27 avril 2009
Analyser la communication : une méthode de travail fructueuse
Application de la méthode au décès par rougeole en France
L'objectif de cet article est de montrer comment il est possible d'arriver à des conclusions intéressantes en analysant la communication faite sur une affaire de santé. L'exemple choisi est la communication sur le décès par rougeole survenu fin janvier 2009 en France.
La communication sur ce décès par rougeole peut laisser très perplexe : bien qu'on ne nous ait rien dit sur les conditions et causes de ce décès (ce qui peut être tout à fait normal car elles appartiennent à la famille que l'on peut respecter), il a été aussitôt exploité pour booster la campagne de vaccination contre la rougeole et culpabiliser les parents qui ne font pas faire ce vaccin, c'est à dire le ROR.
Cette instrumentalisation d'un événement familial malheureux donne alors à tous et à chacun le droit et le désir d'en savoir un peu plus. L'enfant avait-elle été vaccinée ou pas ? Et si non, pour quelles raisons ? Opposition de la famille, négligence, contre-indication, autant de questions restées sans réponses et dont nous pourrions accepter qu'elle soient sans réponse pour nous.
Mais si les autorités veulent utiliser de tels événements pour justifier des objectifs de campagne de vaccination, elles devraient d'abord nous informer sur ces conditions qui pourraient changer considérablement l'interprétation.
Or, la communication sur ce décès a donné lieu à des non-dits et des incohérences qui interpellent fortement. L'ensemble de cette communication conduit à penser que soit cette enfant était vaccinée soit elle avait une sérieuse contre-indication au vaccin.
J'ai rassemblé ci-dessous les éléments qui conduisent à conclure ainsi.
Il s'agira du même coup de peaufiner une méthode de travail* pouvant permettre d'aller plus loin que les informations et affirmations directement transmises pour ceux (fort nombreux) qui n'ont pas accès à toutes les données d'une affaire (c'est mon cas).
*Avoir une méthode de travail bien rodée pourrait s'avérer utile s'il devenait nécessaire d'y voir plus clair dans cette nouvelle affaire sanitaire déclenchée par la grippe porcine.
Premier constat :
Le communiqué du 30 janvier 2009 de la préfecture de Haute-Savoie annonçant le décès faisait état d'un contexte d'enfants et d'adultes non ou mal vaccinés sans indication sur le statut vaccinal du décès.
Les 3 bilans provisoires de l'InVS des 29 janvier, 13 février et 20 avril mentionnent ce décès par encéphalite mais ne disent rien sur son statut vaccinal.
Additif (1er novembre 2009) : le BEH du 20 octobre 2009 (n° 39-40) qui dresse le bilan de la rougeole en France en 2008 et au premier trimestre 2009 mentionne ce décès sans préciser son statut vaccinal.
Dans son éditorial présentant le calendrier vaccinal 2009, Daniel Floret, président du CTV, mentionne ce décès sans aucune allusion à son statut vaccinal.
Quatre ans auparavant, Daniel Floret présidait l'élaboration du plan d'élimination de la rougeole en France. Ce plan officiel formule la recommandation tactique suivante, page 9 :
« il ne faut pas manquer l’occasion de communiquer sur les épidémies récentes en France et dans les pays voisins, en citant les cas d’enfants ayant subi les méfaits de la rougeole du fait de leur statut non vacciné."
Second constat :
InfoVac France n'a rien dit sur le statut vaccinal de l'enfant alors que son jumeau en Suisse a affirmé qu'elle n'était pas vaccinée*.
Ce constat se prolonge à l'identique quand on compare sur leurs sites les grands journaux français qui n'ont pas communiqué sur le statut vaccinal de l'enfant contrairement aux journaux suisses qui ont affirmé sa non vaccination.
*Ces 2 sites avaient parlé de ce cas dans leur rubrique Actualité dont ils ne semblent pas conserver d'archives accessibles.
Face à ces constats, les questions suivantes se posent :
1- Pourquoi le statut vaccinal de cette enfant est-il systématiquement occulté en France ?
2- Comment les médias suisses et InfoVac Suisse ont-ils eu connaissance de ce statut ?
3- Si cette enfant n'avait effectivement pas été vaccinée, pourquoi ce fait n'a-t-il pas été mentionné dans les déclarations citées alors qu'il est officiellement recommandé de le faire en pareil cas dans un document élaboré sous la direction de notre actuel président du CTV qui a lui-même communiqué sur le cas ?
Étudions 2 hypothèses :
Hypothèse 1 : l'enfant était vaccinée
En pareil cas on comprend le silence côté français. La preuve étant détenue par les parents, ceux-ci pourraient lâcher le morceau en montrant les certificats, ce qui serait fâcheux pour nos institutions. Ce serait moins gênant côté suisse car la famille est française et les autorités n'étaient donc pas impliquées dans cette affaire.
Hypothèse 2 : l'enfant n'était pas vaccinée
Il faut alors se demander pour quelles raisons. Si c'était des opposants fermes à la vaccination, le statut vaccinal aurait certainement été communiqué en insistant même sur ce caractère d'opposants.
Si c'était par négligence les communiqués ne se seraient sans doute pas privés non plus de signaler l'absence de vaccination puisque cela est officiellement prévu.
Reste la contre-indication : l'enfant pouvait avoir une contre-indication notoire*. Inciter la population à accepter la vaccination en s'appuyant sur un décès non vacciné pour raison de contre-indication serait sans doute jugé peu propagandiste. Donc il n'était pas envisageable pour les autorités de mentionner cette contre-indication.
* Contre-indications absolues :
Allergie aux protéines de l'oeuf.
Allergie à la néomycine.
Déficits immunitaires congénitaux ou acquis, car il s'agit de virus vivants atténués.
Il y avait alors 2 options : soit parler seulement de la non-vaccination de l'enfant soit ne pas faire état de son statut vaccinal. Nous avons eu droit aux 2 variantes de part et d'autre de la frontière.
Première conclusion
Il semble qu'il n'y ait que 2 solutions permettant d'expliquer les déclarations observées en France : soit l'enfant était vaccinée soit elle avait une contre-indication sérieuse.
Dans ce dernier cas, on pourrait même envisager que la raison de santé interdisant la vaccination et celle qui a précipité le décès seraient une seule et même cause. Autrement dit, cette enfant pouvait être condamnée soit à connaître de graves dommages en raison du vaccin soit en raison de la maladie si elle était contaminée.
Si on admet qu'InfoVac Suisse n'aurait pu affirmer une contre-vérité mais seulement des demi-vérités, on peut alors opter résolument pour la contre-indication.
La Tribune de Genève rapporte le 5 février 2009 sur son site [3] :
« Et pourtant, déplore la vaccinologue Claire-Anne Siegrist, un vaccin aurait sauvé la jeune fille. »
Un vaccin l'aurait sauvé ? Pas si elle avait une contre-indication sérieuse...Les vaccinologues ignoreraient-ils qu'il puisse exister des contre-indications ? Imaginons par exemple qu'un autre enfant de la famille ait eu une réaction violente après son vaccin contre la rougeole et que le médecin, jugeant que la cause pourrait être génétique, pose une contre-indication ferme aux autres enfants de la fratrie. Est-ce totalement invraisemblable ? (Voir un témoignage en annexe)
Il devient alors possible d'avoir une autre lecture du communiqué de la préfecture : ce décès survient dans un contexte d'enfants et d'adultes non ou mal vaccinés nous dit-il. Ce serait donc le contexte qui devait protéger l'enfant et non le vaccin qu'elle ne pouvait recevoir.
Sous cette hypothèse de contre-indication on peut alors mesurer la différence entre l'attitude française et celle affirmée en Suisse. Il y avait alors sur ce cas matière à argumenter en faveur de la vaccination en avançant la protection collective qu'on veut lui attribuer. Mais faute d'avoir voulu, sous l'hypothèse de la contre-indication, en faire état pour ne pas jeter le trouble dans les esprits, on en arrive à une communication des plus troublantes par ses non-dits et des plus incohérentes sans même avoir à jeter un coup d'œil au dessus d'une frontière dont le net et le virus se moquent totalement.
Résultats : d'odieuses injures aux parents qui même s'ils ne les ont pas toutes lues ou entendues pourraient les laisser meurtris pour longtemps.
Le déchaînement contre les parents sur internet
Malgré l'ignorance du statut vaccinal de l'enfant, des motifs de ce statut et des raisons médicales de ce décès, certains s'en sont pris à cette famille avec une violence verbale inouïe dans des forums associés à des articles de journaux ou sur d'autres sites :
Par exemple sur le site des étudiants en médecine de France [1] : après avoir lancé le sujet en reprenant une info ne précisant pas le statut vaccinal de l'enfant, c'est le déchaînement contre ces parents qui ont perdu leur enfant pour ne pas l'avoir délibérément fait vacciner :
"Et quand ils ne meurent pas, ils risquent le handicap psychomoteur gravissime à vie...Je ne comprends pas comment des parents responsables peuvent refuser de vacciner leurs enfants contre la rougeole en prétendant que les vaccins, c'est le poison. Est-ce un manque d'information ? Ou plus malheureusement une bêtise brute ?"
Ou encore un site qui fustige toutes les médecines parallèles et qui, après avoir rapporté une info neutre sur le statut vaccinal de l'enfant, s'excite en ces termes (en rouge dans le texte) :
« Un exemple des effets néfastes de la propagande des anti-vaccinations et de la crédulité de leurs victimes. On remarque que le cas s'est déclaré à 40km du siège social* d'une de ces associations de nuisibles. Est-ce simplement une coïncidence ? »
* Il est possible qu'il s'agisse d'une école Steiner.
Ce ne sont que des échantillons, tous écrits par des personnes qui non seulement ignorent tout de l'affaire mais ne se posent aucune question sur elle. On peut alors se demander quel niveau aurait été atteint dans ce domaine s'il avait été affirmé par le communiqué de la préfecture que l'enfant n'était pas vaccinée, à plus forte raison s'il avait été mentionné que les parents étaient des opposants aux vaccinations, voire des militants actifs.
Les ultravaccinalistes qui agissent ainsi ont-ils conscience de ce qu'ils font ? Mais leur comportement est aussi l'une des conséquences délétères de toute une propagande qui commence au moins à l'école primaire. On espérerait plus de réflexion et de tempérance de la part de nos futurs médecins que les propos tenus sur leur site. Mais ils sont aussi "fabriqués" pour réagir ainsi.
Au nom de la protection de l'enfance
Tout cela sous couvert du devoir de protection des enfants. Que ne fait-on au nom de cette protection* ! L'affaire d'Outreau en fut une démonstration. Ce ne fut pas une affaire de trop cette affaire d'Outreau car elle révéla surtout, si on voulait bien regarder, les couacs provoqués par notre cerveau lymbique quand des événements sollicitent les programmes ancestraux qui s'y trouvent. L'un d'entre-eux, qu'on pourrait nommer le programme "justice de Far West", se mobilise dès qu'on désigne des coupables à la vindicte populaire. La jouissance éprouvée par nos ancêtres devant des exécutions sommaires remonte à la surface et nous pousse à la satisfaire dans "l'exécution" des personnes désignées.
Il faut savoir que ce programme est très puissant et que beaucoup ne se maîtrisent pas suffisamment pour en contenir les manifestations. C'est pourquoi il faudrait que les responsables y regardent à deux fois avant de désigner publiquement des coupables. Mais ont-ils conscience des forces obscures qu'ils risquent ainsi de déclencher ?
* Par exemple encore, dans le cadre de la loi sur la protection de l'Enfance, le vote définitif, le 22 février 2007, d'un texte classant dérive sectaire le refus de BCG obligatoire pour les enfants !!! De même pour le DTP...
Faute d'une communication suffisamment précise et claire, ces malheureux parents ont ainsi été exposés à de multiples manifestations d'internautes saoulés de propagande et de slogans simplistes qui pensaient détenir en cet événement les preuves de leurs certitudes
Pourquoi la prudence française ?
