19 avril 2009
Prevenar : la pharmacovigilance décide de casser le thermomètre !
Oui, notre Commission nationale de pharmacovigilance a décidé d'arrêter la surveillance des effets indésirables du vaccin Prevenar alors qu'il existe beaucoup d'inconnues et d'interrrogations à son sujet ! C'est au cours de sa réunion du 27 janvier 2009 que cette Commission a pris cette incroyable décision à l'unanimité :
« Au
vu des données actualisées de pharmacovigilance, la Commission
Nationale de Pharmacovigilance a voté à l’unanimité (27 voix) en
faveur de l’arrêt du suivi national de pharmacovigilance de
Prévenar »
Cette décision est d'autant plus surprenante que 100 jours auparavant, le Haut conseil de santé publique (HCSP) rendait un avis (17 octobre 2008) [3] où le HCSP insistait sur l’importance de poursuivre... le suivi de la pharmacovigilance !!!
* On peut aussi lire un article détaillé sur le même sujet sur Pharmacritique
Est-ce à dire que tout serait devenu soudain tout rose dans le monde du Prevenar au point qu'on puisse se permettre de ne plus en surveiller les effets alors que ce vaccin est encore très récent ? Non, loin de là bien sûr et il existe encore beaucoup d'inconnues comme on va le voir. La surveillance de ce vaccin porte sur 2 aspects très différents :
1- Sa capacité à réduire de manière durable les infections invasives à pneumocoque;
2- La nature, la fréquence et la gravité des effets secondaires.
Il existe de nombreuses souches de pneumocoques et le vaccin Prévenar pour les enfants correspond à 7 sérotypes : 4, 6B, 9V 14, 18C, 19F et 23F alors qu'il existe un vaccin avec 23 valences pour les adultes et qu'il y a plus de 90 sérotypes de pneumocoques. Aussi, l'une des interrogations majeures avec l'utilisation généralisée du Prévenar est de savoir s'il pourrait favoriser des souches non contenues dans le vaccin.
Il a obtenu une AMM pour la vaccination des enfants de 2 mois à 2 ans alors que Pneumo23 est prévu pour les enfants de plus de 5 ans et les adultes. Entre les deux, c'est à dire pour les enfants ayant de 2 à 4 ans inclus, le calendrier vaccinal préconise la vaccination avec 2 doses de Prevenar à 2 mois d'intervalle puis une dose du vaccin à 23 valences au moins 2 mois après.
L'objectif de la vaccination Prevenar est de prévenir des maladies invasives à pneumocoques comme des méningites, des septicémies et des pneumonies.
Efficacité du Prévenar
Elle paraît difficile à évaluer pour plusieurs raisons : d'une part le nombre de cas est faible et d'autre part une action sur les souches contenues dans le vaccin peut favoriser l'émergence d'autres souches. De ce fait il devient difficile d'apprécier d'une part si les diminutions observées sont liées au vaccin (absence de significativité en raison des nombres trop faibles) et d'autre part si les bénéfices qu'on pourrait attribuer au vaccin ne sont pas perdus par l'émergence des autres souches.
Il est reconnu
« Aucune étude contrôlée prospective n'a pu être réalisée pour juger de l'efficacité du vaccin contre les méningites à pneumocoque du fait de leur trop faible incidence »
Ainsi, aux journées de veille sanitaire de novembre 2007 Christian Perronne, ancien président du CTV et du CSHPF, président de la commission sécurité sanitaire du HCSP, avait déclaré qu’on a sur ce vaccin une expérience limitée dans le temps avec 800 000 vaccination par an aux USA où on a observé une décroissance de la mortalité (30 cas en moins par an) par infection invasive à pneumocoque. Mais aussi une perte du bénéfice chez les Inuits d’Alaska après quelques années d’utilisation : absence de diminution de la mortalité globale par les infections invasives à pneumocoques avec accroissement de l’incidence chez les sujets jeunes immunodéprimés.
En France on a noté une réduction de 7 cas chez l’enfant mais avec une légère augmentation des infections à pneumocoques tous âges confondus.
