Faut-il renoncer aux études cas-témoins pour étudier les effets des vaccinations ?

 

Le pire ennemi, comment cela ? C'est simple : le calendrier vaccinal organise les vaccinations par classes d'âge, telle classe d'âge aura reçu telles vaccinations en 2013 et devra recevoir telles vaccinations en 2015 .. Aussi les futurs cas et leurs futurs témoins associés qui sont du même âge seront souvent vaccinés en phase, c'est à dire avec un écart de quelques mois entre les dates de leurs vaccinations. La conséquence sera que sur des délais d'un an ou plus il n'y aura pas indépendance entre la vaccination d'un futur cas et de ses futurs témoins. Or cette condition est essentielle pour assurer la validité des tests type cas-témoins.

L'étude Langer-Gould publiée en octobre 2014 [0]  pourrait apporter une très bonne illustration de cette problématique. J'avais déjà commencé à travailler sur cette publication Langer-Gould dans un précédent article [1] qui portait sur les résultats obtenus avec la vaccination hépatite B.

 

ADDITIF du 30-31 mai 2015:

"La vaccination ça ne se discute pas!" a déclaré Marisol Touraine ministre de la santé le 29 mai 2015. Si la vaccination ne se discute pas elle peut s'étudier comme ci-dessous et il y a beaucoup à dire !!!

A lire : un article de Marc Girard sur la publication Langer Gould (en anglais, 31 mai 2015)

FIN de l'additif

Je vais aborder ici la partie de l'étude mentionnée tous vaccins alors que seule la dernière vaccination, quel que soit le vaccin utilisé, a été prise en compte :

 

« Association Between Any Vaccination and Acquired Central Nervous System Demyelinating Syndromes (CNS ADS by Age and Time Since Vaccination »

 

Un tel titre pourrait laisser croire qu'on étudie ainsi l'effet de TOUTES les vaccinations en fonction de l'âge alors que de ce point de vue, la seule distinction faite est entre les cas de moins de 50 ans et ceux d'au moins 50 ans. L'étude cumule sans distinction des enfants de moins de 10 ans, des adolescents, des adultes jeunes et des adultes de 40-50 ans …

De plus, seule est prise en compte la dernière vaccination pratiquée AVANT la première atteinte démyélinisante centrale que je noterai ADC au lieu de CNS ADS par les auteurs. Ainsi, commentant cette étude, le président du CTV Daniel Floret écrit :

''Tous les vaccins reçus par les cas ont été pris en considération''

 alors qu'en réalité seule la dernière vaccination a été retenue. Il pense alors pouvoir conclure ainsi :

 « Cette étude est très rassurante dans la mesure où elle démontre à 3 ans l'absence de lien entre toute vaccination et la révélation d'un ADSN*. »

* ADSN : atteinte démyélinisante du système nerveux central

Plus précisément il affirme :

"Cette étude montre qu'à échéance de trois ans après la vaccination il n'existe pas de lien statistique entre la vaccination contre l'hépatite B (OR 1,05 [0,72- 1,73]), la vaccination anti-HPV (OR 1,05 [0,62- 1,78] ou toute vaccination (OR 1,03 [0,86- 1,22])."

On va voir qu'une telle conclusion est bien sûr impossible avec une telle étude ! Il poursuit :

 

 « L'augmentation du risque de révélation d'une ADSN à proximité immédiate d'une vaccination (tous vaccins confondus) est une constatation intéressante : le fait que cette augmentation du risque disparaisse à distance va dans le sens d'une non responsabilité du vaccin dans la genèse de la maladie. Par contre, la stimulation immunitaire provoquée par le vaccin peut précipiter le passage d'une phase asymptomatique à une phase symptomatique de la maladie. Une maladie infectieuse peut avoir le même effet.

