31 octobre 2007
Vaccin Antitétanique : à vouloir trop prouver...
Le dernier article publié dans le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) par l’Institut de veille sanitaire(InVS) date du 14 février 2006 et relate une étude sur le tétanos en France pour les 3 années de 2002 à 2004. Cette étude va insister sur l’efficacité de la vaccination effectuée au service militaire et qui protégerait même au delà de 70 ans :
« Comme les années précédentes, ces trois
années de surveillance montrent que le tétanos affecte toujours les tranches
d’âges les plus élevées de la population (75 % ont 70 ans et plus),
principalement des femmes (64 %), moins bien protégées que les hommes,
revaccinés au cours du service militaire. »
Qu’en penser vraiment, d’autant plus que l’article recommande avec insistance les rappels tous les 10 ans :
« Tous ces cas et décès liés au
tétanos pourraient être évités par une meilleure application de la politique
des rappels anti-tétaniques (tous les 10 ans chez l’adulte ) et, en cas de
plaie, par la vaccination et l’administration d’immunoglobulines
spécifiques humaines selon le protocole
recommandé (fonction des caractéristiques de la plaie et de la date du dernier
rappel du vaccin antitétanique). »
Rappelons que l’InVS [1] est l’une des Agences du ministère de la santé dont la mission première est l’alerte sanitaire mais est aussi maintenant la surveillance permanente de la santé de la population.
Si le tétanos fait l’objet d’une déclaration obligatoire (DO) celle-ci n’est pas exhaustive car de 1995 à 2000, s’il y eut 47 décès notifiés par une DO, il fut établi 81 certificats de décès donnant pour cause le tétanos. Ces certificats sont la seule autre source permettant d’évaluer l’incidence du tétanos.
Le descriptif des données
L’étude publiée dans le BEH fait en particulier état d’une statistique du nombre de cas déclaré par classe d’âge et sexe pour les 3 années étudiées. Parmi les observations remarquables, il est noté que la moitié des cas ont au moins 77 ans, que 3 cas seulement avaient moins de 50 ans, le plus jeune ayant 13 ans ; le cas le plus âgé fut observé à 91 ans. 67 cas ont été déclaré pendant ces 3 années dont 16 décès ; 43 femmes ont été atteintes contre 24 hommes.
49 cas ont été observé à la suite de blessures et 9 à la suite de
plaies chroniques comme des escarres des ulcères variqueux et des dermatoses.
Il reste 9 cas où la porte d’entrée n’a pu être identifiée.
3 malades avaient reçu une vaccination complète. Si deux d’entre eux
n’ont pu préciser la date du dernier rappel, le troisième est un agriculteur de 55 ans pour lequel la porte d’entrée n’a
pu être identifiée. L’auteur de l’article écrit à son sujet : « Il
aurait reçu récemment 2 injections, en 1993 et 1999 mais les dates des
injections antérieures ne sont pas connues ».
Pourtant, une statistique de l’Armée américaine reconnaît 12 cas de
tétanos au cours de la seconde guerre mondiale dont 6 chez des sujets reconnus
avoir été récemment et correctement vaccinés, « quatre avaient reçu le traitement complet »
c’est à dire une injection de rappel après la blessure, les 2 autres n’ayant
pas eu cet ultime rappel [2]. Ces faits
ont été parfaitement authentifiés et publiés mais cela n’empêcha nullement en
1975 le Docteur Régine Lambert, Médecin Chef du Service central des
vaccinations de Paris, dans une brochure préfacée par Robert Debré et
distribuée gratuitement à tous les médecins de France, d’écrire que ces 6 cas
étaient « mal vaccinés, pas de rappel après la blessure » alors que 4
d’entre eux l’avaient effectivement reçue [3].
Vaccination à l’armée = effet prolongé ?