Côté français on s'est montré plus prudent que côté suisse en ne donnant pas le statut vaccinal de l'enfant. Pourquoi ? Il faut noter que côté français il s'agissait d'abord d'autorités ou d'une agence sanitaire alors que les autorités suisses n'étaient pas concernées par ce décès. Il faut aussi noter que c'est la famille qui détient les preuves de la vaccination ou de la contre-indication, selon l'hypothèse retenue, et qu'elle pourrait les révéler si elle était par trop harcelée. Ceci pourrait peut-être expliquer cela.
Toutes ces réactions montrent aussi que la disposition du plan d'élimination de la rougeole qui prévoit de communiquer sur les méfaits de celle-ci quand elle frappe des non vaccinés (mais pas quand elle touche des vaccinés...) pourrait être une disposition délicate à utiliser, voire dotée d'un effet boomerang. La preuve : même l'auteur de cette recommandation n'a pas osé en faire usage dans ce cas en ne mentionnant pas dans son éditorial que l'enfant n'était pas vaccinée.
[1] http://www.e-carabin.net/showthread.php?p=1093614
[2] http://sens-commun.blogspot.com/2009/01/une-adolescente-de-12-ans-decede-de-la.html
[3] http://www.tdg.ch/geneve/actu/decede-hug-suites-rougeole-2009-02-04
Annexe
Sur la même page de La Tribune de Genève, dans les commentaires, on trouve des "témoignages". Bien sûr, n'importe qui peut inventer des accidents de vaccination ou de non vaccination à volonté. Mais allez les lire quand même :
« Je suis une maman qui a vacciné ses deux premiers enfants de tout, la seconde est entrain de sortir de l'autisme. Elle est quasiment guérie, mais quelle galère. »
Voir sur le site la suite du message posté le 05.02.2009 - 15:47
Voir aussi celui du 05.02.2009 - 09:56 où une maman raconte que sa fille a fait une rougeole grave 1 an après avoir été vaccinée.
31 janvier 2009
Rougeole : décès d'une adolescente et bilan 2008 de l'InVS
Extrait du Plan d'élimination de la rougeole en France :
"Puisque la rougeole peut être perçue par certains comme une maladie « invisible » et/ou bénigne, il ne faut pas manquer l’occasion de communiquer sur les épidémies récentes en France et dans les pays voisins, en citant les cas d’enfants ayant subi les méfaits de la rougeole du fait de leur statut non vacciné."
Sur ce décès, voir aussi un nouvel article sur ce blog :
"Analyser la communication, une méthode de travail fructueuse"
Pratiquement simultanément on a appris le décès par rougeole d'une adolescente de 12 ans, fin janvier 2009, à la frontière suisse alors que l'InVS publiait le bilan encore provisoire des cas de rougeole en France en 2008. La rougeole est à déclaration obligatoire (DO) et il a été enregistré 566 cas en 2008 contre 44 en 2006 et 40 en 2007.
Voir en annexe un bilan plus récent pour l'année 2008
Le
bilan de l'InVS faisant état de ce décès, il est possible qu'il ait
été mis en ligne en raison de cet événement. Il faut savoir aussi
qu'il y a beaucoup de rougeole en Suisse, une alerte ayant été
lancée au moment de la Coupe d'Europe de foot en 2008 dans ce pays.
Il n'est guère possible d'épiloguer valablement sur ce décès en
raison des nombreuses inconnues à son sujet.
Par exemple :
- qu'en était-il de son terrain immunitaire ?
- prenait-elle des corticoïdes ou d'autre médicament immunosuppresseurs ?
- avait-elle une autre maladie qui accentuait la gravité de la rougeole ?
De
plus, jusqu'à présent aucune autorité officielle n'a écrit noir sur blanc qu'elle
n'avait pas été vaccinée : si le directeur général de la santé
déclare "Evidemment,
les cas qui surviennent sont toujours des gens qui n'ont pas été
vaccinés ou sont mal vaccinés" et
que cela devrait logiquement signifier qu'elle n'était donc pas
vaccinée ,on est obligé de se demander si ce ne serait pas du
langage diplomatique tant il serait désastreux d'annoncer qu'elle
avait bien eu les 2 doses recommandées. Tant que les autorités ne nous
diront pas explicitement quel était son statut vaccinal il y aura doute.
Il n'existe pas de vaccin efficace à 100% et on ne peut juger de l'utilité d'une vaccination sur un seul cas, dans un sens ou dans l'autre. En 2008 il y a eu par exemple un enfant de 9 ans, à Nice, qui a fait la rougeole alors qu'il était correctement vacciné avec 2 doses. Avec un problème de santé en plus il aurait pu en mourir. Il faut admettre que cela peut arriver et ne pas justifier ou remettre en cause un programme de vaccination sur un cas particulier. Mais ce qu'on appelle la communication a ses règles qui n'ont rien à voir avec l'analyse du problème. Il suffit d'aller sur les forum des médias sur cette affaire pour s'en rendre compte !
Supposons qu'elle soit décédée de la varicelle dont la vaccination n'est pas recommandée en France pour éviter de déplacer la maladie vers des personnes plus âgées pour lesquelles elle est plus grave et pour éviter de favoriser le zona. Faudrait-il écarter ces raisons très importantes et prôner la vaccination parce qu'une enfant qui pouvait avoir d'autres problèmes de santé seraient décédée de la varicelle ?
Quoi qu'il en soit des raisons de ce décès, on peut se demander si la politique vaccinale actuelle pourrait permettre d'éviter que cela se produise en supposant qu'elle soit bien appliquée. Le bilan 2008 comme celui de 2007 révèlent qu'il y a de nombreux cas chez des personnes en règle avec le calendrier vaccinal.
Le calendrier vaccinal pour la rougeole
En France la première dose de vaccin ROR est recommandée à l’âge de 12 mois et la seconde dose entre 13 et 24 mois. Aucune autre dose n’est prévue ensuite et ces 2 doses ne sont recommandées que pour les enfants nés à partir de 1992. Pour les personnes nées entre 1980 et 1991 inclus et sans antécédent de rougeole, le calendrier recommande une seule dose de vaccin. Pour les personnes nées avant 1980 aucune dose n’a été recommandée. La vaccination est réservée aux personnes n'ayant pas fait la rougeole.
Autrement dit, une personne âgée d'au moins 27 ans en 2008 respecte le calendrier quand elle n'a reçue aucune dose de vaccin contre la rougeole. De même pour une personne ayant entre 17 et 28 ans avec une seule dose, entre 2 et 16 ans avec 2 doses. Un nourrisson de moins d'un an non vacciné est en règle de même qu'avec une seul dose s'il a entre 1 et 2 ans.
Bilan 2008 de la rougeole en France
Une nette augmentation a été observée à partir d'octobre. Il a été enregistré plus d'une vingtaine de foyers épidémiques en 2008, certains départements étant beaucoup plus touchés que d'autres. L'âge médian des cas est de 11 ans, les extrêmes étant 3 mois et 56 ans ! Un tiers des cas a plus de 15 ans.
"Parmi les cas pour lesquels le statut vaccinal est renseigné, 89 % ne sont pas vaccinés contre la rougeole, 9 % ont reçu une dose, 2 % ont reçu 2 doses"
nous dit le rapport de l'InVS. Mais cela n'est pas satisfaisant car il est normal qu'un adulte de 56 ans ne soit pas vacciné et que des adultes entre 17 et 28 ans n'aient qu'une seule dose et aucune dose au delà. Ce qui serait intéressant c'est de savoir quels sont ceux qui étaient en règle avec le calendrier vaccinal. Des personnes non vaccinées ou avec une seule dose peuvent très bien être en règle.
Pour tester l'efficacité de la stratégie vaccinale proposée, la réponse attendue serait donc de savoir combien de cas respectaient le calendrier vaccinal. Leur statut vaccinal étant certainement connu, les 2 nourrissons de 3 mois ont très certainement été classés parmi les non vaccinés alors qu'ils ne pouvaient pas être vaccinés ! De telles classifications ne sont guère acceptables. Parmi les cas non vaccinés il y a ceux qui ne pouvaient pas l'être (trop jeunes, ayant déjà eu la rougeole, ayant une contre-indication), ceux qui n'avaient pas à l'être (trop âgés). Tout cela n'est pas précisé, c'est regrettable.
L'augmentation de la gravité de la rougeole avec l'âge est attestée par le fait que 54% des cas âgés d'au moins 20 ans ont dû être hospitalisés alors que le taux global d'hospitalisation est de 19%. On aimerait aussi connaître le taux d'hospitalisation des enfants et des adolescents.
Il faut aussi noter qu'un nourrisson de 3 mois ne peut pas être protégé par une vaccination qui est prévue, au plus tôt, à 9 mois et le plus souvent à 1 an. La raison est qu'à 9 mois, le taux de séroconversion est encore faible (80-85%) alors qu'il dépasse 90% à 1 an. Les 2 cas âgés de 3 mois montre aussi que les mères n'avaient pas protégé leur enfant par leurs anticorps. Avaient-elles été vaccinées ? Avaient-elles eu la rougeole ? Autant de questions qui restent sans réponse. Selon un tableau, il y a eu 25 enfants ne dépassant pas 11 mois.
Plus précisément, au printemps 2008 il y a eu 26 cas de rougeole dans la région de Nice, dont un enfant de 9 ans qui avait eu ses 2 doses et était en règle avec le calendrier. Parmi les 10 cas âgés de 19 à 27 ans, 6 avaient reçu une dose et étaient donc en règle avec le calendrier. 6 cas avaient entre 28 et 45 ans et n'avaient pas à être vaccinés selon le calendrier. Un l'était cependant et les autres avaient pu avoir fait la rougeole (très vraisemblable). Il est étonnant que l'étude de l'InVS qui rapporte cela ne pose pas la question. De même pour un médecin de 43 ans qui a fait la rougeole en 2007. Les épidémiologistes qui enquêtent sur ces cas se posent forcément la question. Quitte à nous dire qu'il fut impossible de savoir, ils devraient la poser et y répondre.
La rougeole qui protège à vie : un mythe ?
Ces faits posent une importante question : avoir fait la maladie pourrait ne pas protéger toute la vie quand les relances liées à la circulation du virus chez les enfants ne se produisent plus.
C'est le paradoxe de la vaccination : avant la vaccination c'étaient les enfants qui permettaient aux adultes d'entretenir leur immunité. Aujourd'hui, des adultes pourraient perdre leur immunité et faire des formes plus graves de la maladie. Des nourrissons pourraient ne pas être protégés par les anticorps maternelles absents alors qu'ils ne peuvent pas être vaccinés avant l'âge de 9 mois au plus tôt. Tout cela comme conséquences de la vaccination généralisée des enfants.
Vacciner pour se débarrasser de la rougeole ? Pas aussi simple...
On trouvera des informations sur les épidémies de rougeole à Reims et Nice en 2008 dans la catégorie rougeole de ce blog.
Annexe
L'enfant était-elle vaccinée ?
C'est une question annexe et non pas fondamentale et j'ai expliqué pourquoi. Le problème a de l'importance en terme de communication et d'opinion publique mais pas pour définir une politique vaccinale. Voici un élément permettant de se faire une opinion sur cette question :
Selon un site de professionnels de la santé, le communiqué de la préfecture de Haute-Savoie du 30 janvier 2009 disait* : « Ce décès survient dans un contexte de recrudescence des cas de rougeole chez des enfants ou des adultes non ou incomplètement vaccinés » qui signifie que les enfants ou adultes mal vaccinés sont des éléments du contexte mais n'indique pas que cette qualification s'applique à l'enfant décédé. Ce communiqué [1] aurait-il été rédigé ainsi si elle n'avait pas été vaccinée, à plus forte raison si les parents avaient été opposés à la vaccination ? A chacun de répondre...