Cette hypothèse est en accord avec le fait démontré que l'apparition des premières manifestations de SEP* fait suite à un processus immunitaire et un processus de démyélinisation débuté depuis plusieurs années auparavant. »

*SEP : sclérose en plaques

« En somme, une étude rassurante de plus concernant la non responsabilité des vaccins dans la genèse des ADSN qui, outre sa qualité, apporte des éléments d'explication pour le lien temporel entre vaccination et révélation de la maladie. »

Ici Daniel Floret fait allusion au résultat obtenu avec le délai de 14 jours, le seul qui donne un résultat significatif avec 14 cas vaccinés pour 29 témoins vaccinés : l'odds ratio OR vaut 2,32 avec un intervalle de confiance [1,18 4,57], le caractère significatif étant indiqué par la borne inférieure 1,18 qui est supérieure à 1.

Qu'une ADC ne puisse pousser en moins de 14 jours et qu'il faille donc accepter que la dernière vaccination reçue par le cas n'a fait que précipiter les événements - ce qui est déjà beaucoup... - sans en être à l'origine, je veux bien y souscrire sans restriction. Mais rien ne permet d'affirmer que ce n'est pas une autre vaccination, pratiquée plusieurs années auparavant, qui en serait à l'origine. On voit bien ainsi la différence qu'il pourrait y avoir entre prétendre étudier toutes les vaccinations et n'étudier que la dernière pratiquée.

 

Un exemple qui pourrait illustrer
La campagne de vaccination dite pandémique avait débuté le 20 octobre 2009 par celle du personnel hospitalier alors que celle destinée au public ne commencera que le 12 novembre. Celle du personnel hospitalier avait débuté en fanfare puisqu'un médecin hospitalier fera une SEP dans les jours qui suivront sa vaccination (4 de mémoire). Il témoignera sur le blog de Dominique Dupagne. Son cas est très intéressant car il avait eu une première atteinte 15 ans auparavant à la suite d'une vaccination hépatite B. ''Une petite vaccination et ça repart !'' avait-il déclaré. 

Le piquant de l'histoire, si j'ose dire, était qu'il devait organiser la campagne de vaccination dans son hôpital !!!

Bien sûr, le premier bilan de pharmacovigilance fera état de ce cas en écartant la responsabilité du vaccin en raison de la première alerte 15 ans auparavant...

Cet exemple illustre parfaitement le résultat significatif trouvé par Langer-Gould dans les 14 jours après une vaccination quelconque : accélération (ou relance?) d'un processus démyélinisant initié plusieurs années auparavant.

La leçon de l'affaire : il n'y a pas de petites vaccinations car celles-ci cumulent leurs effets.

 

 

Les données sur 1 an et 3 ans

Ceci dit, regardons les données présentées par Langer-Gould  pour les 588 cas d'ADC apparus avant 50 ans et leurs 2927 témoins associés*. Sept délais ont été retenus par les auteurs : 14, 30, 42, 90, 180 jours, 1 an et 3 ans. Il y a eu 195 cas apparus dans l'année qui suit la dernière vaccination contre 301-195=106 cas sur les 2 années qui suivent. 195 cas sur 1 an contre 106 en 2 ans, c'est très clair, la répartition des cas n'a pas du tout été aléatoire selon ces durées. Inutile d'aller chercher un test pour cela, c'est ultra significatif !!!

* Il était prévu 5 témoins par cas ce qui ferait 2940 ; il y a donc eu peu de défections ; il y en a toujours, parfois beaucoup plus comme dans les études Tardieu sur les ADC et SEP chez les enfants.



Deux interprétations non exclusives :

On peut proposer 2 interprétations pour expliquer un signal aussi fort :

1- Supposons que chacun reçoive au moins une vaccination chaque année (grippale par exemple). Les délais au delà d'un an seraient alors vides comme par exemple entre 1 et 2 ans. Sans être dans une situation aussi extrême on peut envisager que la chute du nombre de cas entre 1 et 3 ans traduise un effet de la politique vaccinale, beaucoup d'Américains recevant de fréquentes vaccinations. Notons aussi que la période d'observation s'étendait de janvier 2008 à décembre 2011 ; elle incluait donc la fameuse vaccination dite pandémique de 2009. Il serait intéressant de rechercher la fréquence de cette vaccination parmi celles qui précèdent l'apparition du cas.