" Comme les années précédentes, ces trois années de
surveillance montrent que le tétanos affecte toujours les tranches d’âges
les plus élevées de la population (75 % ont 70 ans et plus), principalement
des femmes (64 %), moins bien protégées que les hommes, revaccinés au
cours du service militaire"
Voilà
qui avait retenu mon attention et il y a de quoi ! Pour traiter si le
risque de tétanos serait plus grand pour les femmes que pour les hommes au
moyen des données fournies, la première opération à faire serait de cumuler les
données des 3 années considérées : ainsi les valeurs annuelles
faibles deviendront plus élevées et auront plus de chance de devenir significatives.
De plus, si l'affirmation correspond à une réalité constante, elle devrait se
manifester chaque année. Il est donc tout à fait logique de cumuler comme cela
se fait couramment en analyse de données.
La comparaison entre les sexes et par tranche d’âge devient alors :
Moins de 49 ans :
3 Hommes et 0 Femmes
50 à 59
ans : 1 H et 1F
60 à 69 ans : 9 H et 3 F
70 à
79 ans : 6 H et 17 F
80 ans et plus : 5 H et 22 F
Précisons pour ceux qui ne sont
pas familiarisés avec la statistique, qu’une différence dite non significative
veut signifier qu’elle pourrait s’expliquer par de simples variations
aléatoires alors qu’en déclarant la différence significative le statisticien
veut exprimer qu’elle a peu de chances de pouvoir s’expliquer uniquement par
des variations aléatoires et qu’il convient donc de lui chercher une cause
particulière. En dehors du laboratoire et sur des populations ou de
multiples facteurs peuvent intervenir, une statistique ne permet pas toujours
de démêler l’écheveau des causes
multiples dont certaines peuvent être inconnues. Aussi, il convient de se
montrer très prudent avant de conclure.
Jusqu’à 59 ans les différences observées n'ont aucune
chance d’être significativement différentes . Constatons simplement, sans
en tirer de conclusion, que dans la classe des moins de 49 ans, celle où
la vaccination au service militaire aurait le plus de chance de montrer son
efficacité, il y a malgré tout 3 hommes pour 0 femmes, constat qui ne permet
certainement pas de prétendre détenir une preuve de cette affirmation et ce
d’autant plus que dans cette classe d’âge les nombres d'hommes et de femmes
sont très proches avec même un peu moins d’hommes.
Les classes suivantes sont plus intéressantes : il
est possible d’estimer le nombre moyen de personnes pour les 3 années :
60 à 69 ans : 2,44 millions d'hommes et 2,75 millions
de femmes
70 à 79 ans : 1,98
millions d'H pour 2,70 F
80 ans et plus :
0,80 millions d'H pour 1,70 F
De 60 à 69 ans il y a donc 9
hommes pour 3 femmes, avec sensiblement moins d'hommes que de femmes. Si ces
données sont significatives ce ne pourra être qu’en faveur de l’hypothèse qu’à
cet âge les hommes auraient un plus grand risque tétanique que les femmes et
non de l’hypothèse inverse. C'est clair.
Au delà de 70 ans il y a
nettement plus de femmes atteintes par le tétanos que d’hommes mais il y a
aussi un bien plus grand nombre de femmes que d’hommes. L’auteur affirme
que malgré cela les chiffres sont significatifs en faveur d’un risque plus
élevé pour les femmes que pour les hommes. Sans refaire de calculs acceptons
donc la conclusion du BEH.
On met alors en évidence un phénomène intéressant à signaler :
un risque tétanique qui serait plus
grand pour les hommes entre 60 et 69 ans, ce risque s’inversant ensuite pour
les femmes au delà de 70 ans. Cette situation n’est ni nouvelle ni
inexplicable.
Ce n’est pas nouveau :
Les
statistiques des années 60-70 où il y avait beaucoup plus de cas (350 par
an), étaient de ce fait plus aisément significatives et montraient 3 pics : la
petite enfance, les femmes à la cinquantaine (très net avec diminution sensible
ensuite) et à la vieillesse avec un décalage de 10 ans entre hommes et femmes,
le pic des hommes se produisant plus tôt. Les 2 premiers pics semblent avoir
disparu mais le dernier paraît donc se maintenir.