A chacun de répondre...pour soi ! Pas forcément en partant en guerre contre les parents qui n'ont pas fait vacciner leur enfant contre la rougeole et en particulier les parents de cette enfant. Ils sont dans la peine et rien n'indique pour le moment qu'elle n'était pas vaccinée. Mais on assiste à une étrange guerre de communication autour de cette affaire :
InfoVac Suisse http://www.infovac.ch affirme qu'elle n'était pas vaccinée :
« Une fillette de 12 ans, vivant en Haute-Savoie, est décédée le 29 janvier 2009 aux Hôpitaux Universitaires de Genève d’une complication aiguë de rougeole (encéphalite). Exposée à la rougeole dans son école, elle n’était pas vaccinée… Jusqu’alors en pleine santé, il a suffit de quelques jours pour que la rougeole l’emporte."
Par contre, InfoVac France ne parle pas du statut vaccinal de l'enfant (infovac.fr):
« La rougeole encore et encore… Après plusieurs centaines de cas dans une vingtaine de foyers épidémiques recensés en 2008 en France, dont une dizaine depuis septembre, un premier décès lié à une encéphalopathie rougeoleuse aiguë est survenue le 29 janvier en Haute-Savoie chez une adolescente de 12 ans. Toutes les régions de France sont actuellement touchées par ces foyers épidémiques, en particulier la Bretagne, Rhône-Alpes, l’Auvergne. Ceci souligne l’insuffisance de la couverture vaccinale (en particulier de la deuxième dose) en France. La vaccination est le seul moyen de prévention efficace et il n’existe aucun traitement curatif : pensez donc à vérifier le statut vaccinal quel que soit le motif de consultation ! La France n’est (malheureusement) pas le seul pays européen touché par des épidémies de rougeole. Une étude épidémiologique européenne récente rapporte 12 132 cas de rougeole (la majorité chez des sujets non vaccinés) dont 7 décès enregistrés pour les 2 dernières années (Muscat, Lancet 2009;373:383)."
InfoVac sont des associations dont les abonnés sont des médecins qui peuvent poser des questions sur les problématiques de leur pratique vaccinale. Un groupe d'experts leur répond. L'échange n'est pas publique. En France, InfoVac est animée par le pédiatre Robert Cohen et par Claire-Anne Siegriest en Suisse, cette dernière participant aussi à l'animation d'InfoVac France. Il est donc plutôt surprenant que les 2 associations adoptent une ligne différente de part et d'autre de la frontière.
Les médias suisses ont repris l'affirmation d'InfoVac Suisse pour affirmer à leur tour haut et fort que l'enfant n'était pas vaccinée. Il faut aussi savoir qu'en 2006-2007 il y a eu dans ce pays des débats télévisés passionnés entre pédiatres partisans ou opposés à cette vaccination dans leur pays et que ce débat se poursuit dans les forums à la suite du décès à l'hôpital de Genève de cette française.
Si elle a été vaccinée, le risque existe que les parents, excédés de s'entendre maltraités pour ne pas avoir fait vacciner leur enfant, fassent connaître le carnet de santé apportant la preuve de la vaccination. Cela pourrait expliquer la prudence de la préfecture de Haute-Savoie qui n'a rien dit sur le statut vaccinal de l'enfant. De même, les grands journaux comme Le Monde, Le Figaro, Le Point, Libération...n'ont pas, à ma connaissance, explicité le statut vaccinal de l'enfant.
L'InVS a publié le 13 février 2009 un bilan provisoire de la rougeole en 2008. Si ce bilan présente aussi le bilan de janvier 2009 en mentionnant le décès, il ne dit rien sur le statut vaccinal de l'enfant :
- "Un décès lié à une encéphalite aiguë est survenu début 2009."
Le risque de dérive, au moins dans les forums, si l'enfant n'était pas vacciné, existe très certainement. Il suffit d'aller sur le site des étudiants en médecine de France : après avoir lancé le sujet en reprenant une info ne précisant pas le statut vaccinal de l'enfant, c'est le déchaînement contre ces parents qui ont perdu leur enfant pour ne pas l'avoir fait vacciner :
"Et quand ils ne meurent pas, ils risquent le handicap psychomoteur gravissime à vie...Je ne comprends pas comment des parents responsables peuvent refuser de vacciner leurs enfants contre la rougeole en prétendant que les vaccins, c'est le poison. Est-ce un manque d'information ? Ou plus malheureusement une bêtise brute ?"
Ou encore un site qui fustige toutes les médecines parallèles et qui, après avoir donné une info neutre sur le statut vaccinal de l'enfant, s'en prend en ces termes (en rouge) :
« Un exemple des effets néfastes de la propagande des anti-vaccinations et de la crédulité de leurs victimes. On remarque que le cas s'est déclaré à 40km du siège social d'une de ces associations de nuisibles. Est-ce simplement une coïncidence ? »
Les passions sont telles sur ce thème des vaccinations que le lynchage médiatique est possible pour des parents qui viennent de perdre leur enfant pour des raisons que nous ne connaissons pas. Puissions-nous nous garder d'en faire autant...
* La Société française de pédiatrie présente ce communiqué qui contient bien la phrase commentée qui ne précise pas le statut vaccinal de l'enfant. Ce communiqué est précédé de la mention "non vaccinée" qui est le fait de la rédaction du site et non d'une affirmation des autorités qui ont pu avoir accès à son dossier médical. La preuve de sa non vaccination ne peut être apportée qu'après consultation de ce dossier détenu par les parents.
Une autre hypothèse à explorer : et si cette enfant avait eu une contre-indication impérative à la vaccination ?
Explorons l'hypothèse que l'enfant n'était pas vaccinée.
Si c'était parce que les parents étaient des opposants aux vaccinations, nul doute que cela aurait été largement exploité et que le statut vaccinal de l'enfant ainsi que la position des parents auraient été explicitement mentionnés.
Si c'était pas simple négligence ou absence de motivation du médecin, le statut vaccinal aurait sans doute aussi été mentionné.
Il faut donc autre chose. Il ne reste guère que la contre-indication sérieuse au vaccin. Difficile pour l'autorité sanitaire de chercher à faciliter l'acceptation de cette vaccination en communiquant sur un cas avec contre-indication. Elle devait donc occulter la contre-indication. Mentionner l'absence de vaccination sans indiquer cette cause c'était risquer que les parents soient maltraités dans les médias ou sur le net. Ce n'est pas une hypothèse puisque ce fut le cas alors que le statut vaccinal n'était pas mentionné. On peut alors se demander avec inquiétude ce que cela aurait pu être si l'enfant avait été affirmé non vacciné.
Les parents pouvaient alors être tenté de réagir pour se défendre et lâcher le morceau en révélant la contre-indication. Pour éviter cela il y avait en pareil cas un intérêt stratégique à protéger suffisamment les parents en ne parlant pas du statut vaccinal de l'enfant.
Quoi qu'il en soit, il y a certainement une raison très importante pour expliquer la non communication du statut vaccinal de l'enfant.
Bilan encore provisoire de la rougeole en 2008
http://www.invs.sante.fr/surveillance/rougeole/default.htm
"En 2008 , le nombre de cas de rougeole déclarés et pour lesquels les fiches de déclaration obligatoire (DO) ont été transmises à l'Institut de veille sanitaire (InVS) en 2008 s'élève à 586 (données encore provisoires) : 276 confirmés biologiquement (47 %), 56 confirmés épidémiologiquement (10 %) et 254 cliniques (43 %).
- On a observé une nette augmentation du nombre de cas de rougeole à partir octobre. Près d’un tiers des cas de 2008 sont survenus entre octobre et décembre.
- Ces cas se répartissent dans 64 départements (36 départements n’ont pas déclaré de cas). Les régions les plus concernées sont le quart nord-ouest et le quart sud-est (figure 2).
- Le taux d’incidence national des cas de rougeole est de 0,92 cas pour 100 000 habitants.
- Dans cinq départements, le taux d’incidence est égal ou supérieur à 0,5/100 000 : la Vendée (9,4), l’Allier (8,5), les Deux-Sèvres (8,2), la Savoie (5,2) et la Haute-Savoie (5,1).
- En 2008, plus d’une vingtaine de foyers épidémiques ont été rapportés à l’InVS par les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) et/ou les Cellules interrégionales d’épidémiologie. Beaucoup ont concerné des collectivités scolaires (confessionnelles et non confessionnelles) et leurs fratries.
- Les investigations de certaines épidémies en 2008 ayant montré qu’une petite proportion des cas faisait l’objet d’une déclaration, les chiffres de la DO ne reflètent qu’en partie la circulation réelle du virus.
- Parmi les 586 cas déclarés, on retrouve la notion d’un séjour à l’étranger au cours de la période d’incubation pour 22 cas.
- L’âge médian des cas est de 11 ans (extrêmes : 3 mois-6 ans). Un tiers des cas est âgé de 15 ans ou plus.
- 14 cas confirmés biologiquement, 2 cas liés épidémiologiquement à un cas de rougeole et 10 cas cliniques ont été déclarés pour des enfants de moins de 1 an.
- Parmi les cas pour lesquels le statut vaccinal est renseigné, 88 % ne sont pas vaccinés contre la rougeole, 9 % ont reçu une dose, 2 % ont reçu 2 doses.
- Près d’un cas sur 5 (19%) a été hospitalisé en 2008. Cette proportion est de 53% pour les cas âgés de 20 ans et plus.
- En 2008, pour 33 cas (dont 18 ont été hospitalisés), la notion de pneumopathie était mentionnée sur la fiche de DO. Les principales autres complications étaient des otites (19 cas) et des troubles hépatites (7 cas). Aucun décès lié à la rougeole n’est à déplorer en 2008.
En 2009
- A ce jour, depuis le 1 er janvier 2009, 150 déclarations de rougeole sont parvenues à l’InVS. Les départements où les cas sont les plus nombreux sont : la Vendée (24 cas), la Haute-Savoie (19 cas), la Savoie (17 cas), les Deux-Sèvres (12 cas) et la Seine-Saint-Denis (11 cas).
- Un décès lié à une encéphalite aiguë est survenu début 2009.
Les données de DO de la rougeole traduisent une circulation active du virus de la rougeole en France, qui s’est intensifiée depuis octobre malgré les mesures de sensibilisation à l’éviction des cas et à la vaccination mises en œuvre par les Ddass devant des cas groupés en communauté ou en collectité.
Les données épidémiologiques récentes montrent qu’en France il existe des communautés d’enfants et d’adolescents insuffisamment vaccinés qui sont propices à la survenue de foyers épidémiques avec un risque de transmission potentielle à des personnes à risque de rougeole grave."
[1] Communiqué de presse de la préfecture de Haute-Savoie du 30 janvier 2009 :
http://www.afpa.org/index.php?option=com_content&task=view&id=127&Itemid=100


10 janvier 2009
La rougeole peut-elle être éradiquée ?
La rougeole est loin d'avoir été éradiquée d'Europe et la date butoir de 2010 fixée par l'OMS pour l'Europe ne sera pas atteinte.
« C'est un échec sanitaire » titre le journal Le Monde dans son édition du 8 janvier 2009 . « La politique de vaccination généralisée des très jeunes enfants contre la rougeole menée en Europe depuis plus de vingt ans n'a pas encore permis d'obtenir l'éradication, sur le Vieux Continent, de cette maladie virale hautement contagieuse qui peut entraîner des complications graves, parfois mortelles. »
Cet article s'appuie sur les conclusions d'une étude publiée dans The Lancet du 7 janvier 2009. Elle indique qu'on a comptabilisé 8 223 cas confirmés en 2006 et 3 909 en 2007, la plupart des cas (85%) ayant été enregistrés dans 5 pays, l'Allemagne, le Royaume Uni, l'Italie, la Suisse et la Roumanie.
Après l'éradication de la variole, l'idée a tout naturellement germé d'éradiquer d'autres maladies par la vaccination. Mais c'était oublier que la variole n'avait pas été vaincue par la vaccination mais par la recherche active des malades, leur isolement rigoureux, la recherche et la surveillance des contacts, leur isolement à la première fièvre, avant qu'ils ne deviennent contagieux et que cette stratégie avait fait suite aux échecs cinglants des campagnes massives de vaccinations. Voir sur ce blog l'éradication de la variole.