2- Le test cas-témoins significatif sur les 14 premiers jours est interprété sans contestation comme traduisant un effet accélérateur de la dernière vaccination reçue sur un processus démyélinisant débuté plusieurs années auparavant. Cet effet peut très bien exister aussi pour des délais plus longs même si les tests ne sont pas significatifs sur ces délais (comme 42, 90 ou 180 jours). Imaginons une personne qui devrait faire sa première ADC 2 ans après une vaccination ayant initiée celle-ci. Six mois après cette vaccination elle en reçoit une autre dont l'effet accélérateur fait apparaître l'ADC 3 mois après, soit 9 mois après la vaccination initiatrice. Ce cas sera classé avant 1 an alors qu'il devait apparaître dans le délai entre 1 et 2 ans. Rien ne permet d'exclure une telle éventualité.

 

Effondrement du signal par le test cas-témoins

 On vient d'observer directement sur les cas un signal ultra significatif. Mais que devient ce signal quand on essaie de le traiter avec les témoins ? Il s'effondre totalement ! Voici les résultats des tests avec en noir les nombres publiés par les auteurs et en brun mes propres calculs. Pour chaque test j'ai calculé la probabilité d'obtenir une valeur au moins aussi grande que celle observée pour l'odds ratio OR, c'est à dire la probabilité qui est théoriquement utilisée pour définir le principe même du test et qui est malheureusement négligée au profit de l'intervalle de confiance qui donne une indication beaucoup moins précise et ne permet pas de comparaison entre différents tests.

Un test bilatéral est significatif au seuil 5% quand cette probabilité est inférieure à 2,5% (côté ''dangereux'' OR>1) ou supérieure à 97,5% (côté ''protecteur''  OR<1). Ce seuil de 5% correspond aux intervalles de confiance à 95% généralement utilisés en épidémiologie.

 

ADC

Délai

Cas exposés

Témoins exposés

Test binomial

OR direct ;

Test

OR ajusté  et  IC;

Test

1 an

195

854

2,99%

OR=1,20

2,70%

OR=1,05   [0,85...1,30]

32,54%

3 ans

301

1362

1,96%

OR=1,21

1,96%

OR=1,07    [0,87... 1,30]

26,10%

De 1 à 3 ans

106

508

34,93%

1,05

34,78%

Non calculé par les auteurs

 

Il m'est impossible de calculer des OR ajustés puisqu'il faut disposer de toutes les données. Pour les OR ajustés j'ai calculé la probabilité associée en récupérant la variance à partir de l'OR et de la borne inférieure de l'intervalle de confiance.

On constate que le test sur le délai entre 1 et 3 ans n'est pas du tout significatif alors qu'il devrait l'être côté ''protecteur'' vu le signal constaté directement, c'est à dire avec OR largement inférieur à 1 et une probabilité associée proche de 99%.

 

Pourquoi cet effondrement du signal ?

Il est donc très important de comprendre pour quelles raisons un signal aussi fort sur les cas puisse disparaître ainsi avec les témoins.

 

Parmi les conditions qui président ou devraient présider à une étude cas-témoins il y a

l'indépendance entre l'exposition des cas et des témoins

 

Ce n'est sans doute pas du tout le cas et ce très vraisemblablement en raison du calendrier vaccinal. En effet, pour un cas donné, ses 5 témoins ont été choisis parmi ceux qui étaient du même âge, du même sexe et qui avaient le même code postal. Or, le calendrier vaccinal organise la vaccination des populations en fonction des classes d'âge et, le cas échéant, du sexe et de la région. La conséquence de ce dispositif sera, comme déjà dit, qu'un futur cas et ses futurs témoins seront vaccinés en phase c'est à dire à peu près en même temps à quelques mois près , du moins la même année voire sur une durée plus courte.

