28 août 2007
L'OMS et la Santé dans le Monde
L’OMS annonce
en page d’accueil son rapport 2007 sur la santé dans le monde. Voici une
première analyse de ce qui y est écrit sur la variole et qui m’a fortement
interpellé.
Rapport sur la santé dans le
monde : un avenir plus sûr : la sécurité sanitaire mondiale au
XXIe siècle
« un tournant dans
l'histoire de la santé publique et marque ce qui pourrait être un des progrès
les plus importants de la sécurité sanitaire de ces 50 dernières années. Il
montre comment le monde se trouve de plus en plus exposé au risque de flambées,
d'épidémies, d'accidents, de catastrophes naturelles et d'autres urgences
sanitaires qui peuvent rapidement menacer la sécurité sanitaire mondiale. Le
Rapport explique comment le Règlement sanitaire international (2005) entré en
vigueur cette année aide les pays à collaborer pour définir les risques et agir
pour les endiguer et les combattre. Le Règlement est indispensable car aucun
pays, aussi avancé ou riche soit-il, ne peut se prémunir contre les flambées ou
d'autres dangers sans la coopération des autres. Le Rapport souligne qu'un
avenir plus sûr est à portée de main et cette perspective représente à la fois
une aspiration collective et une responsabilité mutuelle pour chaque
pays. »
Il est constitué de 5
chapitres : Résumé - Evolution de la sécurité sanitaire - Menaces sur la sécurité sanitaire - Nouvelles menaces sur la santé au XXIe
siècle – Leçons tirées et perspectives d’avenir - Vers un avenir plus sûr – Conclusions et recommandations
Chapitre 1 Evolution de la sécurité sanitaire
« Le chapitre 1 s’ouvre
sur un historique de quelques-unes des premières mesures qui ont conduit à
l’établissement du RSI (1969) – les événements marquants dans le domaine de la
santé publique avec, en premier lieu, l’institution de la quarantaine, un terme
qui remonte au XIVe siècle et qui désignait une mesure ayant pour but de se
prémunir contre les maladies « d’origine étrangère », comme la peste ; puis les
diverses améliorations apportées en matière d’assainissement qui, au XIXe
siècle, ont permis de juguler les épidémies de choléra ; enfin, l’avènement de
la vaccination dont l’aboutissement a été, au XXe siècle, l’éradication de la
variole et la prévention de beaucoup d’autres maladies infectieuses. Pour bien
mesurer l’intérêt nouveau et les potentialités de la coopération sanitaire
internationale, il est capital d’en comprendre l’évolution historique, avec ses
succès et ses échecs. »
« Au
début du XXe siècle, la variole était encore endémique dans presque tous les
pays du monde. On estime qu’au début des années 1950, il se produisait
chaque année dans le monde 50 millions de cas de variole dont 15 millions de
cas mortels, ce nombre étant tombé aux environs de 10 à 15 millions de
cas et 3 millions de décès en 1967, grâce à un meilleur accès à la vaccination.
Le succès de la campagne mondiale pour l’éradication, menée pendant dix ans à
partir de 1967, a débouché sur la certification de l’éradication de la variole
dans le monde en 1979 (9).
Depuis cette certification,
on a invoqué la possibilité, pour certains pays ou groupes terroristes, de
détenir des stocks de virus variolique, et la menace bioterroriste que pourrait
constituer ce virus suscite une grande inquiétude dans nombre de pays
industrialisés (10). Des travaux sont en cours en vue de mettre au point
un nouveau vaccin antivariolique présentant une meilleure sécurité d’emploi,
lequel devrait être produit en très grandes quantités au cas où il faudrait
vacciner les populations pour faire face à une dissémination délibérée du virus
variolique.
Près de 30 ans après avoir
été éradiquée avec succès, la variole est donc devenue un enjeu important de
santé publique compte tenu de la possibilité d’une dissémination délibérée du
virus à des fins criminelles. Selon un récent rapport de l’OMS, « la plus
grande crainte réside dans le fait que, faute de moyens au niveau mondial pour
contenir rapidement une flambée, la variole pourrait redevenir endémique et
anéantir l’une des plus grandes réalisations du domaine de la santé publique »
(10).
9. Fenner F, Henderson DA, Arita I, Jezek Z, Ladnyi ID. Smallpox and its eradication. Genève, Organisation mondiale
de la Santé, 1988.
10. Réserve mondiale de
vaccins antivarioliques : rapport du Secrétariat. Genève, Organisation mondiale de la Santé,
2005 (rapport au Conseil exécutif de l’OMS, document EB115/36 ; http://www.who.int/gb/ebwha/pdf_files/EB115/B115_36-en.pdf,
consulté le 11 mai 2007).
