacts, les auteurs des études expérimentales sur des animaux recommandent plutôt les antiviraux et les injections d'anticorps (Par Staib [5] p.2919 ; col.2 ) :

  «Modalities other than vaccination could be more suitable for post-exposure treatment, as suggested by the use of antiviral drugs in the macaque–monkeypox model ( Stittelaar et al. , 2006 ) or the therapeutic application of VACV-specific antibodies »

→  «  D'autres modalités que la vaccination pourrait être plus appropriées pour le traitement après exposition, comme le suggère l'utilisation de médicaments antiviraux dans le modèle macaque-simien (Stittelaar et al. , 2006  ) ou l'utilisation thérapeutique des anticorps spécifiques VACV »

 

Avis récents des experts mondiaux sur la vaccination des contacts

Voici les appréciations qui ont été formulés fin 2010 par des comités d'experts sur les études expérimentales qui ont été conduites entre 1999 et 2010.

Par le Comité consultatif d'experts de l'OMS  réuni fin 2010 pour porter une appréciation sur les recherches menées depuis 1999 sur le virus de la variole [3] :

Page 30

« Pour se préparer à une flambée potentielle de variole, il faut élaborer des stratégies de vaccination thérapeutique efficaces, par exemple la vaccination après exposition »

Notons le ''il faut élaborer...'' qui tranche singulièrement avec les certitudes affichées par Henderson et l'OMS au cours et après la campagne d'éradication. Si l'efficacité de cette vaccination dans ces conditions était avérée il n'y aurait rien à élaborer.

Par le comité d'experts indépendants réuni fin 2010 sur le même thème [2] :

Page 11

« Actuellement, les vaccins dont on a le plus de chances de disposer pour réagir dans l’urgence à une flambée de variole sont des vaccins vivants produits en culture cellulaire avec ou sans purification par la méthode des plages, mais ils sont à base de virus de la vaccine parfaitement capables de se répliquer.

« Si une flambée de variole éclate, il faudra procéder à des vaccinations après exposition, mais des travaux sont encore nécessaires pour valider cette stratégie. Ce point n’est que brièvement évoqué dans ce chapitre*, peut-être en raison de la rareté des données. »

On pouvait penser que cette stratégie avait été parfaitement validée par le succès qui lui est attribué dans la campagne d'éradication. Ce n'est visiblement pas leur avis.

Quant à la rareté des données, on est en droit de s'étonner : dans les dernières années de la campagne il y a eu beaucoup de contacts vaccinés. En Inde par exemple les équipes restaient sur place pendant 3 semaines voire plus et faisaient des rapports sur leurs activités. Les archives de l'éradication représentent près de 700 000 pages disponibles aux historiens et chercheurs et qui auparavant avaient été suivies de près et au jour le jour par Henderson et son équipe à Genève.

* Il s'agit du chapitre 1 de l'analyse scientifique sur les recherches sur le virus de la variole [1] et que ce comité est chargé d'examiner.

« L’analyse scientifique évoque la possibilité d’utiliser la vaccination après exposition pour des interventions à visée thérapeutique, mais les données relatives à cette méthode prometteuse restent limitées . » 

Des restrictions aussi considérables sur cette mesure phare et alors que la vaccination de masse avait échoué en disent long sur les incertitudes qui demeurent quant à la véritable action de cette vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication … 

Mais ces restrictions n'empêchent pas les chercheurs qui ont rédigé le document ''Analyse scientifique des recherches sur le virus de la variole - 1999-2010'' [1] d'affirmer : 

Page 3 

« 1.2 Histoire de la vaccination antivariolique

La variole est la seule maladie humaine qui ait été éradiquée à la suite d’une campagne mondiale de vaccination et cette réalisation reste l’un des plus grands triomphes de la science médicale moderne. »

Page 4

« L’éradication de la variole constitue à ce jour le succès le plus important remporté par l’OMS et ce résultat montre qu’une prophylaxie fondée sur la vaccination de masse peut permettre d’éradiquer des maladies infectieuses. »

Il est facile de démontrer que la vaccination de masse a été un échec parfaitement reconnu. Pour faire court et simple, il suffit de citer le Rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l'éradication, page 32, document maintenant en ligne  [10]:



« 8.2.4 Succès et échecs

Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. »



Ils le savent évidemment parfaitement. Ils en apportent d'ailleurs la preuve en poursuivant  ainsi :

« La politique de vaccination mise en œuvre à l’échelon mondial dans le cadre de ce programme mettait l’accent sur la surveillance de la maladie et a consisté notamment à adopter la méthode de vaccination en anneaux pour éviter la transmission interhumaine et endiguer les épidémies de variole. On pouvait ainsi identifier les nouveaux cas de variole, les mettre en quarantaine, puis vacciner les personnes en contact étroit avec les sujets infectés et les mettre également en quarantaine.

Cette politique a permis d’éradiquer la variole »

Il est plutôt amusant de constater qu'ils classent dans la politique de vaccination la surveillance de la maladie, l'identification des nouveaux cas, la recherche des contacts, la mise en quarantaine des cas et des contacts !!!

Page 9

« Vaccination après exposition :

La vaccination après exposition à une infection par le virus variolique pourrait réduire efficacement le nombre de victimes de la variole (Mortimer, 2003)*. Plusieurs études ont été consacrées à l’évaluation de cette possibilité en utilisant des modèles animaux. La plupart de ces études sont arrivées à la conclusion que le vaccin devrait être administré au plus tard un à deux jours après exposition à un poxvirus virulent pour protéger le sujet contre une issue fatale (Staib et al., 2006 ; Samuelsson et al., 2008 ; Paran et al., 2009)**. Fait intéressant, le vaccin MVA a suscité une réponse protectrice plus rapide que la souche NYCBH chez un modèle soumis à une infection d’épreuve par un orthopoxvirus simien, probablement en raison de la dose plus élevée utilisée dans cet essai (Earl et al., 2008). »

** J'ai décrit auparavant les résultats publiés par Staib en 2006 ainsi que Earl et al en 2008. Ils sont encore moins favorables que ce qui est affirmé ici. En fait, c'est uniquement avec le vaccin MVA, jamais utilisé au cours de la campagne d'éradication, que des résultats plus favorables ont été obtenus. Il n'est nullement évident que ce soit en raison de doses plus élevées mais plutôt parce que le virus vaccinal étant plus atténué il ''exciterait'' moins le virus variolique quand ils se rencontrent.

Page 10

« Notre connaissance des paramètres immunologiques qui sont en corrélation avec la protection contre les poxvirus virulents est encore limitée, mais elle a progressé au cours des dernières années et elle pourrait nous permettre d’établir des critères sur la base desquels comparer les vaccins classiques aux vaccins antivarioliques de nouvelle génération (Putz et al., 2006 ; Kennedy et al., 2009). »

Cela établit de la manière la plus claire que les raisonnements immunologiques d'ailleurs fort simplistes ''démontrant'' l'efficacité de la vaccination des contacts dans les 4 jours qui suivaient le contage étaient sans valeur.



"Succès" de la vaccination des contacts selon Henderson-Mortimer (2003)

Henderson qui a dirigé le programme d'éradication de la variole à l'OMS fut un remarquable chef de guerre. Il a su animer le programme, stimuler la motivation des Etats et des équipes sur le terrain. Sans lui, sans son dynamisme et son énergie la variole n'aurait peut-être pas été vaincue. Il fut l'homme de la situation, à moins que ce soit la situation très difficile qui ait forgé l'homme. Mais il fallait qu'il en ait le potentiel.

Un chef de guerre, un formidable animateur, oui. Un scientifique, non, comme cela se vérifie dans sa co-publication de 2003. La façon dont il prétend y démontrer l'efficacité de la vaccination des contacts quand celle-ci est pratiquée dans les 3-4 jours qui suivent le contage pourrait faire sourire ou inquiéter vu les immenses responsabilités qui furent les siennes. Voyons plutôt :

 

Cette publication [11] est intitulée

« Can Postexposure Vaccination against Smallpox Succeed ? »

{ la vaccination anti-variolique en post-exposition peut-elle réussir?}


Notons d'abord que cette publication a été réalisée AVANT les premières publications sur les expériences animales.

Pour en apporter une preuve qu'ils voudraient sans doute décisive les auteurs vont chercher 101 échecs de cette vaccination des contacts qui avaient été enregistrés à Glasgow en 1901-1902 !!! A première vue c'est pour le moins surprenant de vouloir s'appuyer sur des échecs pour démontrer que ça marche ! De plus, s'appuyer sur des données datant de 1901 plutôt que sur celles collectées au cours de la campagne d'éradication dirigée par Henderson est encore plus surprenant.

Rappelons à ce sujet que les archives de l'éradication représentent près de 700 000 pages, que les équipes restaient sur place pendant 3 semaines dans les villages infectés, qu'elles étaient surveillées, qu'elles établissaient des rapports transmis à l'OMS, que la vaccination des contacts ainsi que leur surveillance étaient systématiques et que tout cela devrait représenter une masse d'informations d'où la vérité devrait pouvoir sortir.

Mais quelle vérité, c'est là tout le problème ...

 

Voici d'abord le tableau donnant le nombre de cas apparus selon le nombre de jours après le contage. Ainsi 13 cas sont apparus 4 jours après la contamination.



Durée

0

1

2

3

4

5

6

7

8

9

1

11

12

Cas

1

1

1

4

13

11

6

17

20

7

3

11

6



Henderson observe qu'il y a eu peu de cas apparus dans les 3 premiers jours qui suivent le contage (7 sur 101) et qu'il y en a eu beaucoup plus ensuite. Il veut y voir une preuve de l'efficacité de la vaccination pratiquée. Il n'hésite pas à écrire :

« Cela suggère qu'une vaccination post-exposition précoce ( dans les 0-3 jours de la période d'incubation) était hautement protectrice »


Mais comment font-ils pour connaître le jour de l'exposition ?

C'est simple : ils connaissent la durée écoulée entre la vaccination et l'apparition de la variole, par exemple 8 jours. Alors ils font 12-8=4 qui sera le nombre de jours depuis cette exposition. Ils se fondent pour cela sur la durée moyenne de l'incubation qui a été estimée à 12 jours. Mais elle est variable et les extrêmes sont estimés à 7-17 jours, la durée se situant le plus souvent entre 10 et 14 jours.

En conséquence, il est tout à fait possible qu'une partie des cas classés à 4 jours puissent être à 6 jours comme le voudrait Henderson. Mais ils peuvent aussi bien être à 2 jours.

 

Un autre argument vient lézarder l'argumentation d'Henderson :

Son raisonnement suppose implicitement qu'un contact pourra être découvert et vacciné le jour même de l'exposition, le lendemain ou 6 jours après avec la même probabilité. C'est évidemment faux car avant de trouver le contact il faut découvrir le cas et cela se faisait presque toujours avec un certain délai. Ainsi, il était plus probable de vacciner un contact 5 jours après le contage que le lendemain.

 

Et si la vaccination des contacts accélérait l'incubation ?

Voici le tableau des durées entre la vaccination et l'apparition de la maladie. Ce sont donc des données observées et non pas fabriquées comme précédemment :



Durée

0

1

2

3

4

5

6

7

8

9

1

11

12

Cas

6

11

3

7

20

17

6

11

13

4

1

1

1



On voit que ces données ne sont nullement incompatibles avec une accélération de la phase d'incubation : 47 sur 101 apparaissent dans les 5 premiers jours après la vaccination dont 6 le jour même.

Quand le virus de la variole voit arriver son cousin le virus de la vaccine et que celui-ci est encore suffisamment dynamique pour disposer de la capacité de se répliquer il n'est pas déraisonnable d'envisager qu'ils fassent joyeusement la fête ensemble au détriment de l'hôte qui les accueille tous les deux.

Une telle idée n'est nullement incompatible avec ''l'effet Buchwald'' bien au contraire et apporterait une orientation pour expliquer les résultats très négatifs des expérimentations animales alors que les résultats sont moins défavorables avec un virus-vaccin plus atténué comme le MVA.

D'ailleurs en appendice de sa publication, Henderson apporte des données historiques sur la durée d'incubation qui auraient été obtenue par des observations directes et non par un calcul douteux.

Durée d'incubation pour 18 cas :

 

Durée

5

6

8

9

10

11

12

13

Cas

1

1

3

1

2

5

4

1

 

La moyenne pour ces 18 cas est exactement 10 jours.

 

Un auteur, Curschman, signale 1 cas à 5 jours

Un autre, Zuelzer signale 9 cas de variole hémorragique avec 6-8 jours.

Pour tous ces cas il n'est pas indiqué s'ils avaient été ou non vaccinés quand on les avait découverts comme contacts. Cela reste vraisemblable car c'était l'habitude depuis que la vaccination existait. On aurait là une indication sur la possible réduction de la durée de l'incubation sous l'effet de la vaccination en post-exposition.

 

Pour conclure, laissons le mot de la fin à Henderson :

 

Page 628 colonne 1 :

"When postexposure vaccination failed to prevent disease, it would have  seemed less effective in attenuating disease than it probably was, because the assumed date of exposure was later than the true date of  exposure."

 

"Si la vaccination "post-exposition" a échoué pour prévenir la maladie, et parait  moins efficace pour atténuer  la maladie que cela n'était probable,  c'est parce que la date présumée de l'exposition était plus tardive que la date réelle de l'exposition."  CQFD !

Page 627 colonne 1:

«  The efficacy of this postexposure vaccination remains inadequately documented, even though it was practiced for at least 150 years, from Jenner’s time up to the 1970s. »

« L'efficacité de cette vaccination en post-exposition reste insuffisamment documentée, même si elle a été pratiquée pendant au moins 150 ans, depuis l'époque de Jenner jusqu'aux années 70 »

 

Liens des références

Documents OMS :

[1] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.3_fre.pdf

[2] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.4_fre.pdf

[3] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.5_fre.pdf

On peut observer qu'il suffit de remplacer le 3 par 4 ou 5 dans l'adresse pour passer de l'un à l'autre.

Résumé de l'étude de Stittelaar :

[4] http://www.nature.com/nature/journal/v439/n7077/abs/nature04295.html

Étude de Staib (en pdf) :

[5] http://vir.sgmjournals.org/content/87/10/2917.full.pdf

Pour accéder à une traduction Google (avec ses limites …) taper Staib al., 2006 smallpox puis demander la traduction .

[5 bis] http://vir.sgmjournals.org/content/87/10/2917.full

Sur les nouveaux vaccins antivarioliques (Rosenthal) :

[6] http://wwwnc.cdc.gov/eid/article/7/6/pdfs/01-0602.pdf

Étude de Earl et al. :

[7] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2495015/pdf/zpq10889.pdf

Le vaccin Dryvax :

[8] http://en.wikipedia.org/wiki/Dryvax

La vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication (mon article) :

[9] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/09/26/22157871.html

Plan variole :

[10] http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan_variole_2006-2.pdf

Mortimer-Henderson 2003 :

[11] http://cid.oxfordjournals.org/content/36/5/622.full.pdf   

Étude de Samuelsson : 

[12] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2289795/pdf/JCI0833940.pdf

 [13]  Fenner and all Smallpox and its Eradication – 1988

Il est en ligne par chapitre. L'adresse de la présentation  :

http://whqlibdoc.who.int/smallpox/9241561106.pdf 

qui donne les liens vers les 31 chapitres et leurs pages (1421 pages !!!)

 Pages 64-65 du chapitre 1 il y a un passage sur la vaccination des contacts :

« vaccination must also be discussed as a form of prophylactic treatment, for it also modified the progress of the disease in persons vaccinated during the first few days of the incubation period." 

 [14] http://nosobase.chu-lyon.fr/Reglementation/2003/Circulaire/290403.pdf

[15] http://admi.net/jo/20030405/SANP0320444D.html 

 

Annexe I


Par Staib [5] p.2919 col.1

→ «  The question arose whether standard vaccines based on replication-competent VACV would protect better than immunizations with the non-replicating MVA vaccine. »

«  Pourtant, la question se pose de savoir si les vaccins classiques VACV avec réplication protégerait mieux que les vaccinations avec le vaccin MVA non répliquant. »

→ « Only inoculations of MVA vaccine within 3 h of challenge resulted in significant protection of all animals but did not prevent the onset of substantial disease symptoms  »  

→  « Seulement avec le  vaccin MVA, les inoculations dans les 3 heures après l'épreuve ont entraîné une protection significative de tous les animaux  mais sans  prévenir la manifestation des principaux symptômes de la maladie » 

Page 2919 col. 2 :

→  « Yet, we again failed to observe short-term protective capacity of the VACV Elstree immunizations »

→  « Pourtant, nous échouerons de nouveau pour observer une capacité protectrice de la vaccination par le virus de la vaccine VACV Elstree » 

Page 2919 col. 1 :

 →  « There exists anecdotal information from which it is suggested that prompt vaccination of individuals exposed to Variola virus might have prevented severe smallpox disease (Fenner et al., 1988Mortimer, 2003).

→  « Il existe des données anecdotiques à partir des quelles il est suggéré que la prompte vaccination  des personnes exposées au virus de la variole pourrait les avoir  protégées des formes sévères de la variole ( Fenner et al, 1988.  [13] ; Mortimer, 2003  [11] )

 

*Vaccin MVA

Steven R. Rosenthal - ''Developing New Smallpox Vaccines'' [6] - page 922 :

« Similarly, the Modified Vaccinia Ankara was derived from the Ankara Vaccinia strain and is one of the most highly attenuated strains. With >570 passages in chicken embryo fibroblasts, it is host restricted and unable to replicate in human and other mammalian cells. Pock lesions did not form at the site of inoculation, and no adverse reactions were observed in clinical trials in persons at high risk with skin lesions »

Cet auteur mentionne aussi que le vaccin MVA avait été utilisé pour vacciner plus de 120 000 personnes en Turquie et en Allemagne, mais que son efficacité réelle contre la variole était inconnue.



Annexe II  

Voici l'extrait de l'étude de Earl et al. [7] sur l'expérimentation avec le vaccin Dryvax (p.1 0892; col. 2) :

Using Dryvax as the standard, we found that complete protection against the high dose occurred

when the animals were challenged at thirty days after vaccination, as judged by absence of viremia or skin lesions.

With a dose of 5x10^6 pfu, complete protection was achieved when the animals were challenged at 10 days after Dryvax.

After a day 6 challenge, viremia was detected and all monkeys developed skin lesions although all survived.

However, when the monkeys were challenged at 4 days after Dryvax, only one of four animals survived compared with four of six controls, and viremia and skin lesions were similar to the controls.

 

The picture was somewhat different with MVA.

 

On the one hand, the animals all survived when challenged only 4 days after vaccination and only a single animal in the entire study became seriously ill and had to be killed

 

Annexe III

 

Par Staib [5] p.2919 ; col.2 

  « Moreover, past sources of information on post-exposure vaccination seem to indicate that it could be mainly revaccination of previously immunized individuals that successfully prevented smallpox ( Mortimer, 2003 ) ».

→  « Par ailleurs, des sources d'information anciennes sur la vaccination en post-exposition semblent indiquer qu'il pourrait s'agir essentiellement de la revaccination de personnes déjà immunisées qui réussissait à prévenir la variole ( Mortimer, 2003  [11] ). »

 →  « However, our overall data also suggest that the practicability of post-exposure vaccination against smallpox might be limited, at least in the context of naïve individuals or a harsh respiratory infection. »

→  «  Cependant, nos données suggèrent également que la pratique de la vaccination post-exposition contre la variole pourrait être limitée, au moins dans le contexte de personnes naïves ou d'une infection respiratoire sévère. » 

 

  «This assumption is corroborated by the recent finding of limited efficacy of smallpox vaccination given 24 h after a lethal intratracheal infection of cynomolgus macaques with Monkeypox virus ( Stittelaar et al. , 2006  ). »

  « Cette hypothèse est corroborée par la découverte récente d'une efficacité limitée de la vaccination antivariolique administré 24 h après une infection mortelle intratrachéale de macaques cynomolgus avec le monkeypox virus (Stittelaar et al., 2006   [4]) ».

 

Par Samuelsson [12] (page 1782 col.1)

→  « The WHO recommendation in cases of smallpox infection includes vaccination as quickly as possible after exposure. However, there exists only anecdotal historical information about the success of postexposure vaccination against smallpox, and in most cases, the prevaccination status of the individuals was not clear (Fenner-Henderson 1988 ; Mortimer-Henderson 2003). Moreover, in animal models, no significant survival benefit to postexposure vaccination was observed using as infection models either MPXV in monkeys or VACV in mice (Stittlelaar ; Staib). »

→  « Les recommandations de l'OMS en cas de contamination par la variole incluent la vaccination aussi prompte que possible après l'exposition. Cependant, il existe des données anecdotiques sur la réussite de la vaccination antivariolique en post-exposition, et dans la plupart des cas, le statut des individus avant vaccination n'était pas clair (Fenner-Henderson 1988 [13] ; Mortimer-Henderson 2003 [11]). En outre, dans les modèles animaux, aucun bénéfice significatif avec des survivants n'a été observé en utilisant des modèles infectants, soit chez des singes avec le monkeypox ou chez la souris (Stittelaar  [4]; Staib [5])

 

 

Annexe IV

Voici le résumé de l'étude de Stittelaar [4]

Antiviral treatment is more effective than smallpox vaccination upon lethal monkeypox virus infection

 

There is concern that variola virus, the aetiological agent of smallpox, may be used as a biological weapon. For this reason several countries are now stockpiling (vaccinia virus-based) smallpox vaccine. Although the preventive use of smallpox vaccination has been well documented, little is known about its efficacy when used after exposure to the virus.

Here we compare the effectiveness of  post-exposure smallpox vaccination and  antiviral treatment with either cidofovir (also called HPMPC or Vistide) or with a related acyclic nucleoside phosphonate analogue (HPMPO–DAPy) after lethal intratracheal infection of cynomolgus monkeys (Macaca fascicularis) with monkeypox virus (MPXV). MPXV causes a disease similar to human smallpox and this animal model can be used to measure differences in the protective efficacies of classical and new-generation candidate smallpox vaccines2.

We show that initiation of antiviral treatment 24 h after lethal intratracheal MPXV infection, using either of the antiviral agents and applying various systemic treatment regimens, resulted in significantly reduced mortality and reduced numbers of cutaneous monkeypox lesions.

In contrast, when monkeys were vaccinated 24 h after MPXV infection, using a standard human dose of a currently recommended smallpox vaccine (Elstree-RIVM), no significant reduction in mortality was observed.

When antiviral therapy was terminated 13 days after infection, all surviving animals had virus-specific serum antibodies and antiviral T lymphocytes. These data show that adequate preparedness for a biological threat involving smallpox should include the possibility of treating exposed individuals with antiviral compounds such as cidofovir or other selective anti-poxvirus drugs.