La Commission de pharmacovigilance distingue :
1- Les échecs directs du Prévenar
C'est à dire des enfants vaccinés et qui ont malgré cela fait une infection à pneumocoques par une souche incluse dans le vaccin. Ces échecs sont au nombre de 4 parmi les 77 cas enregistrés.
2- Les échecs indirects
C'est à dire les cas liés à l'émergence de souches non incluses dans le vaccin et favorisées par l'affaiblissement des souches sur lesquelles le vaccin est actif. Il s'agit tout particulièrement du sérotype 19A, 17 cas sur 77.
La Commission nationale de pharmacovigilance note chez les enfants de moins de 2 ans :
- une stabilisation des méningites à pneumocoques en 2007 après une diminution non significative entre 2005 et 2007.
- une diminution significative des méningites dues à des sérotypes vaccinaux entre 2001 et 2007.
- l'émergence de souches de remplacement, particulièrement le sérotype 19A, qui représentent 22% (17/77) des méningites chez l'enfant de moins de 2 ans en 2007.
La Commission juge que
« l’émergence
du sérotype 19A est préoccupante dans la mesure où il s’agit
d’un pneumocoque virulent qui est souvent mis en cause dans les
syndromes hémolytiques et urémiques associés aux infections graves
à pneumocoques. »
Effets secondaires graves
La
Commission dresse le bilan des notifications graves rapportées au
décours de l'administration du Prevenar entre le 1er octobre 2004 et
le 31 décembre 2007, soit sur une période de 39 mois, qu'elle
compare à la période d'observation du 28 février 2003 au 30
septembre 2004. A aucun moment elle n'envisage le rôle et l'importance de la sous-notification.
Il y a eu un total de 221 réactions postvaccinales notifiées pour plus de 7,8 millions de doses vendues, parmi lesquelles :
1- des méningites à pneumocoques (19%)
2- des convulsions (12%)
3- de la fièvre (9%)
4- 10 cas de purpura thrombopénique (4,5%)
5- 6 cas de purpura vasculaire (2,7%)
6- 4 cas de maladie de Kawasaki (1,8%)
7- 11 cas de mort subite (4,9%)
Cela ne signifie pas que Prevenar serait responsable de tous ces événements indésirables mais la Commission note que
sur l'ensemble des ces 221 cas notifiés le Prevenar était le seul médicament suspect dans 37% des cas. De plus, l'événement indésirable a récidivé lors d'une injection suivante dans 6 cas :
il s'agissait d’apnée (1), de convulsion fébrile (1), de fièvre (2), de bronchiolite (1) et d'oedème localisé (1).
La guérison a été constaté dans 147 cas. Il y a eu des séquelles dans 15 cas (4 auditives, 4 neurologiques, auditive et neurologique 1, retard psychomoteur 3, boiterie 1, non précisée 2). Il y a eu aussi 12 cas de décès (mort subite exclue): pour 11 d'entre eux il s'agissait d'une complication d'une infection invasive à pneumocoque et un choc (anaphylactique ?) pour le douzième.
Dans sa discussion la Commission considère que la comparaison entre les 2 périodes d'observation montre une stabilité des effets indésirables. Elle note cependant :
« L'incidence de notification des purpuras thrombopéniques, tout en restant très basse, semble être en augmentation passant de 0.05 à 0.13 .Elle pourrait constituer un signal dans la mesure où Prévenar® n’était associé au ROR Vax® que dans un cas, que le délai médian de survenue (1-20 jours) est très compatible avec le rôle du médicament et que cet effet est potentiellement grave. »
Elle note aussi que
« l'incidence de notification des infections invasives à pneumocoques a légèrement augmenté, passant ainsi de 0.59 à 0.76. Cette augmentation concerne également les échecs du Prévenar® (sérotype vaccinal confirmé en dépit d'une vaccination complète) absents dans la période précédente de l’étude. »
On pourrait penser que ces 2 derniers constats devraient être suffisants pour justifier le maintien de la surveillance. Mais non ! C'est à l'unanimité que la Commission a alors voté l'arrêt de la surveillance des effets indésirables du Prevenar !!!