C’est
explicable (hypothèse proposée) :
On sait que le bacille tétanique est anaérobie. On peut donc
penser que tout ce qui défavorise la circulation sanguine, et donc une bonne
oxygénation des tissus, serait un facteur favorisant le tétanos. Par exemple
une plaie anfractueuse. On sait aussi qu'il existe de façon générale 3 périodes de la vie où la circulation
est moins bonne : la petite enfance, la ménopause et la vieillesse avec un
décalage qui était de 10 ans à l'époque ( années 70 ) entre hommes et femmes.
Les hommes peuvent donc connaître aujourd’hui un état physiologique
favorisant le tétanos quelques années avant les femmes, ce qui pourrait
expliquer cette inversion du risque, car enfin, est-il raisonnable d’attribuer
ce fait à une vaccination pratiquée à
20 ans au service militaire ?
Si
tel était le cas ce serait une preuve que le vaccin serait efficace pendant
plus de 50 ou 60 ans. Pourquoi alors tant insister sur les rappels tous les 10
ans ? Il faudrait même presque admettre que cette vaccination serait plus
efficace après 70 ans qu’avant !!!
Voilà à quoi nos experts
sont acculés quand ils s’entêtent à vouloir justifier les slogans malheureux de
leurs prédécesseurs…Ils seraient pourtant mieux inspirés d’affirmer, à défaut
de pouvoir le démontrer, que pendant leur vie active, les hommes étant soumis à des risques plus importants de
blessures que les femmes en raison des métiers qu’ils pratiquent et d’un goût
plus marqué pour les risques physiques, le risque tétanique serait plus élevé
pour eux que pour les femmes mais que
cela serait masqué dans les statistiques par l’action favorable de cette
fameuse vaccination militaire. Ce serait
une simple hypothèse qui aurait au moins le mérite de ne pas pouvoir être
écartée aussi aisément que ce qu’ils préfèrent soutenir avec obstination depuis
des décennies. Quoiqu’il en soit, l’argument du service militaire ne peut pas
être démontré par ces données même si, en admettant un risque plus élevé
pour les hommes pendant leur vie active, cette vaccination pourrait malgré tout
jouer un rôle que cette statistique récente ne peut mettre en évidence, mais
pas au delà de 40 ans, je pense que tous pourraient en convenir.
Même les statistiques plus anciennes ne semblent pas non plus pouvoir
le démontrer car une différence entre hommes et femmes n'apparaissait pas avant
l'âge de la ménopause alors que l'effet de cette vaccination devrait se
manifester avant si on voulait en tirer cette conclusion.
A vouloir trop prouver…
Dans les années 70 un autre argument circulait pour « justifier» la vaccination antitétanique : 2 villes de France, Poitiers et une autre dont je n’ai pas retenu le nom, déclarant sensiblement plus de cas que la moyenne, on attribuait cela au fait que ces 2 villes étaient d’anciens relais de diligences !!! L’argument figurait dans un ouvrage des plus sérieux sur le tétanos, ouvrage que j’avais feuilleté dans une librairie spécialisée du Boulevard St Germain à Paris. Cet argument alimentait les certitudes sur le sujet comme je l’ai constaté à l’époque de la part d’un personnel médical vindicatif qui le brandissait comme un étendard ! Il était pourtant parfaitement ridicule pour de multiples raisons :
- D’abord il s’agissait de statistiques d’hôpitaux et les personnes soignées à Poitiers pouvaient venir de 50 kilomètres ou plus et n’avaient pas forcément contracté le tétanos sur les chemins des diligences…par ailleurs goudronnés.
- Si Poitiers déclarait plus de cas c’était sans doute parce qu’y étaient soigné les malades de 2 départements, la Vienne et les Deux-Sèvres moins bien équipées à l'époque.