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07 novembre 2011

Démocratie sanitaire : les masques sont tombés au congrès de la Sfsp !




En principe, compte tenu des multiples affaires sanitaires qui se succèdent, l'expertise de santé publique devrait adopter un profil bas au cours de ce congrès. Pas du tout ! La meilleure défense étant l'attaque, certains et non des moindres vont s'en prendre à la réflexion citoyenne en la caricaturant pour dénoncer avec elle " le mélange des genres ".

La réflexion citoyenne caricaturée

Ce fut tout particulièrement le cas pour Roger Salamon, l'actuel président du HCSP (Haut conseil de santé publique).  Il opposa l'expertise des vrais experts avec l'expertise populaire et celle des écolos barbus avec dessin caricatural à l'appui. C'était en séance plénière, le mercredi 2 novembre.

Additif du 20 janvier 2012 : L'exposé et le diaporama de Roger Salamon sont maintenant en ligne sur le site de la Sfsp. On peut voir l'écolo avec la barbe sur la dernière diapo (la n°23) :

http://www.sfsp.fr/manifestations/manifestations/infos.php?cmanif=29&cpage=2

Tout à fait à la fin de sa communication, Roger Salamon présente sa dernière diapo : un Haut conseil de santé publique qui travaille dur et croule sous le poids des charges : expertises, études, conseils...Dans le même temps, l'orateur fait ressortir l'apect ingrat de la charge avec le ministère qui réclame des expertises en urgence et même extrême urgence, la justice qui suspecte les conflits d'intérêts et la presse qui  ne recherche que les scoops...  Il poursuit :


« Les lobbies, souvent un peu écolos - c'est pourquoi j'ai mis avec la barbe - qui nous parlent de dangers, qui croient que tout ce qu'on raconte est faux et qui soulèvent des expertises venant d'un article qui est paru dans un journal, je sais pas... le quotidien de  Picardie ... pour nous dire ...  je sais pas quoi ! »

Fin de l'additif

Ce n'est pas nouveau : Roselyne Bachelot alors ministre de la santé, avait opposé, au cours de ses nombreuses auditions au Parlement, les vrais experts à la mère Michu ou à la petite Josette. Comme si la France et les Français se réduisaient à une telle dichotomie !

Comme peu de congressistes réclamaient le micro au moment des échanges avec la salle j'ai alors décidé de réagir en l'interpellant fermement alors que je n'avais initialement aucune intention d'intervenir en séance plénière, mais trop c'était trop :

« Je vous lance un défi et en même temps à moi-même : je vous donne rendez-vous devant mes 2 posters et si vendredi vous n'avez rien d'autre de mieux à faire, venez m'écouter. Puis on en parlera et vous me direz si vous aviez déjà classé ce type de réflexion, je ne parle pas d'expertise. »

Il n'a pas réagi et le duel à l'arme blanche n'a pas eu lieu car il a très rapidement quitté la salle, sans doute pour aller prendre le TGV du retour. Sur le moment j'ai regretté le défi. J'aurais préféré dire : je vous propose une expérience ... Mais compte tenu de la suite, comme on va le voir, c'est clair c'est un combat et le terme défi était donc parfaitement adapté.

Un autre orateur s'opposera à lui, déclarant que l'expertise citoyenne était importante mais qu'il y avait un risque de confiscation de la fronde citoyenne. Sûrement !

Un tel risque existe avec la tentation d'organiser cette démocratie sanitaire afin de la contenir et de la contrôler. Mais est-ce un risque ou une certitude ?

A la session sur les vaccinations, le vendredi 4 novembre, mon exposé rigoureux et ferme sur l'éradication de la variole fera tomber les masques avec cette déclaration du président d'honneur de la Sfsp :

«Je ne peux pas accepter que vous profitiez de la tribune de la Sfsp pour remettre en cause l'efficacité des vaccinations. »



Déclaration totalement inappropriée car elle ne correspondait en rien à ce que j'avais exposé mais qui démontre clairement qu'il s'agit d'un combat. Pour que cela soit très clair pour chacun, voici en format PDF et en 2 parties (problème de poids en raison d'images et de graphiques) mon exposé suivi d'indications et de commentaires sur le débat qui a suivi :

Partie 1 : VarioleCongr_sSfsp1

Partie 2 : VarioleCongr_sSfsp2    

C'était prévisible et je m'en étais formulé le risque : ils organisent un congrès pour parler SUR la démocratie sanitaire, en AUCUN cas pour la mettre vraiment en action au cours du congrès, surtout pas, bien au contraire !!! Ce qui présage de la suite ...

Le fait que le comité scientifique ait accepté mes 3 propositions de communications pouvait faire illusion et me donner à penser qu'une évolution se dessinait, mais les véritables intentions se sont clairement manifestées.

La réaction du président d'honneur de la Sfsp pourrait en fait s'expliquer ainsi : il avait parfaitement compris mon propos qui était que je mettais en cause la vaccination des contacts, donc pratiquée après le contage et non la vaccination pratiquée par exemple 2 mois avant. Or le débat entre provaccins et antivaccins a toujours porté sur un combat digne de la Mythologie entre la Déesse HYGIÈNE et le Dieu VACCIN. Ou plutôt où chacun veut annoncer le triomphe de son champion. Si on quitte cet univers des grandes émotions  activées par les mythes pour serrer ces questions de plus près, on passe du monde trouble de L'EMOTION à celui de la réflexion rigoureuse. Il ne voulait pas cela.

*Un mythe ne désigne pas quelque chose qui serait faux mais qui active de puissantes énergies psychiques et collectives.

Par sa réaction il a très certainement voulu tenter de maintenir cette opposition dans l'univers des mythes, des dogmes et des slogans alors que tous mes efforts visent justement à l'en sortir. Il faut d'ailleurs dire aussi qu'un certain nombre d'opposants aux vaccinations se complaisent dans cet univers des grandes émotions. Il n'y a pas qu'eux, toute la propagande vaccinale joue sur ces forces qui faussent la réflexion et réjouissent les virus qui n'en demandent pas temps. Mais pourrons-nous continuer ainsi longtemps ? C'était d'ailleurs la conclusion de mon exposé. Par sa réaction il a voulu me placer dans l'antivaccinalisme primaire, ce qui est certes plus facile mais ce n'était pas vraiment le cas, comme chacun pourra le vérifier en lisant mon exposé limité cependant à 10 minutes, ce qui ne permet pas de donner tous les aspects ni toutes les nuances.

Il n'a fait que confirmer mon propos qui était de montrer qu'il s'agit d'un sujet interdit. D'ailleurs je n'avais pas imaginé une seconde que le thème de ma communication serait accepté.

Cela correspond sans doute aussi à la volonté de maintenir le carcan vaccinal disciplinaire, comme à l'armée où un ordre est un ordre, même s'il est stupide et favorise l'ennemi. Il y a des exemples de cela pendant la guerre 14-18, on en a beaucoup parlé (1917 et le général Nivelle). Voici un autre exemple :

 

Quand l'armée française était en Indochine et avant Dien Bien Phu, elle décide de déplacer d'un coup 5000 hommes plus au sud. Il faut franchir un défilé où la route est dominée par des hauteurs et les généraux savent que les hommes du général Giap sont sur ces hauteurs. Mais un ordre est un ordre, pas question de différer, d'ailleurs ''avec la vitesse, on passera'' estime le général qui commande le convoi. Ça fera 5000 morts...

Plus tard, les généraux français et le général Giap se rencontreront pour discuter entre-eux de cette guerre qui les avait opposés. Giap leur dira qu'il savait parfaitement qu'ils tenteraient de passer car il avait observé que dans l'armée française, quand une décision avait été prise elle devait toujours être exécutée, même si les conditions étaient défavorables. Il n'avait plus qu'à attendre...

Mais pourquoi une telle attitude de la part des généraux français ? Pour surprendre l'ennemi et le vaincre plus facilement ? Évidemment non ! Alors ?

C'est à usage strictement interne : il s'agit de conférer à la décision prise la valeur de l'Absolue et de faire de l'obéissance aux ordres, quoiqu'il advienne, une mesure disciplinaire incontournable même si l'adversaire doit en profiter.

 

C'est la même attitude qui prévaut avec les vaccinations où l'obéissance aux injonctions vaccinales doit être totale même si ça doit faire rigoler les virus. C'est exactement ce qui s'est produit au cours de la campagne d'éradication contre la variole en imposant la vaccination des contacts alors que celle-ci ne faisait que favoriser le virus et a généré des désastres conduisant le programme d'éradication au bord de l'échec. C'est très certainement l'isolement des contacts qui tombaient malades qui a compensé, in fine, l'effet délétère de la vaccination des contacts et qui a permis, malgré cela, le succès.

On est prêt à recommencer si le virus devait revenir comme l'atteste le décret du 3 avril 2003 rendant obligatoire la vaccination des contacts sans aucune restriction en fonction du délai depuis le contage (et sans tenir compte des contre-indications précise le plan variole !!!) ...

 

Je viens d'ailleurs de trouver (23/11/2011) une nouvelle confirmation de l'inefficacité de la vaccination antivariolique sur les contacts. Elle est rapportée dans un document OMS de fin 2010 sur les recherches expérimentales avec modèles animaux (très récent) conduites pour trouver des antiviraux efficaces contre la variole :

Page 38

« Importance pour la santé publique

Le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d’une façon ou d’une autre la variole réémergeait. Le fait de disposer de médicaments contre la variole présenterait des avantages importants au cours d’une flambée, en permettant d’administrer un traitement après exposition.

Une étude effectuée par Stittelaar et al., publiée dans Nature le 11 décembre 2005*, décrivait une infection intratrachéale létale par l’orthopoxvirus simien et démontrait que le traitement par un antiviral au moment de l’infection était protecteur, tandis que la vaccination ne l’était pas. »

Pour conclure ainsi :

 

         « Ces résultats semblent remettre en question les données limitées,

rassemblées pendant la phase d’éradication de la variole, relatives à l’efficacité de la vaccination

administrée jusqu’à 4 jours après l’exposition pour prévenir la maladie. »

 

Dans ma naïveté, j'avais zappé les passages sur les antiviraux alors que c'est justement la concurrence avec le vaccin pour ce type d'utilisation qui conduit les chercheurs sur les antiviraux à enfoncer le vaccin...Sinon il est bien évident que j'en aurais fait état au cours de ma communication au congrès (au risque de provoquer des arrêts cardiaques !!!)

Il s'agit d'ailleurs moins de données que d'un pseudo raisonnement immunologique sur les anticorps et dont j'avais montré la nullité au cours de mon exposé rapporté sur ce blog.

* Il est possible de lire le résumé de cette étude.

Une autre étude (Staib et al -  http://vir.sgmjournals.org/content/87/10/2917.full.pdf ) obtient des échecs avec la vaccination d'animaux en post exposition et même 2 jours avant :

"All Elstree* immunizations given 2 days before or at any time after challenge failed to protect against lethal disease"

Qu'on peut traduire par "Toutes les vaccinations Elstree* donné 2 jours avant ou à tout moment après l'épreuve ont échoué pour protéger contre la  maladie mortelle". La dose test inoculée était mortelle.

* Elstree désigne un vaccin classique utilisé pendant la campagne d'éradication.

Les auteurs de cette étude n'hésitent pas à qualifier "d'informations anecdotiques" les arguments utilisés par Henderson et autres pour "démontrer"  l'efficacité de la vaccination des contacts dans les 3-4 jours qui suivent le contage.

NOUVEAU (23/12/2011)
Je viens de découvrir l'étude de ''Earl et al., 2008'' [1] qui a expérimenté sur des singes Cynomolgus avec le vaccin Dryvax produit par le laboratoire américain Wyeth. Il a été utilisé au cours de la campagne d'éradication, le virus vaccinal ayant conservé la capacité de se répliquer comme tous les virus vaccinaux utilisés à cette époque contre la variole. Ces singes ont été testés avec le virus de la variole du singe (monkeypox).

 Voici les résultats obtenus (page 10892 colonne 2) :


1- Protection complète contre une dose élevée de monkeypox 30 jours après la vaccination.
2- Avec une dose plus modérée la protection est encore complète quand les animaux sont testés 10 jours après la vaccination.
3- Testés 6 jours après avec la même dose on observe une virémie ainsi que des lésions mais tous les animaux survivent.
4- Testés 4 jours après, seulement 1 animal sur 4 survit contre 4 sur 6 chez les témoins non vaccinés. La virémie et les lésions sont identiques chez les vaccinés et les témoins.
Ramenées au même dénominateur pour une comparaison plus facile c'est 3 sur 12 qui survivent contre 8 sur 12 chez les témoins.
Autrement dit, même vaccinés 4 jours AVANT d'être contaminés, les singes testés résistent mieux quand ils n'ont pas été vaccinés que s'ils l'ont été avec le vaccin Dryvax !!!

5 - Par contre, quand on utilise le vaccin MVA (virus Ankara modifié) qui dérive du virus de la vaccine en ayant perdu la capacité de se répliquer, les résultats sont beaucoup plus favorables :
 Tous les animaux ont survécu, un seul ayant été suffisamment gravement malade pour contraindre à le sacrifier.

Que conclure ?

Le vaccin Dryvax se montre efficace dans des conditions normales d'utilisation, c'est à dire quand les animaux sont vaccinés suffisamment de temps avant l'épreuve. Ce résultat est essentiel pour valider la suite de l'expérience et montrer que c'est bien quand la vaccination est trop rapprochée du test  qu'un phénomène nouveau apparaît.
Il semble bien en effet que la rencontre, à quelques jours près, du virus de la variole (ici de la variole du singe) et du virus vaccinal soit explosive quand le virus vaccinal utilisé a conservé la propriété de se répliquer, ce qui a été le cas jusqu'à la disparition de la variole. Cette rencontre provoquerait un phénomène qui écraserait la manifestation des réactions immunitaires, même si elles se produisent. Les auteurs ont pu mesurer les taux d'anticorps chez les vaccinés Dryvax et MVA : ils sont comparables.

Ces résultats confirment tout à fait que ce que j'appelle « l'effet Buchwald »  pourrait avoir été la réalité depuis le début de la vaccination jennérienne au début du 19è siècle jusqu'au dernier cas de variole fin 1977 et que ce serait ce phénomène qui aurait provoqué les désastres conduisant le programme d'éradication au bord de l'échec comme le reconnaît Donald Henderson  directeur du programme d'éradication à l'OMS.
Au congrès j'avais soulevé ce problème en ignorant ces résultats expérimentaux. Ils confirment que je n'avais aucune raison  de ne pas le faire, bien au contraire, même si ça a pu déplaire à quelques uns. D'ailleurs à quoi cela pourrait servir de permettre à quelqu'un comme moi de s'exprimer dans un tel congrès si c'était pour que je doive m'y comporter comme ceux qui s'y expriment ordinairement ?

On ne pourra indéfiniment nier la réalité et la force des faits.

→ Voir aussi mon article sur la vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication :

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/09/26/22157871.html

Il montre qu'il n'était pas nécessaire d'attendre les expérimentations animales pour voir le problème.

→ Voir aussi mon article sur ces expérimentations animales :

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2012/01/03/23148650.html

→ Pour ma présentation du congrès et  mes  participation à celui-ci voir mon article sur ce blog :

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/10/19/22405173.html 

Les résumés de mes 3 communications :

http://www.sfsp.fr/manifestations/congres2011/donnees/fs_tout_auteurs.htm

[1] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2495015/pdf/zpq10889.pdf 

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19 octobre 2011

L'expertise sera sur la sellette au congrès de la Société française de santé publique (Sfsp) à Lille


La société française de santé publique (SFSP) organise du 2 au 4 novembre son congrès bisannuel dont le thème principal sera :

« Experts, expertises et santé publique : entre différentes acceptions et enjeux, comment avancer ? »,

Thème choisi sans doute à la suite des affaires sanitaires qui se succèdent les unes après les autres.

La SFSP vient de mettre en ligne le 18 octobre les résumés des communications * des très nombreux intervenants.

* Les résumés des communications sont maintenant présentés dans un autre environnement.

En janvier-février 2011 j'avais proposé 3 communications au comité scientifique de ce colloque (voir la composition sur le site de la Sfsp). Elles reprenaient des articles que j'avais déjà publiés sur ce blog ou que j'étais sur le point de publier. Je pensais qu'il en serait retenu tout au plus une que je pourrais exposer à ce colloque mais quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre, en juin, qu'elles étaient toutes les 3 acceptées !!! Pour prendre ses décisions le comité s'est appuyé sur les résumés (300 mots maximum) qui sont maintenant disponibles.

Voici le descriptif de mes 3 communications :

1- "Les épidémies de grippe peuvent-elles être modélisées ? "

Je présenterai cette communication sous forme de poster. Pour accéder à son résumé cliquer sur le bandeau Posters... puis sur P9 - Vaccination.

Le colloque étant achevé voici sa présentation affichée Mod_les_math_matiques_colloqueLille

Sur ce blog, j'avais déjà mis en ligne le 30 novembre 2010 un article sur cette question :

" Le pourquoi du fiasco des modèles mathématiques pour la grippe "

2- "La démocratie sanitaire peut-elle investir les études épidémiologiques ? "

Pour accéder à son résumé cliquer sur P13 - Outils et méthodes de la recherche.

Le colloque étant achevé, voici sa présentation affichée ColloqueLilleH_patiteB

J'illustre le titre en m'appuyant tout particulièrement sur les études Mikaeloff-Tardieu sur la vaccination hépatite B et la sclérose en plaques chez les enfants. J'avais publié en mars-avril 2011 le fruit d'une longue recherche sur ces études sous la forme de 3 articles :

" Sclérose en plaques chez les enfants : des données très démonstratives " 

" ...une étude aussi contestable que révélatrice " 

Quand la population comporte au moins 2 groupes ayant des couvertures vaccinales très différentes on ne devrait pas tester globalement sans s'assurer de certaines conditions. L'annexe de cet article donne une démonstration de la condition "le nombre moyen de témoins par groupe doit être le même pour chaque groupe".

" Le péché originel des études cas-témoins " 

J'expose aussi dans le poster des objections aux critiques formulées par la Commission nationale de pharmacovigilance à l'encontre de l'étude de Marc Tardieu  publiée le 8 octobre 2008 et qui avait fait grand bruit. Si cet article s'intitule

" Défense de l'étude du professeur Marc Tardieu "

il cherche moins à défendre l'étude en question (que j'ai plus tard sévèrement critiquée dans les 3 articles ci-dessus) qu'à montrer que les critiques dont elle avait fait l'objet de la part de cette Commission n'étaient pas fondées, tout particulièrement celle qui concerne le risque de première espèce.

Et aussi sur les étranges anomalies autour de l'étude de pharmacovigilance Fourrier-Bégaud-Costagliola qui portait sur l'apparition de la sclérose en plaques chez l'adulte. J'ai aussi un autre article sur cette question : "Vaccination hépatite B et sclérose en plaques ...."

 

3- " Analyse d'une distorsion entre discours publique et expertise : l'éradication de la variole "

Cette communication sera orale (10 minutes d'exposé avec diaporama, 5 minutes de discussion). Pour accéder à son résumé aller sur Vendredi 11h-12h30 - session S26 - Vaccination : études, pratiques, stratégies.

Le congrès étant terminé voici mon exposé  en 2 parties en raison du poids des graphiques et images :

 

Partie 1 http://storage.canalblog.com/70/08/310209/69886428.pdf

 

Partie 2 http://storage.canalblog.com/08/84/310209/69923981.pdf

L'éradication de la variole est sans conteste un magnifique succès mais qui contient en son sein un terrible échec dont il faudrait comprendre les raisons. Il s'agit d'un événement absolument fondamental et j'avais bien sûr mis un article en ligne dès l'ouverture de ce blog en 2007 ainsi qu'un texte en PDF sur cette éradication.

A la suite des recherches que j'ai été amené à faire en préparation de cet exposé, j'ai réalisé un nouvel article plus spécifiquement consacré à la vaccination des contacts et enrichi de compléments en PDF mentionnés dans le texte comme par exemple la variole au 19ième siècle en France. D'autres compléments sont encore en préparation.

Pour résumer en quelques mots cette affaire de l'éradication de la variole, on pourrait dire que la principale clé du succès fut sans doute l'isolement des contacts avant qu'ils deviennent contagieux  et que ce serait très vraisemblablement la vaccination ''à chaud'' de ces mêmes contacts qui aurait été la cause des désastres dont l'existence a été reconnue par Donald Henderson, l'un des piliers du programme d'éradication.





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26 septembre 2011

Éradication de la variole : pourquoi l'échec de la vaccination ?

 

Le magnifique succès de la victoire sur la variole cache un terrible échec qu'il faudrait comprendre. En première analyse il apparaît comme étant celui de la vaccination de masse. Son échec ne peut plus être nié malgré des tentatives encore répétées aujourd'hui, à un très haut niveau comme on va le voir, pour lui attribuer le succès.

Les 2 mesures les plus importantes qui ont pris le relai de la vaccination de masse furent la vaccination des contacts suivie par l'isolement de ceux qui tombaient malades. Même si le problème pourrait encore se discuter et s'il faudrait multiplier les investigations, il apparaît de plus en plus vraisemblable que la vaccination des vrais contacts aurait en réalité exacerbé les épidémies de variole alors que l'isolement des contacts les auraient finalement contenues, permettant ainsi l'éradication de la maladie.

L'échec de la vaccination de masse masque sans doute celui de l'expertise qui n'a pas su ou voulu voir un problème pourtant criant : la vaccination des vrais contacts aggraverait la variole ou la déclencherait chez ceux qui étaient pourtant immunisés, provoquant ainsi un nombre "inattendu et sans précédent" de flambées, ce que l'expertise de l'OMS a voulu attribuer à la haute densité des populations alors qu'un siècle auparavant le même problème était apparu en France où la rumeur publique accusait le vaccin de "communiquer la variole en temps d'épidémie ", les experts de l'époque préférant l'attribuer au … génie épidémique...



RAPPELS

Le document de 144 pages qui a servi pour la proclamation officielle de l'éradication de la variole le 8 mai 1980, le Rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l'éradication, est désormais en ligne [0] depuis quelques mois (courant 2011) alors que la version papier est déclarée épuisée sur le site de l'OMS. Cette nouvelle accessibilité est évidemment une excellente nouvelle.

J'avais commenté ce rapport final dans un texte de 5 pages en ligne au format pdf [3]. Il est présenté sur ce blog à partir de mon article " L'éradication de la variole "  plusieurs fois complété [4].