Des témoignages
Il suffit d'aller sur des blogs où les mamans témoignent pour avoir une idée plus explicite des drames vécus par les familles [2] :
« Mon
fils de 2 ans est dans le coma depuis 3 mois deux jours après le
vaccin PREVENAR( 4eme injection ). Les médecins disent que c'est une
encéphalite d'origine inconnue car il n'y a aucun virus ou bactérie
dans les analyses !! Il est resté 80 jours en réanimation avant le
transfert vers un centre de réadaptation.
C’est un BB qui
était en pleine forme sans problème de santé particulier, tout a
commencé 30 heures après le vaccin…Les IRM sont catastrophiques
et le diagnostic n'est pas optimiste. Pour le moment il fait des
petits progrès mais pas de moyen de rentrer en contact avec lui.
Actuellement il respire seul mais il est toujours inconscient. Notre
vie est un calvaire depuis 3 mois. »
« Maman de 3 enfants, je ne connaissais pas le vaccin prévenar lorsqu'il m'a été fortement conseillé pour ma dernière. Il se trouve qu'elle a fait une complication importante après la 3me injection (elle avait 6 mois), en effet elle a fait des crises de convulsions assez compliquée et ce qui est plutôt inhabituel chez d'aussi jeunes enfants. Il a bien été reconnu que le vaccin prévenar était en cause. Aujourd'hui ma fille a 18 mois et est surveillée de prés par un neuro pédiatre car il est probable qu'elle ait des séquelles de ses convulsions. Elle bénéficie d'un traitement anticonvulsif à ce jour (DEPAKINE).
Apparemment
je ne suis pas la seule dans ce cas aux vues des infos que j'ai pu
glaner chez les médecins mais ils sont dans le secret médical donc
silence. Il n'existe pas encore d'association je le pense mais je
trouve ça dommage car les langues vont commencer à se délier et on
risque d'avoir bien des surprises. Je me sens trop seule et pas assez
solide pour mener un combat de fer contre tout ça et en même temps
quand je repense à ce que j'ai vécu je voudrai tellement épargner
d'autres victimes. D'après moi et je me lance tant pis cela peu
aller jusqu'au décès de l'enfant. Maëlle était en arrêt
respiratoire quand elle a été emmenée par les pompiers aux
urgences. »
[2] http://www.confidentielles.com/ttopic-36814-LES-RISQUES-LIES-A-LA-VACCINATION-AVEC-PREVENAR.htm
[3] http://www.hcsp.fr/hcspi/docspdf/avisrapports/hcspa20081017_schemaVaccVPC7.pdf
Autres articles sur le Prevenar sur ce blog :
Le vaccin contre le pneumocoque favorise-t-il les souches non vaccinales ?
Prevenar : une injection vaccinale supprimée pour les nourrissons
14 novembre 2008
Prevenar : une injection vaccinale supprimée pour les nourrissons
La vaccination des nourrissons contre certains pneumocoques (Prevenar) qui était recommandée en quatre injections est désormais réduites à trois injections au deuxième, quatrième mois et à un an, l'injection au troisième mois étant supprimée.
Depuis 2006, les recommandations du calendrier vaccinal étaient que le Prevenar, vaccin heptavalent contre les infections invasives à pneumocoques, soit utilisé en 4 injections : à 2 mois et 4 mois simultanément avec le vaccin hexavalent, au troisième mois en même temps que le vaccin pentavalent et à 12 mois avec le ROR. C'est dans un avis daté du 17 octobre 2008 que le HCSP (Haut conseil de santé publique) recommande que l'injection du Prevenar au troisième mois soit supprimée, sauf pour les enfants prématurés.
La raison évoquée est que l'efficacité est pratiquement la même après le rappel à 12 mois et avec une légère réduction de celle-ci pendant la période intermédiaire. Les experts ont estimé que le jeu n'en valait pas la chandelle et qu'au contraire cette suppression pouvait avoir certains avantages :
« la réduction du nombre d'injections ne peut qu’améliorer la couverture vaccinale, par levée de certaines craintes des parents et des vaccinateurs, par diminution des effets indésirables locaux et par réduction du coût supporté par les familles »
Notons que ce schéma à 2 doses plus un rappel a été validé par l'EMEA l'agence européenne du médicament.