- Pour avoir vécu à Poitiers dans les années 60 je peux vous certifier (et
chacun me croira sans peine...) que les rues étaient goudronnées et les
abords bétonnées depuis longtemps !!!
- Et puis ces 2 villes ne furent certainement pas les seuls relais de diligences…
Cet argument ne semble plus être en vigueur, et c'est
tant mieux. Je pense qu'il serait temps d'en faire de même avec ce grand
classique du service militaire qui protégerait les hommes du tétanos jusqu’à 75
ans et au delà…
Pour conclure, je tiens à préciser
que cet article n’a pas pour objectif de démontrer que la vaccination
antitétanique n’aurait aucune efficacité mais de montrer que certains arguments
constamment brandis par les experts spécialisés pour en démontrer la réussite
n’ont en réalité aucune valeur, voire sont visiblement faux ou ridicules et
pourraient même desservir la vaccination. Il faut faire le distinguo entre le
vaccin qui est un produit, la vaccination qui est un acte médical et les
discours sur l’un et sur l’autre et qui sont le fait des hommes. Il est
possible que le vaccin mérite mieux que des discours aussi incohérents et
propres à semer le doute car enfin, on pourrait légitimement se demander
pourquoi préfèrer de tels arguments plutôt que d’autres plus consistants et qui
devraient pourtant exister si le vaccin
était doté des propriétés qu’ils veulent à tout prix lui attribuer. En
particulier, ce vaccin n’est certainement pas efficace à 100%. Pour avoir un
discours clair il serait sans doute préférable de le reconnaître plutôt que de
chercher sans cesse à excuser les cas en doutant par exemple de la réalité des
vaccinations reçues par les victimes.
[1] BEH n°7 du
14/02/06 www.invs.sante.fr
[2] Centre
International de l’Enfance – travaux et documents – 1952 – page 176 (Professeur
d’Antona)
[3] Les vaccinations
Pourquoi Comment – Sous l’égide de la
commission technique des vaccinations -Régine Lambert – Préfecture de Paris -
1975
03 septembre 2007
Evaluation du tétanos néonatal : d'étranges lacunes
L’un des grands objectifs poursuivis par l’OMS est l’élimination du tétanos néonatal partout dans le monde. C’est celui dont le bébé est victime dans les premières semaines de la vie, souvent à cause du cordon ombilical. Les moyens de lutte sont double : d’une part généraliser la pratique de l’accouchement médicalisé, ou au moins par un personnel qualifié ; d’autre part la vaccination systématique des futures mères. Le premier moyen a évidemment pour objectif de supprimer les causes du tétanos néonatal et le second cherche à palier les défaillances du premier. L’une des questions qui se posent est de savoir si le second moyen reste utile lorsque l’accouchement est pratiqué par un personnel expérimenté.
Pour l’UNICEF le tétanos néonatal est une maladie le plus souvent mortelle ; 70% des bébés atteints en meurent au cours de leur premier mois d’existence. Cette agence de l’ONU estime qu’il est le résultat d’une hygiène insuffisante lors de l’accouchement : des spores de tétanos contaminent le cordon ombilical au moment où il est coupé ou lorsqu’on le panse après l’accouchement. La maladie survient en général trois jours après la naissance et le nourrisson cesse de téter à cause d’une rigidité des muscles de la mâchoire. Il est ensuite saisi de convulsions douloureuses, tombe dans le coma et finit par mourir.
« Avec une vaccination efficace et des méthodes d’accouchement sûres, les femmes et les enfants ne devraient plus mourir du tétanos, a fait valoir Mme Bellamy (UNICEF). Mais cela nécessitera une forte volonté politique et des ressources financières afin de traduire nos programmes en actions visant à éliminer cette maladie. »
Mais l’UNICEF ne s’embarrasse pas toujours de subtilités. Ainsi, cette page de son site ne fait pas dans la nuance : pour éliminer le tétanos maternel et néonatal une seule solution, la vaccination…Les conditions de l’accouchement et de la coupure du cordon, on n’en parle pas !