Pour résumer : après l'échec des vaccinations de masse, la victoire sur la variole a été obtenue par la recherche active des malades, leur isolement, la recherche active des contacts avec des critères pertinents, la surveillance de leur température suivie de leur isolement en cas de fièvre, avant qu'ils deviennent contagieux. Comme ces contacts étaient aussi vaccinés ''à chaud'' j'avais soulevé le difficile problème des effets de cette vaccination sans l'avoir traité plus à fond.

C'est l'objet principal de ce nouvel article sur la variole : essayer de faire le point sur cette affaire avec les moyens actuellement disponibles. Les archives de l'éradication, ''en très mauvais état'' selon l'OMS, devraient être prochainement disponibles en ligne*. Elles pourront peut-être apporter des éléments nouveaux (pour moi et beaucoup d'autres...) pour confirmer ou infirmer les analyses que je vais faire ici.

* « Archives [15] 17 mars 2011

Lors de sa douzième réunion, le Comité consultatif a également évoqué l’accès aux archives OMS du programme d’éradication de la variole et la conservation de ces dernières. Les documents papier ont été conservés et les archives scannées ont été placées dans une base de données spéciale. Il est prévu de les mettre à disposition sur l’Internet. »

Voir aussi mon article sur les expérimentations animales menées depuis seulement quelques années et qui confirment au moins l'inefficacité du vaccin antivariolique en post-exposition :

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2012/01/03/23148650.html



'' La variole vaincue par la vaccination ! ''

Avec des nuances et des variantes, cette affirmation est répétée sur tous les tons et au plus haut niveau.

Premier exemple [1]

Il émane de la Confédération suisse et, plus précisément

1- du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) ;

2- de l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP) ;

3- du laboratoire SPIEZ .

 

Les affirmations ne font pas dans la nuance :

 

« Une campagne de vaccination de l'OMS a permis d'éradiquer la variole de la surface du globe.

Vers 1967, lorsque l'OMS a lancé sa campagne mondiale en vue d'éradiquer la variole, le nombre d'infections à la surface du globe s'élevait encore à 10 à 15 millions.

Après sa campagne de vaccination, l'OMS a déclaré en 1979 que la variole était

éradiquée dans le monde entier. »

 

Comme ce fut simple !!!

Néanmoins, comme les auteurs sont quand même informés de ce que fut la très difficile problématique de cette éradication, ils ajoutent :

 

« Les expériences faites lors de la période d'éradication ont montré qu'un système de surveillance rigoureux pouvait interrompre la chaîne de transmission dans la mesure où il est à même de réagir rapidement aux nouveaux cas de variole, où l'on dispose de l'infrastructure nécessaire à l'isolement des patients et qu'il est possible de pratiquer la vaccination systématique des cas-contacts. »

 

Le choix du mot expériences laisse sous-entendre qu'il s'agissait d'essais occasionnels et juste pour voir...alors que ce fut essentiel. Le discours se rétablit aussitôt pour affirmer la nécessité de la vaccination généralisée :

 

« Les modèles épidémiologiques de propagation de la maladie montrent toutefois que vu la situation immunologique qui prévaut actuellement en Europe, la vaccination systématique de l'ensemble de la population ou au moins de celle se trouvant dans les régions touchées serait nécessaire pour endiguer une épidémie »

 

La conclusion stratégique s'impose alors d'elle-même :

 

« Si une épidémie de variole se déclarait, la population devrait être appelée à se faire vacciner, à éviter les lieux de rassemblements et à respecter les consignes de comportement émises par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). »

 

Second exemple (décembre 2010)

Il s'agit d'un document OMS très pointu

''Analyse scientifique de la recherche sur le virus variolique 1999-2010''. [2]

faisant le bilan des recherches sur les virus varioliques entre 1999 et 2010. Il a servi de référence à l'Assemblée mondiale de la santé en mai 2011 pour fonder sa décision … de ne pas décider d'une date pour la destruction des stocks de virus des laboratoires où il est conservé. Des auteurs très bien informés qui écrivent :

«L’éradication de la variole montre qu’une prophylaxie

fondée sur la vaccination de masse

peut permettre d’éradiquer des maladies infectieuses. »



Pourtant, cette vaccination de masse fut un échec des plus cuisants que les auteurs ne peuvent évidemment ignorer comme ils le démontrent par des précisions curieusement formulées  :

 

« La politique de vaccination mise en œuvre à l’échelon mondial dans le cadre de ce programme mettait l’accent sur la surveillance de la maladie et a consisté notamment à adopter la méthode de vaccination en anneaux pour éviter la transmission interhumaine et endiguer les épidémies de variole. On pouvait ainsi identifier les nouveaux cas de variole, les mettre en quarantaine, puis vacciner les personnes en contact étroit avec les sujets infectés et les mettre également en quarantaine. »

 

Il est amusant de constater que la recherche active des malades et des contacts ainsi que leur isolement seraient une part de la politique de vaccination !!!

Notons aussi que l'isolement pratiqué n'était pas une mise en quarantaine : celle-ci s'applique à l'isolement collectif de tout un groupe de personnes ayant pu avoir un contact avec des malades mais où on ne cherche pas à distinguer entre ceux qui ont été contaminés et les autres.

Au contraire, par la surveillance quotidienne de leur température on pouvait isoler uniquement les contacts qui tombaient malades et cela avant qu'ils deviennent contagieux, la contagion ne débutant généralement que 2 jours après le début de la fièvre.

 

La vaccination des contacts aurait sauvé la situation ?

Si l'échec de la vaccination de masse est explicitement reconnu, le succès est alors attribué à la vaccination des contacts qui serait venue la compléter très efficacement. C'est le cas pour Pierre Darmon dans sa thèse au CNRS pour devenir historien de la médecine, ''La longue traque de la variole'' [5 ] :

 

«  Les vaccinations de masse furent renforcées par les ring vaccinations.

Isoler tout point chaud par un cordon serré de vaccinations

se révéla d'une totale efficacité »

 

Il faut reconnaître que l'efficacité de cette vaccination n'est nullement évidente a priori puisqu'elle est réalisée après la contamination dont la durée moyenne est 12 jours, le plus souvent entre 10 et 14 jours. On a voulu apporter à la fois des preuves épidémiologiques et immunologiques de cette efficacité. Nous allons voir qu'elles sont pour le moins contestables et très insuffisantes :

 

Les ''preuves'' épidémiologiques

Le procédé consiste à comparer les taux d'attaque secondaires chez les vaccinés et non vaccinés (taux d'attaque  secondaires : cas secondaires /contacts susceptibles ; voir les définitions en épidémiologie  [6]).

 

Mais le problème fondamental est qu'on ne sait pas distinguer un vrai contact d'un faux.

De fait on peut diluer les vrais contacts avec des faux dans des proportions aussi inconnues que variables.

Une image :

Vous ajoutez 10 volumes d'eau dans le whisky, quelques gouttes dans la bière et vous démontrez que la bière est plus chargée en alcool que le whisky ...Que dirait la répression des fraudes si vous annonciez le résultat sur les bouteilles de bière ?

Procédé à proscrire absolument !!!

Il est tout à fait possible de montrer en détail que c'est bien cela qui se produit. Je donnerai en complément plus de détails sur la façon dont opère ce procédé tout à fait illicite sur le plan scientifique.

Les ''preuves'' immunologiques

Dans un document InVS [7] du 25 octobre 2001 ''Utilisation du virus de la variole comme arme biologique " on peut lire (page 12 : § 3.5 et 3.3) :



« Des anticorps neutralisants sont réputés refléter le niveau de protection,

bien que cela n'ait jamais été validé sur le terrain »

Ils apparaissent : 

En primo-vaccination,  à partir du 10è jour

 Après revaccination : 7 jours 

 

 

L'un des principaux piliers de cette éradication, Donald Henderson, écrit dans un document OMS- 3 déc. 1971 p.5 [8] :

 

« Les anticorps neutralisants apparaissent vers le sixième jour de la maladie » 

 

Anticorps qui n'empêchent nullement la maladie de se poursuivre pendant encore 3 semaines...

Le même Henderson, (Henderson et al. Jama 1999   [9] ) écrit, dans un document cité par l'InVS ( [7] page 12 § 3.3) :

 

« Comme la réponse immunitaire à la vaccination se développe 4 à 8 jours plus tôt qu'après l'infection naturelle, la primo-vaccination dans les 3-4 jours suivant le contact

atténue ou même évite le développement de la maladie »

 

 

Ce serait bien de recompter les jours et d'éviter de faire des raisonnements avec l'immunologie qui n'est pas une science des plus exactes ...

 

Sur le même sujet Henderson écrivait en 1971 dans un document OMS ([8] p.12-13)

« étant donné que l'immunité produite par la primovaccination nait vers le huitième jour et que la période d'incubation est souvent de 12 jours ou plus, une vaccination réussie pratiquée dans les 24 ou 48 heures qui suivent l'exposition assurera le plus souvent une protection absolue.»

 

Il ajoute :

« Entre le 2ième et le septième jour : l'atteinte pourra être atténuée ; si la vaccination est plus tardive l'éruption variolique et la lésion vaccinale se développeront simultanément et indépendamment l'une de l'autre »

 

Le corps humain serait un tube à essai où le virus de la variole attendrait sagement que celui de la vaccine produise les anticorps qui viendront le bloquer ...


Contrairement à la période d'éradication les chercheurs disposent depuis peu de modèles animaux pour reproduire, de façon plus ou moins satisfaisante, la variole humaine, permettant ainsi des expérimentations. L'OMS a mis en ligne en décembre 2010 un document sur ces études :

 

 Analyse scientifique des recherches sur le virus variolique - 1999-2010 "

 

Il a présidé à l'Assemblée mondiale de la santé de mai 2011 pour qu'elle décide … de ne rien décider quant à la date de la destruction des stocks de virus variolique conservés par des laboratoires.

 

Sur le problème de la vaccination des contacts les auteurs se montrent pour le moins peu enthousiastes  :

« Si une flambée de variole éclate, il faudra procéder à des vaccinations après exposition »

Notons le il faudra qui paraît fataliste. 

« des travaux sont encore nécessaires pour valider cette stratégie. »

 On aurait pu penser que le succès contre la variole avait amplement validé cette stratégie.

« La vaccination après exposition pourrait réduire efficacement le nombre de victimes de la variole. »

Disons que c'est ce qu'on espère.

« Plusieurs études ont été consacrées à l’évaluation de cette possibilité en utilisant des modèles animaux »

Observons que c'est présenté ici comme une possibilité.

«  Le vaccin devrait être administré au plus tard un à deux jours après exposition »

C'est très court et en pratique rarement possible en raison des délais pour trouver les malades puis leurs contacts.

« Notre connaissance des paramètres immunologiques qui sont en corrélation avec la protection contre les poxvirus virulents est encore limitée »

C'est bien la preuve qu'on ne pouvait s'appuyer en 1970 sur des critères immunologiques pour démontrer l'efficacité de la vaccination des contacts.

 

La vaccination des contacts en échec

 

La vaccination des contacts à laquelle on voudrait attribuer le succès a souvent été mise en échec :

 

1949 : Un cas de variole au Royaume Uni dans un laboratoire :

 

« auto-inoculation par un agent le jour même où il avait été vacciné » (Rapport final de la commission mondiale [0] p.55)

Difficile de faire mieux en matière de vaccination de contacts et ce n'était pas sa première...

 

Échec au cours de l'épidémie de Vannes 1954-1955

 

Le Dr Guy Grosse, responsable de la lutte contre l'épidémie et qui avait été vacciné plusieurs fois auparavant, sera ''revacciné par prudence'' le 3 janvier 1955. Il débutera la variole 10 jours plus tard pour décéder le 24 janvier de la forme la plus grave de la maladie, la variole hémorragique appelée autrefois variole noire.

Son confrère André Amphoux non vacciné ''à chaud'' fera une variole qualifiée ''des plus frustres et larvée''.

Cette épidémie est décrite en détail [10] par un acteur de la lutte contre celle-ci, François Gourselas, dans "Une épidémie de variole en Bretagne 1954-1955 "

 

Échecs en Allemagne

 

En Allemagne le Dr Gerhard Buchwald, qui y était très connu, suivra de près les 11 importations de variole qui s'y étaient produites après 1945. Dans son ouvrage ''Vaccinations : le marché de l'angoisse "  [17] il décrit les 94 cas qui sont apparus en donnant les dates de leurs vaccinations ainsi que celles de l'apparition de la variole. Il a noté en particulier 5 cas de variole hémorragique chez 5 femmes vaccinées ''à chaud'' alors qu'elles avaient toutes reçu les 2 vaccinations obligatoires de routine auparavant.

 

1- Mme H. Eichholz : épidémie déclarée le 31/03/1961; décès le 10/04/61 10 jours après le rappel.

2- L’infirmière Elisabeth Sickmann (57 ans) avait reçu 2 rappels les 1/01/1962 et 6/01/1962, le premier n’ayant pas provoqué de réaction. Décès 14 jours après.

3-L’infirmière Martha Lehmann (48 ans) vaccinée avec succès le 1/01/1962, décès 47 jours après.

4-Anneliese Schnitzler (17 ans) vaccinée le 6/02/1962, décès 14 jours après.

5- L’infirmière Barbara Berndt 17 ans vaccinée le 17/01/1970, décès le 29/01/1970.

Confronté à ces observations et beaucoup d'autres, G. Buchwald posera d'abord une question :

Que se passe-t-il quand les virus de la variole et de la vaccine se rencontrent ? S'agit-il seulement d'une course d'anticorps comme on nous le dit aujourd'hui. Faut-il penser que le virus de la variole attendrait patiemment que le virus de la vaccine fasse produire les anticorps qui viendront le bloquer ?

Un siècle auparavant le Dr Bernard (de Cannes), intervenait ainsi [13] dans un congrès à Turin :



1880 Docteur Bernard (Cannes)

 On a vu souvent et j'ai observé moi-même des sujets vaccinés pendant la période d'incubation de la variole avoir en même temps une variole et une vaccine parfaitement distinctes »

Notes recueillies en 1879 présentées au Congrès international d'hygiène, à Turin en 1880



100 ans plus tard G.Buchwald décrit ainsi la variole hémorragique chez des vaccinés ''à chaud'' :



1980 Docteur Buchwald (Allemagne)

« pas de pustules varioliques ; de petites taches bleu-rouge. Le corps doit lutter contre 2 maladies, la variole et les virus inoculés »



Notons que le virus de la vaccine a conservé la capacité de se répliquer et c'est sans doute ce qui le rend particulièrement dangereux.



Hypothèse de Gerhard Buchwald

Même avec des vaccinations antérieures la vaccination des

vrais contacts pourrait aggraver ou déclencher la variole



Et si c'était là la raison des désastres reconnus par Donald Henderson, l'un des piliers de cette éradication ?

 

Donald Henderson (1999)

« L'éradication n'a été obtenue que de justesse.

Dans de nombreuses régions du monde, ses progrès ont oscillé entre succès et désastres

la décision n'étant souvent emportée que par les efforts, dignes de Don Quichotte,

des équipes sur le terrain. »

«  Eradication : Lessons From the Past », MMWR, vol. 48, supplément, 31 décembre 1999 [16]

 

Voici un exemple très intéressant qui s'est produit au cours de l'épidémie de  Düsseldorf en 1961-62 et rapporté par Gerhard Buchwald. Cette épidémie avait débuté le 13 décembre 1961 par un ingénieur revenant de l'étranger. Il contaminera son fils et son épouse qui tomberont malades les 29 et 31 décembre 1961. Deux infirmières de l'hôpital où ils étaient soignés seront revaccinées le 1er janvier 1962. L'une, Elisabeth Sickmann (57 ans), vaccinée plusieurs fois au cours de sa longue carrière, ne réagira pas à cette vaccination et sera à nouveau vaccinée avec une lymphe renforcée le 6 janvier, ce qui sera suivi de la réaction attendue. Elle débutera la variole le 14 janvier pour mourir de la forme hémorragique le 20.

Une autre infirmière Martha Lehmann (48 ans), vaccinée au moins 2 fois auparavant, avait été vaccinée ''avec succès'' le 1er janvier. Elle tombera malade le 2 février pour décéder le 17 de variole hémorragique.

Elle est donc tombée malade 33 jours après sa vaccination alors que les durées extrêmes de l'incubation sont 7-17 jours, ce qui signifie qu'elle avait été contaminée au moins 16 jours après sa revaccination ''réussie''.

Difficile dans ces conditions de discuter valablement sur un délai minimal qui serait suffisant pour être protecteur. Cela pourrait suggérer que les réactions immunitaires pourraient être écrasées, dans certaines conditions, par la rencontre explosive des 2 virus de la variole et de la vaccine.
 

 

1988 : l'expertise OMS se contredit pour les régions de forte densité

Le Rapport final de la Commission pour la certification de l'éradication de la variole a été suivi, 8 ans plus tard, par un très gros document OMS [11]. Ces 2 documents ont été dirigés par l'australien Fenner. Celui de 1988 était cité par le rapport InVS d'octobre 2001 et est maintenant en ligne [11] :

 

Selon ce que rapporte l'InVS, les stratégies de contrôle ont réussi dans ces régions car ''la transmissibilité y était limitée''. Plus loin on peut lire que l'immunité générale qui aurait été nécessaire pour faire aussi bien était ''proche de 100%''

Rappelons quand même qu'une immunité générale I nécessaire pour qu'il n'y ait pas d'épidémie correspond à un taux de reproduction de base R0 (nombre de personnes contaminées par un contagieux) qui ne dépasse pas 1/(1-I). Ainsi

 

I

95,00%

98,00%

99,00%

R0

20

50

100

 

ce qui est parfaitement incompatible avec une transmissibilité limitée

 

D'ailleurs le Rapport final s'opposait à R0 très grand. Il mentionne à plusieurs reprises que R0 avait été estimé ''entre 1 et 5 par des études minutieuses'' ( études faites à Madras et à Calcutta, régions de haute densité, sur des populations entièrement susceptibles comme il était encore possible d'en trouver avant le lancement du programme d'éradication - Rapport final p.38)

De plus, ce même rapport relate les constats suivants qui s'opposent à R0 grand :

''Les contacts vivaient sous le même toit et beaucoup échappaient à la maladie...

"La variole était une maladie à propagation lente ''

"L'idée selon laquelle la variole provoquait souvent des épidémies foudroyantes se révéla sans fondement."

Alors que R0 mesure justement la capacité d'accélération d'une épidémie.

Sur cette question des valeurs de R0 on peut lire un article de la revue La Recherche [12] :

« d'autres experts, comme Martin Meltzer, des CDC, avancent des taux moyens de transmission inférieurs à 2. Pour James Koopman, le taux est même de l'ordre de 1 car, selon lui, les études sont biaisées par la grande taille des épidémies considérées. »

On peut facilement comprendre cela : avec 10 cas initiaux indépendants et R0=5 on aura 50 cas secondaires dans une population non immunisée. Avec 1 seul cas initial et R0=50 on aura aussi 50 cas secondaires. Mais alors que dans le premier cas il suffira d'avoir 80% d'immunisés bien répartis pour empêcher l'épidémie de se développer, il en faudra 98% dans la seconde situation.

Il ne faut pas oublier non plus que cette valeur n'est pas attachée au seul virus. Elle dépend beaucoup des mœurs de la population. En particulier, on ne peut comparer des habitations de l'Inde du nord avec un hôpital européen des années 1950-1960 dans lequel la circulation des personnes (visiteurs, personnels, salles communes) pouvait y être en définitive beaucoup plus importante.

Ce que dit le document OMS de 1988

Maintenant que ce document est en ligne [11] on peut lire ce sur quoi s'appuyait l'InVS quand elle écrivait à propose du R0 grand :

« Ceci a été confirmé par les faits lors de la campagne mondiale d'éradication (Smallpox and its eradication pages 196-197) »

Cela renvoie donc au paragraphe sur le facteur démographique qui nous présente des données sur la relation entre la densité de la population et la durée des épidémies de ... rougeole !!!

D'une part, la rougeole et la variole sont très différentes du point de vue de la propagation et d'autres part la durée d'une épidémie ne permet nullement de caractériser la valeur de R0. Qu'une épidémie se prolonge plus longtemps dans une population dense et nombreuse que dans une autre clairsemée et rare c'est assez compréhensible mais ne répond pas à la question.

La même page 197 nous montre aussi un tableau pour école primaire : avec 80% d'immunisés, si la densité au km² est 500 il y aura 100 personnes non immunes ; avec 100 personnes au km² il n'y en aura plus que 20 … etc (ils en mettent 25 comme ça !!!). On devine la suite de l'argument.

Mais les 100 personnes non immunes dans le km² autour du malade ne se précipitaient pas dans sa chambre pour lui prodiguer leurs encouragements ! Rappelons que la maladie débutait par une fièvre intense qui ne permettait pas au malade de se déplacer (variole majeure). Il ne devenait contagieux que 2 jours plus tard avec le début de l'éruption qui le rendait repoussant. Aussi, en l'absence de ventilation, pratiquement seules les personnes qui s'occupaient directement du malade ou qui lui avaient rendu visite, comme l'écrit d'ailleurs le Rapport final, pouvaient être contaminées.

De fait, ce nombre était, sauf exceptions, pratiquement indépendant de la densité de la population. Bien entendu ces considérations ne s'appliquent pas aux hôpitaux.

Par contre, une population importante permettait d'avoir de nombreux foyers simultanés.

 

Les faits auxquels le rapport InVS fait allusion sont relatés ainsi dans le document OMS (page 197) :

 

«In 1967 there was a vaccination coverage of 80.8% in the Matlab Thana, an area of about 194 square kilometres in Bangladesh. The population density was 582 per km², so that the density of unvaccinated persons was 112 per km². In that year 119 cases of smallpox were reported. This is not surprising »

 

Si cela était aussi évident, pourquoi n'avaient-ils pas vu ce problème avant de lancer le programme d'éradication en affirmant qu'ils étaient absolument certains d'obtenir la victoire en 4 ou 5 ans de vaccinations massives au taux de 80% ? Non, il s'agit ici d'une interprétation d'un fait et non d'un fait. Ce qu'ils ont observé peut s'interpréter autrement.

 En Conclusion : les arguments avancés ne permettent pas d'affirmer que R0 était grand dans les zones de haute densité de population.

Confirmation : en 1973 en Uttar Pradesh, dans des régions de haute densité et que le Rapport final nous dit être peu vaccinées, les prospections particulières avaient trouvé 1525 poussées pour 5989 cas soit en moyenne 3,93 cas par poussées. Cela implique qu'en moyenne il y avait au plus 3 cas secondaires associés à 1 cas initial. Comme l'immunité était très faible le R0 ne peut être beaucoup plus élevé que le nombre de cas secondaires. (Avec 50% d'immunisés bien répartis et en supposant que l'hypothèse Buchwald ne s'applique pas, cela donne R0=6.)

