A l'occasion de la 71è Assemblée mondiale de la santé en mai 2018 l'OMS a évidemment abondamment traité le problème de l'éradication mondiale de la poliomyélite, tout particulièrement dans 2 documents A71/26 du 20 mars 2018 et A71/9 du 24 avril 2018 :

 

Éradication de la poliomyélite  Rapport du Directeur général

http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA71/A71_26-fr.pdf

 

Transition pour la poliomyélite et activités postérieures à la certification

Projet de plan d’action stratégique pour la transition Rapport du Directeur général

http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA71/A71_9-fr.pdf

 

Pour bien comprendre le problème il faut avoir conscience qu'il existe de poliovirus dits sauvages qui peuvent circuler à travers les intestins de millions d'êtres humains, l'essentiel de la transmission se faisant par les excréments humains quand ils polluent les eaux consommées par les populations. Pour tenter d'arrêter cette circulation, on a utilisé très massivement un vaccin oral à virus vivant qui peut créer une immunité intestinale capable de stopper les virus polio qui arriveraient par la suite dans l'intestin ainsi immunisé. Mais, cette immunité n'existant pas à la première ingestion du vaccin oral, les virus de ce vaccin peuvent poursuivre leur route dans l'intestin et se retrouver là où iront les selles.

En conséquence, en l'absence d'un contrôle adapté des excréments humains dans l'environnement et d'une maitrise suffisante des eaux consommées par les populations, les virus vaccinaux pourront être consommés par d'autres personnes et ainsi se répandre dans la population de la même façon que les virus sauvages comme cela a été démontré.

Ce ne serait pas grave si ces virus étaient et restaient inoffensifs. Malheureusement, en circulant d'un intestin à un autre ils peuvent rencontrer d'autres virus intestinaux (des entérovirus) et devenir virulents en se combinant avec eux. On obtient alors de nouveaux virus désignés par virus dérivés de souches vaccinales potentiellement capables de déclencher des paralysies.

 

L'objectif affiché de l'OMS est d'éradiqué les 3 virus polio sauvages de types 1, 2 et 3. C'est déjà fait pour le type 2 qui n'a pas été vu depuis octobre 1999 et dont l'éradication officielle a été proclamée en septembre 2015. Pourtant, quasi simultanément et après, il fut observé des paralysies par des poliovirus dérivés de souches vaccinales de type 2.

 

Quand on sait cela, on comprend qu'on ne peut confondre l'éradication de la polio avec l'éradication des 3 virus polio sauvages mais qu'il faudra aussi éradiquer (c'est à dire arrêter la circulation) des virus dérivés de souches vaccinales. Le vaccin oral ne peut y parvenir puisqu'il introduit ces virus dans les intestins et le vaccin injectable ne peut créer aucun immunité intestinale, laissant ainsi le champ libre à la circulation des virus polio, qu'ils soient suvages ou non.

 

On comprend alors que la SEULE façon d'éradiquer vraiment la polio sera d'avoir la maitrise de l'eau consommée par les populations partout dans le monde et surtout de leur protection par rapport aux excréments humains. Chacun comprendra que ce n'est pas pour demain ! L'OMS le sait et a très bien compris que son objectif d'éradication de la polio, annoncé en 1988 comme devant être réalisé en 2003, ne pourra être atteint dans un avenir prévisible.

Rappelons que ce plan prévoyait l'arrêt de toute vaccination contre la polio en 2003 et que l'argent ainsi économisé pourrait alors être utilisé pour d'autres programmes de santé …

Le seul vrai critère qui nour permettra - à nous observateurs - de juger si la polio a bien été éradiquée sera la décision de suppression de la vaccination contre la polio,

que ce soit par le vaccin oral (ce qui devrait se produire) ou par le vaccin injectable (on n'en prend pas le chemin ...)

 

Alors l'OMS tente de sauver la face pour accréditer l'idée que la polio aurait été éradiquée quand les 3 virus sauvages l'auront été. C'est ce que l'on constate dans le document OMS d'avril 2018 (page 2) :

"Le projet de plan d’action stratégique qui est aligné sur les spécifications énoncées dans la décision WHA70(9) a trois objectifs essentiels :

a) maintenir un monde exempt de poliomyélite après l’éradication du poliovirus ;

b) renforcer les systèmes de vaccination, y compris la surveillance des maladies à prévention vaccinale, afin d’atteindre les buts du Plan d’action mondial pour les vaccins ;

c) renforcer la préparation aux situations d’urgence, la détection et la capacité de riposte dans les pays afin de mettre en œuvre complètement le Règlement sanitaire international (2005)."

On constate que la mesure a) ne précise pas "éradication du poliovirus sauvage" alors que ce sera seulement le sauvage qui sera peut-être bientôt éradiqué.

