Additif du 1er avril 2015 : (ce n'est pas un poisson !) Alerte aux vaccins contre les rotavirus sur le site de l'ANSM ainsi qu'un article du Canard Enchaîné : 2 morts, 508 effets indésirables dont 201 graves dont 47 invaginations pour plus de 1 million de doses distribuées.

"Le Haut Conseil de la santé publique  (HCSP) a prévu, par ailleurs, de réexaminer dans les prochains jours ses recommandations relatives à la vaccination des nourrissons contre les infections à rotavirus." écrit l'ANSM.

Sur cette affaire on peut lire les commentaires de CMT sur le blog du Docteur du 16.

 

Sur ce blog, 2 autres articles sur les vaccins contre les diarrhées du nourrisson par  rotavirus

 

''Un vaccin contre le rotavirus pratiquement suspendu par l'Afssaps''

 

''Diarrhées du nourrisson : des prescriptions dangereuses !''

 

 

                             Les gastros

Qui n’en a jamais eu, tout particulièrement au moment des fêtes de fin d’années particulièrement propices aux contaminations par les virus responsables ?

On reconnaît d’abord les diarrhées d’origine bactérienne dont le célèbre choléra attribué au vibrion cholérique, les salmonelloses majeures que sont les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes devenues rares en France, les salmonelloses mineures responsables d’infections alimentaires et enfin les nombreuses bactéries digestives type escherichia coli dont certaines provoquent la diarrhée du voyageur, plus connue sous le nom de turista.

Puis il y a les gastros virales. Ce sont elles qui empoisonnent les fêtes de fin d’année. Dans les pays industrialisés les diarrhées aiguës virales sont de loin les plus fréquentes. Les principaux virus responsables des cas pédiatriques sont les rotavirus (un tiers des cas hospitalisés), les calcivirus (Norovirus et Sapovirus), les astrovirus et les adénovirus.

Deux vaccins contre les rotavirus ont reçu récemment (en 2006) leur AMM en France. L'avis du CSHPF (Conseil supérieur d’hygiène publique) du 22 septembre et 5 décembre 2006 recommande de ne pas recommander pour le moment la vaccination par rotavirus pour les enfants de moins de 6 mois. Comme ces vaccins ne peuvent être utilisés au delà de 6 mois cela revient à dire « pour tous ». Par ailleurs, cet avis donne des renseignements très intéressants sur la maladie, son épidémiologie et les raisons des réticences de nos experts à recommander cette vaccination.

Additif (5 novembre 2010)

Le HCSP (Haut conseil de santé publique) a publié un avis (28 mai 2010) et un rapport (20 mai 2010) sur la vaccination des nourrissons contre les rotavirus par les vaccins Rotarix produit par GSK et Rotateq produit par Sanofi Pasteur MSD. Ces documents font le point sur le sujet.

Les recommandations du HCSP sont fermement rappelées :

« le Haut Conseil de la santé publique ne recommande pas actuellement la vaccination systématique contre le rotavirus des nourrissons âgés de moins de six mois.

Le Haut Conseil de la santé publique recommande la poursuite de la mise en œuvre des mesures destinées à améliorer la prise en charge d’une gastro-entérite aiguë chez le nourrisson et les pratiques sur la réhydratation orale, comme indiqué dans l’avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France en décembre 2006, et préconise qu’une évaluation de ces actions soit menée. »

Fin de l'additif

 

 

La maladie

Quand elle frappe des nourrissons la gastro-entérite aiguë peut s’avérer mortelle en raison de la déshydratation qu’elle entraîne. On estime que dans les pays en voie de développement elle est la principale cause de mortalité infantile. En France on estime qu’il se produit 300 000 épisodes infectieux par an chez les moins de 5 ans dont la moitié sont sévères, avec en moyenne 13 à 14 décès. Ces épisodes infectieux, surtout observés pendant la période hivernale, conduisent à 138 000 consultations et 18 000 hospitalisations pour un coût annuel de 28 millions d’euros.