 

Voici une confirmation de poids puisque Henderson écrivait dans un document daté de 1971 et aujourd'hui sur le site de l'OMS  [8] page 7 (Prévention et endiguement pages 6-7) :

 

« On est aisément venu à bout de la variole même dans des régions où moins de la moitié de la population était vaccinée. »

 

« Chaque varioleux ne contamine en moyenne

que 2 à 4 personnes » 

 

 Voici une observation relatée par un médecin indien directeur des services de santé (document en ligne sur le site de l'OMS  [19]). Il a été constaté que même avec 97% de vaccinés la variole continuait à se transmettre :

Page 16 :

Observations au cours des prospections spéciales au Rajasthan (Dr Mahendra Singh)
 
« nous avons trouvé une transmission active avec une couverture vaccinale certifiée de 97%. Comme il est difficile de contacter et de vacciner chaque personne pour obtenir une couverture vaccinale complète à 100%, l'importance de la surveillance, les notifications précoces et la prompte mise en place des mesures de confinement  est le seul moyen d'arrêter la transmission de la maladie ».

 

L'hypothèse ''Buchwald'' validée par l'expertise OMS ?

On peut envisager que même à son insu cette expertise OMS aurait en définitive validé l'hypothèse de Buchwald. En effet, comment font-ils pour obtenir R0 très grand ? Par un raisonnement.

Prenons un exemple avec 5 cas secondaires par cas initial et 80% d'immunisés. Il faut alors R0=25 (I=96%) pour que ces 5 cas secondaires apparaissent parmi les 20% de non immunisés (susceptibles).

MAIS ATTENTION, c'est un raisonnement et non un fait car les 20 contaminés supposés, en plus des 5 cas observés, n'ont jamais été vu puisqu'il était impossible de savoir si une personne avait été contaminée, sauf si elle faisait la variole.

Ce raisonnement est fait sous la condition implicite que l'hypothèse " Buchwald'' soit fausse !

En effet, si cette hypothèse est vraie à 100% (tout vrai contact vacciné ''à chaud'' fait la variole) et qu'on vaccine tous les vrais contacts, R0 est égal au nombre de cas secondaires (tous les contaminés tombent malades).

Comme cette même expertise invalide en fait la conclusion ''R0 très grand'' à laquelle elle arrive par ce raisonnement, on pourrait en déduire assez logiquement que l'hypothèse''Buchwald'' n'était pas fausse !!!

Notons cependant que le raisonnement suppose aussi que les immunisés se répartissent de façon aléatoire parmi les contacts du cas.

Notons aussi qu'avant de lancer le programme d'éradication, R0 avait été estimé entre 1 et 5 par des études minutieuses réalisées dans des régions de hautes densité (Madras, Calcutta) et sur des populations entièrement susceptibles. R0 est alors égal au nombre de cas secondaires observés. Plus tard il n'était plus possible de trouver de telles populations. Il fallait alors faire un calcul tenant compte du nombre d'immunisés. Le problème est alors que si l'hypothèse ''Buchwald'' est vraie, les immunisés vaccinés ''à chaud'' perdent leur immunité.

On peut éradiquer la variole avec 80% de vaccinés

Ce sont ces observations qui avaient conduit les autorités sanitaires de l'OMS à annoncer un peu précipitamment dès 1958, mais en toute confiance, qu'il allait être possible d'éradiquer la variole en vaccinant seulement 80% de la population :

Conseil exécutif OMS, Janvier 1959

« il a été démontré

que l'éradication de la variole dans une zone d'endémicité

peut être obtenue par la vaccination ou la revaccination effective

de 80% de la population en l'espace de quatre à cinq ans »

Rapport final -Annexe 4 – p.79 [0]

Repris par l'Assemblée mondiale de la santé – mai 1959



Assemblée mondiale de la santé – mai 1960

« Convaincue du rôle essentiel de l’immunisation active, l’OMS a décidé en 1958 d’assurer l’éradication de la variole par des campagnes massives de vaccination.

Ce n’est pas une tâche d’une difficulté insurmontable et la décision est parfaitement conforme aux possibilités réelles.

Nous pouvons être tout à fait certains : les prochaines années nous apporteront la victoire.» 

 

Rétrospectivement on pourrait dire que ces experts vendaient la peau de l'ours et qu'il roulaient un peu, beaucoup... les mécaniques...c'est le moins qu'on puisse dire !

Mais cela confirme que même dans les régions de haute densité de population, la transmission restait modérée. Il n'est pas raisonnable de penser qu'ils auraient pu faire une erreur d'évaluation aussi énorme entre R0 ne dépassant pas 5 le plus souvent et R0 pouvant être très grand alors que les observations avaient été faites sur des populations entièrement susceptibles, là où R0 est directement observable.

On devrait bien évidemment accordé son crédit aux observations plutôt qu'à des conclusions reposant sur une hypothèse implicite (''Buchwald'' est fausse) que les auteurs n'ont même pas envisagée.



Vraies ou fausses flambées ?

La question est de savoir si les énormes flambées observées au niveau des cas notifiés étaient de vraies flambées ou étaient la conséquence d'une meilleure notification liée à des prospections particulièrement efficaces ? Voici les valeurs notifiées pour l'Inde :

Année

1970

1971

1972

1973

1974

1975

Cas notifiés

12800

16200

27400

88000

180000

1436



Après la formidable flambée de 1973-1974 avec des poussées qualifiées "d'inattendues et sans précédent"  par le rapport final, le dernier cas sera observé en mai 1975. Si ces poussées étaient seulement liées à une meilleure notification cela voudrait dire que ces cas se produisaient aussi les années précédentes et que ces poussées n'étaient donc qu'apparentes.

Il faudrait alors admettre qu'il y avait ces années là au moins 150000 cas non notifiés. Si les épidémies se sont ensuite rapidement arrêtées en 1975 c'est parce que les malades étaient isolés. Mais les années précédentes ça ne pouvait pas être le cas puisqu'ils étaient ignorés. Ils auraient donc fait des petits, ce qui aurait dû donner des centaines de milliers de cas supplémentaires qui seraient passé inaperçus alors qu'une campagne nationale d'éradication avait été lancée en 1962. Cela devient très peu vraisemblable et accrédite au contraire qu'il s'est produit en 1973-1974 une véritable flambée de cas même s'il y avait aussi une sous-notification importante. Il y a de la place pour les deux.

 

Beaucoup de ces cas étaient-ils des contacts ?

La question se pose alors de savoir si beaucoup des cas notifiés en 1973-1974 étaient des contacts ou des malades derrière lesquels on avait couru. Si c'étaient des contacts ils avaient été vaccinés ''à chaud''.

J'ai conservé un article de Sciences et Vie publié au début de l'année 1974 qui faisait le bilan de 1973 pour la variole en Inde. On y lit ceci (lire l'article en annexe) :

 

«Situation critique en Inde :

 Selon le Conseil indien de la recherche médical le vaccin contre la variole est devenu inefficace en Inde. 20000 morts en 1973 »

 

Mais ce Conseil se serait-il exprimé de cette façon si beaucoup de ces cas avaient été non vaccinés comme le Rapport final  voudrait le suggérer ? Au contraire ce communiqué ne peut se comprendre que si beaucoup étaient des vaccinés récents pour justifier le est devenu inefficace.

De plus, on sait que l'Inde avait pratiquement abandonné à l'époque la vaccination de routine car avec 600 millions d'habitants et 21 millions de naissances par an c'était le tonneau des Danaïdes*. Elle concentrait ses efforts sur la recherche des nouveaux cas, leur isolement rigoureux, la recherche des contacts, leur vaccination et leur surveillance. Cette activité mobilisait de nombreuses équipes pendant de longues durées.

 

*Voir à ce sujet la vidéo sous-titrée [14] de Larry Brilliant, un médecin qui, alors qu'il était en voyage de noces en Inde, s'était fait embaucher par l'OMS pour participer à la campagne d'éradication de la variole. Il dit avoir vu le dernier cas mortel de variole en Inde. Il montre la photo d'un nourrisson atteint par la variole, photo imprimée à 2 milliards d'exemplaires pour la montrer aux populations et inciter celles-ci à signaler des cas.

 

Il devient donc très vraisemblable que ces vaccinés récents qui faisaient la variole étaient des contacts. L'accroissement du nombre de cas pouvant alors s'expliquer par le fait que beaucoup d'entre-eux auraient évité la variole grâce à leurs vaccinations antérieures (voire grâce à une ancienne variole) et que ce serait effectivement cette vaccination supplémentaire qui serait la cause de ces flambées, confirmant ainsi l'hypothèse de Buchwald.

Voir aussi en complément de cet article mon article en PDF sur des  épidémies de variole Epid_miesVariole   [18] ( Sumatra, Inde, Philippines* ).

* Sur l'épidémie de 1918 aux Phiippines, et pour ne pas modifier mon texte pdf, j'ajoute ici une nouvelle référence datant en fait de juin 1929 "Smallpos and vaccination - Eberson", document aujourd'hui scanné et qui donnait à l'époque une explication pour le moins curieuse de cette épidémie. C'est page 403 : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1656190/?page=3

L'explication est curieuse ca même en admettant qu'il avait été pratiqué de fausses vaccinations la variole ne faisait pas autant de victimes avec une létalité aussi énorme de 65% en l'absence de vaccination comme l'attestent les témoins d'avant l'époque de la vaccination.

 

Une étrange anomalie

Le rapport final de 1980 révèle d'ailleurs une singulière anomalie. Son annexe 4 (pages 77-87) rapporte les ''résolutions du Conseil exécutif de l'OMS et de l'Assemblée mondiale de la santé relatives à la variole'' sans discontinuer entre mai 1958 (onzième Assemblée mondiale de la santé) et mai 1978 (trente et unième Assemblée mondiale) qui saluait la victoire sur la variole. Sans discontinuer, sauf entre mai 1973 où l'Assemblée mondiale s'inquiétait de ce qui commençait à se produire en Inde :

« Notant toutefois avec inquiétude que, dans quelques zones des pays où la variole endémique persiste, la situation apparaît actuellement plus grave que les années précédentes »

et mai 1975 où l'Assemblée mondiale se félicite des succès obtenus. Manquent les résolutions de janvier 1974 et 1975 du Conseil exécutif de l'OMS ainsi que celle de mai 1974 de l'Assemblée mondiale. Ces résolutions ne pouvaient passer sous silence la situation extrêmement critique en Inde à ces moments là. Qu'elles n'aient pas été retenues dans cette annexe ne peut pas être le fait d'un oubli. Faut-il envisager qu'elles n'existent pas ? Il suffit de lire les résolutions pour se rendre compte que ce serait invraisemblable.

 

ADDITIF (9 octobre 2011)

Je viens de découvrir sur le site de l'OMS le volume contenant les résolutions du Conseil exécutif et de l'Assemblée mondiale de la santé (AMS) pour les années 1973-1984 à l'adresse suivante :

http://whqlibdoc.who.int/wha_eb_handbooks/9242652067_Vol2.pdf

  «La présente édition cumulative du Recueil qui couvre la période 1973-1984 constitue le Volume II sous sa forme définitive»

{ puis cliquer sur la page 159 pour accéder aux textes ...}

{Pour le volume I regroupant les résolutions de 1948 à 1972 :

http://whqlibdoc.who.int/wha_eb_handbooks/9242652067_Vol1.pdf

Les résolutions concernant la variole  sont regroupées à partir de la page 159 dans le Volume II (89 pour le Volume I). On y trouve successivement la résolution du Conseil exécutif de janvier 1973, de l'AMS de mai 1973. Puis, comme dans l'annexe 4 du Rapport final on saute aussitôt à la résolution de l'AMS de mai 1975 !!!

Évidement ce fut d'abord une déception car j'avais passé beaucoup de temps pour dénicher ce document. MAIS que peut-on en penser ?

1- Le Conseil exécutif et l'AMS n'auraient exprimé aucune résolution sur la variole pendant toute cette période particulièrement cruciale et inquiétante et alors que la fin du film n'était pas connue, ni surtout aussi proche ? Compte tenu du fait qu'il y a eu des résolutions de l'AMS toutes les autres années, sans discontinuer de 1958 à 1980 inclus, cela me parait IMPENSABLE, IMPOSSIBLE même.

En effet ces résolutions relataient les échanges de cette Assemblée sur les problèmes posés par le programme d'éradication de la variole. Il est évidemment IMPOSSIBLE que cette Assemblée n'en ait pas discuté, d'autant plus que l'Inde était représentée et a certainement fait état de la situation catastrophique dans certaines régions de ce pays. Il est même très vraisemblable que l'Inde ait fait état du communiqué du Conseil indien de la recherche médical jugeant que le vaccin était devenu inefficace dans ce pays, attestant par la même que beaucoup de cas se produisaient chez des vaccinés récents.

De plus l'OMS comme l'AMS se comportaient dans ses résolutions comme des entraineurs encourageant leurs joueurs qu'étaient les Etats en lutte contre la variole : remerçiant les Etats qui offraient des vaccins, félicitant ceux qui avaient réussi ou qui progressaient, encourageant les autres etc". Difficile d'imaginer un silence de 2 ans en pleine tourmente et alors que le sort du programme d'éradication était en train de se jouer. Non, ce n'est pas possible, du moins c'est ma conviction après avoir lu toutes ces résolutions. J'invite donc le lecteur à en faire autant et à décider ensuite pour lui-même.

2- Qu'en penser alors ? Ce que j'écrivais déjà avant d'avoir trouvé ce recueil et qui se trouve ainsi fortement confirmé avec un niveau d'occultation que je n'osais envisager :

Compte tenu du communiqué du Conseil indien de la recherche médical, il est hautement vraisemblable qu'il  était fait allusion dans ces résolutions au fait que beaucoup des cas apparus en Inde en 1973 étaient des vaccinés récents alors que le Rapport final voudrait  attribuer ces flambées au fait (p. 47) :

« qu'il restait toujours une masse de non-vaccinés constamment grossie par le grand nombre des nouveaux-nés. Par conséquent, même lorsque la couverture de vaccination atteignait 85 à 90%, objectif pourtant difficile à atteindre, il restait dans les États d'endémicité une population chiffrée en dizaine de millions chez qui la transmission de la variole se perpétuait facilement. »

Il y avait alors eu  une incompatibilité notoire entre le contenu de ces résolutions et la volonté manifeste de l'OMS et des rapporteurs du Rapport final de ne pas risquer d'écorner le mythe vaccinal. Cela me parait suffisant pour expliquer une telle occultation à un niveau aussi élevé. C'est du niveau du secret militaire.

Notons aussi que cette affirmation suggérant que les épidémies se propageaient dans les zones très peu vaccinées et peuplées est en contradiction avec l'affirmation du même rapport final qualifiant,  quelques lignes auparavant, une telle flambée d'inattendue et sans précédent. En effet, ces zones mal vaccinées et fortement peulplées existaient forcément les années précédentes, impliquant que ces flambées existaient aussi mais seraient restées ignorées.

Ou alors, si vraiment cette résolution de la 26ième Assemblée mondiale de la santé de mai 1974 n'avait jamais existé, ce serait que les Etats et l'OMS n'auraient pu tomber d'accord sur un texte, la raison pouvant être alors, très vraisemblablement, celle que je soulève ici. 

Tout cela fait quand même 3 très grosses anomalies relatives aux seules années 1973-1974 pour la variole en Inde, c'est beaucoup !

Pour régler la question il faudrait avoir des informations sur le statut vaccinal des 88000+180000 cas notifiés en 1973-1974. Ou, plus simplement, combien y avait-il de contacts parmi eux. Le rapport final est totalement muet à ce sujet, se contentant de dire qu'il y avait beaucoup de non vaccinés mais sans dire si c'étaient eux qui, pour l'essentiel, expliquaient les chiffres de 1973-1974 alors que cette situation existait aussi les années précédentes.

Complément : la variole et la vaccination des contacts au 19è siècle en France

J'ai regroupé dans un article PDF plusieurs textes en relation avec ce thème et aujourd'hui aisément accessibles. On y découvre que l'hypothèse de Buchwald était déjà la rumeur publique et que les experts la formulait même si c'était pour l'écarter aussitôt sans autre argument qu'un revers de main. On y découvre aussi que la France avait connu, un siècle avant l'Inde, un phénomène analogue. Difficile alors d'en attribuer la raion, sans plus de recherches, à la densité très élevée de la population :

Variole au 19è siècle en France


[0]http://whqlibdoc.who.int/publications/a41464_fre.pdf

[1] http://www.labor-spiez.ch/fr/dok/fa/pdf_f/pocken_f_11_09.pdf

[2] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.3_fre.pdf

 

Ce document est complété par 2 autres sur les mêmes thèmes :

 

- Examen des recherches sur la variole par le Comité consultatif

 

http://www.who.int/csr/resources/publications/WHO_HSE_GAR_BDP_2010_4/fr/

 

- Le point sur les vaccins antivarioliques et les modèles animaux :

 

http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.5_fre.pdf

(il suffit de remplacer dans l'adresse le 3 par un 4 ou un 5)

[3] http://storage.canalblog.com/44/69/310209/46341859.pdf

[4] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2007/06/21/5380719.html

[5] ''La longue traque de la variole'' Collection Pour l'Histoire chez Perrin – 1985

[6] http://www.santepublique.org/fc/index.php/%C3%89pid%C3%A9miologie_des_maladies_transmissibles

[7] http://www.invs.sante.fr/publications/variole_2001/variole_2001.html

[8] http://whqlibdoc.who.int/smallpox/WHO_SE_71.28_fre.pdf

[9] http://jama.ama-assn.org/content/281/22/2127.full

[10] http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2004x038x001/HSMx2004x038x001x0099.pdf

[11] Fenner and all Smallpox and its Eradication – 1988

Il est en ligne par chapitre. L'adresse de la présentation  : http://whqlibdoc.who.int/smallpox/9241561106.pdf 

qui donne les liens vers les 31 chapitres et leurs pages (1421 pages !!!)

 Pages 64-65 du chapitre 1 il y a un passage sur la vaccination des contacts :

« vaccination must also be discussed as a form of prophylactic treatment, for it also modified the progress of the disease in persons vaccinated during the first few days of the incubation period.

 

The precedent for this concept was Pasteur's demonstration of protection against rabies by vaccination during the incubation period.

 

The different time-scales of the pathogenesis of vaccinia and variola provided hope that such prophylactic treatment, if carried out during the first week of the incubation period of smallpox, might ameliorate or sometimes abort the disease. »

[12] http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=5479

[13] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54497483/f33.image

[14] http://www.ted.com/talks/lang/fre_fr/larry_brilliant_wants_to_stop_pandemics.html

[15] http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA64/A64_17-fr.pdf

[16] www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/su48a6.htm

« Despite this, eradication was achieved by only the narrowest of margins. Its progress in many parts of the world and at different times wavered between success and disaster, often only to be decided by quixotic circumstance or extraordinary performances by field staff »

Bonne Traduction : http://www.polio-vaccine.com/fr/eradication/variole.html

[17]  Vaccinations le marché de l'angoisse - Dr Gerhard Buchwald - traduction française Alain Bernard

Edité par  l'association ALIS - Disponibilité :  http://www.alis-france.com/librairie_2.php

[18] Mon article PDF "Parmi les épidémies de variole" http://storage.canalblog.com/14/40/310209/69981297.pdf

[19] http://whqlibdoc.who.int/smallpox/SE_WP_70.12.pdf

 

Annexe

Contenu de l'article de Sciences et Vie

 

Médecine

 

Situation critique de la santé en Inde

 

Selon le Conseil Indien de la recherche médicale, le vaccin contre le choléra est devenu inefficace dans ce pays de même que celui contre la variole.

Il y a eu en 1973, 35000 cas de choléra contre seulement 10000 en 1968 et, toujours en 1973, la variole a tué 20000 personnes.

De plus, la pharmacopée classique est devenue impuissante contre des maladies comme la tuberculose, la lèpre, la filariose et d'autres maladies à virus.

A l'Institut Pasteur on nous a déclaré tout ignorer d'une diminution d'efficacité du vaccin anti-variolique. Néanmoins, aux récentes journées internationales de Bamako, il a été fait mention d'une « variole du singe » en Afrique seulement, maladie transmissible à l'homme. Il faudra donc peut-être mettre au point un nouveau vaccin contre cette maladie apparemment nouvelle.

Quant au vaccin contre le choléra, l'Institut Pasteur espère en effet, sortir bientôt un nouveau produit.

Mais que valent les vaccins sans un minimum d'hygiène.

 



 




 

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30 mai 2011

Éradication mondiale de la peste bovine : vaccination ou abattage ?

 

 

Le 25 mai 2011 l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l'Organisation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture (FAO) ont annoncé l'éradication mondiale de la peste bovine. Si dans les médias il fut beaucoup affirmé que ce succès avait été obtenue par la vaccination, le site de l'OIE affirme l'importance des mesures de contrôle comme la destruction des animaux malades et des troupeaux associés.

D'une façon analogue on retrouve les mêmes ingrédients qu'avec l'éradication de la variole humaine où tout le mérite est attribué à la vaccination alors qu'elle avait échoué et qu'il fallut recourir à la recherche des malades et à l'isolement des contacts.

 

L'annonce de l'éradication de la peste porcine

 

C'est le 25 mai 2011 que les 2 organisations mondiales des Nations unies, l'OIE [1] et la FAO [2] ont annoncé dans un communiqué la proclamation officielle prochaine, fin juin 2011, de l'éradication mondiale de la peste bovine :

 

« Pour la première fois dans l’histoire, le monde va être déclaré indemne d’une maladie animale: la peste bovine. Un seul autre exemple est répertorié à ce jour, l’éradication de la variole chez l’homme.

1924 et 2011 sont des dates emblématiques, toutes deux liées au combat mondial contre la peste bovine : la création de l’OIE suite à une nouvelle incursion du virus en Europe et à sa propagation sur d’autres continents,  et la déclaration commune officielle par l’OIE et la FAO de l’éradication mondiale de la maladie.

Ce succès a été possible grâce à un travail de coopération entre les organisations internationales et régionales, aux partenariats publics et privés, aux gouvernements et aux éleveurs. Mais cette réussite a surtout été possible grâce aux services vétérinaires et à la profession vétérinaire toute entière, le manque de ressources dans beaucoup de pays infectés constituant un frein majeur à la mise en place de stratégies de lutte efficaces.