Pas d'indépendance entre la vaccination d'un cas et de ses témoins

Sur un délai assez long, un an ou plus mais possiblement moins, la plupart des témoins associés à un cas seront dans le même délai, soit avant un an soit entre 1 et 3 ans. Cette hypothèse serait vérifiable sur les données (il suffirait de comparer la date de vaccination du cas avec celles de ses témoins). À défaut les données globales donnent une forte indication :

sur 1 an on a 195 cas vaccinés et 854 témoins vaccinés, soit 854/195=4,38 témoins vaccinés par cas en moyenne; entre 1 et 3 ans on trouve 106 cas vaccinés et 508 témoins vaccinés soit 508/106=4,79. On constate qu'il y a 508 témoins vaccinés sur un délai de 730 jours contre 854 sur un délai de 365 jours ! Si les témoins vaccinés se répartissaient de façon aléatoire entre les 2 périodes il devrait y en avoir 2 fois plus sur le délai de 2 ans. On est très loin du compte car 854/365=2,34 alors que 508/730=0,70. Inutile là aussi de faire d'autres tests !!!

Il faut bien comprendre qu'en principe les témoins représentent la norme. Les cas peuvent être dans la norme, ce qui ne donnera pas de signal ou en dehors de la norme, ce qui devrait donner un signal. L'idée du test cas-témoin est donc de comparer les cas à une norme exprimée par les témoins. Mais si les témoins sont eux-mêmes hors norme le test ne peut pas être valable.

Quand le test est neutre on pourrait dire que les cas se comportent comme les témoins. Mais il faudrait alors rechercher comment les témoins se comportent. Or il y a un signal sur les témoins comme on va le voir.

 

Le tableau ci-dessous résume les données Langer-Gould relatives aux durées d'un an (la première année) et de 2 ans cumulant la seconde et la troisième année.

 

Durée de la période

1 an

2 ans

Rapports  1 an / 2 ans

Témoins vaccinés

854

508

854 / 508=1,68

Témoins attendus

454

908

454 / 908=0,5

Cas vaccinés

195

106

195 / 106=1,84

Cas attendus

100

201

100 /  201=0,5

 

 

Avec 854 témoins sur 1 an contre 508 sur 2 ans on constate un signal extrêmement fort montrant que les témoins vaccinés ne se sont pas répartis de façon aléatoire entre les 2 délais considérés. Leur répartition, mesurée par le rapport 854/508=1,68, est très proche de celle des cas : 195/106=1,84. Pour la répartition des témoins, la norme serait 2 fois plus de témoins vaccinés sur 2 ans que sur 1 an. On en est très loin ! Les témoins ne représentent donc pas la norme à laquelle on veut comparer les cas pour décider si les cas sont ou ne sont pas dans la norme. C'est le principe du test cas-témoins. Le test cas-témoins dit seulement, en réalité, si les cas se comportent ou non comme les témoins. Si les témoins ne sont pas dans la norme et que le test cas-témoins est neutre cela signifie alors que les cas ne sont pas non plus dans la norme et qu'il y a donc un signal les concernant.

Moralité : il faut aussi tester les témoins !

 La raison de cette mise en phase des cas et des témoins selon les délais est très vraisemblablement lié au calendrier vaccinal qui conduit à vacciner les futurs témoins d'un futur cas à quelques mois près.

 

Simulation

Si on inverse les nombres de témoins, soit  508 la première année et 854 pour les 2 années suivantes on aura 

                                OR=4,40  avec une probabilité associée très inférieure à 1 sur 1 milliard

 qui donne alors un signal très fort d'une anomalie chez les cas.

 

 Voici maintenant le tableau  complet avec toutes les durées qui correspondent aux 7 délais étudiés par les auteurs (14, 30, 42, 90, 180 jours, 1 an et 3 ans) :

 

 

Durées des délais

14 j

16j

12j

48j

90j

185j

730j

Totaux

Cas vaccinés

14

10

6

35

48

82

106

301 < 3 ans

(588)

Moy. par jour

14/14=1

10/16=0,63

0,5

0,73

0,53

0,44

0,15

0,275

témoins vaccinés

29

45

42

141

210

387

508

1362 < 3 ans

(2927)

Moy. par jour

29/14=2

2,81

3,5

2,94

2,33

2,1 

0,7

 1,24

Tém / cas

2,07

4,5

7

4,03

4,38

4,72

4,79

4,52 

(4,98)

Avec ce tableau additif relatif aux cas et témoins qui sont en dehors du délai considéré. Par exemple ceux qui sont en dehors du délai entre 30 et 42 jours, soit 588-6=582 cas, 2927-42=2885 . On constate que le rapport témoins sur cas est pratiquement constant.