Plusieurs enquêtes ont été menées dans divers pays et certaines ont déjà donné lieu à des publications de l’OMS dans le REH (Relevé épidémiologique hebdomadaire). La dernière date du 31 août 2007. L’enquête s’est déroulée au Mali en avril 2007.
Définition de l’élimination
« L’élimination du tétanos néonatal (TN)
est un objectif mondial; elle se définit par une incidence inférieure à 1 cas
de tétanos néonatal pour 1000 naissances vivantes dans chaque district d’un
pays. Le TN peut être prévenu par la vaccination des femmes et la
pratique d’accouchements médicalisés. Une enquête en communauté a été
menée dans un district où les nourrissons étaient considérés comme étant
exposés à un risque plus élevé de TN. »
« Au Mali, la politique
en matière de vaccination par anatoxine tétanique précise que toutes les femmes
enceintes doivent recevoir cette vaccination aux intervalles définis par les
recommandations de l’OMS. L’OMS et UNICEF estiment qu’en 2005, la protection à
la naissance par l’anatoxine tétanique s’élevait à 75%. Le district où
l’incidence du TN était estimée être parmi les plus élevées du pays a donc été
sciemment sélectionné afin de démontrer que s’il y avait une élimination du TN
dans ce district, on pouvait conclure que le TN avait aussi été éliminé dans
les districts ayant de meilleurs résultats. »
Protocole d’enquête
« La méthode d’enquête a été adaptée à partir d’un protocole de l’OMS.
Le plan choisi a
été un plan d’échantillonnage unique destiné à enquêter sur 1352 naissances
vivantes. Si on observe au plus un cas de TN on considérera que le TN a été
éliminé.
Les naissances vivantes
survenues entre 1 et 13 mois avant l’enquête (c’est-à-dire entre le 23 mars
2006 et le 22 mars 2007) ont été retenues dans l’enquête. En outre, celle-ci a
évalué la couverture de la vaccination par l’anatoxine tétanique et les
circonstances de l’accouchement »
« Les
questionnaires et les instructions ont été adaptés à partir du protocole de
l’OMS et traduits en français. Quatre formulaires ont été employés au total
pour recueillir les données. Le formulaire 1 a servi à enregistrer le nombre de
ménages visités, la taille de chacun d’eux, le nombre de femmes en âge de
procréer, le nombre de femmes enceintes et le nombre de naissances vivantes
survenues entre le 23 mars 2006 et le 22 mars 2007. Le formulaire 2 a servi à
noter les renseignements relatifs à chaque naissance vivante remplissant les
conditions voulues (nom du parent, puis date de naissance, sexe et survie de
l’enfant). Il a également servi à enregistrer des renseignements sur les
circonstances de l’accouchement des 3 premières mères de chaque grappe pour des
naissances vivantes retenues (lieu de l’accouchement, présence ou non d’un
accoucheur) et des informations sur le statut vaccinal de la mère.
Le formulaire 3 a servi à enregistrer les caractéristiques des décès
néonatals au moyen de techniques d’autopsie verbale (informations sur les
signes cliniques qui précédaient la mort de l’enfant, les soins prodigués aux
nouveau-nés, les circonstances des décès et les facteurs de risque qui ayant
prévalu).