Ainsi, 2011 est prétexte à célébration, d’autant plus que cette année coïncide avec le 250e anniversaire de la création de la profession vétérinaire. »

 

La presse et les revues annoncent la nouvelle en attribuant le succès à la vaccination, comme par exemple par Sciences et Avenir [3] :

 

« Le rôle clé de la vaccination
La peste bovine est une maladie virale, due à un virus de la famille des Paramyxoviridae, du genre Morbillivirus. La mise en place systématique de programme de vaccination dans les pays ayant connu une épidémie a permis d’éliminer progressivement la maladie de la surface du globe.
C’est donc la première maladie animale à être éradiquée. Chez l’Homme c’est la variole qui a connu le même sort et l’OMS espère pouvoir prononcer l’éradication de la rougeole* dans les prochaines années. »

* Il s'agit très certainement de la polio et non de la rougeole.

 

Et si c'était l'abattage des animaux malades et de leurs troupeaux ?

 

En effet chacun connait les méthodes drastiques utilisées dans les élevages quand une maladie contagieuse les frappe. Il serait douteux qu'elles n'aient pas été utilisées contre cette maladie. Un petit tour sur le site de l'OIE nous renseigne [4] aussitôt à ce sujet :

 

 

« Les mesures de contrôle de la peste bovine sont les suivantes :
- contrôle des transferts d’animaux,
- destruction des animaux infectés et des animaux ayant été au contact de ceux-ci,
- élimination des carcasses et du matériel infectieux,
-  mesures d’hygiène et désinfection.

Dans les années 80 le Programme mondial d’éradication de la peste bovine (GREP) a été lancé, coordonné par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en collaboration avec l’OIE et les principaux bailleurs de fonds tels que la Commission européenne. Pour aboutir au contrôle de la maladie, le GREP s’est basé sur les lignes directrices de l’OIE pourla surveillance et le contrôle de la maladie et sur le processus officiel de reconnaissance du statut sanitaire de l’OIE. »

 

L'OIE a son siège à Paris et aura été dirigée pendant 10 ans par le Français Bernard Vallat réélu après son premier mandat de 5 ans. Dans son éditorial sur ce succès il écrit :

 

« Les premiers pas de l’OIE dans la lutte contre la peste bovine notamment en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient ont consisté à établir une coopération scientifique avec les instituts de recherche nationaux existants afin de repérer les méthodes les plus efficaces pour éviter la propagation de la maladie, y compris la mise au point et la normalisation de vaccins sûrs et performants, et d’obtenir des consensus stratégiques pour les bases scientifiques de l’organisation des actions de contrôle et de prévention par ses pays membres.

Dès les années 1960 des campagnes massives de vaccination conduites par les pays membres concernés, accompagnées de mesures de contrôle classiques permirent une régression importante de la maladie, qui connut toutefois une réintroduction dévastatrice sur le continent Africain vingt ans plus tard, dans les années 1980. La réponse internationale à cette résurgence de la maladie fut, encore une fois, appuyée par l’action de l’OIE, notamment grâce à l’adoption et à la publication de « normes recommandées pour la mise en place de systèmes de surveillance épidémiologique de la peste bovine ».

 

On pourrait alors s'interroger sur la véracité de ce que rapporte Wikipedia [8] sur la FAO qui aurait annoncé selon ce site aux informations évolutives :

 

« La FAO annonçait que, grâce à la vaccination, la peste bovine devrait être officiellement éradiquée en mi-2011 »

 

Chacun reconnaitra l'analogie frappante avec l'éradication de la variole humaine. Après les échecs cinglants des campagnes de vaccination massive l'OMS s'est orientée vers la recherche active des malades, leur isolement rigoureux, la recherche active des contacts avec des critères pertinents, leur surveillance avec contrôle de leur température et leur isolement dès qu'elle dépassait 38° c'est à dire AVANT qu'ils deviennent contagieux. Malgré tout cela il est constamment affirmé avec la plus grande force que la variole a été vaincue par la vaccination...

Pour plus de détails sur cette passionnante affaire voir mon article sur ce blog [6] ainsi que le texte PDF associé [7].

Par comparaison on peut lirel'article "Variole, peste-porcine et bioterrorisme" du Docteur Jean-Yves Nau, journaliste médical au Monde  où, sur son blog,  il traite en ces termes de l'éradication de la variole :

"... la variole, maladie d’origine virale et fléau séculaire qui n’a pu commencer à être efficacement combattue que grâce à la vaccination. Après un plan de lutte lancé en 1967 (on comptait alors plus de dix millions de cas annuels de variole), l’éradication a été officiellement annoncée en 1980;  corollaire, la vaccination antivariolique fut alors abandonnée."

La rédaction se veut habile : il ne dit pas que la variole aurait été vaincue par la vaccination, il parle d'un "plan de lutte" mais sans décrire en quoi consistait ce plan.

 

 

[1] http://www.oie.int/fr/pour-les-medias/rinderpest-fr/

[2] http://www.fao.org/news/story/fr/item/79358/icode/

[3] http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/sante/20110526.OBS3984/la-premiere-maladie-animale-eradiquee.html

[4] http://www.oie.int/fileadmin/Home/fr/Media_Center/docs/pdf/Disease_cards/RINDERPEST-FR.pdf 

[5] http://www.oie.int/fr/pour-les-medias/editoriaux/detail/article/lodyssee-de-leradication-de-la-peste-bovine/

[6] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2007/06/21/5380719.html

[7] http://storage.canalblog.com/44/69/310209/46341859.pdf

[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_bovine

 

 

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24 mai 2011

Multiplier les vaccinations favoriserait la mort subite du nourrisson

 

 

Une étude publiée le 4 mai 2011 dans la revue Human and Experimental Toxicology suggère un lien entre le nombre de doses de vaccins administrés aux nourrissons et leur taux de mortalité. Par exemple, les États-Unis avec 26 doses ont un taux de décès de 6,22 pour 1000 naissances. En revanche, la Suède et le Japon ont des taux de décès de 2,75 et 2,79 alors qu'ils ne recommandent que 12 vaccins. La France recommande 19 vaccins et enregistre 3,33 décès pour 1000. Ainsi, l'accumulation des doses de vaccins pourraient être une cause majeure ignorée du syndrome de mort subite du nourrisson.

 

L'étude est en anglais mais on peut trouver un résumé en français (non rédigé par les auteurs).

 

Interpellés par le fait que les USA, malgré leur niveau de vie, aient un taux de décès élevé chez les nourrissons (6,22 pour 1000) tout en détenant le record du monde du nombre de doses de vaccins à administrer aux nourrissons, les auteurs ont trouvé 33 pays ayant des taux de décès inférieurs à celui des USA. Ils les ont regroupés selon le nombre de doses de vaccins utilisés comme par exemple la Suède, le Japon, l'Islande, la Norvège, le Danemark et la Finlande comme administrant entre 12 et 14 doses de vaccins. Cinq autres pays sont regroupés comme administrant entre 15 et 17 doses. Onze pays utilisent entre 18 et 20 doses. Parmi eux la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Suisse, la Belgique, la Grande Bretagne. Puis 8 pays entre 21 et 23 doses dont le Portugal, l'Autriche, le Luxembourg, l'Irlande, la Grèce. Puis enfin 4 pays utilisent entre 24 et 26 doses, les Pays Bas, le Canada et l'Australie étant à 24 doses, les USA étant les seuls avec 26 doses.

 

Les auteurs ont alors défini le taux moyen de décès pour chacun de ces 5 regroupements puis calculé le coefficient de corrélation linéaire qui est 0,992 alors que la perfection serait 1 si tous les points étaient parfaitement alignés sur une droite. De plus, la pente de la droite ajustant ces points est significativement non nulle. De plus encore, les auteurs obtiennent des écarts significatifs entre les taux de décès des différents groupes.

Les auteurs reconnaissent certaines limites à leur étude, restriction commune à toutes les études de ce genre  et sur de tels questions. Néanmoins, il est très surprenant que des pays de haut niveau de vie comme les USA et le Canada aient des taux de décès chez les nourrissons significativement plus élevés que d'autres pays comparables (6,22 pour les USA; 5,04 pour le Canada) tout en utilisant plus de 2 fois plus de doses de vaccins (26 ou 24) que la Suède et le Japon (12 doses) et qui ont des taux de décès très inférieurs (2,75 et 2,79).

On peut aussi noter que les Pays-Bas avec 24 doses et un taux de décès de 4,73 font moins bien que la France qui vaccine moins avec 19 doses et a un taux de décès de 3,33. Certains regrettent, parmi nos parlementaires en particulier, que la France ne vaccine pas davantage comme le démontre le colloque organisé le 4 mai 2011 sur les vaccinations par des parlementaires et auquel j'ai assisté (3ième rencontres parlementaires sur les vaccins; Maison de la Chimie à Paris).

 

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23 mai 2011

Éradication de la polio : une situation très contrastée où rien n'est joué

 


 

Il y a peu, l'Inde et le Nigeria semblaient très loin de pouvoir réussir l'interruption de la transmission du virus polio sauvage. Aujourd'hui ces pays paraissent sur le point d'y parvenir. En revanche, la transmission du virus s'est rétablie dans des pays qui étaient exempts de polio comme l'Angola, le Tchad et la République démocratique du Congo et elle fait mieux que se maintenir au Pakistan considéré comme le principal obstacle à la réussite de l'opération, obstacle qui pourrait compromettre les résultats fragiles obtenus ailleurs et qui le resteront tant que le problème de l'eau ne sera pas mieux résolu.

 

 

Dans le REH (Relevé épidémiologique hebdomadaire) n°20 du 13 mai 2011 l'OMS dresse un bilan de l'évolution de la poliomyélite dans le monde. Elle peut se réjouir de constater que les 2 bêtes noires de l'éradication qu'étaient l'Inde (42 cas en 2010) et le Nigeria (21 cas en 2010) paraissent sur le point de réussir à éliminer le virus polio sauvage. C'est presque inespéré et ce succès est à attribuer, selon l'OMS, à la remarquable efficacité du tout nouveau vaccin bivalent contre les types 1 et 3.

 

Mais, comme l'hydre à 12 têtes, il suffit d'en couper une pour qu'une autre repousse aussitôt : en effet, 3 pays auparavant indemnes de poliomyélite voient celle-ci se réimplanter : l'Angola, le Tchad et la République démocratique du Congo :

 

« Le PVS continue de se transmettre de manière incontrôlée au Pakistan, en Angola, au Tchad et en République démocratique du Congo. » « qui vise à interrompre, d’ici fin 2011, les transmissions qui se sont rétablies, a échoué en Angola et au Tchad.

 

« Les progrès accomplis en vue des échéances de l’éradication de la poliomyélite ont été mitigés. Si les flambées qui s’étaient déclarées en 2009 ont été maîtrisées, celles qui se sont récemment produites en Côte d’Ivoire et au Mali sont préoccupantes. Des progrès importants ont été accomplis pour réduire la transmission du poliovirus sauvage au Nigeria, encore que la non-adhésion persistante à la vaccination dans plusieurs zones à haut risque et la diminution des possibilités d’engagement politique en raison des élections à venir soient des sujets de préoccupation. »

 

Les flambées dans des pays auparavant exempts et les difficultés pour stopper ces flambées pourraient préfigurer ce qui se produira quand le virus sauvage aura été éliminé et que l'utilisation du VPO (vaccin polio oral) aura été arrêté comme cela est prévu depuis longtemps et jugé indispensable :

 

 

REH n°15 du 14 avril 2006

 

« La poursuite de la vaccination par le VPO, soit seule, soit associée au VPI, n’est pas possible car elle conduirait inéluctablement au rétablissement de la transmission des poliovirus dans le monde et réduirait à néant tous les efforts de l’initiative d’éradication de la poliomyélite.

Elle pourrait également être associée, d’après une modélisation soigneuse et une analyse coût/efficacité, au nombre de cas attendus le plus élevé des 3 scénarios étudiés (poursuite du VPO systématique, passage au VPI universel, ou absence de vaccination contre la poliomyélite) pour la période de l’après-VPO, en raison de la charge de morbidité bien connue des flambées de PPAV*, ou de celles dues à des virus dérivés de souches vaccinales excrétés par des sujets immunodéficients et à des virus circulants dérivés de souches vaccinales. »

 

Autrement dit, selon les modélisations, il vaudrait mieux cesser toutes vaccinations plutôt que maintenir la vaccination orale à virus vivant.

* Paralysie poliomyélitique associée à la vaccination. Il y a une faute de frappe dans ce REH : on y lit PFAV mais il faut lire PPAV comme le confirme la version anglaise.

 

REH n°23 du 4 juin 2010

« Étant donné les progrès réalisés en vue de l’éradication de la poliomyélite, de nombreux pays industrialisés sont dernièrement passés de l’utilisation du VPO à celle du VPI dans les programmes de vaccination systématique, principalement afin d’éliminer le poids de la poliomyélite paralytique associée au vaccin (PPAV), une manifestation indésirable rare associée au VPO. »

 

Les paralysies poliomyélitiques associées à la vaccination (PPAV) sont donc qualifiées de ''rares'' tout en reconnaissant qu'elles provoquent des ''flambées''... Leur fréquence étant suffisante pour conduire ou même contraindre à l'abandon du vaccin oral en raison d'une ''charge de morbidité bien connue''.

Une étude en français sur les conséquences de la pression vaccinale sur le monde des entérovirus avait été exposée les 14-15 octobre 1999 à l'Institut Pasteur de Paris. Elle s'intitulait : "Campagne intensive de vaccination avec le vaccin polio oral : quelles répercussions sur le monde des entérovirus ? " On y lit :

« Dans la phase de pré-éradication de la poliomyélite qui s’amorce avec le nouveau millénaire, se posent cependant deux problèmes de génétique et d’écologie virale qui pourraient compromettre l’opération, sinon amoindrir les bénéfices attendus.

D’une part, la mise en évidence de quelques souches vaccinales mutantes ayant circulé durant une longue période suggère que le VPO pourrait entretenir un réservoir de souches pathogènes et être un obstacle à l’éradication du virus. »

C'est la problématique majeure de l'éradication de la polio : l'instrument de cette éradication - le VPO - est en même temps l'instrument du maintien de la polio ! Comme ces campagnes massives en 1999 se sont encore considérablement intensifiées depuis, les problèmes posés n'ont pu que s'aggraver.

Les auteurs poursuivent :

« D’autre part, dans le cas où l’éradication de la poliomyélite serait cependant établie, il paraît dorénavant souhaitable d’anticiper sur l’évolution des entérovirus dans un monde sans poliovirus, et d’évaluer dans quelle mesure les entérovirus non-polio (ENPV) pourraient être à l’origine de nouvelles souches épidémiques particulièrement pathogènes pour l’homme. »

Autrement dit, la cessation de la circulation des poliovirus pourrait s'accompagner de la création de nouvelles souches d'entérovirus particulièrement dangereuses …

En fait la SEULE vraie solution aux problèmes est et restera la maîtrise de l'eau consommée par les populations. On aurait pu commencer par cela.

 

« En 2010, 11 pays ont notifiés des cas faisant suite à une importation de PVS , dont une flambée au Tadjikistan comptant 458 cas notifiés dus au PVS1 et faisant suite à une importation ayant un lien génétique avec un PVS circulant en Inde en 2009. Ensuite, la flambée s’est propagée du Tadjikistan au Turkménistan, au Kazakhstan et à la Fédération de Russie. Une flambée avec 382 cas notifiés s’est aussi produite en République du Congo. En 2010, les flambées ont été interrompues dans 9 pays; en 2010, les flambées ayant lieu dans 2 pays (Congo et Ouganda) et en 2011, dans 4 autre pays (Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Niger), sont en bonne voie d’être interrompues dans les 6 mois suivant la confirmation du cas initial. »

 

Ces événements préfigurent ce qui pourrait se produire quand le PVS sera éliminé, que le vaccin oral sera suspendu, que l'immunisation des populations faiblira et que les PVDSV circuleront encore : des flambées pourront apparaître dans de nombreux endroits du monde, cela est prévisible sans être spécialement doté de voyance. Cela illustre aussi ce qui se produit quand les pays avancent de façon décalée : des pays indemnes sont réinfectés par des pays endémiques. Cela se produit aussi avec la rougeole pour laquelle il aurait sans doute fallu commencer par les pays les plus difficiles, en particulier l'Afrique.

 

Le Rapport du Secrétariat de l'OMS du 3 avril 2008 précise les différents problèmes :

 

« Détermination des risques à long terme associés au poliovirus »

« Une fois interrompue la transmission du poliovirus sauvage, les principaux risques associés au poliovirus sont les suivants :

flambées dues à des poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales du fait de la poursuite de l’utilisation du vaccin antipoliomyélitique oral. On estime actuellement que, dans le monde, le risque annuel de telles flambées est compris entre 60 et 95 % et entre 1 et 3 % trois ans après l’arrêt synchronisé de l’utilisation du vaccin oral ;

cas de poliomyélite paralytique associés à la vaccination, du fait de la poursuite de l’administration du vaccin antipoliomyélitique oral à des sujets non immuns. On estime que ces cas sont au nombre de 250 à 500 chaque année dans le monde ;

excrétion de poliovirus dérivés du vaccin par des personnes présentant une immunodéficience : à l’heure actuelle, on sait que trois personnes au plus continuent d’excréter le virus de façon chronique3 sans que cela n’ait jamais été associé à de quelconques cas secondaires ;

réintroduction de poliovirus sauvages ou dérivés de la souche Sabin provenant d’un lieu où sont conservées des souches vaccinales (laboratoires de diagnostic, de recherche et de contrôle de la qualité et fabricants de vaccin antipoliomyélitique). Actuellement, plus de 600 sites sont recensés comme conservant des stocks de poliovirus sauvages. »

 

Une commission a évalué la faisabilité et les obstacles à l'éradication de la polio. Elle a consigné ses observations et recommandations dans un document publié le 20 octobre 2009. Il s'intitulait :

« Évaluation indépendante des principaux obstacles à l’interruption de la transmission du poliovirus »

 

« On retrouve dans les principaux obstacles techniques à l’éradication le fait que certains cas de poliomyélite se sont produits chez des enfants qui avaient reçu plus d’une dizaine de doses de VPO. En Afghanistan, il apparaît que plusieurs cas récents sont survenus chez des enfants qui n’avaient pas voyagé et n’avaient pas été en contact avec des enfants provenant de zones d’endémie. En revanche, ils étaient en contact avec des enfants plus âgés ou de jeunes adultes de retour du Pakistan, ce qui pose la question de la participation des sujets plus âgés à la chaîne de transmission. »

 

Plus spécifiquement en Inde

 

« Les efforts d’éradication de la poliomyélite en Inde constituent un programme bien visible et reconnu, s’appuyant sur une solide mobilisation des communautés et des éléments de communication, notamment en Uttar Pradesh et au Bihâr, les États d’endémie. La population connaît bien les symptômes de la poliomyélite, les avantages du VPO et le groupe ciblé (les enfants de moins de 5 ans); les réticences du début dans des groupes minoritaires ont largement disparu grâce à la mobilisation active des responsables ou des personnes influentes dans les communautés. »

 

« À titre d’exemple, avec 187 millions d’habitants, dont 38 millions d’enfants de moins de 5 ans, chaque tournée de vaccination dans l’État de l’Uttar Pradesh mobilise quelque 200000 agents et 22000 superviseurs pour 33 millions de foyers. Il y a 110000 postes fixes et 64000 équipes faisant du porte-à-porte. »

 

Quand le vaccin injectable (VPI) remplacera le vaccin oral (VPO) il ne sera plus possible d'utiliser des bénévoles pour faire du porte à porte pour aller vacciner et personne ne sait comment les vaccinations pourront alors se réaliser.

 

« La transmission est favorisée par les conditions environnementales prévalant dans toutes les zones visitées où la circulation du poliovirus sauvage persiste: défécation n’importe où, contamination de l’approvisionnement en eau, surpopulation extrême (avec une densité de base de 1000/km2 dans la zone de la Kosi, les populations rurales doivent encore s’entasser sur un dixième de leur territoire au moment des inondations qui accompagnent la mousson). À tous ces facteurs s’ajoutent une prévalence très élevée de la malnutrition, l’insalubrité des aliments d’appoint et un taux de natalité très élevé, avec un espacement des naissances de seulement un an dans certains cas. Dans ces conditions, la vulnérabilité des plus jeunes à la poliomyélite et à d’autres infections par des entérovirus devient manifeste. »

 

« Si une amélioration générale de l’assainissement semble très improbable dans un avenir prévisible, l’attention portée à la salubrité de l’eau et à l’hygiène, en particulier pour les moins de 2 ans, est une intervention utile à examiner. Plus précisément, aucun puits tubulaire dans la zone de la Kosi n’était protégé par des socles ou des plates-formes et nombre d’entre eux étaient entourés d’eau sale stagnante. On nous a dit qu’on avait mis en évidence E. coli*, signe de contamination fécale, dans 80% des puits de cette zone. »

 

* Il s'agit du colibacille Escherichia Coli présent dans l'intestin sous formes généralement non pathogènes. Cependant, certaines souches peuvent être responsables de diarrhées chez le nourrisson. Voir l'encyclopédie Wikipédia.