De plus, les seules maladies animales qui ont été éliminées dans certains pays, à défaut de l'être au niveau mondial, l'ont été par l'abattage des animaux malades voire du troupeaux auquel ils appartenaient et non pas par des vaccinations. Il est donc hasardeux de penser qu'on pourrait éradiquer une maladie par la seule vaccination alors qu'en réalité il n'en existe pas encore d'exemple.
La rougeole peut-elle être éradiquée ?
C'est ce qu'affirmait l'OMS en s'appuyant sur le fait qu'il s'agit d'une maladie strictement inter-humaine, sans réservoir animal, et qu'on dispose d'un bon vaccin d'origine américaine que les Etats-Unis ont massivement utilisé sur les enfants dès 1963 alors que la vaccination n'a débuté en France qu'en 1983. Cette vaccination a été étendue à l'ensemble du continent américain où la rougeole est considérée aujourd'hui comme éliminée.
Ce succès pouvait donner à penser qu'il pourrait s'étendre au reste du monde. Cependant, l'exemple de la tentative d'éradication de la polio devrait appeler à plus de prudence. Cette maladie avait été considérée comme éliminée du continent américain dès 1993 et cet exemple semblait ouvrir une voie prometteuse au reste du monde. Le programme d'éradication de la polio devait conduire à son élimination en 2000 et à la proclamation de son éradication mondiale en 2003. La date butoir fut progressivement repoussées et aujourd'hui l'OMS a renoncé à en donner une. Avec 1315 cas en 2007 et 1618 en 2008, bilan encore provisoire, la situation n'est guère brillante. En 2007 certains experts de l'OMS avaient même proposé de renoncer à l'éradication et de se contenter de contrôler la maladie. Le Directeur général de l'OMS dû intervenir très fermement pour maintenir le cap de l'éradication mais rien ne permet d'affirmer qu'il pourra être atteint dans des délais raisonnables.
La rougeole serait-elle plus facile à éradiquer que la polio ? La polio avait été choisie en premier en raison justement de sa plus grande facilité à être éradiquée. La rougeole a un taux très élevé de contagiosité qui a conduit à fixer la couverture vaccinale nécessaire à 95%, ce qui correspond à une moyenne de 20 contaminés par malades. La première vaccination n'est pas efficace à 100% en ce sens que certains enfants ne vont pas séro-convertir. L'efficacité de la première dose a été estimée en France à 90%. C'est pourquoi une seconde dose a été introduite, non pas pour réaliser un rappel mais pour tenter de provoquer la séro-conversion des 10% d'enfants qui n'avaient pas réagi la première fois. Il avait aussi été reconnu que le vaccin était moins efficace en régions tropicales en raison de la chaleur.
Sur le terrain, le vaccin a souvent fait la preuve de son efficacité. En France par exemple, il est indéniable que le nombre de cas de rougeole a considérablement chuté depuis l'introduction de la vaccination. Paradoxalement, c'est cette remarquable efficacité qui va créer le principal problème de cette vaccination pour l'éradication de la rougeole. Je ne parle pas ici des effets dits secondaires.
En effet, dans un premier temps l'immunité vaccinale des enfants vient s'ajouter à l'immunité acquise par les adultes, les adolescents, les femmes enceintes et donc les nourrissons dans les premiers mois. C'est cette addition de 2 immunités qui permet au nombre de malades de chuter spectaculairement. Mais l'immunité acquise par la maladie est entretenue tout au long de la vie par les rappels naturels multiples crées par la circulation du virus chez les enfants. Tout change quand la vaccination vient ralentir considérablement cette circulation en raison de son efficacité.
Pour l'OMS une personne qui a guéri de la rougeole "est immunisée à vie" mais cela a été constaté dans un contexte de circulation du virus et n'a jamais été démontré dans d'autres circonstances On voit actuellement des adultes faire des rougeoles comme par exemple un médecin de 43 ans en France en 2007 ! Quand on sait que la rougeole est beaucoup plus grave à l'âge adulte une telle situation devient très préoccupante. C'est pourquoi les experts disent que nous sommes au milieu du gué et qu'on ne peut y rester.
Soit ! Mais fallait-il s'engager dans la traversée ? La situation épidémiologique de la varicelle est identique à celle de la rougeole et les mêmes experts recommandent de ne pas s'engager dans cette vaccination afin de ne pas créer la même situation. Pour la rougeole, ils considèrent que c'est trop tard et qu'il faut aller jusqu'au bout. Une fois de plus on s'est engagé dans une direction sans savoir où elle menait et à quoi elle contraignait.
Voici 2 événements qui peuvent faire douter de la possibilité d'éradiquer la rougeole :
1- Expérience dans une île du Pacifique
Voici ce qui a été rapporté au Colloque vaccinations qui s'était tenu à Lyon le 2 décembre 1997 (Communication de Daniel Lévy-Bruhl page 34) :
"Il faudrait étudier des gens qui ont été vaccinés et n'ont plus été en contact avec des virus de la rougeole, afin de voir si l'immunité dure longtemps en l'absence de rappels naturels. Il y a eu une publication intéressante l'an dernier (1996) : sur une petite île isolée du Pacifique, dans laquelle il y avait eu une activité de vaccination 27 ans auparavant, aucun cas de rougeole n'avait été enregistré depuis...jusqu'à ce qu'une épidémie de rougeole survienne. C'est une situation expérimentale dans laquelle il n'y a ni rappels naturels, ni introduction du virus de la rougeole sur l'île.
A l'occasion de cette épidémie on a donc vérifié l'efficacité épidémiologique du vaccin. On a trouvé 86% de pouvoir protecteur, 27 ans après le vaccin...ce qui est tout à fait rassurant !"
Ou tout à fait inquiétant ! Car quand il faudra faire face au virus uniquement avec le vaccin de 0 à 100 ans il faudra multiplier les rappels. Sinon, à la première importation il y aura des épidémies graves touchant les adultes et les personnes âgées. Cela arrivera, sauf éradication rapide et mondiale de la maladie.
Autre fait inquiétant : d'où venait le virus s'il n'y avait plus de rougeole sur l'île et s'il n'y a pas eu d'importation ? 3 ans sans voir le virus est pourtant considéré comme suffisant pour le déclarer éradiquer. Alors ?
2- Epidémies de rougeole aux USA
Voici 2 infos trouvées (26 avril 2008) sur le site de l'association des médecins du canton de Genève
1- "En Suisse, 30% des 2400 cas recensés cette année sont des personnes de plus de 15 ans et 3% ont plus de 40 ans."
2- Un garçon de 7 ans passe ses vacances en famille en Suisse et revient malade aux USA. Il va infecter 11 enfants dans la région de San Diego et la propagation rapide du virus va déclencher une alerte.
Quasi simultanément, un touriste suisse va tomber malade en Arizona en provoquant 9 cas selon une source, 20 cas selon une autre.
Ces exemples montrent qu'une population abondamment vaccinée comme le sont les américains ne met nullement à l'abri d'épidémies provoquées par une importation et que l'éradication ne saurait être que mondiale. Cela montre aussi que l'Europe a une tâche beaucoup plus difficile car elle est en contact plus rapproché avec l'Afrique et le Moyen Orient que l'Amérique. C'est d'ailleurs pourquoi l'exemple de l'Amérique pour justifier la faisabilité d'une éradication n'est pas totalement satisfaisant.
A quel âge vacciner contre la rougeole ?
Le REH du 2 avril 2004 ( Relevé épidémiologique hebdomadaire publication de l'OMS) consacre de nombreuses pages à la rougeole et sa vaccination, En particulier quand vacciner ?
« L’âge recommandé pour la vaccination antirougeoleuse dépend de l’épidémiologie locale de la maladie ainsi que de considérations programmatiques.
Dans
la plupart des pays
en développement,
les taux d’atteinte élevés et la gravité de la maladie chez les
nourrissons exigent une vaccination précoce, généralement à 9
mois, malgré le fait que dans ce groupe d’âge, les taux de
séroconversion consécutifs à la vaccination sont relativement plus
faibles (80-85%).
A moins d’être sévèrement immunodéprimés, les nourrissons infectés par le VIH devraient être vaccinés contre la rougeole à 6 mois, et un rappel devrait être effectué à 9 mois.
Dans la plupart des pays industrialisés, les systèmes nationaux de santé sont en mesure de vacciner en permanence contre la rougeole une forte proportion de nourrissons, ce qui entraîne une réduction concomitante de la circulation du virus rougeoleux.
La probabilité pour un nourrisson d’être exposé à la rougeole avant son premier anniversaire est faible. Il est donc recommandé de reporter la vaccination antirougeoleuse à l’âge de 12 à 15 mois, puisqu’on peut alors s’attendre à des taux de séroconversion supérieurs à 90%. »
Il n'y a donc aucun intérêt général à vacciner trop tôt. De plus, les enfants nés de mères vaccinées contre la rougeole mais n'ayant pas connu la maladie sont protégés moins longtemps après la naissance :
« Cette
protection se dégrade vers 6-9 mois, les enfants devenant
alors de plus en plus sensibles à la rougeole. Une dose infectieuse
importante peut occasionnellement submerger la protection conférée
par les anticorps maternels et provoquer une rougeole chez des
nourrissons âgés d’à peine 3-4 mois.
La rougeole naturelle a
tendance à induire des concentrations d’anticorps plus élevées
que la vaccination.
Les nourrissons des pays où la maladie n’est pas endémique nés de mères qui ont été vaccinées contre la rougeole et n’ont jamais été exposées au virus rougeoleux circulant peuvent avoir reçu moins d’anticorps maternels et donc perdre leur protection contre la rougeole plus tôt que des nourrissons nés de mères présentant des antécédents de rougeole. »
Le vaccin ne protègera pas à vie
Le même REH reconnaît aussi qu'il n'existe aucune preuve que les vaccinés seront protégés à vie :
« On estime généralement que la vaccination antirougeoleuse protège durablement et très probablement à vie. Mais on ne sait pas encore avec certitude si une seule dose de vaccin antirougeoleux, sans les effets immunologiques bénéfiques d’un effet de rappel naturel en cas d’exposition à des flambées de rougeole récurrentes, entraînera une protection à vie de l’ensemble de la population. »
Même avec 2 doses, rien n'est assuré :
« Cette incertitude est due en partie au manque de marqueurs sérologiques simples et fiables de l’immunité. Les études récentes utilisant la mesure de l’avidité des IgG pour séparer les échecs de la primovaccination de ceux de la vaccination secondaire semblent indiquer qu’un échec secondaire est possible, du moins occasionnellement. »
Certains diront qu'il suffira de multiplier les rappels ! Cela posera beaucoup de problèmes, et d'abord financiers. En se lançant dans une vaccination généralisée contre la rougeole au niveau mondial on s'est lancé dans une aventure dont personne ne connait l'issue.
La seule chance d'éradication est-elle déjà derrière nous ?
Il n'y avait peut-être qu'une seule solution pour éradiquer la rougeole par la vaccination et il est possible qu'il soit déjà trop tard. Après les premiers essais, il ne fallait pas se lancer dans des vaccinations massives mais préparer une offensive mondiale de grande envergure et simultanée afin de profiter de l'immunité acquise par la maladie.
Il faut alors réussir l'éradication avant que les adultes perdent leur immunité, d'où l'importance de la simultanéité mondiale. Mais une telle stratégie est sans doute totalement irréaliste pour se multiples raisons. On ne pouvait donc qu'assister à une extension progressive de la vaccination sur la planète alors que c'est cela qu'il fallait éviter.
On ne peut plus exclure que dans quelques temps des adultes de plus en plus nombreux et âgés feront des rougeoles graves à l'occasion d'une importation, comme aux Etats-Unis mais aussi déjà en France.* C'est sans doute inéluctable et il est possible qu'il soit déjà trop tard pour réussir l'éradication de la rougeole.