Quant au formulaire 4, il servi à enregistrer des informations
concernant le statut vaccinal par VAT des 3 premières femmes en âge de procréer
de chaque grappe n’ayant pas donné naissance à un enfant vivant au cours de la
période étudiée. »
Résultats de l’enquête
Au total 3023 foyers ont été visités, soit 17432
résidants. En tout, 1352 naissances vivantes ont été identifiées, ce qui
correspond à un taux de natalité brut de 77,6/1000 habitants; 666 (49%)
nourrissons étaient de sexe masculin. Dans l’ensemble, 28 enfants sont décédés
au cours de la période néonatale (taux de mortalité néonatale, 20,7/1000
naissances vivantes); 6 de ces décès ont d’abord été imputés au tétanos
néonatal mais suite à de nouvelles investigations menées par des superviseurs
de second niveau, le tétanos comme cause de décès a été confirmé chez seulement
4 d’entre eux. Au total, 141 (45%) naissances vivantes d’un sous-échantillon en
comptant 312 ont eu lieu avec l’aide d’un agent de santé qualifié. Ce nombre
comprend les 124 (39%) naissances qui ont eu lieu dans un établissement de
santé.
Note de la rédaction (OMS).
« Cette enquête
a permis d’établir que 4 décès sont imputables au tétanos néonatal, ce qui est
supérieur au niveau d’acceptation de =1/1000. Par conséquent, le tétanos
néonatal ne peut pas être considéré comme ayant été éliminé de la zone de Gao
au moment de l’enquête. Cette découverte est étayée par la constatation que 50%
seulement des femmes ont reçu 2 doses protectrices d’AT, et que seulement 45%
des accouchements ont été assistés par du personnel de santé qualifié. Il
semblerait également que la qualité des 3 tournées d’activités de vaccination
supplémentaire qui ont lieu à Gao entre 2003 et 2004 n’ait pas été suffisante
pour élever le niveau de protection des femmes et ramener l’incidence à <1
cas de tétanos néonatal/1000 naissances vivantes. »
Une
étrange lacune
Cette enquête, dont je ne donne pas ici tous les détails
exposés dans le REH, pourrait paraître très sérieuse aux yeux du profane en
statistiques. Cependant, elle pêche étrangement sur le point crucial :
puisque 4 enfants ont été identifiés comme morts d’un tétanos il serait
évidemment essentiel de connaître le statut vaccinal de leurs mères ainsi que
les conditions de l’accouchement. Ces 2 caractéristiques ont été recherchées
par l’enquête mais les résultats ne nous sont pas communiqués !
Pourtant, chacun comprendra aussitôt que l’appréciation de l’affaire ne
pourra être la même selon que ces mères auraient toutes été vaccinées et
auraient accouché dans des conditions médicalisées ou, au contraire, si aucune
de ces 2 conditions n’avaient été réalisées ; ou encore si ces 4 mères
avaient été vaccinées mais avaient enfanté à même le sol et sans assistance
d’une personne formée etc. L’enquête pourrait nous donner des informations sur
ces points comme par exemple, dire qu’une mère avait été vaccinée, que 2 autres
ne l’étaient pas et que le statut vaccinal de la quatrième était inconnu. C’est
une certitude absolue : ceux qui ont dirigé cette enquête savent à quoi
s’en tenir à ce sujet. POURQUOI ne nous communiquent-ils pas ces
informations capitales ? Car enfin, supposons qu’une au moins de ces 4
mères ait été vaccinée. Devrait-on penser que si son enfant a fait un tétanos
ce serait parce que la couverture vaccinale n’était pas suffisante, autrement
dit parce que les autres mères n’avaient pas été suffisamment vaccinées alors
que pour le tétanos, la vaccination des uns ne peut protéger les autres (sauf
la mère et son enfant)?
Ils préfèrent en effet nous amuser avec des tableaux sur les
couvertures vaccinales et leurs intervalles de confiance ainsi que sur les proportions
de mères ayant une carte de vaccination ou ayant accouché dans des conditions
médicalisées. Mais RIEN sur les statuts des 4 mères dont les enfants sont
décédés du tétanos alors que c’est cela l’information capitale qu’ils
connaissent. POURQUOI ? Je repose encore cette question fondamentale,
POURQUOI ?