 

« Nous pensons que le désenchantement d’observer des cas décrits comme étant de la poliomyélite après l’administration de multiples doses vaccinales (10–20) est un puissant facteur de démoralisation dans le programme. Dans de nombreux cas, il pourrait s’agir d’une protection incomplète des muqueuses avec l’infection des intestins par le poliovirus sauvage qui en résulterait, sans pour autant signifier un échec du vaccin et de la protection qu’il confère contre cette maladie. »

 

« La persistance de la circulation de poliovirus sauvages malgré l’administration de nombreuses doses de VPO est préoccupante et semble indiquer que, dans le contexte indien, soit l’immunité intestinale reste incomplète après de multiples doses de VPO, soit, malgré la présence d’une immunité intestinale, la densité de poliovirus sauvages dans l’environnement indien est telle qu’elle permet une excrétion continue et la transmission. Les conséquences de ces observations pour la santé publique sont effrayantes. Il faut obtenir d’urgence des informations plus complètes sur l’immunité intestinale dans l’environnement indien. »

 

« La transmission est favorisée par les conditions environnementales prévalant dans toutes les zones visitées où la circulation du poliovirus sauvage persiste: défécation n’importe où, contamination de l’approvisionnement en eau, surpopulation extrême (avec une densité de base de 1000/km2 dans la zone de la Kosi, les populations rurales doivent encore s’entasser sur un dixième de leur territoire au moment des inondations qui accompagnent la mousson). À tous ces facteurs s’ajoutent une prévalence très élevée de la malnutrition, l’insalubrité des aliments d’appoint et un taux de natalité très élevé, avec un espacement des naissances de seulement un an dans certains cas. Dans ces conditions, la vulnérabilité des plus jeunes à la poliomyélite et à d’autres infections par des entérovirus devient manifeste. »

 

« Est-ce que les graves problèmes environnementaux, inondations, saleté, assainissement, mauvaise qualité de l’eau, forte densité de la population, en particulier dans les zones périurbaines et les squats, ainsi que dans les petits îlots isolés sur les lits des rivières, réussissent à entretenir la circulation du poliovirus sauvage malgré des taux de couverture extrêmement élevés pour le VPO? Il faut faire un échantillonnage plus complet de l’environnement pour mieux comprendre la persistance des poliovirus sauvages dans ces milieux inhabituels. »

Par ailleurs, dans son numéro d'octobre 2010 InfoPolio, la magazine du site de l'OMS dédié à l'éradication de la polio reconnaît qu'en Inde, le Bihar et l'Uttar Pradesh « restent les Etats à plus haut risque pourl’éradication de la poliomyélite du fait que se combinent de manière unique une densité élevée de population, d’importantes cohortes de naissances, un assainissement et une hygiène médiocres, et une vaccination systématique insuffisante. »

C'est bien reconnaître qu'il y a plusieurs facteurs combinant leurs effets. Si on ne peut modifier la densité de population ni réduire l'importance des cohortes de naissances on peut agir sur l'assainissement et l'hygiène même si ces problèmes sont sans doute très difficiles à résoudre dans un tel contexte.

 

La lassitude devant les campagnes de vaccination

« Les campagnes des initiatives pour l’éradication de la poliomyélite ont provoqué une lassitude dans les communautés aussi bien en Angola qu’au Soudan. Ce point ressort particulièrement en Angola où il y a une demande d’autres services que la vaccination antipoliomyélitique. Au Soudan, cette vaccination a été régulièrement refusée dans un État, Equatoria Ouest. »

 

Commencé en 1988 et devant se terminer en 2003 par la proclamation officielle de l'éradication mondiale de la poliomyélite comme l'AMS (Assemblée mondiale de la santé) l'avait fait en 1980, le programme d'éradication de la polio pourrait s'essouffler en raison des annonces non tenues du succès et des multiples prolongations et modifications coûteuse non prévues. Ainsi, l'échéance de l'an 2000 pour annoncer la fin de la transmission du virus sauvage fut repoussée en 2002. En novembre 2002 l'OMS annonçait encore que l'interruption de la transmission était réalisable pour janvier 2003 si elle recevait tant de millions de dollars qui lui manquaient et que sans cela la fin de la transmission serait repoussée à Pâques 2003 et que l'opération couterait beaucoup plus cher...Pâques, la Trinité ...l'OMS repousse les échéances à 2005 pour l'interruption de la transmission et 2008 pour la proclamation officielle de l'éradication.

L'opposition du nord du Nigeria aux campagnes de vaccination menées par l'Unicef permettront à l'OMS d'attribuer un moment les échecs et les retards à ces refus, l'Inde devenant le modèle qui allait éliminer la polio avant le Nigeria. Mais les états du Bihar et de l'Uttar Pradesh au nord de l'Inde connurent alors d'importantes épidémies de polio sans rapport avec celle du Nigeria. Il fallut alors reconnaître que les échecs avaient d'autres causes que le seul refus de vaccination.

La cause profonde à tous ces problèmes est liée à l'eau consommée par les populations : la polio se transmet essentiellement par l'eau souillée par des excréments humains porteurs de virus polio. Cette transmission s'opère aussi bien avec les virus vaccinaux oraux que sauvages ou dérivées de souches vaccinales après recombinaison avec d'autres entérovirus. Il sera sans doute impossible d'éradiquer vraiment les virus polio, qu'ils soient sauvages ou non, sans apporter une réponse suffisante au problème de l'eau. Et d'abord par l'éducation des populations qui doivent apprendre à ne plus souiller celle-ci par des habitudes ancestrales désastreuses. Beaucoup d'argent et de bénévolat ont été mobilisés pour inciter les populations à se faire vacciner. Si les mêmes efforts avaient été orientés dans une autre direction les résultats auraient pu être beaucoup plus importants pour la santé des populations.

En 1988 l'OMS avait fait miroiter aux États qu'ils pourraient abandonner la vaccination contre la polio en 2003 et que les économies ainsi réalisées pourraient être investies dans d'autres programmes de santé. On est très loin du compte...A la question ''que deviendront les virus vaccinaux introduits par les campagnes de vaccination'' l'OMS avait alors répondu qu'ils disparaitront en quelques mois après l'arrêt de la vaccination orale. On sait aujourd'hui qu'ils peuvent circuler à bas bruit pendant 10 ans avant de ressortir sous forme virulente et paralysante...

 

La problématique des changements de vaccins

Dans le REH n°21 du 20 mai 2011 le SAGE* s'interroge sur les changement de vaccins dans le programme d'éradication de la poliomyélite dont il rappelle d'abord les raisons (p.218) :

« L’objet principal de la troisième réunion du groupe de travail du SAGE sur le VPI a été la faisabilité et les conditions nécessaires potentielles pour passer des vaccins antipoliomyélitiques oraux renfermant une composante de type 2 (par exemple le VPO trivalent, VPOt) à des vaccins contenant uniquement les types 1 et 3 (VPO bivalent, VPOb) pour la vaccination systématique avant la certification mondiale de l’éradication des 3 sérotypes. La raison pour laquelle on envisage ce changement est la poliomyélite paralytique due à la composante de type 2 (PPAV) et au poliovirus de type 2 circulant dérivé de la souche vaccinale (PVDV2c), qui continue de se produire malgré l’éradication du poliovirus sauvage de type 2. »

* SAGE : Groupe stratégique consultatif d'experts.

 

Le SAGE s'interroge alors sur le risque d'avoir à réintroduire un jour le vaccin oral de type 2 :

« Tout en admettant cette raison, le SAGE s’est montré préoccupé par la question du passage du VPOt au VPOb qui ne devait pas détourner l’attention de l’objectif d’éradication du virus sauvage et a suggéré que l’on demande le point de vue des Régions africaine et de la Méditerranée orientale. Il a convenu qu’au cours des 12 prochains mois le programme devrait évaluer plus avant les conditions nécessaires, les risques et les avantages, la faisabilité et les répercussions programmatiques de ce passage. Cette évaluation doit comprendre un dialogue avec les fabricants de vaccins, en particulier concernant les conséquences d’un redémarrage de la production du VPOt s’il s’avérait nécessaire. »

Les préoccupations du SAGE ne paraissent pas claires : pour quelles raisons faudrait-il un jour réintroduire un vaccin oral de type 2 ? Parce que le type 2 sauvage reviendrait ? Le SAGE lui-même reconnaît son éradication (il n'a plus été vu depuis octobre 1999). Pour contenir les virus de type 2 dérivés de souche vaccinale ? Ce serait plus plausible mais alors pourquoi rappeler que l'objectif principal serait l'éradication du virus sauvage ? En fait, le SAGE semble surtout préoccupé par le virus sauvage comme il le confirme :

« Il faudra relier toute décision concernant le moment auquel un tel passage s’opérera au respect des échéances importantes de l’éradication de la poliomyélite afin de réduire au minimum tout risque potentiel de mettre en danger les efforts d’éradication du poliovirus sauvage. »

Par ce commentaire le SAGE semble démontrer qu'il n'a pas conscience que l'éradication du poliovirus sauvage n'aura aucun sens si des poliovirus dérivés de souches vaccinales se maintiennent car ils pourraient prendre la place du sauvage en provoquant les mêmes paralysies et en ayant les mêmes propriétés de circulation que le sauvage. En 1988 la définition de l'éradication de la polio était l'éradication du poliovirus sauvage. On sait aujourd'hui que cette définition est surannée et l'OMS l'a reconnu mais le SAGE, malgré sa sagesse, ne semble pas l'avoir compris ni entériné.

 

 

REH n°23 du 4 juin 2010

« On a des preuves solides de l’efficacité du VPO pour lutter contre la poliomyélite et éliminer la circulation des poliovirus, ... Le VPO a été le vaccin de choix de l’Initiative mondiale d’éradication de la poliomyélite; il a permis d’éradiquer le poliovirus sauvage de type 2 ... »

Le problème justement est que si le virus sauvage de type 2 a disparu, un virus de type 2 tout aussi virulent continue de circuler. C'est un virus dérivé de la souche vaccinale utilisée pour le VPO trivalent et c'est pour ne plus risquer de le réintroduire que l'OMS a demandé la production de vaccins monovalents de types 1 ou 3 puis du bivalent regroupant les types 1 et 3. Les poliovirus de type 2 dérivés de souche vaccinale sont en effet aussi dangereux que les sauvages comme l'a établi une étude publié le 24 juin 2010 dans The New England journal of medecine :

 

« Implications of a Circulating Vaccine-Derived Poliovirus in Nigeria »

« The attack rate and severity of disease associated with the recent cVDPV identified in Nigeria are similar to those associated with WPV. International planning for the management of the risk of WPV, both before and after eradication, must include scenarios in which equally virulent and pathogenic cVDPVs could emerge. »

Ma traduction :

« Le taux d'attaque et la gravité de la maladie associée aux PVDVc (Polio virus circulants dérivés de souches vaccinales) identifiés récemment au Nigeria sont semblables à ceux associés au PVS (Polio virus sauvage). Le plan international pour la gestion du risque du PVS, à la fois avant et après l'éradication, doit inclure les scénarios dans lesquels des PVDVc également virulents et pathogènes pourraient émerger. »

REH   n°49 du 3 décembre 2010

Il annonce qu'en 2010 la région OMS Amérique a éliminé la rougeole.

On peut t trouver les définitions de l'OMS pour distinguer en particulier l'éradication et l'élimination. A consulter.

Posté par BernardGue à 12:25 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
29 avril 2011

Vaccins : des parlementaires veulent gagner la bataille de l'opinion …

 

 

C'est le thème du prochain colloque piloté par des parlementaires le 4 mai 2011. Pour eux, la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 l’a confirmé, le vaccin n’emporte plus la confiance automatique des populations qu’il prétend soigner : il manque un socle fondamental en France sur les impératifs de la vaccination. A-t-on choisi les bons acteurs pour atteindre nos objectifs renchérira le président du CTV qui dénoncera les limites de la médecine générale et déclarera qu' il faut revoir le système …

 

 

Le mercredi 4 mai 2011 des parlementaires pilotent à la Maison de la Chimie à Paris, à 2 pas de l'Assemblée Nationale, leur troisième rencontre parlementaire sur les vaccins. Comme celui auquel j'avais assisté le 4 mars 2009 (voir mon article) et qui titrait « Vaccins : une excellence française à préserver ». Ce sont les mêmes parlementaires qui pilotent et participent, les députés Yves Bur, Jean-Pierre Door.

 

Titre du colloque auquel j'ai prévu d'assister pour écouter et noter, pas pour intervenir :

« Vaccins : Gagner la bataille de l'opinion – Acquérir un rôle pionnier à l'international »

 

Il est organisé par AgoraEurope qui propose le programme de la journée. L'objectif du colloque est biaisé dès son titre : il s'agit de gagner ''la bataille de l'opinion'' comme si l'opinion pouvait  être encore l'enjeu d'un combat des chefs pour s'emparer d'elle ! L'opinion serait la biche qui regarde le combat entre 2 cerfs mâles en attendant de se donner au vainqueur. A l'heure d'internet, de la circulation des idées et de l'information c'est devenu complètement archaïque.

« Dans ce combat à remporter, disent les députés organisateurs, ne faut-il pas mobiliser tous les acteurs de la chaîne de santé ? A cet égard et dans le contexte actuel de suspicion exacerbée à l’égard des laboratoires pharmaceutiques, il nous parait opportun d’étudier objectivement le rôle joué par les entreprises du médicament. Nous en discuterons publiquement avec eux. L’après-midi, nous élargirons notre propos à l’examen de notre politique sanitaire à l’étranger. »

Les députés sont des élus qui doivent vaincre des adversaires et pour cela convaincre les électeurs de voter pour eux. Mais la lutte contre les maladies infectieuses ne consiste pas à triompher d'un adversaire comme on le fait en politique. L'ennemi est le virus ou le bacille et on n'affronte pas le virus H1N1 ou le bacille de  Koch comme un adversaire politique. Nos parlementaires sont encore très loin de comprendre qu'il n'y a aucun combat à remporter ni même à mener, au sens où ils l'entendent. D'ailleurs, du fond de sa caverne, le fameux BK s'amuse beaucoup de ce genre d'attitude qui conduit à promouvoir un vaccin parce que c'est un vaccin ...

 

Pour ce colloque, l'objectif n'est visiblement pas de rechercher et promouvoir la meilleure stratégie de lutte contre des maladies mais de faire accepter des vaccins par la population nationale et au delà. Ce n'est pas nouveau : la façon dont la vaccination BCG a pollué et compromis la lutte antituberculeuse en France est démonstrative. Voir mon blog spécialisé à ce sujet.

En attendant cette journée passionnante voici un aperçu du programme qui va nous donner des indications sur son orientation.

 

Le matin

« Gagner la bataille de l'opinion.

Comment renforcer l’acceptabilité sociale des vaccins et associer les citoyens aux décisions ? Garantir la confiance du grand public. Quelles mesures opérationnelles ? »

 

Tout un programme ! On imagine assez facilement ce qui se prépare derrière ces mots car il en a déjà été question au cours des auditions parlementaires sur la pandémie. Voici ce qui fut proposé : introduire de la ''démocratie sanitaire'' en organisant des états généraux de la vaccination. Un panel de citoyens déclaré représentatif  serait choisi et comme ces membres ne connaitront rien aux vaccinations on les formera au préalable pendant 2 jours …

Tout est clair !!!

On imagine le spectacle ! D'abord, pour commencer, on leur dira que la variole a été vaincue par la vaccination généralisée, systématique et obligatoire. Mais allez voir mon article sur le sujet...Nos braves citoyens formatés et honorés d'être là valideront ce que les organisateurs voudront pour que ceux-ci puissent clamer partout qu'un panel représentatif du peuple à déclaré que la vaccination telle que proposée par les autorités sanitaires était bonne pour lui !

 

Mais une vraie démocratie sanitaire ne saurait être cela : pour être digne de ce nom et non d'une parodie de théâtre il faudrait que tous les problèmes soient mis sur la table et présentés par des personnes capables de les exposer. A commencer par l'éradication de la variole. Puis l'affaire du BCG et des tests tuberculiniques, les vicissitudes du programme d'éradication de la polio et de l'élimination de la rougeole, l'affaire de la vaccination hépatite B et des zones d'ombres autour de certaines études etc.

 

Parmi les interventions prévues

Didier HOUSSIN, directeur général de la Santé

- Évolution de la stratégie vaccinale en France ; les leçons tirées de la campagne contre la pandémie H1N1

 

Je suis très curieux de savoir quelles leçons il aura tiré de la pandémie.

 

Christian SAOUT, président du CISS*, président de la Conférence nationale de santé

- La question de la gratuité vaccinale : un accès payant et bloquant

- La nécessité d’un discours public fort et incitatif

- La nécessaire transparence de l’expertise et de la décision publique comme garanties de confiance

  • CISS collectif interassociatif sur la santé

Mais comment concilier un discours incitatif avec la transparence de l'expertise et de la décision publique ? C'est tout simplement IMPOSSIBLE. La vérité est complexe, nuancée et pas totalement connue, très loin de là d'ailleurs. Aussi, une décision incitative soutenue par un discours fort ne pourra qu'ignorer les incertitudes, oublier les doutes, écraser les nuances et même un peu plus. C'est absolument inévitable et on est déjà habitué …

 

Daniel FLORET, pédiatre et président du Comité technique des vaccinations 2007/2011, Haut Conseil de la Santé Publique

- Les couvertures vaccinales définies par la loi de santé publique ne sont pas respectées : qu’est-ce qu’on fait ?

- A-t-on choisi les bons acteurs pour atteindre nos objectifs ? Les limites de la médecine générale ; il faut revoir le système

- Mieux former les pédiatres ; davantage impliquer la médecine scolaire et du travail ; impliquer les infirmières et les pharmaciens

 

Là ça fait franchement peur ! ''Qu'est-ce qu'on fait ? Il faut revoir le système.'' Il pense à quoi, à écarter les médecins de la vaccination pour la confier à des vaccinateurs qui ne feraient que cela ? On a déjà vu ça avec la vaccination pandémique. C'est ça les leçons tirées de la pandémie ?

Le message paraît clair : il faut confier les vaccinations à des spécialistes de la vaccination. C'est sans doute l'idée lumineuse du président du CTV. Quant aux médecins généralistes ils tenteront de réparer les dégâts causés par les actions intempestives des premiers...On a déjà connu ça dans le passé …

Cécile REY-COQUAIS, directeur des affaires publiques de Pfizer

- Volonté de travailler pleine et entière en partenariat avec les autorités de santé

- Travail vers le grand public

 

C'est clair : les laboratoires travaillent la main dans la main avec les autorités de santé afin de mieux ''travailler'' le grand public … C'est fou comme ils ont tout compris depuis la pandémie, c'est encore pire qu'avant !!!

 

Jean-Philippe RIVIERE, directeur médical de Doctissimo

- La manière dont les internautes perçoivent la vaccination

- Mise en perspective de la communication sur la vaccination

 

Les forums "vaccins" de Doctissimo sont d'un niveau particulièrement élevé. A tout hasard, un forum sur les vicissitudes de l'éradication de la polio en Inde, c'est pas triste ! Ou encore sur l'éradication de la variole.

Mais cet intervenant va faire un discours sur LA manière dont les internautes perçoivent la vaccination. Sans doute à travers le seul Doctissimo ...

Si vous voulez savoir ce que pourrait être un BON, un VRAI forum, allez jeter un coup d'œil sur le forum sur le BCG qui s'est développé (548 commentaires) sur Le Blog Bébé pendant 18 mois entre février 2006 et juillet 2007 quand le Monovax a été abandonné au profit du BCG SSI intradermique. Vous verrez qu'il y a de l'émotion, de l'inquiétude, des problèmes réels et vécus, de l'espoir, des déceptions, de la réflexion, de la colère, de l'attente, du doute et enfin une formidable délivrance quand l'obligation a été levée officiellement le 19 juillet 2007 ! C'est autre chose que les forums de Doctissimo mais le directeur médical de ce site va sans doute présenter aux parlementaires ce qu'il observe et contribue vraisemblablement à orienter sur son site.

 

Thanh LE LUONG, directrice générale de l’INPES

- Constat d’un besoin d’information de la part du grand public

- Une couverture vaccinale satisfaisante.

 

L'INPES reconnait un besoin d'information exprimé par le public et jugerait  la couverture vaccinale satisfaisante contrairement à Daniel Floret qui en fait visiblement un peu trop...C'est le premier orateur qui pense à prendre en compte les demandes du public, les autres ne veulent que lui imposer leur volonté. 

D'ailleurs, ce terme public désigne ceux qui regardent, applaudissent ou sifflent, c'est tout ce qu'on lui demande. Si, il faut aussi qu'il paie, en argent et avec son corps.

 

L'après-midi

« Avoir un rôle pionnier à l'international

Pour l’avènement d’une véritable diplomatie sanitaire française. »

 

Il s'agit donc de voir comment exporter nos brillantes idées en matière de vaccinations comme la campagne de vaccination hépatite B qu'aucun autre pays, fort heureusement pour lui, n'a imité.

De même, alors que la quasi totalité des pays d'Europe de l'Ouest ont abandonné le BCG ou  l'ont limité à très peu, certains depuis longtemps, on en est encore en France à juger la couverture vaccinale insuffisante et à le présenter comme obligatoire pour l'entrée en crèche contrairement à la législation et aux instructions ministérielles (circulaire)

Pendant des décennies nous avons envoyé des médecins tester l'immunité anti-tuberculeuse dans les écoles alors qu'aucun laboratoire ne sait le faire...On n'était pas ridicule ! Il a fallu attendre fin 2004 pour que la France entérine à ce sujet les recommandations formulées en août 1995 par l'OMS pour limiter à au plus un seul le nombre de BCG par individu et ne plus utiliser la tuberculine pour tester l'immunité anti-tuberculeuse...

 

La France aurait pu piloter la stratégie DOTS de l'OMS

Dans les années 1970 la France a raté le coche pour devenir pilote mondiale dans la lutte contre la tuberculose : dès avril 1974 le directeur du comité national de lutte contre la tuberculose, le Docteur Coudreau, proposait dans un article du Concours Médical de mettre en place en France une stratégie de lutte contre la tuberculose qui deviendra plus de 20 ans plus tard la stratégie DOTS de l'OMS. Elle venait de l'UICTMR, l'Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires qui a son siège à Paris 66 boulevard St Germain alors que le comité national est au 68 (ou l'inverse).

 

Pour le compte de l'UICTMR le Hollandais Karel Styblo avait expérimenté avec succès cette stratégie non encore nommée et le Docteur Coudreau militait avec ardeur pour que la France l'applique et abandonne le BCG. Cela a failli se réaliser mais des forces puissantes sont intervenues pour bloquer le processus. Il faudra attendre fin 2007 pour que l'abandon du Monovax contraigne, dans la douleur, à une évolution de la vaccination BCG et de la politique de lutte contre la tuberculose.

 

Au lieu d'être pilote la France est resté à la traine avec des méthodes archaïques inadaptées pour faire face à la tuberculose liée à l'immigration. Mais nos parlementaires voudraient que la France soit pilote pour mener la santé publique au niveau international !!!

 

Atika ABELIN, directeur adjoint, Global Immunisation Policy, Sanofi Pasteur

- Renforcer l’expertise et la présence françaises dans les instances internationales

- Le positionnement de la France en matière de santé publique est très important pour un acteur privé français

 

Pour renforcer l'expertise française dans les instances internationales il faudra faire mieux qu'avec le BCG ! En effet, pour évaluer le nombre de cas évités par le BCG ils ont utilisé une règle de trois (3 choux coûtent tant, combien coûtent 10 choux ?) mais en oubliant que tous les choux devaient être au même prix … Voir mon article à ce sujet.

Et je ne parle pas des études sur la vaccination hépatite B et la sclérose en plaques, il y a beaucoup à dire ...Je l'ai fait dans plusieurs articles sur ce blog (voir catégorie Hépatite B).

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26 avril 2011

Rétablir la confiance en rendant obligatoire la vaccination contre la rougeole !

Brève (18/06/2011): Recrudescence de la rougeole au  Québec où plus de 4 malades sur 10 sont vaccinés !