L'OMS se satisfait de la chute considérable de la mortalité par la rougeole en Afrique. D'une part il ne s'agit pas de valeurs constatées mais estimées à partir de modèles mathématiques, d'autre part, avec cette vaccination les problèmes apparaissent plus tard et nul ne sait ce qui se produira en Afrique dans 25 ans quand les vaccinés d'aujourd'hui commenceront à perdre leur immunité acquise par la vaccination. Il ne sera pas possible de vacciner toute la population !
Le
bilan
provisoire de la rougeole en France pour l'année 2008 fait état
de 25 enfants ayant au plus 11 mois dont 2 de 3 mois et un adulte de
56 ans...voir aussi sur ce blog "décès d'une adolescente et bilan 2008 par l'InVS"
Le REH d'avril 2004 pose la question de l'éradication :
«
on s’est également demandé s’il serait jamais possible de
renoncer à la vaccination antirougeoleuse, même si l’on parvenait
à interrompre la transmission du virus dans le monde. Si
l’éradication mondiale peut être techniquement réalisable, il
faudrait pour cela des appuis politiques à très haut niveau et des
ressources économiques considérables.
Aujourd’hui, la cible plus réaliste d’une réduction durable de la mortalité rougeoleuse dans le monde associée à l’élimination régionale de la rougeole semble raisonnable. »
Mais
élimination n'est pas synonyme d'éradication. Selon les définitions
de l'OMS l'élimination n'exclut pas que des cas puissent se
produire. Une élimination régionale signifierait qu'il n'y aurait
plus de transmission endémique de la maladie mais que seules des
importations pourraient y déclencher de petites épidémies
rapidement maîtrisées.
C'est l'élimination de la rougeole en Europe en 2010 qui avait été demandée par l'OMS, pas l'éradication qui ne peut être que mondiale et semble hors de portée.
03 juin 2008
Rougeole à Nice : la moitié des cas en conformité avec le calendrier vaccinal
26 cas de rougeole ont été recensés dans la région de Nice entre le 2 mars et le 15 mai 2008. Ces cas ont donné lieu à un bilan publié par l’Institut de veille sanitaire. Première question: le respect du calendrier vaccinal permet-il d’éviter la rougeole ? Mais en raison de l’âge de certains cas une autre interrogation apparaît : peut-on vraiment ne faire la rougeole qu’une seule fois dans sa vie ?
Le
calendrier vaccinal pour la rougeole
En France la première dose de vaccin ROR est recommandée à l’âge de 12 mois et la seconde dose
entre 13 et 24 mois. Aucune autre dose n’est prévue ensuite et ces 2 doses ne
sont recommandées que pour les enfants nés à partir de 1992. Pour les personnes
nées entre 1980 et 1991 inclus et sans antécédent de rougeole, le calendrier
recommande une seule dose de vaccin. Pour les personnes nées avant 1980 aucune
dose n’a été recommandée.
Statut vaccinal des cas
Pour ces 26 cas de rougeole, 25 ont été biologiquement confirmés et 1
cas l’a été épidémiologiquement comme contact d’un des 25 cas. Un cas a été
considéré comme importé de Thaïlande et a engendré un autre cas. Trois membres
du personnel hospitalier ont été touchés.
Trois enfants de 1, 3 et 6 ans n’avaient reçu aucune dose. Un enfant de
9 ans avait reçu les 2 doses et était donc en conformité avec le calendrier.
Il y a eu 6 cas entre 12 et 18 ans : 3 n’avaient pas été vaccinés
et pour les 3 autres le statut vaccinal est resté inconnu.
Parmi les 10 cas âgés de 19 à 27 ans, 6 avaient reçu une dose et
étaient donc en règle avec le calendrier. L’étude ne précise pas si les 4
autres cas avaient ou non déjà eu la rougeole.
Six cas avaient entre 28 et 45 ans, 1 avait reçu une dose et faisait
donc du zèle par rapport au calendrier. L’étude n’a pas jugé utile de
rechercher le statut de ces 5 cas par rapport à la rougeole. Pourtant, une
personne de 45 ans, donc née en 1963, a une probabilité extrêmement élevée
d’avoir déjà eu la rougeole.
Sur ces 26 cas, 13 au moins étaient en règle avec le calendrier :
8 vaccinés et 5 trop âgés pour l’être. Six cas n’étaient pas en
conformité : les 3 enfants de 1, 3 et 6 ans ainsi que 3 jeunes entre 12 et
18 ans. Reste 7 cas douteux : 3 cas entre 12 et 18 ans, 4 cas entre 19 et
27 ans qui n’avaient pas été vaccinés mais pour lesquels il n’est pas précisé
s’ils avaient eu un antécédent de rougeole. Peut-on encore se contenter de
dire : puisqu’on ne peut faire la rougeole qu’une seule fois c’est qu’ils
ne l’avaient pas eu. Des conclusions déduites de ce dogme ne devraient plus
être acceptables, il faut vérifier.
La rougeole une seule fois dans la vie ?
Il est admis qu’on ne peut faire la rougeole qu’une seule fois dans sa vie. Mais cela n’a été observé que dans le contexte d’une circulation permanente du virus chez les enfants, cette circulation engendrant des contaminations chez les adultes qui ont ainsi l’opportunité d’entretenir leur immunité acquise par la maladie. La vaccination contre la rougeole ayant presque interrompue cette circulation il faut s’interroger sur la réalité de cette affirmation dans ce nouveau contexte. En plus de cette personne de 45 ans qui vient d’avoir la rougeole à Nice, il y a eu aussi cette année un cas de 46 ans dans la région de Reims ainsi qu’un médecin de 43 ans en 2007. Sans parler de plusieurs autres personnes âgées de plus de 30 ans. Pour tous ces cas les études publiées ne nous donnent aucune information sur leur statut par rapport à la rougeole. La question mérite pourtant d’être posée.
Articles connexes
Rougeole : les recommandations vaccinales en échec pour 60% des malades !
La rougeole à Reims : beaucoup de lacunes et de contradictions
12 mai 2008
Rougeole : les recommandations vaccinales en échec pour 60% des malades !
Une
étude de l’InVS portant sur 2 ans de surveillance de la rougeole en France précise
que sur 75 cas ayant un statut vaccinal
connu, 28 étaient vaccinés (27%) et 17 étaient trop jeunes ou trop âgés pour
l’être, selon les recommandations. C’est donc 45 cas sur 75, c’est à dire 60%,
qui, d’une façon ou d’une autre n’ont pu être protégés par la vaccination.
Pourtant l’étude n’hésite pas à affirmer que les 30 cas non vaccinés, mais en
âge de l’être, auraient évité la maladie si le calendrier vaccinal avait été
respecté…
Le
vaccin provoque des rougeoles !
La déclaration obligatoire de la rougeole (DO), qui avait été
abandonnée, a été réintroduite en juillet 2005 dans le cadre du plan national
d’élimination de la rougeole qui recommande en plus une confirmation biologique
des cas afin d’améliorer la spécificité de la surveillance. C’est donc dans ce
nouveau cadre que l’InVS (Institut de veille sanitaire) a mené une enquête
portant sur la rougeole en France de juillet 2005 à juin 2007. Le 25 décembre
2007* elle avait publié un bilan de ces 24 mois de
surveillance de la rougeole dans le dernier n° du BEH de l’année 2007.
L’étude précise que :
« Les déclarations correspondant à une rougeole post-vaccinale (cas
avec vaccination anti-rougeoleuse documentée dans les trois semaines précédant
l’éruption, en l’absence de contact avec d’autre(s) cas ou de contexte
épidémique ou cas pour lequel une souche virale vaccinale a été identifiée)
sont exclues de l’analyse. »
« Un cas a été considéré
comme une rougeole post-vaccinale et exclu de l’analyse »
Ce cas a été
présenté plus loin comme faisant partie de ceux pour lesquels une confirmation
biologique avait été demandée.
Mais on lit aussi ceci pour les autres, ce qui donne à
penser que 3 avaient été exclus pour ce motif :
« Parmi les 36 cas
déclarés sans demande de confirmation biologique, 33 étaient des cas
cliniques,1 présentait un lien épidémiologique avec un cas confirmé et 2 ont
été exclus car correspondant à des rougeoles post-vaccinales. »
Nous apprenons-donc, chemin faisant, que la vaccination
contre la rougeole peut aussi déclencher des rougeoles qui ne sont pas
comptabilisées parmi les cas de rougeole à virus sauvage. Cela rappelle les cas
de polio associés au vaccin oral : le programme d’éradication de la polio
lancé en 1988 stipulait qu’il s’agissait seulement de l’éradication des virus
polio sauvages et non des virus vaccinaux ou dérivés des virus vaccinaux
auxquels l’OMS n’accordait pas d’importance particulière. Elle pensait en effet
qu’ils disparaîtraient spontanément… 12 ans plus tard l’OMS a réalisé que les
virus dérivés des souches vaccinales pouvaient s’avérer aussi redoutables que
les sauvages, qu’il ne serait pas raisonnable de proclamer l’éradication de la
polio dans ces conditions et qu’il
faudra aussi éliminer les virus vaccinaux. L’affaire ne paraît pas simple
puisqu’en 2007, 68 cas de polio par des virus dérivés de la souche vaccinale de type 2 ont été observés au
Nigeria alors que le virus sauvage de type 2 n’a plus été observé dans le monde
depuis 1999 ! Voir mon article Le
vaccin mettra-t-il l’éradication de la polio en échec ? La vaccination
contre la rougeole va-t-elle réserver des surprises analogues ?
La classification des cas
Je renvoie le lecteur à l’article pour les détails
concernant la définition des cas et les
problèmes rencontrés à ce sujet. Disons ici que l’étude a retenu au total, 86 cas de rougeole répondant à la
définition des cas (soit 64,2 % des signalements), avec la répartition suivante
:
46 cas cliniques (53,5 %), 39 cas confirmés biologiquement (45,3
%), 1 cas confirmé
épidémiologiquement (1,2 %).
Une confirmation épidémiologique signifie que le cas a été
trouvé ayant eu un contact avec un malade pendant la période d’incubation.
« Parmi ces 86 cas, 84
sont survenus en France métropolitaine et 2 en Guadeloupe. Le taux d’incidence
annuel moyen des cas notifiés de rougeole était égal à 0,68 par million
d’habitants en métropole.
La distribution des 86 cas de
rougeole par groupes d’âges a montré que 38 % des cas ont 10 ans et plus, que
28 % ont 20 ans et plus et que 13 % ont 30 ans et plus.
La distribution des cas de
rougeole par mois met en évidence la saisonnalité de la circulation virale, la
plus grande partie survenant entre janvier et juillet. En 2006, 80 % des cas
sont survenus au cours du 1er semestre (date d’éruption). Le nombre de cas déclarés
par mois s’étendait de 1 à 11. »
« Aucun cas d’encéphalite aiguë post-rougeoleuse et aucun
décès lié à la rougeole n’ont été rapportés. »
Les cas sont aussi classés selon l’origine vraisemblable de
la maladie, assez souvent des importations :
« Pour 77 patients il a
été possible de savoir s’ils avaient ou non fait un séjour à l’étranger pendant
la période d’incubation et un tel séjour retrouvé chez 18 d’entre eux. Parmi
ces cas, 13 étaient confirmés biologiquement et classés en cas importés. Il est
par exemple signalé qu’un cas de 38 ans, vacciné avec une dose, était un contact
familial avec un autre cas. Pour l’un la maladie a été rattachée à une
contamination en Roumanie. Pour les 11
autres cas importés, 5 venaient d’un pays européen, 1 d’Asie, 2 pour l’Océan
Indien, 1 d’Israël et 2 du Maghreb. Quatre cas ont été considérés comme appartenant à des chaînes de
transmission impliquant les cas importés. »
Statut vaccinal des cas
Rappelons que le calendrier vaccinal
prévoit la première dose de ROR à 12 mois (avant 2005 c’était entre 12 et 15
mois) et la seconde entre 13 et 24 mois avec au moins 1 mois d’écart entre les
2 doses. Il est admis qu’une dose serait protectrice toute la vie et que la
seconde dose n’est pas un rappel. Son rôle est de permettre à ceux qui
n’auraient pas séroconverti à la première dose, de le faire à la seconde, ce
qui permet d’accroître le nombre d’enfants protégés sans pour autant intensifier
la protection des premiers. Il n’est prévu aucune autre injection
supplémentaire pour le ROR.