Voir le document de l'EMEA à ce sujet
Effets indésirables du Prevenar
Dans son avis, le HCSP précise ainsi les effets indésirables du Prevenar :
« Le profil d'effets indésirables n'est pas différent de celui des autres vaccins : essentiellement des réactions douloureuses au site d'injection (chez environ un tiers des enfants), une fièvre supérieure à 38° et des vomissements (chez environ un quart d'entre eux). Les réactions allergiques sévères sont rares »
L'avis ne précise pas ce qu'il entend par rare mais ce terme a une définition précise : un risque qui se produit entre une fois sur 1000 et une fois sur 10000 est qualifié de rare, très rare s'il ne dépasse pas 1 sur 10000. Avec 800000 naissances par an cela peut faire entre 80 et 800 réactions allergiques sévères par an.
L'avis reconnaît que l'incidence du nombre d'injections sur la couverture vaccinale n'a pas été étudié. Quant au coût de la vaccination, il est certain, d'une manière générale, que la crise financière et économique mondiale et durable dans laquelle nous sommes engagés aura des conséquences très importantes sur les mesures coûteuses de notre santé publique et que certaines devront être revues à la baisse, soit que les laboratoires baisseront leurs tarifs, soit que l'usage de certains produits sera réduit. C'est sans doute inévitable. Il est possible que cette recommandation ait été inspirée en partie par le problème financier.
Un effet de l'étude du professeur Tardieu ?
Peut-on aussi envisager un « effet » Tardieu ? Il ne faut pas oublier que l'étude menée par le professeur Marc Tardieu sur une cohorte d'enfants mettait en évidence que c'étaient les enfants qui avaient reçu tous les vaccins du calendrier vaccinal qui étaient les plus à risque de développer une sclérose en plaques après la vaccination hépatite B. Même si les conclusions de cette étude ont entraîné un formidable tir de barrage de la part de toutes nos institutions sanitaires, on ne peut exclure que l'enseignement ait été retenu par les experts et que ceux ci tenteraient une (timide) réduction du calendrier.
Les effets pervers du Prevenar
Ce vaccin est en effet très contestable, car les souches de pneumocoques sont multiples et ne sont pas toutes représentées dans le vaccin. Aussi, même si son efficacité contre les souches présentes peut être soutenue, la vaccination favoriserait les autres. Le vaccin PCV7, le Prevenar, est produit par le laboratoire américain Wyeth dont c’est le seul produit phare. Il a ainsi été introduit aux USA avant la France et ce pays a déjà pu faire quelques observations. L’InVS rapporte que
« le remplacement des sérotypes vaccinaux par des sérotypes non vaccinaux a été observé aux Etats-Unis où l’incidence des cas dus à des sérotypes non vaccinaux a augmenté de 22% chez les enfants de moins de 5 ans quatre ans après l’introduction du PCV7 tandis que l’incidence des cas dus à des sérotypes vaccinaux a diminué de 97 %. Aux Etats-Unis le sérotype 19A a émergé comme le sérotype le plus fréquent représentant 35 % des souches isolées chez les enfants de moins de 5 ans en 2004. »
Pour plus de précisions sur ce point voir mon article sur ce blog Le vaccin contre le pneumocoque favorise-t-il les souches non vaccinales ?
30 janvier 2008
Le vaccin contre le pneumocoque favorise-t-il les souches non vaccinales ?
La question est posée par une
étude
publiée le 18 janvier 2008 par l’InVS. Si on manque encore de recul pour
conclure définitivement, les données obligent à s’interroger. En effet,
l’augmentation importante de la couverture vaccinale chez les enfants de moins
de 2 ans en 2006 a été parallèlement accompagnée d’une augmentation des
infections et méningites à pneumocoque de souches non contenues dans le vaccin. Coïncidence ? Le phénomène
a été observé aux Etats Unis et pourrait inquiéter.