Dans un article du 7 juin 2011 on apprend que, sans parler d'épidémie, il y a une recrudescence de la rougeole. On y fait ce constat : "Prés de 6 malades sur 10 ne sont pas vaccinés" qui peut se traduire par "au moins 4 malades sur 10 sont vaccinés ! " C'est comme vous voudrez !!!

 

 

L'épidémie de rougeole sème la panique chez nos dirigeants. Attribuée à une couverture vaccinale insuffisante qui serait liée à une perte de confiance dans la vaccination, certains envisagent de la rendre obligatoire. Pour rétablir la confiance ?

 

C'est ce qui paraît ressortir des déclarations rapportés le 26 avril par Les Echos :

 

« Que faire pour « redonner confiance », au-delà de la campagne de communication ? Faut-il rendre obligatoires certains vaccins ? « La forte recommandation n'ayant pas été suffisante pour la rougeole, on peut se poser la question », a reconnu Didier Houssin. »

 

La conférence de presse ministérielle du 23 mars 2011 faisait le point sur la situation :

(Voir aussi la vidéo de la conférence présidée par Didier Houssin et avec la participation de Françoise Weber Directrice générale de l'InVS, Christian Perronne président de la commission sécurité sanitaire du HCSP et une allocution de la secrétaire d'Etat à la santé Nora Berra)

 

« l'épidémie de rougeole explose, entraînant une augmentation des hospitalisations et des formes sévères :

...en 2006 et 2007, le nombre de cas déclarés à l’Institut de veille sanitaire (InVS) était d’une

quarantaine par an. Depuis 2008, une épidémie de rougeole est observée en France. Elle s’est poursuivie en 2009 et s’est très nettement intensifiée en 2010 : 600 cas ont été déclarés en 2008, 1500 en 2009, plus de 5000 cas en 2010 (sans tenir compte d’une sous-déclaration de l’ensemble des cas).

La France est donc actuellement confrontée à une épidémie dont l’évolution est inquiétante. Plus de 3400 cas ont été notifiés pendant les deux premiers mois de l’année 2011 : A ce jour, plus de 10000 cas ont été déclarés depuis 2008 sur l’ensemble du territoire métropolitain. »

 

L'évolution prévisible et prévue de l'épidémiologie de la maladie est reconnue :

 

« La maladie n’est plus ''qu’une simple maladie de l’enfant'' : en 2010, le nombre de cas parmi les enfants de moins de un an a triplé, et celui parmi les jeunes adultes a plus que quintuplé. Or, c’est principalement dans ces deux tranches d’âge que les complications, pulmonaires et neurologiques notamment, sont les plus fréquentes et les plus graves. La rougeole peut tuer. Les complications neurologiques peuvent conduire à un handicap irréversible. »

 

La cause profonde de cette évolution est même explicitée :

« Une frange de la population non immunisée (non vaccinés et n’ayant pas fait la maladie dans l’enfance) s’est progressivement formée depuis l’introduction du vaccin en France, conduisant ainsi à la formation de « poches » de personnes réceptives au virus, notamment au sein des personnes nées depuis 1980. »

 

Mais ce serait parce qu'on ne vaccine pas assez :

 

«  Cette épidémie est la conséquence d’un niveau insuffisant et hétérogène de la couverture vaccinale. »

 

J'ai à plusieurs reprises exposé le problème de la vaccination contre la rougeole dans plusieurs articles auxquels je renvoie. Résumons en quelques mots :

Avant la vaccination les nourrissons étaient immunisés par leur mère, les adolescents par la rougeole qu'ils avaient faite à l'âge scolaire et les adultes entretenaient leur immunité par la circulation du virus chez les enfants, ce qui faisait dire que la rougeole protégeait toute la vie alors qu'on n'en avait aucune preuve.

La vaccination des enfants, parce qu'elle est efficace, a, dans un premier temps, réduit à presque rien la circulation du virus chez les enfants. Résultats : des adultes ne sont plus immunisés, des nourrissons naissent sans les anticorps protecteurs maternelles. On voit ainsi une personne de 86 ans faire la rougeole ainsi que des nourrissons pratiquement à la naissance.

Ces 2 phénomènes avaient été prévus depuis longtemps. Ils ne sont pas une surprise. J'en avais d'ailleurs entendu parler aux journées de veille sanitaire des 29-30 novembre 2005 organisées par l'InVS.

 

Dans un premier temps la vaccination des enfants a eu un effet spectaculaire sur la rougeole en faisant chuter de façon spectaculaire le nombre de cas. Mais c'était oublier que cela était dû aussi à l'immunité acquise par la maladie chez les adultes et entretenue par la circulation du virus chez les enfants. La vaccination a mis fin à cette situation, nous en payons aujourd'hui le prix.

Les autorités avancent la gravité de la maladie pour justifier une réflexion sur l'obligation de la vaccination contre la rougeole et donc du ROR c'est à dire 3 vaccins alors qu'il avait toujours été dit qu'il n'y aurait plus de nouvelles obligations en population générale. Mais c'est la vaccination qui a crée cette situation délétère.

C'est d'ailleurs pour éviter de renouveler cette aventure que les experts ne recommandent pas la vaccination contre la varicelle. Avec cette vaccination on joue avec le feu disait un expert aux journées de veille sanitaire 2005. Oui, en raison du risque du zona : c'est le même virus que celui de la varicelle et la réduction de la circulation du virus aura comme effet connu de favoriser le zona chez les personnes anciennement infectées par le virus et qui perdraient leur immunité.

 

 

                                                              L' AVEU

 

La fin des dogmes de la vaccination contre la rougeole

Dogme n°1 : la rougeole protège toute la vie.

Dogme n°2 : une dose de vaccin protège toute la vie quand il y a eu séro-conversion.

 

Après avoir constaté qu'il n'y avait pas toujours séro-conversion on proposa une seconde injection qui n'a pas été présentée comme un rappel affirmé inutile mais comme une seconde chance donnée à ceux qui n'avaient pas séro-converti. Le taux de séroconversion parmi les vaccinés avec 2 doses était alors jugé suffisant. Inutile d'en rajouter par la suite.

 

Mais ces 2 dogmes fondamentaux sont sans doute faux : la protection à vie de la rougeole n'a été observée que dans des populations où la circulation du virus chez les enfants constituait autant de rappels naturels pour les adultes, en particulier les futures mamans. On voit aujourd'hui des adultes de plus de 50 ans et même, le record enregistré 86 ans, faire des rougeoles. On a vu un médecin de 43 ans en 2008. Jamais l'InVS n'indique s'ils avaient ou non fait la rougeole.

Il ne faut pas casser le mythe sur lequel repose tout l'édifice de la vaccination.

 

Mais si la maladie ne protège pas toute la vie en l'absence de rappels naturels il sera très douteux que le vaccin le fasse. Comme il sera impossible de multiplier les rappels pour protéger de 0 à 100 ans ce sera l'échec assuré des campagnes de vaccination.

 

L'aveu

D'ailleurs le calendrier vaccinal 2011 enterre le dogme °1 et donc aussi le dogme n°2 en recommandant :

 

"Les personnes nées depuis 1980 et âgées de plus de 24 mois : deux doses au total de vaccin trivalent, quels que soient les antécédents vis à-vis des trois maladies."

Le calendrier vaccinal 2011 est formel sur ce point et l'affirme en 2 endroits, dans le texte général et dans un encart spécial "Quel que soient les antécédents" vis à vis de la maladie. De plus j'ai entendu à plusieurs reprises le président du CTV Daniel Floret le dire également.

C'est un véritable aveu !!! Même si une personne née en 1980 a fait la rougeole en 1985, il faut 2 doses de vaccin contre une maladie qui protège toute la vie !!!

Si on a eu 2 doses de vaccin en 1985 c'est bon, on est en règle mais si on a seulement fait la rougeole  en 1995 c'est pas bon !!! C'est du délire* ...

Le calendrier vaccinal préconise encore :

"toutes les personnes, y compris celles nées avant 1980, sans antécédent connu de rougeole devraient compléter leur vaccination jusqu’à obtenir en tout deux doses de vaccin trivalent."

Mais pourquoi faudrait-il recevoir 2 doses de vaccin quand on a fait une rougeole en 1990 en étant né en 1980 et pourquoi ce n'est pas nécessaire si on a fait une rougeole en 1978 en étant né en 1974 ? C'est parfaitement incohérent et incompréhensible.

* C'est sans doute tellement vrai que c'est du délire qu'au cours de la conférence de presse du 24 mars 2011 organisée par le ministère et présidée par le Directeur général de la santé, le professeur Christian Perronne, président de la commission sécurité sanitaire du HCSP a affirmé au contraire qu'il fallait d'abord vérifier si on avait fait la rougeole en demandant aux parents ou en consultant le carnet de santé afin de ne se faire vacciner que si ce n'était pas le cas...

Mais c'est maintenant gravé dans le marbre, il faut se faire vacciner même si on a fait la rougeole mais uniquement si on est né à partir de 1980...

La seconde dose : le slogan d'une vaccination "administrative"

Au cours de la conférence de presse (vidéo à 24') Christian Perronne insiste sur la recommandation faite aux médecins de faire les 2 doses à un mois d'intervalle pour ne pas oublier la seconde. Mais pourquoi une seconde dose ? Les enfants peuvent ne pas séro-convertir à la première, tout particulièrement s'ils ont encore des anticorps maternels qui bloquent l'action du vaccin, d'où une seconde dose plus tard qui n'est pas un rappel mais une seconde chnace donnée à ceux qui n'auraient pas séro-converti à la première.  C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on ne peut  vacciner les enfants trop jeunes. Mais si l'enfant ne séro-convertit pas à 12 mois pour cette raison il est douteux qu'il le fera mieux 1 mois plus tard*.

Idem pour les adultes nées après 1980 et ayant fait la rougeole. Il y a toutes chances pour qu'ils aient encore des anticorps qui rendront ces 2 doses inefficaces. On martèle comme un slogan qu'il faut 2 doses sans regarder plus loin ni prendre en compte les aspects médicaux et immunologiques, navrant ...

*Prenons l'exemple d'un enfant né d'une maman ayant fait la rougeole. On sait qu'il peut conserver ses anticorps au moins jusqu'à 12 mois et même bien au delà. Supposons qu'il soit mis en collectivité et que pour ce motif le médecin le vaccine à 9 et 12 mois comme cela est recommandé. Les 2 doses ne serviront à rien. Il faudrait donc que le médecin demande à la maman si elle sait qu'elle a fait la rougeole. Si oui il faudrait attendre, ne pas faire la première avant 13-14 mois et la seconde à 24 mois pour se donner un maximum de chance d'être efficace.

J'avais soulevé le problème au cours d'une conférence tenue par 2 médecins dont un professeur dans le cadre de la semaine de la vaccination. Tous les 2 ont levé les bras au ciel en disant que ça allait être trop compliqué ! Trop compliqué de demander à la maman si elle se souvient avoir eu la rougeole ! Il faut faire les 2 doses, c'est un mot d'ordre, un slogan, utile ou pas c'est un autre problème, on ne regarde pas plus loin. Navrant ...

Cela n'est pas sans rappeler la pratique du test tuberculinique dans les écoles où des médecins allaient tester l'immunité contre la tuberculose ce qu'aucun laboratoire ne sait faire ! Positif, c'était bon, négatif on refait un BCG. Cette plaisanterie a duré jusqu'à fin 2004 alors qu'il était parfaitement établi depuis au moins 1970 que la tuberculine ne testait pas l'immunité. Au point que quand le test était très fortement positif et pointait une infection tuberculeuse les services de santé pouvaient laisser filer le problème comme cela c'était produit en janvier 1999 dans un lycée parisien pour une élève d'origine vietnamienne. En décembre 2000 elle crachait du sang, sera reconnue tuberculeuse contagieuse et soignée à l'hôpitral Cochin. Ce cas va déclencher une alerte sanitaire dans l'établissement et autres, alerte relayée à la télévision nationale. L'adolescente avait pourtant été dépistée près de 2 ans auparavant mais ce n'était pas le problème des services de santé qui cherchaient seulement des négatifs pour les vacciner alors qu'on savait que cette revaccination était inutile et que l'OMS en avait recommandé la suppression depuis 1995 (REH d'août 1995). Le journal Le Monde avait consacré une page entière à cette affaire avec annonce en première page (édition du vendredi 29 décembre 2000). C'est typiquement de la médecine "administrative", un mal qui n'a pu disparaître car il est organisé au plus haut niveau.

 

La responsabilité internationale de la France

Didier Houssin insiste sur l'inquiétude des pays qui ont éliminé la rougeole après avoir vacciné. Les États Unis par exemple ou le Brésil mais aussi des pays européens qui sont très inquiets de ce qui se passe en France car ils savent que leur population n'est plus suffisamment immunisée par la maladie et que la vaccination n'a pu compenser cette perte. Autrement dit leur population est vulnérable face à une importation.

Cependant, le directeur général de la santé n'a pas dit que la France n'était pas le seul pays européen à connaitre des  cas de rougeole actuellement comme le confirme un communiqué OMS du 20 avril 2011 :

"Trente pays de la Région européenne de l’OMS ont signalé une forte hausse des cas de rougeole, avec 6 500 cas jusqu’à présent en 2011. Les enquêtes épidémiologiques et le génotypage par les laboratoires permettent de confirmer l’exportation du virus entre plusieurs pays d’Europe et dans d’autres régions du monde."

 

La France n'est pas responsable de tout

Le site Témoignages  reprenant un titre de Destination santé (21 avril) qui reprend une partie d'un texte du bureau OMS-Europe annonce (28 avril 2011):

 

« La France exporte la rougeole dans toute l'Europe

L’épidémie de rougeole qui sévit en France se répand dans toute la région européenne. Le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Copenhague (Danemark) confirme, après enquêtes épidémiologiques, que le virus a été exporté de France vers de nombreux pays. Et particulièrement l’Allemagne, le Danemark, la Fédération de Russie, l’Italie, la Roumanie et plus récemment la Belgique. »

 

Mais que dit le Bureau de OMS-Europe ?

 

« L'Allemagne, le Danemark, l'ex-République yougoslave de Macédoine, la Norvège, les Pays-Bas, la Serbie et la Suisse ont observé des cas de rougeole en 2011. La Turquie a récemment signalé une flambée épidémique à Istanbul, en plus de cas liés à une flambée importante de rougeole survenue en 2010 en Bulgarie. En outre, de petites flambées épidémiques ont eu lieu en Fédération de Russie (Krasnoïarsk et Tomsk), associées à des cas observés en Ouzbékistan. La France affronte un défi de taille avec l'épidémie de rougeole qui sévit depuis 2008. Plus de 5000 cas y ont été signalés en 2010, et les données préliminaires de 2011 indiquent que cette tendance se poursuit, avec près de 1000 cas rien qu'en janvier. Ces épidémies ont provoqué des petites flambées dans d'autres pays, à la fois dans la Région et ailleurs. »

 

« Le génotypage des flambées actuelles a été extrêmement utile dans la définition des sources d'importation et de la propagation du virus. L'OMS/Europe l'utilise également pour déterminer la nature des virus importés d'autres régions du monde et de ceux qui se propagent régulièrement en Europe. Il s'agit d'une démarche essentielle pour évaluer les progrès en vue de l'élimination de la maladie. L'analyse du génotype des flambées épidémiques confirme les informations mentionnées plus haut. »

 

Dans un autre communiqué OMS-Europe ajoute (20 avril) et c'est cette partie-là qui a été reprise  :

 

« En 2011, les enquêtes épidémiologiques et le génotypage par les laboratoires permettent de confirmer que le virus de la rougeole a été exporté de France vers l’Allemagne, le Danemark, la Fédération de Russie, l’Italie, la Roumanie et, plus récemment, la Belgique. »

Mais le France n'est pas seule exportatrice ...

Que faire ?

La réponse est toujours la même : couverture vaccinale insuffisante. Mais elle sera toujours insuffisante ! Contrairement à la plupart des autres pays européens, la France en contact quotidien avec l'Afrique sera en permanence sous le risque d'une importation de rougeole venue d'Afrique tant qu'il y aura beaucoup de rougeoles sur ce continent.

Cela était parfaitement prévisible : si on voulait éradiquer la rougeole il ne fallait pas que les différents pays se lancent en ordre dispersé* dans cette aventure. Il était indispensable de réussir cette élimination dans un délai très court et partout dans le monde simultanément afin de profiter de l'immunité acquise par la maladie.

Aussi, chacun aurait dû attendre que les autres pays soient prêts pour que tous se lancent simultanément dans une telle aventure. Il est fort probable que c'était la seule chance d'éradiquer la rougeole par la vaccination. Elle est maintenant derrière nous.

*Il est même vraisemblable qu'il aurait fallu commencer par les pays les plus difficiles et terminer par les plus faciles et non l'inverse comme il a été fait. Il était essentiel que tous les pays terminent en phase afin d'éviter les exportations du virus de pays encore endémiques vers les autres à l'immunité collective des adultes et nourrisons affaiblie par une campagne de vaccination prolongée réduisant l'immunité acquise par la maladie avant la vaccination.

En procédant comme cela a été fait on obtient la situation observée aujourd'hui  et les "anti-vaccinalistes" , les communautés religieuses et les écolos naturopathes auront bon dos. D'ailleurs il y a quelques années c'était la France qui avait très peu de cas alors que la Suisse et l'Allemagne connaissaient des épidémies qui pouvaient inquiéter la France.

Les autorités sanitaires mondiales (OMS) et nationales ont voulu se lancer dans une aventure sans avoir suffisamment réfléchi aux conséquences. Ils en constatent les effets. La responsabilité est à partager entre tous. 

La zone Amérique de l'OMS c'est à dire le continent américain a réussi à éliminer la rougeole par des campagnes de vaccination (mais avec toujours des cas). Aussi, l'OMS en a déduit qu'il était possible d'en faire autant pour le reste du monde. Elle a oublié qu'il y avait certaines condition à cette réussite comme justement une action pratiquement synchrone entre les différents pays. Comme le démontrent aussi les échecs de l'éradication de la poliomyélite la situation est beaucoup plus complexe et difficile en Europe en relations de proximité avec l'Afrique et le Moyen Orient en particulier.

 

Dans son rapport du 16 avril 2009 le Conseil exécutif de l'OMS s'interroge sur la faisabilité de l'élimination de la rougeole :

 

«L’ELIMINATION MONDIALE DE LA ROUGEOLE EST-ELLE FAISABLE ?

Etant donné que l’élimination mondiale de la rougeole est un objectif ambitieux, une analyse soigneuse et complète de sa faisabilité et de son bien-fondé doit être entreprise. »

 

En 2009 il était temps de se poser cette question ! Il aurait été préférable de s'interroger sérieusement AVANT de commencer pour ne pas perdre à terme le bénéfice de l'immunité acquise par la maladie et se retrouver avec le seul vaccin pour immuniser toute la population. Il est sans doute déjà trop tard.

 

« Etant donné que la rougeole reste endémique dans les autres Régions OMS, la Région des Amériques est préoccupée par le risque d’importation de la maladie et doit donc maintenir sa stratégie d’élimination et les coûts qui lui sont associés jusqu’à ce que toutes les Régions aient éliminé cette maladie. »

 

Mais il y aura à terme un problème pour cette Région Amérique de l'OMS : il ne lui sera pas possible d'immuniser toute sa population de 0 à 100 ans avec la seule vaccination. Aussi, à terme, il y aura une population adulte et nouveaux nés de plus en plus nombreuse non immunisée. Cependant, les importations sont surtout le fait de touristes et non de vagues d'immigration comme en Europe et en France.

Le communiqué OMS déjà cité du 20 avril indique  une des différences importantes avec la Région Amérique :

"En raison du partage de frontières communes et des mouvements massifs de populations, les pays sont exposés aux mêmes menaces », a déclaré Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe."

Des barques chargées d'immigrants ne traversent pas des Océans comme le Pacifique et l'Atlantique mais s'aventurent sur la Méditérannée. Il n'y avait pas de choléra sur le continent américain jusqu'à ce qu'un cuisinier chinois à bord d'un cargo l'apporte dans le port de Lima. Depuis il s'est répandu le long des grands fleuves sans que rien ne puisse l'arrêter. C'était en janvier 1992 ...

De même, l'éradication de la polio avait été réussie dès 1992 sur le continent américain qui semblait apporter la preuve de sa faisabilité pour les autres. Mais de multiples problèmes sont apparus que l'OMS n'avait nullement prévus et qui rendent l'éradication extrêmement difficile, contraignant l'OMS à de constants changements de stratégie : il faudra éradiquer non seulement les virus sauvages mais ceux dérivés de souches vaccinales; l'OMS a dû demander aux laboratoires de produire des vaccins monovalents de type 1 et 3 pour ne plus réintroduire le virus de type 2, disparu à l'état sauvage depuis 1999 mais toujours responsable de cas sous la forme dérivée de souche vaccinale; la stratégie était alors d'éliminer le type 1 avant de s'en prendre au type 3; devant l'échec il fallut demander la production d'un vaccin bivalent de type 1 et 3; l'OMS ne voulait pas utiliser le vaccin injectable trop cher et de mise en oeuvre plus difficile après l'élimination du virus sauvage, mais elle devra s'y résoudre.

En conclusion, le continent américain n'est en aucune façon une preuve de faisabilité pour les autres. 

 Position de l'OMS sur la rougeole et sa vaccination : REH n°14 du 2 avril 2004.

Les épidémies de rougeole en Europe (2010 début 2011) sur le site de l'OMS.

 

Mes articles sur la rougeole :

31 octobre 2010

Les cas de rougeole confirment les effets délétères de la vaccination

 

10 janvier 2009

La rougeole peut-elle être éradiquée ?

27 avril 2009

Analyser la communication : une méthode de travail fructueuse

Application de la méthode au décès par rougeole en France

 

31 janvier 2009

Rougeole : décès d'une adolescente et bilan 2008 de l'InVS

03 juin 2008

Rougeole à Nice : la moitié des cas en conformité avec le calendrier vaccinal

12 mai 2008

Rougeole : les recommandations vaccinales en échec pour 60% des malades !

28 avril 2008

La rougeole à Reims : beaucoup de lacunes et de contradictions

04 mars 2008

Huit cas de rougeole chez des adultes à Reims

 

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18 avril 2011

Le péché originel des études cas-témoins sur une population

 

 

Ou sur l'une des raisons pour lesquelles l'étude Mikaeloff-Tardieu 2007 sur la sclérose en plaques après vaccination hépatite B ne donne aucun résultat significatif.