Il existe plusieurs souches de rotavirus (nom donné en raison de la forme ronde du virus), G1 étant la plus fréquente en France, suivie de G4 et de G2. L’immunité est spécifique à chaque virus mais celle acquise contre un virus contribuera, après plusieurs contacts, à l’immunité contre les autres. Autrement dit, la spécificité initiale devient moins spécifique après une série de contacts.

Chaque année les bronchiolites, les gastro-entérites et la grippe mettent la pédiatrie française en grosses difficultés. Si on nous affirme que le rotavirus est la principale cause d’infections nosocomiale en pédiatrie, il est aussi dit qu’ils sont responsables de seulement un tiers des hospitalisations pour gastro-entérites aiguës virales. Les autres principaux virus de la gastro (calcivirus (Norovirus et Sapovirus), astrovirus et adénovirus) en provoqueraient donc les deux tiers.

Ces données épidémiologiques montrent bien que, même si la vaccination par les rotavirus parvenait à éviter 50% des cas provoqués par ces virus, cela ne ferait que le sixième des gastro-entérites virales. L’impact de cette vaccination ne pourra donc être que limité. Il n’est d’ailleurs pas possible d’exclure qu’une réduction de la circulation des rotavirus s’accompagne d’une circulation plus intense des autres virus. Une étude des conditions de transmission de ces virus (par des mains mal lavées par exemple) ainsi que des campagnes d’information et d’éducation à l’hygiène pourraient être beaucoup plus efficaces.

 

Les vaccins

Il existe 2 vaccins à virus vivants ayant obtenu une AMM en 2006, le Rotarix [1] et le Rotateq [2]. Ces vaccins, administrés uniquement par voie orale, sont proposés chez le nourrisson à partir de 6 semaines en 2 ou 3 doses. Il est précisé que la dernière dose doit être administrée avant 24 semaines pour le Rotarix et même, de préférence, avant 16 semaines et 26 pour le Rotateq. On doit s’interroger sur la signification de ce "doit" : il est impératif en raison des complications pouvant survenir chez les enfants plus âgés. La plage de vaccination est donc très réduite.

Très souvent, la vaccination s’accompagne de perte de l’appétit et d’irritabilité, de fièvre, de fatigue, de vomissements, de diarrhées, régurgitation alimentaire et parfois une infection des voies respiratoires.

Selon le blog bébé « la vaccination s'arrête à 6 mois parce qu'il y a eu des cas de complications lors des vaccinations d'enfants plus âgés. Il faut espérer que les laboratoires qui travaillent actuellement sur d'autres types de vaccins contre le rotavirus arriveront à produire des vaccins efficaces au delà de l'âge de 6 mois. » 

Il y a peu, la société BioProtein Technologies, en association avec l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA), a annoncé la mise au point d'un vaccin contre le rotavirus, produit par la recombinaison de protéines issues du lait d'une lapine transgénique. Ce vaccin a été testé sur des souris. Mais les inventeurs doivent encore franchir le seuil de l'industrialisation de leur vaccin et la procédure, longue et fastidieuse, conditionnant sa mise sur le marché.

 

 

La transmission des virus :

Attention : le vacciné est contagieux !

 

La transmission des virus vaccinaux vivants à des personnes contacts est possible. Dans son avis, le CSHPF souligne la nécessité d’administrer ces vaccins avec précaution chez des sujets en contact étroit avec des personnes immunodéprimées.

Avec le Rotarix on a retrouvé le virus vaccinal dans les selles avec un maximum vers le 7ème jour après la vaccination. Les particules antigéniques virales détectées par ELISA ont été retrouvées dans 50 % des selles après la 1ère dose et dans 4% des selles après la seconde dose. Quand la présence de souche vaccinale vivante a été recherchée dans les selles, seules 17 % des selles étaient positives.

Des cas de transmission de ces virus vaccinaux excrétés ont été observés chez des sujets contacts sans symptôme clinique associé.