La vaccination
C’est en janvier 2003 que le vaccin
anti-pneumococcique heptavalent PCV7 a été introduit dans notre calendrier
vaccinal pour les enfants de moins de 2 ans jugés à risque. Cette
recommandation vaccinale a été élargie en juin 2006 à tous les enfants de moins
de deux ans. Le
vaccin PCV7 couvre les 7 sérotypes 4, 6B, 9V, 14, 18C, 19F et 23F qui étaient
les plus fréquemment retrouvés chez l’enfant avant l’introduction de la
vaccination.
2005 : diminution du nombre
de cas
En 2005 on a observé une diminution de l’incidence
des méningites et des infections à pneumocoque chez l’enfant de moins de 2 ans
alors que cette diminution n’était observé ni chez les enfants plus âgés ni
chez les adultes. Selon l’InVS ces observations paraissaient très en faveur
d’un impact positif de la vaccination par le PCV7.
2006 : légère augmentation
Chez l’enfant de moins de 2 ans, l’incidence des méningites à pneumocoque est passé de 5,4 cas/100 000 en 2005 à 6,0 cas / 100 000. De même, l’incidence des infections bactériémiques à pneumocoque qui était de 17,1 pour 100 000 en 2005 est passé à 17,5 cas / 100 000 en 2006. L’InVS note pour le moins une stagnation du nombre de cas alors que la couverture vaccinale par le PCV7 a augmenté : les remboursements de PCV7 ont progressé de 20 % chez les enfants de moins d’un an entre 2005 et 2006 et la proportion des enfants qui ont reçu une primo vaccination complète estimée à 44 % au 1er trimestre 2006 était estimée à 56 % au 1er trimestre 2007 lors de deux enquêtes réalisées sur un échantillon d’enfants de 6 à 12 mois.
Recrudescence
des souches non vaccinales
L’InVS note que
« l’incidence des méningites à pneumocoque de sérotype vaccinal a diminué de 2,3 à 1,1 cas / 100 000 entre 2005 et 2006 (- 54 %), tandis que celle des méningites à pneumocoque de sérotype non vaccinal a augmenté de 3,1 à 4,9 cas / 100 000 entre 2005 et 2006 (+ 56 %) chez les enfants de moins de deux ans. De même, l’incidence des infections bactériémiques à pneumocoque de sérotype vaccinal a diminué de 7,8 à 5,3 cas / 100 000 (- 32 %) entre 2005 et 2006 tandis que celle des infections bactériémiques à pneumocoque de sérotype non vaccinal a augmenté de 9,4 à 12,2 cas / 100 000 (+ 31%) entre 2005 et 2006 chez les enfants de moins de deux ans. »
« Parmi les sérotypes non vaccinaux retrouvés dans les méningites et les infections bactériémiques chez les enfants de moins de 2 ans, deux sont prépondérants en 2006 : les sérotypes 7F et 19A. L’incidence des infections invasives liées à ces 2 sérotypes a augmenté depuis 2004-2005. Alors qu’ils représentaient moins d’une souche sur 8 (12 %) en 2001-2002, ils représentent en 2006 près de 4 souches sur 10 (37 %). »
« Par contre, chez les enfants plus âgés et les adultes, aucune tendance évolutive importante de l’épidémiologie des infections invasives à pneumocoque n’apparaît depuis 2001, qu’il s’agisse de sérotypes vaccinaux ou non vaccinaux. »
L’expérience
américaine
Le vaccin PCV7, le Prevenar, est produit par le laboratoire américain Wyeth dont c’est le seul produit phare. Il a ainsi été introduit aux USA avant la France et ce pays a déjà pu faire quelques observations. L’InVS rapporte que
« le remplacement des sérotypes vaccinaux par des sérotypes non vaccinaux a été observé aux Etats-Unis où l’incidence des cas dus à des sérotypes non vaccinaux a augmenté de 22% chez les enfants de moins de 5 ans quatre ans après l’introduction du PCV7 tandis que l’incidence des cas dus à des sérotypes vaccinaux a diminué de 97 %. Aux Etats-Unis le sérotype 19A a émergé comme le sérotype le plus fréquent représentant 35 % des souches isolées chez les enfants de moins de 5 ans en 2004. »
Malgré cette expérience concordante l’étude se veut prudente avant de conclure ainsi et considère comme