 

Tém / Cas

hors délai

5,05

4,99

4,96

5,04

5,03

5,02

5,02

5,45

OR

Test

2,44

0,34%

1,11

38,55%

0,71

78,72%

1,25

12,5%

1,15

20,1%

1,06

31,88%

1,05

34,78%

1,21

1,96%

Remarque 1 : certains témoins vaccinés peuvent être associés à des cas apparus au delà de 3 ans, qu'ils aient eux-mêmes été vaccinés ou pas.

 Remarque 2 : Il existe une très forte corrélation linéaire entre la succession des nombres de cas selon les délais [ 14, 24, … 301 ] et la succession correspondante des témoins vaccinés [ 29, 74 …1362 ]. Le coefficient de corrélation linéaire est très élevé : 0,99975 donc pas indépendance !

A titre indicatif la droite de régression a pour équation Y=4,615X-37,908, X correspondant aux cas vaccinés et Y à l'estimation linéarisée des témoins vaccinés.

Remarque 3 : le test cas-témoins non ajusté sur le délai de 3 ans  est significatif  avec une probabilité de 1,96% malgré un odds ratio OR=1,21 qui parait  faible. C'est lié à un nombre élevé de cas (588) et donc de témoins (2927), ce qui donne un écart-type faible. La probabilité 1,96% correspond à peu près à une distance de 2 écarts-type entre la moyenne théorique  1 et la valeur observée 1,21. Comme il est faible 1,21 suffit.

Par contre, sur un délai court comme 14 jours la condition d'indépendance entre l'exposition des cas et des témoins pourra être assurée. De façon imagée, si on ne choisit pas l'année d'une vaccination organisée par le calendrier vaccinal, on peut encore choisir le jour de cette vaccination (pourvu que ça dure !) D'ailleurs pour le délai de 14 jours il y a seulement 2 témoins vaccinés pour un cas alors que la moyenne est supérieure à 4 pour tous les autres délais. C'est ce fait qui assure le caractère significatif du test sur 14 jours.

 

On constate sur le tableau que la moyenne du ratio des témoins vaccinés sur les cas vaccinés est 4,38 sur la première année et 4,52 sur 3 ans. Cette moyenne est très stable selon les délais sauf pour les 14 premiers jours (2,07) et pour la très courte période de 12 jours entre 30 et 42 jours où elle monte à 7 ce qui est peut-être sans signification particulière mais il est possible que ce soit au cours de cette brève période que le déficit des témoins vaccinés sur les 14 premiers jours se comble : pour le vérifier sur les données il suffirait de comparer les dates de vaccination des 14 cas avec celles de leurs témoins respectifs. On serait immédiatement fixé. Même sans cette information, on peut pratiquement considérer qu'au delà de 42 jours il n'y a plus indépendance entre l'exposition des cas et des témoins, le nombre de témoins vaccinés marchant la main dans la main avec le nombre de cas vaccinés.

 

L'organisation de la campagne H1N1 en France en 2009 n'assurait pas cette indépendance même sur des délais très courts en raison des courriers envoyés par classe d'âge selon un ordre de priorité. Ainsi des personnes de la même région et du même âge ont dû recevoir leurs courriers à quelques jours près et ceux qui sont allés se faire vacciner l'auront aussi été à quelques jours près.

 

Voici une analogie pour, peut-être, aider à comprendre :

On veut étudier une sinusoïde. Pour cela on regarde les variations des distances des points entre l'axe des abscisses et ceux de la courbe. C'est classique ! Mais supposez que l'axe de référence (l'abscisse) soit lui-même une sinusoïde en phase avec la courbe à étudier. Les distances entre la courbe témoin et celle à étudier seraient alors constantes et on en déduirait que la sinusoïde est … une droite !!!

C'est exactement ce qui se produit dans l'étude Langer-Gould mais aussi dans l'étude Tardieu sur les délais après vaccination hépatite B comme on le verra plus loin.

