Que faire contre le choléra ? Vaccination ? Antibiotiques ? Chimioprophylaxie ? Quarantaine ? Non, rien de tout cela, mais RÉHYDRATER par voie orale tout simplement ! Et cela s'applique aussi, en particulier, aux dangereuses diarrhées du nourrisson.


 

C'est ce que révèle l'OMS dans l'interview du Docteur Dhiman Barua qui a mis sur pied le Programme de lutte contre les maladies diarrhéiques à l'OMS, n'hésitant pas à titrer : "Traitement miracle pour un fléau très ancien".

 

Le Dr Dhiman Barua a commencé à travailler à l’OMS en 1965 avec l’équipe de lutte contre le choléra basée à Manille, aux Philippines. En 1966, il a été transféré au siège de l’OMS à Genève, où il a été chargé de travailler sur le choléra et d’autres maladies diarrhéiques. En 1978, il a mis sur pied le Programme de lutte contre les maladies diarrhéiques.


 

La principale avancée médicale du XXe siècle : le soluté oral de réhydratation !

Cela peut surprendre mais c'est ce qu'affirme l'OMS :

 

“Des millions de vies sont sauvées chaque année grâce à un remède simple, la solution de sels de réhydratation orale (SRO), dont le Lancet a dit un jour que c’était «sans doute la principale avancée médicale» du XXe siècle.”

 

 

Mais ce ne fut pas simple car pour la faire accepter il a fallu se battre “pour convaincre des collègues sceptiques que les SRO pouvaient être administrés par des gens n’ayant guère ou pas de formation”. 

 

 

Ce traitement n'est pas nouveau, c'est à la fin de l'année 1970 qu'un laboratoire suisse a réussi à conditionner les ingrédients dans des sachets de papier d’aluminium, ce qui évitait l’absorption de l’humidité et la solidification de la poudre. Les sels avaient une durée de vie assez longue et il était facile de les transporter.

 

 

“C’était là une grande découverte et nous n’aurions jamais réussi sans ce progrès. Le nouveau sachet est devenu le symbole du succès de la thérapie par réhydratation orale. De nombreuses activités de formation ont permis de garantir une bonne utilisation du traitement. Des pédiatres réunis pour un séminaire de l’OMS se sont entendus sur une formule unique pour tous les types de diarrhée aiguë à tous les âges ; cette formule était le résultat d’années de recherche.”

 

 

Eh oui, mettre des sels absorbant rapidement l'humidité ambiante dans des sachets d'aluminium, la plus grande découverte médicale du siècle dernier ! Je ne me moque pas ! Cela devrait rendre modestes les chercheurs disposant de super microscopes pour tenter de fouiller les secrets des cellules et des virus. La découverte la plus utile, celle qui a sauvé le plus grand nombre de vie n'est pas parmi celles issues de recherches ultra sophistiquées, complexes et coûteuses mais d'une découverte malgré tout assez simple sur le plan théorique et conceptuel. Mais il y a eu des résistances :


 

“Les médecins hospitaliers considéraient la thérapie par réhydratation orale comme un traitement de deuxième ordre. Un seul décès sous leur supervision est toujours traumatisant. Ils ont tendance à considérer le nombre de décès et non pas le nombre de vies sauvées. Dans les pays développés, les pédiatres craignaient que la concentration de sodium dans la formule soit trop élevée pour les enfants, d'où un risque de décès par hypernatrémie [taux de sodium sanguin anormalement élevé]. Il a fallu beaucoup de temps pour convaincre les sceptiques que, dans la pratique, il n'y avait pas d'effets secondaires. Il a fallu les inviter pour qu’ils en fassent l’expérience eux-mêmes. Je me souviens avoir vu un médecin pakistanais, stupéfait de l’effet miraculeux des SRO sur un patient qu’il soignait, s’agenouiller à son chevet, dans la saleté, et s'exclamer: «Allah, est-ce bien vrai?»

 

 

Le Dr Dihman Barua espère que rien ne s'opposera  à faire de «la principale avancée médicale» du XXe siècle un remède familial dans le monde entier. J'invite le lecteur à aller lire cette interview fort instructive et riches d'anecdotes révélatrices.


 

Notons que ces solutés sont aussi reconnus comme la mesure la plus efficace contre les diarrhées du nourrisson. C'est l'une des principales raisons à la non recommandation des vaccins contre les rotavirus en France jusqu'à présent. Une enquête de l'InVS avait révélé que le corps médical était très loin d'une utilisation optimale de ces solutés, préférant souvent des antibiotiques inadaptés en attendant la vaccination... Sur ce sujet voir les articles de ce blog :

 

Diarrhées du nourrisson : des prescriptions dangereuses !

Les Gastro-entérites et les vaccins à Rotavirus

Des vaccins disponibles mais non recommandés, pourquoi ?

Vaccins contre les rotavirus : bientôt recommandés pour les nourrissons ?

 

 

L'OMS ne recommande pas les autres mesures

 

Quant aux autres mesures souvent utilisées face aux épidémies de choléra, voici l'avis de l'OMS tel qu'exposé dans le REH du 31 juillet 2008 :

 

Les mesures suivantes ne sont pas recommandées par l’OMS, car elles se sont révélées inefficaces, coûteuses et contre-productives:

  1- traitement systématique par des antibiotiques ou chimioprophylaxie préventive, qui n’ont aucun effet sur la propagation du choléra. Le recours aux antibiotiques peut avoir des effets indésirables en augmentant la résistance aux anti infectieux et en conférant un faux sentiment de sécurité; l’OMS ne recommande pas d’exiger des voyageurs en provenance ou à destination d’un pays touché par le choléra qu’ils prennent des antibiotiques à titre prophylactique ou apportent la preuve qu’ils en ont pris.

 

  2- restrictions aux voyages et aux échanges commerciaux d’un pays à un autre ou d’une région à l’autre d’un même pays, et notamment le fait d’exiger des voyageurs qu’ils fournissent une preuve de vaccination anticholérique ou le fait de soumettre les voyageurs à un dépistage par écouvillonnage rectal ou analyse coprologique; l’OMS ne pense pas que l’exigence d’une preuve de vaccination à l’entrée dans un pays puisse être utile pour prévenir la propagation internationale du choléra et par conséquent elle estime que cette exigence constitue une entrave inutile au commerce international.

 

  3- recours à la quarantaine et à la mise en place d’un cordon sanitaire aux frontières, mesure qui, en plus de conduire à un détournement des ressources, risque d’entraver la coopération entre les institutions et les pays; l’OMS ne recommande pas le dépistage systématique ou la mise en quarantaine des voyageurs en provenance de zones touchées par le choléra.”

Voir aussi Thème de santé, le Choléra sur le site de l'OMS