De nombreux experts ainsi que la ministre de la santé l'ont maintes fois affirmé :

« les études épidémiologiques n’ont pas établi de lien entre la vaccination contre l'hépatite B et l’apparition de scléroses en plaques. »

Voici, un exemple parmi beaucoup d'autres, une citation extraite d'une mise au point de l'INSERM sur ce lien entre vaccination hépatite B et sclérose en plaques [4]:

 

« D’autres effets indésirables parfois attribués à certains vaccins, sont scientifiquement infondés

 

- Suspicion de lien entre la sclérose en plaques et la vaccination contre l’hépatite B :

 

de nombreuses études réalisées entre 1996 et 2004 ont infirmé le lien suspecté entre la vaccination contre le virus de l’hépatite B et des effets indésirables graves, que ce soit concernant des atteintes neurologiques de type sclérose en plaques, ou d’autres maladies auto-immunes. »

 

 

Il fut même parfois affirmé que ces études auraient démontré cette absence de lien comme, par exemple, par le directeur de Santé Publique France dans les médias, le 12 janvier 2016, jour de la publication du rapport demandé à Sandrine Hurel sur la vaccination.

Une étude désigne ce que les auteurs ont fait des données dont ils disposaient. Voici un exemple montrant, parmi d’autres, l’existence d’un signal statistique très fort en faveur de ce lien et qui n’a pas été mentionné par les auteurs.

La sclérose en plaques étant généralement précédée d'une première atteinte peu symptomatique et régressive, une question s'impose : la vaccination hépatite B peut-elle favoriser l'évolution en sclérose en plaques (SEP) d'une première atteinte ? Cette question avait fait l'objet d'une publication par M. Tardieu et al. en février 2007 [1]. L'étude portait sur 33 enfants vaccinés hépatite B après avoir fait une première atteinte démyélinisante. Sans pour autant exclure la possibilité d'un lien*, les auteurs ne trouvèrent pas de signal statistique.

  • « il n'est pas possible d'exclure un faible accroissement du risque » Page 1109 col 1

Une seconde opportunité se présenta pour les mêmes auteurs avec leur nouvelle publication (8 octobre 2008) [3]. Elle portait sur les atteintes démyélinisantes centrales observées chez des enfants entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 2003. A cette date, 349 cas étaient apparus pour être retenus dans l'étude dont 154 avaient été vaccinées hépatite B avant cette première atteinte. On peut s'étonner du fait que ces auteurs n'aient pas publié de résultats comparant l'évolution en SEP chez les 154 vaccinés hépatite B et les 195 autres. Si les auteurs mentionnent que 151 cas avaient évolué en scléroses en plaques au cours de la période d'observation qui suivi, ils n'indiquent pas combien avaient reçu la vaccination hépatite B. Cependant, on sait qu'il y en avait 80 parmi les 143 retenues dans la publication de décembre 2007 [2] (arrêt du suivi pour cette publication : 30 juin 2006).

 

En se limitant à ces 143 SEP, les taux de conversion sont alors de 52% (80/154) chez les vaccinés hépatite B contre 32% (63/195) chez les non vaccinés. Avec moins d'une chance sur 10000 d'observer un tel écart par le seul effet du hasard, le signal est non seulement significatif mais très significatif et devrait donc alerter.

Même en se plaçant dans la situation la plus défavorable au signal pour les 8 scléroses en plaques supplémentaires apparues par la suite*, c'est à dire en supposant que ces cas étaient tous non vaccinées hépatite B (soit 80 vaccinés et 71 non vaccinés), le signal reste encore très significatif avec 1,7 chances sur 1000 (0,17%) d'observer un tel écart par le seul effet du hasard.

*Sollicité sur cette question le correspondant de l'étude ne donnera aucune réponse.

 

Que pourrait signifier ce signal statistique très fort ?

Le plus vraisemblable est que la vaccination contre l'hépatite B aurait favorisé l'évolution en sclérose en plaques d'atteintes démyélinisantes avec 2 possibilités :

1- Certaines seraient apparues sans cette vaccination mais n'auraient alors pas évolué en sclérose en plaques.