Admettre ce qu’il faudrait démontrer
La dernière conclusion citée par l’étude est lénifiante : on n’a pas assez vacciné pour éliminer le TN au Mali. Mais est-ce là la raison ? C’est possible mais pas certain et ce sont justement les informations qui ont été occultées qui pourraient permettre d’y voir plus clair. Imaginez par exemple que ces 4 femmes aient toutes été vaccinées mais qu’elles aient toutes accouché dans des conditions déplorables avec un cordon cisaillé par un outil de fortune. Dans les années 70 il avait été rapporté que le cordon pouvait être cisaillé entre 2 tessons de bouteilles par exemple. Or le cisaillement est très favorable à la création d’une zone anaérobie propice au développement du tétanos. On aurait ainsi une indication précieuse montrant qu’il ne faut pas trop compter sur la vaccination pour protéger l’enfant dans ces conditions. Ainsi, nos experts admettent ce qu’il faudrait démontrer…
Des détails venus du Népal
Une étude analogue a été menée au Népal et publiée dans le REH n° 13 de 2006. Un cas de décès par tétanos a été trouvé et
là l’étude nous donne des détails :
« L’âge au moment du décès était de 3 jours et le sujet avait
présenté des spasmes musculaires au toucher, une rigidité, des lèvres pincées
et des poings serrés. La mère du sujet n’avait pas reçu d’anatoxine tétanique
et l’accouchement avait eu lieu à domicile. »
Et bien voilà ce que nous attendions ! Mais il ne faudrait pas se contenter de
donner l’information quand la mère n’a pas été vaccinée ! Cette remarque
n’est pas antivaccinaliste. Je ne me prononce pas ici sur l’efficacité et
l’utilité du vaccin antitétanique. L’antivaccinalisme n’est d’ailleurs, par
définition, qu’une réaction au vaccinalisme qui semble bien se manifester sur
cette affaire en usant d’un procédé contraire à l’analyse scientifique et qui
nous prive de données essentielles.
Toujours au Népal il a été observé, au cours de cette étude, 14 décès
néonatals et il est précisé à leur sujet :
« On a recueilli des informations sur les circonstances de
l’accouchement pour les 14 décès néonatals. Tous sauf un (93%) avaient eu lieu
à la maison. Dans 5 cas (36%), les femmes avaient accouché par terre; les
autres femmes avaient accouché sur un morceau de plastique (4 cas, 29%), un sac
(3 cas, 21%) ou une natte (2 cas,14%). Dans tous les cas sauf un (93%), c’est
une lame de rasoir qui avait servi à couper le cordon ombilical, mais cette
lame n’était neuve que dans 7 cas (50%). Dans 9 cas (64%), aucun pansement
n’avait été appliqué sur le cordon, alors que dans 2 cas (14%), on y avait
appliqué un remède, dans 2 cas (14%) de l’huile et dans un cas (7%) de l’huile
additionnée de gingembre. »
Pourquoi des informations de cette nature n’ont-elles pas été
communiquées pour les 4 cas de TN du Mali ?
Une
remarque en passant : c’est une habitude dans les statistiques traitées
par le monde médical de transformer le nombre de cas en pourcentages (2 cas, 14%)
mais les valeurs observées sont vraiment trop faibles pour cela car de très légères variations aléatoires
vont modifier le pourcentage de façon importante. Disons, sans méchanceté, que
c’est un peu ridicule.
Sous notifications
Pour être à peu près complet sur ce thème ajoutons que les différentes enquêtes publiées sur les décès néonatals soulignent toutes que les enquêteurs ont trouvé sensiblement moins de décès (toutes causes confondues) qu’il était attendu en comparaison d’autres données. Les rédacteurs se sont posé la question du pourquoi :
« Le faible nombre de
décès néonatals obtenu est peut-être aussi dû à la réticence des mères de
parler des décès néonatals, à l’imprécision des techniques utilisées pour poser
les questions ou à une identification sélective des ménages ayant enregistré
des naissances vivantes. Malheureusement, on ne dispose pas d’informations plus
précises sur les explications probables des taux de décès néonatals
identifiés »