 Cet article ainsi que les 2 autres associés (liens en fin d'article) sont en évolution constante actuellement, ont été enrichi depuis leur première publication et pourraient l'être encore prochainement (dernière mise à jour 3 mai 2011 pour celui-ci).

En laboratoire on veut étudier sur des souris l'apparition d'une sclérose en plaques (SEP) après une vaccination. Je ne sais pas si les souris peuvent faire des SEP mais peu importe ici. Pour cela on prend un lot d'une centaine de souris toutes du même âge et indemnes de toute atteintes démyélinisantes. Par tirage au sort en lançant une pièce on décide pour chacune si elle sera vaccinée ou pas, puis on procède à la vaccination le même jour pour les 50 souris choisies ainsi.

 

Dans une étude rétrospective sur une population humaine il en va tout autrement. Pour les études Mikaeloff-Tardieu sur l'apparition de SEP après vaccination hépatite B on constate que cette vaccination a pu s'étaler sur 10 ans de 1994 à 2003, laissant ainsi le temps à des SEP d'apparaître avant que la vaccination ait pu avoir lieu, l'apparition de la maladie rendant nulle la probabilité de vaccination.


 

De plus, nos petites souris étaient extraites d'un élevage dans lequel il pouvait y avoir des souris déjà atteintes. Si celles-ci étaient mises dans le groupe des non vaccinées tout le monde crierait au scandale scientifique ! Pourquoi ? Chaque souris choisie doit avoir une chance sur 2 d'être vaccinée. En pareil cas elle n'a aucune chance.

Or c'est exactement ce qui peut se produire dans ce genre d'études : l'observation a débuté le 1er janvier 1994 mais la campagne de vaccination pour les enfants n'a été lancée qu'en octobre 1994. Si un enfant faisait une première atteinte démyélinisante centrale à Pâques 1994 pour la convertir plus tard en SEP il était inclus dans l'étude comme SEP non vacciné alors que sa probabilité d'être vacciné avant la première atteinte était quasi nulle.


Reprenons nos petites souris de laboratoire qu'on ne peut vacciner le même jour pour raisons matérielles ou parce qu'on en a décidé ainsi. On les vaccine alors de façon différée en étalant leur vaccination sur une longue durée. Aussi certaines vont faire une SEP avant d'avoir été vaccinées alors qu'il était prévu qu'elles le soient.

 

La question se pose alors : faut-il les mettre dans le groupe des non vaccinées ?

 

Non, catégoriquement non ! Pourquoi ?

 

Si elles avaient été vaccinées toutes en même temps à l'instant zéro, comme cela devrait être pour une étude scientifique, elles auraient tout aussi bien fait leur SEP et auraient été classées SEP vaccinées. On peut effectivement admettre que le vaccin n'a pas la propriété d'empêcher la SEP ! En les classant statistiquement non vaccinées on modifie l'étude d'une façon non acceptable. Bien entendu nos souris sont classées vaccinées uniquement dans le cadre de l'étude statistique et pas pour leur accorder une indemnité comme victime de la vaccination !!!

Il faut bien comprendre en effet que le signal est statistique et pour qu'il fonctionne il faut cumuler les coïncidences avec les cas dûs au vaccin. En changeant la petite souris de groupe on supprime une coïncidence dans le groupe des vaccinées.

 

Le problème de la pharmacovigilance

On retrouve le même problème avec les notifications spontanées des médecins à la pharmacovigilance. Ils croient et on leur fait croire qu'ils ne doivent notifier que les cas pour lesquels ils pensent que le vaccin pourrait être en cause :

si par exemple une SEP apparaît chez un vacciné ayant des antécédents familiaux de sclérose en plaques il va penser que c'est de famille et ne notifiera pas. En agissant ainsi il élimine une coïncidence et contribue à empêcher un signal statistique d'apparaître.

Comment ?

Supposons que dans le groupe des vaccinés le nombre de cas attendus soit 50 et qu'il y ait 30 cas dûs au vaccin. Supposons que les médecins soient excellents en distinguant parfaitement les coïncidences des autres cas et déclarent tous les cas dûs au vaccin et uniquement ceux-ci. BRAVO les médecins ! Oui mais l'Afssaps va dire : j'attendais 50 cas et il y en a 30 déclarés, donc tout va bien, pas de signal. Pourtant, 80 cas réels quand 50 étaient attendus constitue un signal pour le moins très significatif* qui va ainsi être escamoté.

* 4,2 écarts-type en modélisant par une loi de Poisson de moyenne 50. C'est considérable.

Mais les médecins sont invités par les autorités médicales à agir ainsi : à propos des syndromes de Guillain-Barré pouvant apparaître après la vaccination contre le virus H1N1 en 2009 j'ai entendu le directeur général de la santé affirmer à la télé que les médecins devaient déclarer TOUS les cas qu'ils observaient QUAND ils pensaient qu'ils étaient liés au vaccin. Avec ça les autorités sanitaires pouvaient dormir tranquilles, il n'y aura jamais de signal !

 

Un médecin m'a raconté qu'il avait observé dans sa clientèle 2 cas d'appendicite 6 mois après une vaccination hépatite B. Il ne déclare pas jusqu'à ce qu'il constate un troisième cas. Là il décide de déclarer les 3 à l'Afssaps régionale qui lui téléphone pour lui dire qu'un délai de 6 mois c'est beaucoup trop long et qu'il faut se limiter à 2 mois...

Voilà comment l'Afssaps encourage les médecins à déclarer alors qu'ils n'y sont pas trop enclins en raison du temps passé pour cela. Si l'Afssaps enquêtait sur le lien possible entre les rapports sexuels et les naissances, limiterait-elle le délai à 2 mois ? Le 30 novembre 2007, aux journées de veille sanitaire organisées par l'InVS j'avais entendu le Docteur Anne Castot, éminent expert de l'Afssaps, se plaindre de l'énorme sous-notification des médecins à la pharmacovigilance et insister pour que les médecins déclarent TOUS les cas mais apparemment sans voir que cette sous-notification était en premier lieu organisée par l'Afssaps elle-même et les autorités sanitaires et sans doute aussi par l'enseignement qui leur ait donné.

Les médecins doivent comprendre qu'ils doivent déclarer systématiquement sans se poser de questions. Mais si leurs autorités leur enseignent le contraire ...

 

Que faire pour corriger ?

Quand il s'agit d'une étude sur une population où il n'y aura jamais de tirage au sort préalable pour décider qui sera vacciné et où la vaccination s'est étalée sur une longue durée, il faudrait pouvoir réaliser une correction sur les cas de SEP chez les non vaccinées. En effet, l'apparition de celle-ci a modifié la probabilité qu'ils soient vaccinés en créant une contre-indication.

 

Ainsi, parmi les 63 cas non vaccinés de l'étude 2007 il faudrait, d'un point de vue statistique, en classer un certain nombre comme étant vaccinées. A première vue ce pourrait être la moitié puisque la couverture vaccinale dépasse 50% : si un tirage au sort avait été effectué le 1er janvier 1994 pour choisir qui sera vacciné, on pourrait penser qu'environ la moitié d'entre-eux aurait pu être dans ce groupe.

Cependant, l'appréciation peut dépendre du moment où la contre-indication se manifeste au cours de la période de vaccination (de 10 ans ici et avec une probabilité non uniforme de vaccination). Si c'est en fin de période, en novembre 2003 par exemple, la probabilité que la personne puisse être vaccinée avant le 31 décembre 2003 était très faible. Par contre, si c'est en début de période elle pouvait être très élevée :

 

Un enfant entre en CM2 en octobre 1995. Son médecin propose aux parents de le vacciner mais ceux-ci répondent qu'ils préfèrent attendre l'an prochain quand il sera en sixième avec ses camarades. La maladie apparaît entre-temps et l'enfant n'est pas vacciné. Il faudrait le considérer comme vacciné.

 

On voit qu'il faudrait effectuer les corrections au cas par cas et cela n'irait pas sans déclencher des contestations...Mais ne rien faire maintient un biais de sélection dont les conséquences sur la fiabilité de l'étude peuvent être considérables.

 

J'avais déjà rencontré le problème pour le BCG chez les jeunes enfants : dans les groupes à haut risque où l'un des parents peut être contagieux, l'enfant risque d'être contaminé très jeune. Quand on voudra faire le BCG il sera positif au test et la vaccination ne sera pas effectuée. Quand il deviendra tuberculeux il sera classé tuberculeux non vacciné. S'il avait été vacciné à la naissance comme on veut le préconiser en France aujourd'hui (en prétendant imiter la Suède qui a pourtant abandonné cette pratique pour la repousser au delà de 6 mois depuis 1991) et qu'il ait été contaminé 8 jours après par son père, qui va croire que le BCG l'aurait protégé ? Il deviendra tuberculeux tout pareil (et mieux encore) mais il sera classé tuberculeux vacciné et dans les études statistiques ça change tout.

 

C'est cette état de fait qui avait permis de produire des statistiques avantageuses pour le BCG, en particulier en Grande Bretagne où la vaccination était tardive et où, de l'aveu même de Watson venu tout exprès de Londres à l'audition BCG des 13-14 novembre 2006 à Paris (j'y étais), pour expliquer que la politique BCG en Grande Bretagne revenait à ne vacciner que les enfants à faible risque. On voit aisément l'effet statistique que cela peut produire.

L'OMS reconnait le problème comme elle l'écrit sur son site :

"Etant donné que les études d’observation ne sont pas randomisées et que les sujets malades ont généralement moins de chance d’être vaccinés (mais qu’ils sont davantage susceptibles de présenter des manifestations indésirables), les études épidémiologiques relatives à la sûreté vaccinale doivent tenir le plus grand compte des contre-indications en tant que facteurs potentiels de confusion. Ce type de biais risque de déboucher sur des études faussement négatives."

 

Que faire face à ce problème méthodologique absolument fondamental pour ce genre d'études et en particulier pour celles sur la SEP sur les enfants ?

 

1- D'abord des commentaires plus prudents et non pas comme ceux de l'Académie de médecine déclarant que cette étude démontre que le vaccin est innocent comme elle le fait dans son communiqué de février 2008...

 

2- Ensuite, ces études étant incontournables en santé publique, étudier comment introduire un facteur correctif qui déclarerait vaccinée une partie des cas apparus chez des non vaccinés afin de tenir compte du problème.

J'ai conscience que ce ne sera pas chose facile pour obtenir une procédure acceptable et acceptée mais ne rien faire n'est pas meilleur. Un péché originel n'est jamais facile à éliminer ...

 

 

Une application à l'étude Mikaeloff sur la SEP

L'étude Mikaeloff 2007 relate 42 cas de SEP chez les moins de 10 ans dont 10 vaccinés et 32 non vaccinés. Parmi les témoins associés à ces 42 cas il y a 97 vaccinés et 260 non vaccinés. L'odds ratio est sensiblement inférieur à 1 : 0,838 pour une probabilité test de 67,89% (significative côté vaccin "protecteur" si supérieure à 97,5%). La proportion de vaccinés parmi les cas (10/42=23,81%) est plus faible que chez les témoins (97/357=27,17%). Ce peut être lié à de simples fluctuations aléatoires mais il ne faut pas forcément s'arrêter à cette interprétation car, sous l'hypothèse non invraisemblable que le vaccin favoriserait et accélèrerait les atteintes démyélinisantes cela deviendrait même incohérent.

 

De plus, l'acceptation de ces vaccinations avant l'âge de 2 ans est une indication qu'il s'agissait de familles acceptant bien les vaccinations et qui étaient donc prédisposées à accepter aussi la vaccination hépatite B. On devrait donc plutôt s'attendre à davantage de vaccinés contre l'hépatite B parmi ces 42 cas. On peut voir là une anomalie qui mériterait une explication.

Mais, plutôt que de voir ces 10 cas comme un déficit on pourrait envisager d'interpréter les 32 cas chez les non vaccinés comme un excédent. Voici comment avec 2 interprétations qui ne s'excluent pas :

 1- Admettons que le fait d'avoir reçu les vaccins du calendrier avant l'âge de 2 ans favoriserait l'apparition de la SEP sans qu'il soit nécessaire d'ajouter le vaccin hépatite B. Cela provoquerait alors une augmentation du nombre de SEP chez les non vaccinés hépatite B, ce qui contribue à réduire l'odds ratio

2- L'apparition de la SEP, liée ou non aux vaccins du calendrier, a alors contre-indiqué une vaccination qui sans cela aurait pu être effectuée, ce qui correspond au ''péché originel'' pointé dans cet article.

 

En conséquence, si les vaccinations retenues pour définir un enfant observant au calendrier vaccinal favorisaient l'apparition de la SEP, elles contribueraient à produire des tests non significatifs pour le vaccin hépatite B et donc à statistiquement l'innocenter.

 

Cette hypothèse que d'autres vaccins que celui de l'hépatite B pouvaient être associés à des atteintes démyélinisantes n'est pas nouvelle puisqu'elle avait été évoquée au cours d'une réunion internationale de très haut niveau qui s'était tenue dans les locaux de l'Agence du médicament (future Afssaps) à Paris le 21 septembre 1998, 10 jours avant la fameuse conférence de presse de Bernard Kouchner. Cette réunion avait donné lieu à une publication sur le site du ministère de la santé. Elle était encore en ligne il y a peu mais avec la réorganisation du site du ministère le lien n'est plus valable et je n'ai pas trouvé un lien réactualisé.

Cette hypothèse avait été présentée au cours de cette réunion par Lucien Abenhaim (futur directeur général de la santé) ou Miriam Sturkenboom co-auteurs d'une étude sur le lien entre la vaccination hépatite B et la SEP (voir mon article à ce sujet) et tous les 2 présents à cette réunion. Le résumé de leur communication rapporte :



« Il faut cependant noter que d’autres vaccins (que le vaccin hépatite B) sont concernés par l’estimation d’odds-ratios élevés. C’est le cas du vaccin DTPP (diphtérie-tétanos-polio-coqueluche) (OR = 1.6 (IC 95 % = [0.6 ; 4.0])), du vaccin grippal (OR = 1.5 (IC 95 % = [1.0 ; 2.3])), du vaccin contre le méningocoque (OR = 4.8 (IC 95 % = [1.2 ; 20])). Ce dernier exemple est un cas particulier car il est le seul pour lequel l’odds-ratio est statistiquement augmenté au seuil de 5 %. »

« Cette étude a également montré que l’exposition à une vaccination, quelle qu’elle soit, était associée à un odds-ratio de 1,7 (IC 95 % = [0,7 ; 3,1]), pour une fenêtre de temps de 2 mois précédant la survenue des troubles. Elle a également permis d’observer que le délai entre le premier symptôme ou signe de démyélinisation et le diagnostic de sclérose en plaques était plus court chez les personnes vaccinées que chez les non vaccinées. Ceci peut être le résultat d’un meilleur suivi des personnes vaccinées, ou la conséquence d’une forme accélérée de la maladie chez les personnes vaccinées. Ces deux hypothèses pourraient expliquer dans un cas comme dans l’autre les odds-ratios observés. »

 

Ce délai plus court chez les personnes vaccinées par les vaccins du calendrier pourrait aussi contribuer à expliquer cet excédent de cas parmi les non vaccinés hépatite B chez les moins de 10 ans. Il faudrait évidemment pouvoir regarder de près les données de l'étude.

 

Synthèse

Si je pouvais avoir accès à ces données je chercherai d'abord à trouver le groupe des ''fortement vaccinés'' qui étaient en sixième entre octobre 1994 et juin 1998. Puis le groupe des ''grands'' c'est à dire ceux qui avaient dépassé la sixième en octobre 1994. Les autres formant le groupe des ''petits''. Certains d'entre-eux ont pu être vaccinés ou faire une SEP par exemple alors qu'ils étaient en classe de CM2 en 1995 pour être en sixième en 1996 et avoir une probabilté nulle d'être vaccinés (du moins on l'espère !). De même qu'il est a priori possible qu'un enfant en sixième en 1995 ait pu être vacciné plus tard en 1997 en cabinet médical.


Pour moi, comme synthèse de toutes les analyses faites dans mes 3 articles sur ce sujet, le plus vraisemblable serait que le groupe des ''fortement vaccinés'' soit largement significatif. Par contre le groupe des ''grands'' et celui des ''petits'' auraient des odds ratio faibles, voire significatifs côté vaccin ''protecteur'' mais pour des raisons opposées : pour les ''petits'' ce serait en raison d'un excès de cas chez les non vaccinés et pour les ''grands'' en raison d'un déficit de cas chez les vaccinés.

Quoi qu'il en soit, la conclusion principale qui résulte de toutes ces observations ainsi que celles de mes 2 articles précédents sur ce thème est bien qu'il sera de plus en plus inacceptable que les données de ces études restent enfermées dans des coffres inaccessibles au chercheur.

En 2004 Lucien Abenhaim avait accordé une longue interview où il déclara ceci :

"Ce n’était pas aux associations de dire s’il y avait un risque ou non. Si les scientifiques n’en étaient pas capables, ce n’est pas les associations qui allaient pouvoir le faire."

Mais les scientifiques qui ont mené ces études ont-ils fait un travail scientifique ? Ce sont d'abord des médecins qui certes sont indispensables pour les problèmes posés par les définitions des maladies par exemple. Mais ont-ils une formation adéquate pour traiter les données ? Comment ce fait-il, par exemple, qu'ils n'aient même pas eu l'idée de tester le groupe des enfants vaccinés au collège en sixième, c'est incompréhensible.

 

Compléments

 

La publication du 8 octobre 2008 donne 72 cas de SEP parmi les observants au calendrier vaccinal dont 45 vaccinés. Il y a 347 témoins associés dont 194 vaccinés. Les auteurs donnent un odds ratio ajusté par régression logistique conditionnelle de 1,35 avec un intervalle de confiance à 95% [0,72 2,56].

En récupérant l'écart-type utilisé à partir des bornes de l'intervalle de confiance et de l'odds ratio je peux calculer la probabilité d'obtenir un OR au moins aussi grand que celui observé. Elle vaut 15,23%.

L'OR ajusté obtenu par les auteurs pour les 143 cas est 1,10 avec un IC [0,71 1,69]. La probabilité test vaut 33,18%.

On constate donc qu'en éliminant les non observants au calendrier, l'odds ratio passe de 1,10 à 1,35 et surtout, beaucoup plus indicative, la probabilité test passe de 33% à 15%. Cela implique que l'odds ratio pour les non observants au calendrier est faible, sans doute inférieur à 1. Parmi les non observants figurent ceux qui avaient 14 ans ou plus en 1994 car ils n'avaient pu recevoir le ROR avant l'âge de 2 ans. Ceux qui étaient vaccinés disposaient de peu de temps pour déclarer leur SEP dans les limites imparties par l'étude, ce qui a pu créer un déficit de cas parmi eux comme exposé dans mon article ''Vaccination hépatite B et sclérose en plaques : une étude aussi contestable que révélatrice'' au dernier paragraphe ''Apparition des cas en fonction du délai après vaccination''. Ce déficit de cas chez les vaccinés expliquerait alors un odds ratio faible voire significatif côté vaccin ''protecteur''.


Parmi les cas de SEP il y a 72 enfants ''observants au calendrier vaccinal'' c'est à dire ayant reçu 1 BCG, 1 ROR et 4 DTP avant l'âge de 2 ans. A lui seul le ROR élimine beaucoup de cas car il n'a été introduit qu'en 1983 et les enfants qui avaient 13 ans en 1995 avaient peu de chance de l'avoir reçu avant l'âge de 2 ans. Ceux nés en 1980 et même 1981 n'avaient aucune chance d'avoir eu le ROR dans les délais impartis. De plus, le ROR ne s'est pas implanté instantanément avec une couverture vaccinale élevée dès 1983 ou 1984.

En conséquence, ce critère du ROR avant 2 ans aura surtout retenu les cas apparus chez des enfants qui avaient au plus 12 ans en 1994. Comme il y a 72 cas apparus chez des observants au calendrier dont 27 non vaccinés on peut dire qu'il y en a certainement au moins 27 parmi les cas apparus entre 10 et 16 ans :

En admettant que les 27 non vaccinés sont parmi les 32 cas de moins de 10 ans non vaccinés, que les 10 cas vaccinés étaient observants ainsi que les 8 cas supplémentaires de l'étude 2008 et en supposant que ces 8 cas avaient tous moins de 10 ans, on a 27+10+8=45. Il en reste donc 72-45=27 au minimum qui devaient avoir au moins 10 ans au moment de leur première atteinte.

Comment définir les témoins vaccinés ?

Cela paraît simple, si on a associé 10 témoins à un cas et qu'il y a 8 vaccinés parmi eux c'est 8 ! Mais non, c'est beaucoup plus compliqué.

Imaginez un enfant vacciné à l'âge de 8 ans comme 3 de ses futurs témoins. Un an plus tard il fait une SEP. Quand ses 10 témoins seront en classe de sixième quelques années plus tard on en vaccinera 5 de plus. Faut-il retenir 3 témoins vaccinés ou 8 ? L'étude retient les témoins qui étaient vaccinés au moment du déclenchement de la maladie. C'est donc 3 ici. Si l'enfant avait débuté sa maladie plus tard, après la vaccination de ces 5 témoins on lui aurait attribué 8 témoins vaccinés.

Mais est-ce satisfaisant de procéder ainsi ? On pourrait imaginer qu'à 1 jour près ces 5 témoins puissent être considérés comme vaccinés ou non vaccinés ce qui fait aussitôt s'interroger sur la validité d'une telle procédure. Mais on peut donner une raison plus générale : ceux qui ont été vaccinés à l'âge de 8 ans ont plus de temps pour faire une SEP que ceux qui ont été vaccinés à 11 ans. Si on avait fait une expérience en laboratoire avec des souris, au temps zéro on aurait vacciné un certain nombre de souris puis aucune ensuite. Il faudrait donc associer 3 témoins vaccinés et non pas 8.

Mais les auteurs de ce genre d'étude ne font pas ainsi car si l'enfant n'a pas été vacciné et débute sa SEP à 12 ans alors que 8 de ses 10 témoins ont été vaccinés  il n'y aura aucun critère pour décider s'il faut retenir seulement les 3 vaccinés à l'âge de 8 ans ou les 8 qui l'étaient à l'âge de 11 ans. Là aussi il y a un problème dont l'effet est d'accroitre le nombre de témoins vaccinés et donc de réduire les odds ratio.

 

 

Mes 2 autres articles récents sur le sujet :

"Vaccin hépatite B et sclérose en plaques chez les enfants : une étude aussi contestable que révélatrice"

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/04/10/20863058.html

"Sclérose en plaques chez les enfants : une étude très démonstrative"

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/03/18/20609338.html


 

 

 

Posté par BernardGue à 10:40 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]