2- La vaccination serait à l'origine de la première atteinte pour en favoriser aussi l'évolution en sclérose en plaques.



Les données ne permettent pas d'exclure l'une ou l'autre de ces hypothèses et il est tout à fait possible que les 2 situations aient pu se produire.

Ces résultats suggèrent fortement que le vaccin aurait joué un rôle dans l'apparition de scléroses en plaques symptomatiques.

Mais quoi qu'il en soit de l'interprétation de ce signal statistique dont l'existence est indiscutable, il appartenait aux auteurs d'en faire état dans leur publication comme ils en avaient fait état 20 mois auparavant pour les 33 cas vaccinés après leur première atteinte démyélinisante [1].

Un signal ''protecteur'' ou ''aggravant'' ?

Ce signal pourrait être présenté en correspondance avec un odds ratio significatif inférieur à 1 qui est généralement présenté comme étant un signal en faveur d'un ''effet protecteur'' :

« Un odds ratio de 1 correspond à l’absence d’effet. En cas d’effet bénéfique, l’odds ratio est inférieur à 1 et il est supérieur à 1 en cas d’effet délétère. » [5]

La publication de décembre 2007 publie les données relatives aux 143 cas de sclérose en plaques retenues à ce moment là et leurs 1122 témoins dont 609 vaccinés hépatite B.La publication d'octobre 2008 ajoute aux données de 2007 les atteintes démyélinisantes qui n'étaient pas des scléroses en plaque. Faute de précision sur les 8 SEP ajoutées aux 143 je les ai considérées comme étant des atteintes démyélinisantes non SEP. Par différences on obtient ainsi les 206 atteintes démyélinisantes simples dont 74 avaient été vaccinées hépatite B soit 35,9% ainsi que les 1819 témoins associés dont 789 vaccinés hépatite B soit 43,4%. On constate une proportion sensiblement plus élevée de vaccinés hépatite B chez les témoins que parmi les cas. Ces nombres donnent un odds ratio OR=0,73 avec la probabilité 2% d'obtenir, par rapport à la valeur théorique 1 de OR, un écart au moins aussi important que celui qui a été observé. L'écart est donc significatif (<2,5%). (Cette probabilité est très préférable à l'intervalle de confiance qui est inutile dans les tests avec les odds ratio car la valeur théorique est connue).

Peut-on interpréter un tel résultat en soutenant que la vaccination hépatite B pourrait avoir un effet protecteur contre les atteintes démyélinisantes ? Une telle interprétation avait été avancée par le président du CTV au congrès de la Société française de santé publique (Sfsp) à Lille (2-4 novembre 2011) auquel j'assistais. Cependant, ce signal statistique pourrait tout aussi bien correspondre à un effet aggravant, ce qui semble ignoré par l'expertise :

En effet, on observe un déficit statistiquement significatif de cas parmi les atteintes démyélinisantes simples. On devrait donc se demander où sont allés ceux qui manquent. Il y a 2 possibilités :

1- dans la classification ''rien'', ce qui pourrait correspondre à un effet protecteur réel ;

2- dans la classification ''SEP'', ce qui pourrait correspondre à un effet aggravant réel.

Le signal très fort mentionné au préalable indique clairement qu'il s'agirait plutôt de cette seconde possibilité.

Dans ses enseignements, il ne semble pas que l'expertise mentionne cette possibilité d'un effet aggravant quand l'odds ratio est significatif et inférieur à 1. Cette situation est seulement présentée comme ''effet protecteur'' possible. Il y a donc là une carence inquiétante et dangereuse dans la formation fondamentale comme on peut le constater avec l'interprétation pour le moins aventureuse du président du CTV.

[1] https://academic.oup.com/brain/article/130/4/1105/275673 Texte complet en accès libre.

[2] http://archpedi.ama-assn.org/cgi/content/full/161/12/1176 Texte complet en accès libre.

[3] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18843097 Résumé seulement.

[4] INSERM Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale https://www.inserm.fr/sites/default/files/media/entity_documents/Inserm_MiseAuPoint_Vaccins_2017.pdf

[5] http://www.txrating.org/spc/polycop/odds%20ratio.htm