« Il n’a pas été possible
aux enquêteurs de connaître le statut vaccinal de ces 86 cas. La source
d’information du statut vaccinal était le carnet de santé pour 6 cas (dont 1
ayant reçu deux doses), l’interrogatoire pour 2 cas et non renseignée pour 2
cas.
Cette information n’ était
disponible que pour 75 cas, parmi lesquels 28 étaient vaccinés (37 % de ces 75
cas) : 3 avec deux doses (1 cas de 14 ans, confirmé biologiquement et 2 cas cliniques de 5 et 6 ans) ; 23 avec
une dose et 2 pour lesquels le nombre de doses est inconnu (c’est à dire une ou
2). »
La rougeole chez les vaccinés
Nous constatons donc que même
avec 2 doses des enfants récemment vaccinés (3 ou 4 ans pour 2 d’entre eux) ne
sont pas à l’abri de la rougeole. L’étude précise ainsi les proportions :
« La proportion de
patients vaccinés avec au moins 1 dose est de 45 % chez les 1-4 ans (14/31), de
42 % chez les 5-19 ans (8/19). Parmi 34 cas confirmés biologiquement ou
épidémiologiquement, 10 étaient vaccinés, soit 29 %. Parmi 41 cas cliniques, 18 étaient vaccinés soit 44 %. »
La rougeole chez les non vaccinés
« Parmi les 47 personnes
non vaccinées, 30 (7 cas confirmés et 23 cas cliniques) étaient éligibles pour
au moins 1 dose de vaccin au moment de leur contamination, selon les
recommandations vaccinales en vigueur depuis 2005 (toute personne âgée d’au
moins 12 mois et née en 1980 et après). »
Non vaccinés, mais pourquoi ?
L’étude de l’InVS subdivise les non vaccinés contre la
rougeole en 3 catégories :
1- Ceux qui sont trop jeunes pour être vaccinés contre la
rougeole. Le calendrier est en effet particulièrement copieux et le ROR n’a pas
été choisi par le Comité technique des vaccinations et le Haut conseil de santé
publique comme étant prioritaire : d’abord, à l’âge de 2 mois, le DTPolio+
coqueluche+Hib+hépatiteB ainsi que le Prévenar à 7 valences; à 3 mois la
même chose sans l’hépatite B; à 4 mois on recommence comme au second mois !!!
Et ce n’est pas tout, le rappel du Prévenar est prévu à 12 mois et le rappel
DTPolio+coqueluche+ Hib+Hépatite B est prévu à 16-18 mois. Et encore j’oublie
le BCG prévu pour les enfants dits à risque.
Alors le ROR doit se faire tout petit
pour trouver sa place dans cette avalanche qui fait hurler de nombreux
médecins. Mais ce n'est pas la seule raison : si on vaccine un enfant ayant des anticorps maternels la vaccination ne sera pas efficace. Il faut donc attendre qu'ils aient disparu.
On pourrait aussi se demander pourquoi
vouloir immuniser si jeunes les enfants de France contre la diphtérie et la
polio alors que le risque est pratiquement nul. Il y a à cela des raisons
historiques et la commodité pour les laboratoires. Rappelons que les vaccins contre la diphtérie et le
tétanos ont été inventés en France par Gaston Ramon et que le vaccin polio
injectable est produit par Sanofi alors que le ROR est un vaccin
américain. Ajoutons que le DTP est le seul vaccin encore obligatoire pour les
enfants.
2- Ceux qui sont
trop âgés : les personnes nées avant 1980 ne sont pas visées par les
recommandations vaccinales contre la rougeole, la plupart d’entre-elles ayant
fait la maladie.
3- Ceux qui ont l’âge requis pour être vaccinés mais qui ne
l’ont pas été, c’est à dire ceux qui sont qualifiés d’éligibles pour au moins
une dose.
Mais ceux-ci pourraient se subdiviser en
2 sous-groupes en recherchant ceux qui avaient une raison médicale justifiant
leur non vaccination, par exemple,
entre-autres, une complication après la vaccination BCG.
Parmi
les principaux défauts des vaccins
La période d’étude de la rougeole entre
juillet 2005 et juin 2007 englobe les 18 mois pendant lesquels la vaccination
BCG était encore obligatoire et exigée pour l’entrée en crèche alors que le
Monovax n’existait plus. Cette sombre période pour l’image de notre santé
publique s’est manifestée par de graves et nombreux problèmes pour les enfants
vaccinés. Ces complications n’étaient pas uniquement locales et pouvaient
s’étaler bien au delà de 6 mois. Certains enfants ont été mis sous
antituberculeux (isoniazide, rifampicine) pendant plusieurs mois par exemple. On pourra lire sur cette
très longue
page aux 550 messages du blog bébé
les très nombreux témoignages à ce sujet. J’ai aussi écrit de nombreux articles
sur la question sur mon blog sur la tuberculose et le vaccin BCG.
On comprend que dans une telle situation médecins et parents aient été contraints de repousser la vaccination par le ROR. L’étude n’a pas cherché à savoir pour quelles raisons les enfants qui n’avaient pas eu le ROR, tout en étant éligibles, ne l’avaient pas reçu. C’est facile pour les Comités de recommander des vaccinations en étant assis autour d’une table, c’est autre chose sur le terrain quand le pédiatre est confronté à la réalité médical de l’enfant. Cette réalité pouvant elle-même être déclenchée par les complications des autres vaccinations.
Peut-on raisonnablement transformer les principaux défauts des
vaccins et des vaccinations en qualités ? Plus précisément, les principaux défauts des vaccinations sont :
De ne pouvoir être efficaces
instantanément.
De devoir être retardées, en cas
d’épisode infectieux par exemple.
De ne pouvoir être pratiquées dès la
naissance.
De ne pouvoir être toutes pratiquées
simultanément.
De ne pouvoir vacciner tout le monde et
plusieurs fois.
Ces restrictions sont directement liées aux propriétés
désavantageuses des vaccins. Or, à lire cette étude de l’InVS, ainsi d’ailleurs
que beaucoup d’autres articles, on
constate qu’aucune de ces restrictions, pourtant majeures et fondamentales, ne
vient troubler les auteurs pour les conduire à y regarder de plus près et à
s’interroger. Si une personne non vaccinée a eu la maladie, en la vaccinant
elle l’aurait évité, c’est tout simple :
Il n’y a que la foi qui sauve !
Eh oui ! Les experts de l’InVS n’y
vont pas par le dos de la cuillère et ne font pas dans la nuance quand ils
écrivent à propos de ces 30 cas non vaccinés mais éligibles :
« Ces 30 cas (35 % du total) étaient donc
évitables par l’observance des recommandations vaccinales actuelles. »
Quand je lis ça
je crois rêver : sur 86 cas enregistrés, 75 au statut vaccinal connu, il y
en avait 28 qui étaient vaccinés dont 3 avec 2 doses et ils affirment que ces
30 cas n’auraient pas eu la rougeole s’ils avaient été vaccinés !!! Ils
croient vraiment ce qu’ils écrivent ?
Trop jeunes (9 ayant moins d’un an) ou trop âgés (8 nés
avant 1980), 17 étaient donc non
vaccinés au moment de la maladie tout en étant en parfaite conformité avec les
recommandations. L’étude de l’InVS fait pourtant ses calculs ainsi : en
ajoutant les 30 qui auraient pu être vaccinés et les 17 qui ne l’étaient pas en toute conformité elle
obtient 47 non vaccinés parmi les 75 au statut vaccinal connu, soit 62,6%. Elle
présente alors ces 62,6% dans un
histogramme particulièrement spectaculaire puisqu’elle en rajoute encore en
fragmentant les vaccinés avec une dose, 2 doses et nombre inconnu de doses tout
en regroupant tous les non vaccinés aux raisons pourtant très différentes. Le
lecteur voit ainsi un gros rectangle représentant les non vaccinés et 3
rectangles beaucoup plus petits pour les vaccinés. C’est un procédé très
instructif pour apprendre à ne pas se laisser influencer par de telles
apparences.
Je ne dis pas ni ne pense pas que de tels procédés que certains qualifieraient de manipulation psychologique ne devraient pas être utilisés. Leur usage nous apprend aussi beaucoup. De même que la rencontre avec les microbes construit notre système immunitaire, de même la confrontation aux multiples tentatives faites pour nous influencer participe à la construction de notre personnalité. Nous pourrions rêver d’un monde où tout serait aseptisé, propre, sans microbes ni mensonges ni tromperies. Mais c’est oublier que l’essentiel n’est pas de vivre confortablement dans un tel univers mais de développer notre potentiel et cela ne peut se faire que dans une certaine adversité.
Des non vaccinés avaient-ils déjà eu la
rougeole ?
L’étude nous apprend que :
« Dans
une transmission le cas index, âgé de 25 ans, a été vu aux urgences et
hospitalisé (isolement respiratoire). Il avait séjourné en Thaïlande au cours
des 7-18 jours avant l’éruption. Le second cas
était un médecin de l’hôpital, âgé de 43 ans, qui avait examiné le patient aux
urgences. Le troisième cas, âgé de 38 ans et vacciné avec une dose en 1970,
était un contact familial du second. »
Ces 2 derniers cas posent des questions
importantes car le dernier cas de 38 ans et vacciné en 1970 avait 37 ans en
2007, disons 37,5 tout au plus en juin 2007, ce qui signifie qu’il avait à
peine 1 an au moment de sa vaccination qui n’était pas encore introduite en
France (1983). Il était sans doute né dans un milieu médical. Le médecin de 43
ans en 2007 était donc né vers 1964. Il aurait été intéressant de savoir s’il
avait fait la rougeole auparavant. On a dit et répété que la maladie immunisait
toute la vie. On a oublié que la circulation du virus chez les enfants
constituait autant de rappels naturels que la vaccination des enfants a
considérablement réduit. En réalité il n’existe aucune preuve de cette
affirmation qui a très bien pu être mise en défaut chez ce médecin. En
conséquence, il y aurait encore moins de raisons pour penser que la vaccination
protégerait toute la vie comme cela est affirmé. Les conséquences
épidémiologiques de la vaccination contre la rougeole pourraient encore nous
révéler bien des surprises.
Parmi les adultes non vaccinés mais pour lesquels une dose
de vaccin était recommandée, c’est à dire ceux nés à partir de 1980, certains
d’entre eux auraient pu avoir fait la rougeole. L’idée que la rougeole
protègerait à vie était sans doute vrai mais dans un contexte de rappels
naturels fréquents qui n’existent plus. J’ai 2 enfants nés en 1980 et 1981 qui
n’ont pas été vaccinés contre la rougeole mais ont eu la maladie quand ils étaient
très jeunes. Si dans 10 ans ils faisaient de nouveau une rougeole ils seraient
classés comme non vaccinés alors qu’ils auraient dû l’être selon les recommandations. Ayant eu la
maladie il n’avaient cependant pas à être vaccinés mais ils seraient considérés
comme des cas qui auraient évité la maladie en 2018 s’ils avaient été vaccinés
en 1985…
Parmi les enfants de moins d’un an et qui ne sont pas vaccinés en toute normalité, on pourrait se demander pourquoi ils n’ont pas été protégés par les anticorps maternelles comme c’était le cas avant la vaccination. La mère avait-elle eu la rougeole ? Avait-elle été vaccinée ? Quel âge avait-elle à la naissance de l’enfant ? Autant de questions dont les réponses seraient intéressantes et que les enquêteurs ne semblent pas se poser.
60% des cas étaient en règle avec la
vaccination !
Pourtant, on
pourrait, tout aussi bien et mieux encore, interpréter les données ainsi :
avec les 28 malades vaccinés et les 17 qui ne l’étaient normalement pas, cela
fait 45 cas que la vaccination ou du moins le respect des recommandations n’ont
pas pu protéger, c’est à dire 60% des 75 cas au statut vaccinal connu.