« prématuré de conclure aujourd’hui à une émergence de sérotype non vaccinaux qui serait liée à la pression de sélection exercée par la vaccination des nourrissons. La poursuite de la surveillance en 2007 permettra de mieux apprécier et interpréter cette augmentation des cas dus à des souches de sérotypes non vaccinaux. »
Bilan
provisoire positif
L’étude veut continuer à se montrer favorable à la poursuite de la vaccinations et aux bénéfices attendus chez les adultes grâce à la réduction de la circulation des souches chez les enfants :
« En France l’incidence des méningites et des infections bactériémiques chez le jeune enfant reste inférieure en 2006 à celle qui était observée pendant la période pré vaccinale (-28%). Si les données de surveillance française les plus récentes suggèrent que le bénéfice de la vaccination parait être réduit par l’émergence de sérotypes non vaccinaux, le solde reste en faveur de la vaccination. De plus, un impact indirect de la vaccination par le vaccin PCV7 sur l’incidence des infections invasives chez les sujets âgés est attendu avec une amélioration de la couverture vaccinale et du respect du schéma vaccinal complet recommandé en France (3 doses à 2,3 et 4 mois de vie et un rappel entre 12 et 15 mois). Cet effet lié à une diminution du portage des souches vaccinales chez les enfants a été observé aux Etats-Unis mais n’est pas encore perceptible en France, où l’introduction du PCV7 est plus récente. »
Tout cela confirme que le lancement d’une campagne de
vaccination reste une aventure et une expérimentation menée sur les populations
qui n’ont nullement conscience des problèmes épidémiologiques posés par ces
campagnes et des inconnues majeures qui les entourent. Il y a loin du vaccin de
laboratoire aux effets collectifs d’une campagne de vaccination.
Attendons la suite…
17 juin 2007
Méningite : un vaccin pour l'Afrique ?
Vaccins spécifiques pour la méningite en Afrique
La méningite pour tout dire je n’y
connais pas grand chose mais l’OMS vient de donner à cette maladie un relief
tout particulier en annonçant que dans quelques temps elle pourrait disposer
d’un vaccin très efficace et peu coûteux pour lutter contre la maladie là où
elle fait le plus de dégâts c’est à dire dans ce que les spécialistes nomment la ceinture africaine de la
méningite. Cette espérance a été annoncée par des communiqués
[1] et des publications
[2]. C’est donc une opportunité offerte à chacun de s’informer sur cette
maladie, son épidémiologie et sa préventions vaccinale. De plus, il va devenir
très intéressant de suivre cette affaire sur plusieurs années et de vérifier,
sans parti pris ni a priori, si les espérances affichées seront bien
concrétisées. Dans ce domaine beaucoup d’espoirs ont été déçus. Ainsi le
programme d’éradication de la polio : lancé en 1988 il promettait
l’éradication mondiale pour l’an 2000 ; elle fut d’abord repoussée à 2002
puis 2005 pour être réévaluée à la baisse en l’espérance d’une simple
élimination chaque année repoussée. J’aborderai ce sujet de l’éradication de la
polio dans quelques temps. Voici donc pour le moment l’affaire de la méningite
et de son futur vaccin destiné à l’Afrique.
Le méningocoque
L'aide mémoire [3] n°141 de l’OMS sur la méningite à méningocoques, c’est à dire celle
provoquée par une bactérie alors que d’autres méningites sont d’origine virale,
décrit la maladie, son mode de
transmission, son diagnostic, son traitement, son épidémiologie (elle touche
qui et où ?), la ceinture africaine de la méningite, la prévention par la
vaccination, la stratégie de l’OMS et les recommandations aux voyageurs.
La méningite est donc une
infection du liquide céphalorachidien qui entoure le cerveau et la moelle
épinière. La gravité de la maladie est très différente selon qu’il s’agit d’un
virus ou d’une bactérie : généralement peu grave, la méningite virale
disparaît sans nécessiter de traitement particulier ; par contre la
méningite bactérienne peut être très grave, causer des lésions cérébrales, une
surdité ou des troubles d’apprentissage.