La mesure b) veut "renforcer les systèmes de vaccination" alors que l'éradication d'un virus permet au contraire d'abandonner les mesures de lutte et donc la vaccination comme ce fut fait pour la variole. Il s'agit effectivement de renforcer partout dans le monde la vaccination injectable contre la polio afin de tenter d'éviter qu'une contamination par un virus dérivé de souche vaccinale provoque une paralysie.

La mesure c) veut "renforcer la préparation aux situations d'urgence" (détection, riposte). Or de telles situations d'urgence ne devraient pas se produire si les virus avaient réellement été éradiqués. On sait et l'OMS sait parfaitement qu'il n'en sera rien. Voici en effet le bilan dressé par l'OMS sur la circulation des virus dérivés de souches vaccinales (doc de mars 2018 page 3) :

 

"Transmission du poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale 

 

En 2017, deux pays ont été touchés par de nouvelles flambées de poliovirus circulant (type 2) dérivé d’une souche vaccinale : la République arabe syrienne et la République démocratique du Congo, avec respectivement 74 et 17 cas signalés. Le suivi et la riposte face à la transmission du poliovirus circulant de type 2 dérivé d’une souche vaccinale restent une priorité stratégique mondiale, à la suite du retrait synchronisé au niveau international de la composante de type 2 du vaccin antipoliomyélitique oral en avril 2016 et du remplacement du vaccin antipoliomyélitique oral trivalent (contenant les trois sérotypes de poliovirus) par le vaccin antipoliomyélitique oral bivalent (contenant les types 1 et 3)."

Comme on pouvait le prévoir, ce n'est pas le fait de ne plus introduire de virus de souche vaccinale de type 2 dans la bouches des enfants qui peut stopper la circulation des virus du même type qui sont déjà en circulation.

"Des protocoles de riposte aux flambées, ayant fait l’objet d’un accord international, sont disponibles afin de guider les pays et le programme dans leur réponse rapide face aux souches de poliovirus de type 2 dérivé d’une souche vaccinale au cours de la période qui suit le remplacement des vaccins, par exemple en conservant un stock mondial de vaccins antipoliomyélitiques oraux monovalents de type 2. Des interventions de riposte sont actuellement en cours dans les deux pays pour mettre rapidement un terme à ces flambées."

Voilà une information très intéressante : en mai 2016 on a arrêté partout dans le monde l'utilisation du vaccin vivant oral de type 2 afin de ne plus réintroduire le virus mais on le remet quand même en circulation là où il circule encore pour tenter de l'arrêter ...

" En République arabe syrienne, on a recours à des stratégies de riposte identiques à celles qui ont été utilisées avec succès en 2013-2014, dans la même zone du pays, pour mettre fin à une flambée de poliomyélite due à un poliovirus sauvage de type 1. Une première campagne de vaccination menée en août 2017 a permis de vacciner plus de 350 000 enfants dans les gouvernorats de Deir Ez-Zor et de Raqqa. La phase deux de la riposte a débuté en janvier 2018. La République démocratique du Congo poursuit ses activités de riposte aux flambées dans les provinces touchées et celles à haut risque, avec le vaccin antipoliomyélitique oral monovalent de type 2, conformément aux protocoles de riposte ayant fait l’objet d’un accord international. L’accent est mis sur les enfants qui n’ont pas encore été vaccinés et en particulier ceux qui vivent dans les zones infectées."

Les enfants non vaccinés auront  un intestin non immunisés, ce qui signifie qu'en les vaccinant avec le vaccin oral de type 2 ils vont relarguer le virus dans leurs selles. Tout dépendra alors de la destinée de ces selles pour éviter que le virus vaccinal qu'elles contiennent se retrouve dans l'environnement et puisse circuler à son tour.

"Ces flambées mettent en lumière le risque permanent que représentent les lacunes dans l’immunité partout dans le monde. Dans les zones où le niveau d’immunité est suffisant, la surveillance visant à déceler les poliovirus circulants de type 2 dérivés d’une souche vaccinale, quelle qu’en soit la source, montre que la persistance de ces souches décroît “

Espérons ...

Page 4 du document de mars 2018 on peut lire :

"Le remplacement du vaccin antipoliomyélitique oral trivalent par le vaccin antipoliomyélitique oral bivalent, qui a eu lieu entre le 17 avril et le 1er mai 2016, a concerné 155 pays et territoires et devrait entraîner des conséquences positives importantes pour la santé publique.

Près de 40 % de l’ensemble des cas de poliomyélite paralytique associée au vaccin (environ 200 cas par an) et de 90 % des flambées de poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale survenues au cours des 10 dernières années étaient associés à la composante de type 2 du vaccin antipoliomyélitique oral trivalent. De tels cas ne devraient plus se produire."