Commentaires :
je vais, pour le moment, ne commenter que les propos suivants sur la
variole :
« On estime qu’au début des
années 1950, il se produisait chaque année dans le monde 50 millions de cas de
variole dont 15 millions de cas mortels, ce nombre étant tombé aux environs de
10 à 15 millions de cas et 3 millions de décès en 1967, grâce à un meilleur
accès à la vaccination »
Il faut savoir que la proclamation le 8 mai 1980 de l’éradication mondiale de la variole par l’Assemblée mondiale de la santé s’est appuyé sur un rapport de 140 pages intitulé « l’éradication mondiale de la variole – Rapport final de la Commission mondiale pour la Certification de l’Eradication de la Variole ». Ce document est daté de décembre 1979 [1]. On y trouve en particulier, en annexe, des statistiques annuelles, par pays, de 1920 à 1979. Ce document précise :
« Le présent tableau a été réalisé par le service de l’Eradication de la Variole de l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Les statistiques des cas notifiés représentent les meilleurs chiffres disponibles. Toutefois il convient de les interpréter avec la plus grande circonspection en raison de la sous-notification des cas, sauf pendant la période précédant immédiatement l’interruption de la transmission. »
Voici quelques totaux mondiaux figurant dans ce tableau :
1950 : 426 006 cas ; 1951 : 554 756 cas ; 1967 : 131 697 cas.
Nous pouvons donc comparer les 500 000 cas notifiés vers 1950 et les 132 000 cas de 1967 avec les 50 millions de cas pour les années 50 ainsi que les 10 à 15 millions de cas en 1967 qui sont avancés dans ce rapport 2007 sur la santé dans le monde !!! On est bien obligé de s’interroger sur de telles différences. Les états concernés par la variole n’auraient donc enregistré que quelques gouttes d’eau par rapport à la réalité ? Est-ce concevable ?
Je constate aussi que la bibliographie de ce rapport ne fait aucune référence au rapport de la Commission de certification mais renvoie à une étude publiée en 1988. Pourquoi l’OMS ne fait plus référence à ce document fondamental que pourtant elle vend ? Autant de questions auxquelles je ne peux évidemment répondre mais qui interpellent fortement.
A partir de ce document j’avais rédigé une étude de 4
pages sur l'éradication
de la variole . Extraits :
Il fut capital de réaliser que, si le premier signe
de la maladie était une fièvre à plus de 40° obligeant le malade à s’aliter, il
ne devenait contagieux qu’avec le début de l’éruption 2 jours après. Ces
données seront le fondement de la stratégie de surveillance et d’endiguement
qui remplacera progressivement la vaccination de masse :
1 – Les malades furent alors activement recherchés, en
particulier par des campagnes d’affichages et en offrant même de l’argent pour
tout cas signalé. Dès qu’un cas était repéré, il était isolé.
2 – Les contacts étaient
recherchés et surveillés. Aux premiers signes de maladie – une fièvre intense,
donc avant de devenir contagieux - ils étaient isolés.
« Dès lors que les varioleux étaient isolés dans une enceinte où
ils n’avaient de contacts qu’avec des personnes correctement vaccinées ou
précédemment infectées, la chaîne de transmission était rompue . En identifiant
et en isolant immédiatement les contacts qui tombaient malades, on dressait un
obstacle à la poursuite de la transmission . » {[1]
p. 22}
Voir aussi l’éradication de
la variole sur ce blog (catégorie variole).
[1] Ce rapport n’est
pas en ligne mais il peut être commandé en français à l’OMS :
http://www.who.int/bookorders/francais/detart2.jsp?sesslan=2&codlan=2&codcol=29&codcch=4
21 juin 2007
L'éradication de la variole
On croit généralement que la variole a été vaincue par la
vaccination. C’est très loin d’être vrai. On a voulu la vaincre par de vastes
campagnes de vaccination qui se sont avérées être des échecs. Il fallut
recourir à une stratégie bien différente qui consistait à pister le virus
individu par individu. Comment ? D’abord recherche active des malades en
interrogeant la population et en montrant des affiches de varioleux. Puis en
isolant le plus tôt possible les malades de façon rigoureuse. Puis en
recherchant les personnes contacts, généralement celles qui s’étaient rendu au
chevet du malade. On les surveillait et si leur température dépassait 38° on
les isolait. La maladie ne devenant contagieuse qu’à la phase d’éruption les
malades étaient ainsi isolés avant de devenir contagieux. Voilà la vraie clé de
l’éradication de la variole.
Pour
plus d’informations et de références lisez l’article sur l'éradication
de la variole [1].
Cette
stratégie ne fut pas au départ le fruit de recherches approfondies mais fut constatée fortuitement à la suite
d’une pénurie de vaccins : une équipe de vaccinateurs était en place en
Afrique pour mener des campagnes de vaccination contre la variole quand elle
fut appelée dans une région où sévissait une épidémie. Elle disposait de très
peu de vaccins, environ 2000 pour 250000 personnes. Le chef d’équipe décida
alors de palier à la pénurie en isolant les malades et en faisant de la surveillance
au lieu de passer partout pour vacciner. Quand les doses de vaccins arrivèrent
il n’y avait plus de variole.
Le chef
d’équipe en parla à un épidémiologiste du CDC d’Atlanta, Donald Henderson qui
en parla à l’OMS. C’est ainsi que naquit la stratégie dite de
surveillance-endiguement qui a permis à Henderson d’être considéré comme étant
celui qui a vaincu la variole.
[1] http://www.infovaccin.fr/l-eradication-de-la-variole.html