Avant les années 1990,
l’Haemophilus influenzae tybe b (Hib) était la bactérie à l’origine du plus
grand nombre de cas. Les nouveaux vaccins utilisés assez massivement ont fait chuter leur nombre et ce sont
maintenant le Streptococcus pneumoniae et la Neisseria meningitidis
(méningocoque) qui sont les principaux agents responsables des méningites
bactériennes. Une question se pose alors : est-ce que ces 2 bactéries
occupent la première place simplement parce que la bactérie Hib l’a abandonnée
ou est-ce que ces 2 bactéries ont profité du vide laissé par la première pour
se développer ? Autrement dit y a-t-il plus de méningite aujourd’hui par
ces 2 bactéries qu’il n’y en avait par elles du temps de la prédominance du
Hib ? La réponse serait importante et intéressante. Je la pose donc.
Peut-être aurons-nous un jour une réponse.
Le méningocoque peut causer la
mort chez le nourrissons, l’enfant et le jeune adulte. Malgré le traitement
antibiotique, 10% des patients décèdent dans les 48 heures qui suivent
l’apparition des premiers symptômes. 10 à 20% des autres gardent des séquelles
permanentes telles que troubles neurologiques ou surdité.
Les méningites à méningocoque sont présentes dans
tous les pays de façon endémique, les principales victimes étant les enfants de
moins de 5 ans. Certains pays, dont la plupart sont classés « en voie de
développement » souffrent d’épidémies occasionnelles ou répétées. Les
principaux groupes pathogènes du méningocoque sont les types A, B, C,
W135 et Y. Si les groupes A, B et C sont responsables de la majorité des cas de
méningite dans le monde, le groupe A occasionne des flambées épidémiques dans ce
que l’on appelle la ceinture africaine de la méningite qui s’étend de
l’Ethiopie à l’est au Sénégal à l’ouest, avec une population à risque
supérieure à 400 millions de personnes. Ces épidémies peuvent atteindre des
proportions énormes. Lors des principales épidémies africaines, on peut
observer entre 100 et 800 cas pour 100 000 habitants, mais certaines
communautés fermées ont signalé des taux atteignant 1 cas pour 100. En
comparaison, l’incidence dans les pays développés est faible : elle se situe
en moyenne entre 1 et 3 pour 100 000 habitants.
C’est ce qu’on peut lire dans les documents précités
qui laissent penser que les causes seraient liées au développement insuffisant
de ces pays. Mais ils font état par ailleurs du lien avec la saison sèche et les
vents sahariens qui propagent l'agent pathogène sur de grande distances, donc des causes
physiques qu’aucun développement prévisibles ne pourra supprimer.
Limites des vaccins actuels
La prévention et le contrôle des épidémies de méningite, nous disent-ils, reposent actuellement sur une détection rapide de la maladie et sur la vaccination de masse de la population avec des vaccins polyosidiques. Ces interventions sont massives, coûteuses et perturbatrices car elles détournent des ressources déjà maigres qui pourraient être utilisées pour le contrôle d’autres maladies. Malheureusement, des observations récentes montrent que la vaccination de masse après le début d’une épidémie a peu de chance de prévenir plus de la moitié des cas. Ces vaccins ont en effet bien des limites : leur efficacité est très relative chez les enfants en bas âge, le groupe le plus à risque ; la durée de la protection est courte ; ils n’empêchent pas la transmission de la maladie dans la population ; ils peuvent être inefficace en cas de transmission par voie naso-pharyngienne ; des doses répétées de ces vaccins peuvent engendrer une hyporéactivité.