Rien ne permet d'affirmer que de ne plus vacciner avec le type 2 vivant devrait stopper la circulation des virus de type 2 qui circulent depuis des années.

"Les efforts se poursuivent pour maintenir la surveillance en vue de détecter l’éventuelle émergence d’un poliovirus circulant de type 2 dérivé d’une souche vaccinale (comme lors des flambées récentes en République arabe syrienne et en République démocratique du Congo) ; conserver de solides capacités de riposte face aux flambées au moyen du vaccin antipoliomyélitique oral monovalent de type 2 ; et veiller à ce qu’aucun vaccin antipoliomyélitique oral trivalent ne soit plus utilisé nulle part."

On le sait depuis longtemps qu'il faudrait supprimer le trivalent. Mais il en ira de même avec le bivalent 1 et 3 et le monovalent de type 2 est encore utilisé. Ce n'est pas le fait que les 3 virus soient ensemble qui crée le problème !

"Pour préparer le remplacement du vaccin antipoliomyélitique oral trivalent par le vaccin antipoliomyélitique oral bivalent, tous les pays s’étaient engagés à introduire au moins une dose du vaccin antipoliomyélitique inactivé dans leurs programmes de vaccination systématique."

Pourquoi supprimer le vaccin oral de type 2 pour le remplacer par l'injectable trivalent ? On sait et c'est facile à comprendre, l'injectable ne pouvant créer aucune immunité intestinale, il ne peut enrayer la circulation des virus polio. Son rôle se borne donc à tenter d'éviter une paralysie au cas où un virus polio pathogène venait à passer. L'objectif n'est donc pas de stopper la circulation des virus polio mais d'éviter les conséquences les plus graves. C'est pourquoi, là où les virus se souches vaccinales de type 2 circulent, on utilise le vaccin oral de type 2 tout en en ayant supprimé et même interdit l'usage sous la forme trivalente. On voit ainsi clairement que l'OMS est dans la panade ...ce que confirme le paragraphe suivant :

"Les problèmes mondiaux d’approvisionnement qui sont apparus du fait des difficultés techniques rencontrées par les fabricants pour augmenter la production de vaccins (inactivé) ont abouti à des retards dans l’approvisionnement de 35 pays au total. Compte tenu des prévisions des fabricants, tous les pays qui ont dû faire face à ces retards devraient recevoir le vaccin au cours du premier semestre 2018. Au cours de cette période de rupture de stocks, les vaccins disponibles ont été réservés en priorité aux campagnes de vaccination dans les pays où le risque de flambée de poliovirus circulant de type 2 dérivé d’une souche vaccinale était le plus élevé."

Cela parait clair : il s'agit de parer au plus pressé en tentant d'éviter des paralysies qui seraient de plus mauvais effet mais cela n'arrêtera pas la circulation des virus., au contraire même car l'absence de cas paralytiques, -  ce qui est souhaitble évidemment -  fait aussi perdre la trace du virus et donc l'opportunité de l'endiguer là où il se trouve.

"L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite continue à étudier avec les États Membres et les bureaux régionaux de l’OMS la faisabilité d’une adoption de stratégies visant à économiser les doses, telles que l’administration intradermique du vaccin antipoliomyélitique inactivé en doses fractionnées, comme le recommande le Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination.

Plusieurs États Membres ont déjà adopté cette approche, notamment le Bangladesh, l’Inde et Sri Lanka, et plusieurs pays de la Région des Amériques sont en train de faire de même. Cette approche permet de garantir la disponibilité de quantités suffisantes de vaccin antipoliomyélitique inactivé dans ces pays pour continuer à vacciner leurs cohortes de naissance respectives."

 

 

Document avril 2018 page 4 :

"Le risque de voir émerger des poliovirus dérivés d’une souche vaccinale avant l’arrêt de la vaccination par le vaccin antipoliomyélitique oral et le risque de flambées possibles dues à une réémergence du poliovirus après l’éradication augmenteront en l’absence d’une constante amélioration des taux de couverture par la vaccination systématique."

Là on est en pleine incohérence : après l'éradication (des 3 types de virus polio sauvages) les vaccins oraux ne seront plus utilisés, sauf flambées locales et ponctuelles. Comme éradication signifie "le virus ne circule plus", pourquoi envisager ainsi son retour ? Si non parce qu'ils savent parfaitement que l'éradication sera annoncée prématurément car cela fait déjà très longtemps que le programme s'est enlisé et que l'OMS ne sait comment s'en sortir.

En fait l'objectif réel n'est plus l'éradication des virus polio

mais l'élimination de la maladie, c'est à dire des paralysies, par le vaccin injectable.

En réalité, l'OMS a renoncé à éradiquer la polio mais elle ne peut le dire