Ainsi, alors que
l’InVS annonce que 62,6% des malades n’étaient pas vaccinés, on pourrait tout
aussi bien dire, et même plus justement, que 60% des cas n’ont pu être évités
par la vaccination, soit qu’elle se soit montrée inopérante, soit qu’elle ne
pouvait être pratiquée (trop jeune), soit qu’il n’était pas prévu de vacciner
(trop âgé). Chacun choisira sa présentation de l’affaire selon ses
goûts !!!
On pourrait d’ailleurs se montrer plus restrictif dans la
définition des non vaccinés éligibles : une raison a déjà été présentée,
les restrictions médicales à la vaccination mais il y en a une autre car les
recommandations présentent des fourchettes : si le calendrier affiche la
première dose à 12 mois on donne généralement la fourchette de 12 et 15 mois et
le calendrier indique entre 13 et 24 mois pour la seconde, tout en précisant
"si possible". Ainsi, un enfant de 17 mois avec une dose est en règle
et peut-on vraiment affirmer qu’un enfant de 12 mois non vacciné ne l’est
pas ?
Onze cas parmi les 86 ont été éliminés de ces pourcentages
au motif que leur statut vaccinal n’était pas connu. Si on accepte de remplacer
"vacciné" ou "non vacciné" par "en règle (ou pas en
règle) avec le calendrier" il est possible que l’on puisse intégrer une partie
de ces 11 cas car tous ceux qui sont trop jeunes ou trop âgés pour être
vaccinés peuvent être classés, qu’ils aient ou non été vaccinés, comme n’ayant
pas été protégés malgré le respect du calendrier. C’est d’ailleurs l’objectif
poursuivi par l’étude qui cherche moins à montrer l’efficacité de la
vaccination que l’efficacité du respect du calendrier en soulignant que 30 cas
sur 75 n’étaient pas en règle mais en oubliant que cela signifiait aussi que 45
cas l’étaient...
L’élimination de la rougeole
L’étude rappelle que
« Un taux d’incidence annuel inférieur à 1 cas par million
d’habitants constitue le seuil de l’OMS définissant l’élimination de la
rougeole dans la région européenne. Même si le taux d’incidence observé par la
DO que nous rapportons ici est inférieur à ce seuil (en métropole), sa
sous-estimation probable (liée à la sous déclaration) ne permet pas de conclure
à l’élimination de la rougeole en France. Le risque de bouffées épidémiques
persiste dans les zones mal vaccinées du fait de l’accumulation progressive de
nourrissons non vaccinés et réceptifs à la maladie, s’ajoutant au réservoir de
grands enfants et jeunes adultes non immunisés qui grandi sans rencontrer le
virus du fait du ralentissement de la circulation virale. De telles bouffées
sont survenues en région Paca en 2003 (génotype D7) et dans des pays européens
voisins plus récemment.
* J’aurais
certainement publié cet article plus tôt, quelques jours après la parution de
l’étude de l’InVS le matin de Noël 2007, mais ce matin-là j’ai du me faire opérer d’une fracture du
col du fémur après avoir dérapé en vélo sur le verglas, au détour d’un virage
resté dans l’ombre…J’ai soudain eu d’autres occupations…J’ai raconté mon
parcours médical et ma rééducation sur mon blog vélo, mon premier 7000 en vélo.
28 avril 2008
La rougeole à Reims : beaucoup de lacunes et de contradictions
Après le bilan du 11 mars 2008, l’InVS fait un nouveau point au 14
avril avec 3 nouveaux cas : un enfant de 14 ans et 2 adultes dont l’un est
âgé de 46 ans. La comparaison entre les 2 bilans obligent à poser un certain
nombre de questions car elle révèle quelques incohérences et de grosses
lacunes. Les voici :
« Parmi les 16 cas
signalés à ce jour, 9 (56 %) sont des adultes âgés de 19 à 28 ans (parmi eux, deux
personnes ont déclaré avoir été vaccinées avec une seule dose de vaccin
anti-rougeoleux) et 7 sont des enfants âgés de 7 mois à 7 ans. Quatre
enfants avaient été vaccinés : 3 d’entre eux n’avaient reçu qu’une seule dose
de vaccin et 1 enfant avait été vacciné 5 jours avant l’apparition de
l’éruption. »
« Parmi les 19 cas
signalés à ce jour, 11 (58 %) sont des adultes âgés de 19 à 46 ans
(parmi eux, une personne a déclaré avoir été vaccinée avec une seule
dose de vaccin anti-rougeoleux) et 8 sont des enfants âgés de 7 mois à 14 ans. Trois
enfants avaient été vaccinés : 3 d’entre eux n’avaient reçu qu’une seule dose
de vaccin et 1 enfant avait été vacciné 5 jours avant l’apparition de
l’éruption. »
Les articles
rappellent ainsi le calendrier vaccinal :
« Tous les enfants et
adolescents entre 24 mois et 16 ans en 2008 (nés en 1992 ou après) doivent
avoir reçu deux doses de vaccin trivalent. Les personnes âgées de 17 à 28 ans
(nées entre 1980 et 1991) doivent avoir reçu une dose de vaccin
trivalent. »
De plus, le calendrier
vaccinal déjà très chargé ne prévoit la première dose de RRO qu’au plus tôt à
l’âge de 9 mois (si en collectivité) et sinon à 12 mois.
En conséquences, les questions suivantes se posent :
1- Qu’est-il
advenu de la déclaration du second
adulte qui affirmait avoir reçu une dose dans l’étude du 11 mars ?
2- 4
enfants vaccinés au 11 mars et seulement 3 le 14 avril !?
3- Le
calendrier ne prévoit pas que les adultes de 46 ans aient reçu une dose (il y
en a au moins 1). Combien d’adultes, parmi les 11, sont nés avant 1980 et sont
donc en conformité avec le calendrier ? Comme il y en a au moins 1 âgé de
28 ans et qui pourrait être né en 1979 il pourrait y en avoir au moins 2.
4- Il
y a au moins un enfant âgé de 7 mois. Combien d’enfants parmi les 8 n’avaient
pas l’âge pour avoir reçu leur première dose ? Combien n’avaient pas l’âge
pour avoir reçu les 2 doses ?
5- Le
bilan de mars implique qu’un enfant avait bien reçu 2 doses (4 vaccinés, 3 avec
une seule dose). Sa disparition dans le bilan d’avril est-elle une erreur de
rédaction ?
6- Dans
le bilan de mars on ne sait pas si celui qui a été vacciné 5 jours avant
l’éruption en était à sa première dose ou à la seconde. Dans le second cas
l’information serait particulièrement intéressante.
Il est clair que l’un des objectifs de ces bilans est de mettre en évidence une carence de vaccination parmi les malades, carence qui ne peut s’apprécier qu’en rapport avec le calendrier vaccinal. Il y a certainement des malades qui n’étaient pas en conformité avec les recommandations vaccinales, mais il y en a aussi qui l’étaient : au moins 3 adultes sinon 4 si on retient les affirmations du bilan de mars (2 avec une dose, 1 de 46 ans et très possiblement un adulte de 28 ans) ; au moins 2 enfants ( au moins un de 7 mois normalement non vacciné et un à 2 doses selon le bilan de mars).
Qu’avons-nous absolument besoin de
savoir ?
Combien d’enfants n’avaient pas l’âge pour être
vacciné ; combien avaient l’âge pour une dose et combien l’avaient
reçue ; combien avaient l’âge pour 2 doses et combien en avaient reçu une,
deux ; combien d’adultes avaient l’âge pour une dose et combien l’avaient
reçue ; combien d’adultes avaient l’âge pour n’avoir aucune dose. Le plus
simple ici serait de donner les âges ou années de naissance de ces 19
personnes, ce ne serait pas la mer à boire et chacun pourrait avoir ainsi une idée plus précise de leur statut par
rapport au calendrier vaccinal. Pour le prochain point ? Espérons…
Mais pourquoi autant de
rétentions et de contradictions ?
Car enfin, combien
d’enfants et d’adultes pourraient être en règle avec les recommandations
vaccinales en s’appuyant sur les données communiquées ?
Sur les 11 adultes on
sait qu’il y en a un de 20 ans qui n’avait aucune dose. Il y en a un ou
deux avec une dose et un adulte au moins a 19 ans et devrait donc avoir une
dose, ce qui est compatible avec les données. Les autres pourraient être tous
nés avant 1980 et être donc en règle.
Sur les 8 enfants on sait
que celui de 14 ans n’avait aucune dose car il est apparu en avril et il n’y a
pas de vaccinés supplémentaires. On sait aussi qu’il y a un enfant de 7
ans et un enfant avec 2 doses. Si c’est le même, il est en règle. On sait aussi
que 3 enfants ont une dose. Il suffit qu’ils aient moins de 2 ans pour être en
règle. On sait qu'il y a un enfant de 17 mois. Reste 3 enfants avec aucune dose dont un enfant de 7 mois qui est en
règle. On sait aussi qu’il y a un enfant de 12 mois, l’âge de la première
injection. Il n’est donc pas encore en dehors des clous s’il n’a pas reçu sa
dose. Supposons que le dernier enfant ait par exemple 8 mois et il serait aussi
en règle.
On voit ainsi que les données communiquées sont compatibles avec un seul adulte et un seul enfant qui ne seraient pas en conformité avec le calendrier. Cela permet de comprendre pourquoi il est impératif que les épidémiologiste nous communiquent des informations plus précises.
Malheureusement ils se complaisent dans le flou artistique comme par exemple dans le bilan publié en février : « 3 sont des enfants âgés de 7 mois, 12 mois et 17 mois (un vacciné avec une seule dose) » où ils ne disent même pas lequel des 3 avait reçu cette dose et alors que le calendrier vaccinal recommande la seconde dose entre 13 et 24 mois, ce qui laisserait encore 7 mois pour que l’enfant de 17 mois reçoive sa seconde dose.
Un article sur cette "épidémie" a été publié à la même époque, le 27 mars 2008, sur le site d'Eurosurveillance (en anglais). Bien que les auteurs et les sources soient les mêmes il existe des différences sensibles sur les informations communiquées. Par exemple, on y parle d'un enfant d'un an avec une dose de ROR. S'agit-il de cet enfants de 12 mois ?
http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle.aspx?ArticleId=8078
Complément : mon
article sur le bilan de mars
27 mars 2008
Le point sur la rougeole à Reims
Voir aussi l’évolution de l’épidémie et mon dernier article sur le sujet, avril 2008.
L’épidémie de rougeole
observée à Reims en février 2008 se poursuit. Un premier bilan sur les 11
premiers cas a déjà été fait (voir
l’article). L’InVS fait un nouveau
point sur la situation (11/03/08) :
« A ce jour, la DRDASS a
recensé un total de 16 cas : 12 cas confirmés biologiquement, 2 cas liés
épidémiologiquement à un cas confirmé et 2 cas suspectés cliniquement (en
attente de confirmation). Parmi les 9 adultes, 4 ont été hospitalisés et 1
a été vu aux urgences d’une clinique. Deux cas hospitalisés ont présenté une
complication (pneumopathie, kératite). Parmi les 7 enfants, 2 ont été
hospitalisés»
« Parmi les 16 cas
signalés à ce jour, 9 (56 %) sont des adultes âgés de 19 à 28 ans (parmi eux,
deux personnes ont déclaré avoir été vaccinées avec une seule dose de vaccin
anti-rougeoleux) et 7 sont des enfants âgés de 7 mois à 7 ans. Quatre enfants
avaient été vaccinés : 3 d’entre eux n’avaient reçu qu’une seule dose de vaccin
et 1 enfant avait été vacciné 5 jours avant l’apparition de l’éruption. »
L’article de l’InVS
rappelle les recommandations vaccinales en ces termes :
« En France, le vaccin
antirougeoleux a été introduit dans le calendrier vaccinal en 1983 associé à la
rubéole puis aux oreillons en 1986. La vaccination par le vaccin trivalent
rougeole-rubéole-oreillons (RRO) est recommandée chez tous les nourrissons à
l’âge de 12 mois. Une seconde dose de vaccin RRO a été introduite dans le calendrier
vaccinal en 1996. Depuis 2005, cette seconde dose est recommandée au cours de
la deuxième année c’est-à-dire entre 13 et 24 mois. »
« Tous les enfants et
adolescents entre 24 mois et 16 ans en 2008 (nés en 1992 ou après) doivent
avoir reçu deux doses de vaccin trivalent. Les personnes âgées de 17 à 28 ans
(nées entre 1980 et 1991) doivent avoir reçu une dose de vaccin
trivalent. »
Rappelons d’abord que malgré l’usage d’une forme contraignante cette vaccination n’est pas obligatoire. Nous constatons donc que 2 adultes âgés d’au moins 19 ans et ayant reçu une dose étaient en conformité avec le calendrier vaccinal et non pas insuffisamment vaccinés, selon les recommandations en vigueur.