C’est dans ce contexte qu’est intervenu le communiqué
OMS du 8 juin 2007 faisant état de nouvelles données concernant les effets d'un
vaccin expérimental contre la méningite chez les enfants en Afrique de l'Ouest,
vaccin "qui devrait protéger les enfants africains et leur
communauté bien plus efficacement que tout autre vaccin actuel. Les
résultats préliminaires de leur étude, un essai de vaccin de phase 2, révèle
que le vaccin pourrait au bout du compte réduire considérablement l'incidence
des épidémies dans la "ceinture de la méningite,” qui regroupe les 21 pays
de l'Afrique sub-saharienne affectés. Conçu pour bloquer la transmission du dangereux
méningocoque du sérogroupe A, ce vaccin devrait étendre la protection aux
sujets non vaccinés, phénomène appelé immunité collective."
“Les projets d'avenir sont fort ambitieux, poursuit
le Dr LaForce directeur du Projet Vaccin Méningite en partenariat avec l’OMS et
le laboratoire, une fois l'étude de phase 2 terminée et le financement assuré,
nous prévoyons de procéder à une étude de démonstration l'année prochaine dans
un pays hyper-endémique où nous donnerons au vaccin une dimension de santé
publique en vaccinant la totalité de la population âgée de 1 à 29 ans. Si tout
continue à aller bien au cours de l'expérimentation et de l'étude de
démonstration, le nouveau vaccin, dont le prix sera de l'ordre de 40 cents la
dose, pourrait être introduit en Afrique d'ici deux ou trois ans.”
Des
vaccins spécifiques pour l’Afrique
Des recherches ont montré que si l’on associe une
protéine telle qu’une anatoxine diphtérique ou tétanique à un antigène
polyoside, le vaccin qui résulte de la conjugaison est plus efficace et procure
une plus longue protection. Ce procédé a déjà été utilisé dans la production de
trois vaccins contre le méningocoque du groupe C qui se trouvent actuellement
sur le marché britannique. Ces vaccins furent brevetés en 1999 et de récents
rapports affirment leur sûreté et leur efficacité à réduire le taux d’incidence
de la méningite C au Royaume-Uni. L’utilisation de cette technologie de
conjugaison permettrait de développer pour l’Afrique des vaccins polyosidiques
conjugués à une protéine porteuse qui auraient les propriétés qui font cruellement défaut aux vaccins non
conjugués : ils seraient immunogènes chez les jeunes enfants ;
procureraient une protection de longue durée ; créeraient une immunité de
groupe.
Prenant en compte ces différents facteurs, y compris
le fait que les méningocoques de serogroupe A sont en ce moment la cause
principale des méningites épidémiques et endémiques dans la ceinture
sub-saharienne, le Projet Vaccins Méningite (MVP) a décidé de développer un vaccin antiméningococcique conjugué contre le sérogroupe A
utilisable lors de campagnes de vaccination en Afrique.
Le vaccin n’a pas de marché en dehors de l’Afrique et ne pourrait être développé sans l’appui de MVP. Selon les estimations, il faudra produire 250 millions de doses de ce vaccin au cours d’une période de 10 ans afin de pouvoir immuniser toutes les personnes âgées de 1 à 29 ans.
Espérons
Je constate un fois de plus l’enthousiasme et la
grande confiance manifestés en faveur d’un vaccin encore en l’état de
préparation. L’éradication de la polio piétine alors qu’elle a été engagée avec
un excellent vaccin qui lui était reconnu avoir fait ses preuves.
L’éradication de la variole par un célèbre vaccin a connu bien des vicissitudes
et fut en définitive obtenue par une autre méthode
visant à rechercher activement les malades ainsi que leurs contacts et à les
isoler. Ce futur nouveau vaccin contre la méningite en Afrique aura sans doute
sa part d’inconvénients. Souhaitons seulement pour les populations africaines
qu’elle ne sera pas trop importante et que le jeu en vaudra la chandelle.
Affaire à suivre… sur une longue durée…
Liens
http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2007/pr28/fr/print.html communiqué OMS 8/06/07
http://www.meningvax.org/francais/fr-limitations-vaccines.htm MPV Projet Vaccins Méningite en partenariat avec l'OMS
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs141/fr/ aide mémoire OMS n° 141
http://www.meningvax.org/files/press-0603-improved-fr.htm Communiqué OMS, MVP 15/03/ 06
http://www.seruminstitute.com/ Laboratoire Serum Institut of India LTD