La notice recommande que Rotarix® soit administré avec prudence chez les personnes en contact proche avec des patients immunodéprimés, tels que des patients atteints d’affections malignes ou des patients sous traitement immunosuppresseur. Les personnes en contact avec des sujets récemment vaccinés doivent observer des règles d’hygiène personnelle (tel que se laver les mains après avoir changé les couches du nourrisson).

 

Le lait maternel, un très bon vaccin !

Le lait maternel est considéré comme assurant une très bonne protection du nourrisson contre le rotavirus pendant toute la durée d’un allaitement intégral. Malheureusement, le taux d’allaitement reste trop faible en France, constate le CSHPF. Il estime que si nous faisions aussi bien que la Norvège où plus de 40% des enfants sont encore allaités à l’âge de neuf mois, nous pourrions éviter 8000 cas de diarrhées et 1000 hospitalisations par an.

 

Un vaccin trop cher

Le rapport coût-efficacité chez le nourrisson a été étudié par l’InVS avec l’appui du Centre Hospitalier de Tourcoing. La modélisation réalisée indique qu’avec une couverture vaccinale de 75% le vaccin permettrait d’éviter 89 000 cas de diarrhée aiguë, 10 500 hospitalisations et 8 décès par an chez les enfants de moins de 3 ans. L’ensemble des doses vaccinales coûte 150 euros. En ajoutant au coût de la vaccination le coût des cas non évités par elle, la charge financière est évaluée à 95 millions d’euros, soit un surcoût de 68 millions d’euros par rapport aux dépenses actuelles pour la prise en charge des cas. L’étude conclut qu’à moins de réduire de façon importante le coût du vaccin cette stratégie a un rapport coût-efficacité peu favorable.

 

Plutôt réhydrater que vacciner

Aussi, la recommandation du CSHPF dans son avis du 5/12/2006 recommande de différer la vaccination systématique des enfants de moins de 6 mois mais d’assurer la prise en charge optimale des gastro-entérites aiguës dont le financement devra être prévu, la réhydratation orale, la réalimentation dans les premières heures.

Il recommande aussi d’améliorer les conditions d’hospitalisation pour limiter le risque nosocomial ainsi que le temps d’attente des nourrissons chez les médecins libéraux.

Effets indésirables individuels et épidémiologiques

Ils sont sans doute encore mal connus puisque le CSHPF recommande, avant d’envisager la recommandation systématique, d’avoir un recul suffisant sur les effets indésirables éventuels d’une vaccination de masse qui est actuellement proposée aux USA, au Venezuela, au Brésil, à Panama et en Autriche. Il recommande aussi d’avoir des données sur l’évolution écologique des rotavirus à la suite de la mise en place de cette vaccination généralisée.

 

Faire échec à la transmission

La transmission se fait en consommant de la nourriture ou des boissons contaminées ou lorsqu’on entre en contact avec les selles ou vomissements d’une personne malade et qu’ensuite on prépare un repas sans s’être lavé soigneusement les mains. Elle peut se faire directement de personne à personne ou par le relais de jouets, d’objets ou de surfaces contaminés.

Constatons une fois de plus que la lutte contre une maladie ne demande pas forcément de devenir résistant à la contamination par un moyen ou un autre (vaccin ou lait maternel par exemple) mais de s’efforcer aussi et peut-être d’abord et surtout, de réduire les risques de transmission en sachant comment elle se produit le plus souvent. Il ne faut pas oublier que la seule maladie humaine ayant été éradiquée, la variole, le fut davantage en réduisant les contaminations par l’isolement des malades et des contacts qu’en rendant les individus résistants par la vaccination (voir l’article catégorie variole). Il en va de même chez l’animal pour la tuberculose, la fièvre aphteuse etc.

 

[1] http://www.gsk.fr/gsk/medicament/rotarix.htm Infos sur le Rotarix

[2] http://www.merckfrosst.ca/mfcl/fr/corporate/products/rotateq.html Infos sur le Rotateq