Au moins un adulte étant âgé de 28 ans en février 2008, il pouvait être né en 1979. Selon le calendrier rapporté par l’étude la vaccination n’a jamais été prévue pour les personnes nées avant 1980. L’année de naissance de la (ou des) personne(s) de 28 ans aurait dû être précisée.
Puisque la seconde dose est maintenant recommandée dans la seconde
année de vie et que les enfants malades avaient entre 7 mois et 7 ans, il y en
a au moins un qui n’avait pas l’âge pour avoir reçu les 2 doses.
Malheureusement l’article ne précise pas, parmi les enfants qui n’avaient reçu qu’une seule dose, combien avaient
l’âge requis pour avoir reçu les deux, autrement dit avaient au moins 24 mois.
Pourtant, l’information est connue et facile à communiquer. Son absence conduit
à une interrogation qui pourrait faire naître la suspicion, ce qui est
évidemment très regrettable. A propos de cette seconde dose le calendrier
vaccinal 2007 rappelle :
« que
cette seconde vaccination ne constitue pas un rappel, l’immunité acquise après
une première vaccination étant de longue durée. Elle constitue un rattrapage
pour les enfants n’ayant pas séroconverti lors de la première
vaccination. »
De plus, selon le calendrier vaccinal 2007 par exemple, la première
dose de ROR n’est prévue qu’au 9ième mois pour les enfants devant entrer en collectivité et à 12 mois
pour les autres. Les premiers mois sont en effet réservés au DTP + coqueluche +
Hib + hépatite B + Prévenar…ce qui est bien suffisant pour faire un "bon"
début dans la vie !!! Sans oublier le BCG, recommandé à la naissance pour
tous les franciliens et qui entraîne maintenant, avec le SSI, un abcès pouvant
durer des mois et conduire ainsi à différer de nouvelles vaccinations*. Il
n’est donc pas possible de faire le ROR beaucoup plus tôt. Aussi, le ou les
enfants de 7 ou 8 mois, voire moins de 12 mois, qui n’auraient reçu aucune dose de ROR ne peuvent être considérés
comme ayant été victimes d’un défaut de
vaccination.
Il ne faut pas oublier que le premier défaut des vaccins est de ne
pas pouvoir être administrés instantanément dès la naissance et avec effet
immédiat.
Nous le constatons avec cet enfant vacciné 5 jours avant d’avoir la
rougeole : il ne faut pas trop
compter sur une vaccination qui serait pratiquée sur le petit frère alors que
la sœur fait une rougeole à la maison.
Il est un peu trop facile de sous entendre, comme le fait cet
article, un défaut de vaccination par rapport aux recommandations :
« Les cas rapportés chez
des jeunes adultes et personnels hospitaliers (qui peuvent transmettre la
maladie à des personnes à risque de rougeole grave) soulignent l’importance du
respect des recommandations vaccinales en vigueur. »
Pourtant, confrontées à la maladie ces recommandations sont mises en défaut :
- de façon certaine chez au moins un enfant de 7 mois ;
- tout à fait possible chez d’autres enfants de moins de 9 mois
(ou 12 mois) n’ayant reçu aucune dose ou de moins de 2 ans n’ayant reçu qu’une seule
dose ;
- de façon certaine pour 2 adultes vaccinés avec une dose comme
cela était parfaitement conforme pour eux; probable chez au moins un adulte de 28 ans.
On peut aussi ajouter que certains enfants peuvent ne pas avoir été vaccinés en
raison de leur état de santé du moment. C’est le second défaut des vaccins :
en cas d’épisodes infectieux le médecin devra retarder la vaccination. Pourquoi
transformer en qualité un défaut majeur du vaccin quand la non vaccination est
liée à la nocivité du vaccin sur un enfant fragilisé ?
Il y a dans cette
épidémie touchant des adultes les
conséquences épidémiologiques parfaitement connues de la vaccination et que
l’article rappelle :
« Le ralentissement de
la circulation du virus, secondaire à la vaccination, a conduit à une
accumulation progressive de sujets non vaccinés et réceptifs à la maladie
constituant notamment un réservoir de grands enfants et jeunes adultes non
immunisés. »
Rappelons donc qu’avec la
vaccination contre la rougeole (ainsi que rubéole, oreillons et varicelle) nous
avons mangé notre pain blanc le premier comme disait ma grand’mère : par
cette vaccination, nous avons ajouté l’immunité vaccinale chez les enfants à
l’immunité acquise par la maladie chez les adolescents et les adultes et qui,
avant la vaccination, était entretenue par la circulation du virus chez ces
jeunes enfants. Mais la réduction de cette circulation grâce à l’efficacité de
la vaccination compromet aujourd’hui le maintien de l’immunité acquise chez
l’adulte.
Comme il était prévisible, après nous avoir affirmé sans preuve
qu’une seule dose serait efficace toute la vie, nous commençons à découvrir les
limites de cette affirmation. On n’en a pas fini avec les rappels…pour une
maladie qui est d’autant plus dangereuse qu’on est âgé…A quand les rappels à 90
ans ? Il suffit d’attendre…
.Rappelons encore que c’est justement pour toutes ces raisons que nos experts ne veulent pas recommander la vaccination contre la varicelle. Mais pour la rougeole ils répondent que nous sommes maintenant au milieu du gué et qu’on ne peut plus reculer… Autrement dit, si c’était à refaire ?
Un remarquable témoignage à lire sur le vaccin contre la rougeole : http://emmanuelleseve.unblog.fr/
* Dans toute l’affaire du BCG SSI, qui s’est étalée de
juin 2005 à juillet 2007, j’avais été
frappé par le fait que personne ne semblait s’occuper des conséquences d’un BCG
SSI à la naissance sur les autres vaccinations qui risquaient d’être retardées
de plusieurs mois alors que les mêmes experts souhaitaient par ailleurs que la
vaccination contre la coqueluche, par exemple, soit réalisée le plus tôt possible,
dès le second mois. On assiste au même phénomène ici avec la rougeole :
les experts regrettent que des enfants ne soient pas vaccinés ou insuffisamment
sans se préoccuper de savoir si c’était possible ou non, d’abord en fonction du
calendrier lui-même, ensuite en fonction des aléas de santé que pourraient
connaître l’enfant et qui conduisent à surseoir à la vaccination.
04 mars 2008
Huit cas de rougeole chez des adultes à Reims
Voir l’évolution de l’épidémie et mon dernier article sur le sujet, avril 2008.
Une petite épidémie de rougeole s’est manifestée dans la région de
Reims depuis la mi-janvier 2008. En touchant 11 personnes dont 8 adultes dont
certains on dû être hospitalisés, elle montre bien ce qui pourrait arriver
quand le quasi arrêt de la circulation du virus chez les enfants grâce à la
vaccination générera des formes plus graves de la maladie chez les adultes
voire chez des nourrissons non immunisés par leur mère et non vaccinables.
La problématique de l’éradication de la rougeole
Avant la vaccination introduite en France en 1983, l’immunité contre la
rougeole était obtenue en faisant la maladie, le plus souvent à l’âge scolaire
(primaire ou maternelle). Puis, à l’âge adulte, cette immunité était entretenue
par les rappels "naturels" liés à la circulation du virus chez
les enfants. Si la rougeole peut être très grave chez un nourrisson, il était
alors généralement protégé par les anticorps maternels.
A l’immunité acquise des adolescents, adultes et nourrissons, on a
ajouté celle des enfants grâce à la vaccination d’où les succès immédiats
rencontrés par celle-ci avec une baisse rapide et spectaculaire du nombre de
cas. Mais la médaille a son revers parfaitement connu des
épidémiologiste : des adultes perdent leur immunité par la suppression des
rappels spontanés qui venaient des contacts avec des enfants contaminés et non
immunisés. Conséquence : des adultes font des rougeoles pouvant être très
graves et des mères non immunisées peuvent donner naissance à des nourrissons
non encore vaccinables et non immunisés.
L’exemple de
l’épidémie de Reims
C’est bien ce que semble illustrer l’épidémie toute récente, non encore achevée et qui s’est développée
en janvier et février 2008 dans la région de Reims. Elle a donné lieu à une première
publication de l’InVS qui fait le point le 28 février. A cette date, 11 cas
avaient été recensés. Le premier cas était une jeune femme de 20 ans non
vaccinée, mais donc aussi non immunisée par la maladie dans l’enfance comme
cela aurait sans doute été avant l’introduction de la vaccination. Ce cas a été
à l’origine de 4 cas intra-familiaux, 2 enfants et 2 adultes dont 3 ont été
hospitalisés au CHU de Reims. Ils ont généré de nouveaux cas, en particulier 3
cas parmi le personnel du CHU de Reims. Au total, à la date de ce premier
bilan, 11 cas ont été signalés, « 8
sont des adultes âgés de 19 à 28 ans (parmi eux, deux personnes ont déclaré
avoir été vaccinées avec une seule dose de vaccin anti-rougeoleux) et 3 sont
des enfants âgés de 7 mois, 12 mois et 17 mois (un vacciné avec une seule
dose) ».
C’est donc
clair : le cas initial était un adulte de 20 ans et la plupart des cas
avaient entre 19 et 28 ans. On peut évidemment soutenir que s’ils avaient été
vaccinés ou mieux vaccinés (avec 2 doses) cela ne se serait pas produit. Mais
est-il possible de vacciner toute la population contre la rougeole puis
d’entretenir l’immunité vaccinale par des rappels jusqu’à 100 ans ? Quand
la vaccination a débuté en France il était affirmé qu’une seule dose serait
efficace toute la vie. Des échecs ont conduit à préconiser 2 doses. Soyons
réalistes et sans illusions : de nouveaux échecs conduiront à recommander
des rappels à 20 ans puis 40 ans, puis dans quelques temps à 60 ans et 80
ans…Pour le moment ils ne sont pas utiles à ces âges car ces personnes sont
immunisées par la maladie et les multiples rappels spontanés subis au cours de
leur vie. Mais dans quelques décennies…A moins que le virus de la rougeole
n’ait été mondialement éradiqué, mais ça c’est une autre histoire !
Chez les enfants d’âge scolaire, la rougeole était le plus souvent bénigne. Bien sûr elle a entraîné aussi des conséquences très graves sur certains enfants, on ne peut le nier. La question est de savoir si la vaccination pourra nous en libérer vraiment ou nous prépare au contraire un avenir difficile vis à vis de cette maladie. Il est possible qu’avec cette vaccination nous ayons manger notre pain blanc en premier comme disait ma grand mère : quand la population toute entière, de la naissance à 100 ans ne sera plus constituée que de personnes qui n’auront connu de la rougeole que sa vaccination et si le virus est toujours présent dans le monde, en Afrique par exemple, qu’arrivera-t-il quand un voyageur apportera le virus ? Quand les conquistadors ont apporté le virus de la rougeole aux population du nouveau continent américain ce fut catastrophique. Echange de bons procédés, des marins ont rapporté la syphilis de leur voyage…