 

 

Problème sur le facteur d'exposition

On pourrait penser que le facteur d'exposition est la vaccination. C'est en tout cas ce qu'écrivent les auteurs :

Any vaccination was considered to be an exposure.

En réalité, pour que la théorie soit respectée, pour le délai entre 0 et 1 an par exemple les cas et les témoins exposés seront ceux pour lesquels la date index* sera dans l'année qui suit la dernière vaccination reçue.

L'exposition n'a donc de sens que pour les vaccinés !

* Pour un cas, sa date index est la date d'apparition de l'ADC pour ce cas et cette même date pour les témoins qui lui sont associés.

 

Les non exposés seront donc d'une part les vaccinés pour lesquels la date index est en dehors du délai choisi et d'autre part les non vaccinés :

La négation de "A et B" est "non A ou non B" donc la négation de "vaccinés et dans le délai entre 0 et 1 an" sera "non vacciné ou hors du délai entre 0 et 1 an (donc vaccinés)".

 

On pouvait aussi se limitaer à l'ensemble des cas vaccinés et de leurs témoins vaccinés associés. Parmi eux les exposés seront alors ceux qui sont dans le délai inférieur à 3 ans ou de même pour tout autre délai comme entre 1 et 3 ans par exemple. Les non exposés seront donc les vaccinés en dehors du délai considéré.

 

Faute d'avoir tous les cas vaccinés travaillons avec ce qui est publié, soit 301 cas et 1362 témoins vaccinés. Le test relatif au délai inférieur à 1 an se fera ainsi (non ajusté bien sûr) : avec 195 cas exposés et 854 témoins l'odd relatif aux cas sera 195/106=1,84 ; celui relatif aux témoins 854/508=1,68 et le ratio OR=1,09 avec la probabilité associée 25% alors que le test réalisé dans les mêmes conditions (non ajusté) mais en prenant tous les cas donnait OR=1,20 et 2,70%. On voit qu'il pourrait y avoir des différences notables.

On pourrait faire remarquer que si chaque Américain a reçu au moins 1 vaccin dans sa vie, il n'y aura pas de non vaccinés dans ce type d'étude. Il est aussi possible que le nombre de cas et témoins n'ayant reçu aucune vaccination soit si faible que tenir compte de cela ne changerait pratiquement rien.

Cependant ce n'est certainement pas le cas pour la vaccination hépatite B car il y a très peu de vaccinés dans le délai de 3 ans : 31 cas et 127 témoins. Si pour cette vaccination on traite le délai entre 1 et 3 ans en ne prenant que les vaccinés on aura 25 cas parmi 31 cas vaccinés et 71 témoins parmi 127 vaccinés. En test non ajusté on trouve OR=3,29 avec la probabilité 0,74%. En calculant avec la totalité des cas et des témoins, soit 780 cas et 3885 témoins, on obtient OR=1,78 beaucoup plus faible mais avec la même probabilité 0,73%. C'est la probabilité qui compte et on voit qu'il n'y a pas de différence. Mais je n'ai pas travaillé avec l'ensemble des vaccinés que je ne peux connaitre.

 

 

Confirmation avec la vaccination dite pandémique ?

 

Une étude danoise sur les effets de la vaccination dite H1N1 pandémique en 2009 avait retenu 3 délais d'observations : jusqu'à 7 jours, de 8 à 14 jours et au delà de 14 jours. Un résultat significatif a été obtenu pour le délai de 0 à 7 jours. Comme par hasard il s'agit d'un délai très court. Il le fallait puisque cette campagne soudaine de vaccination, pratiquée dans l'urgence, avait conduit à vacciner dans des délais très rapprochés. Sur des délais plus longs les cas et les témoins pourraient être trop en phase pour pouvoir obtenir un signal sur les cas par rapport aux témoins. Pour s'en assurer il faudrait comparer les dates de vaccinations des cas avec celles de leurs témoins associés.

 

Cette étude en accès libre [3] a été commentée de façon très détaillée sur le blog du Docteurdu16 [4] par le Dr Claudina Michal-Teteilbaum.

 

 

 

 

Confirmation avec l'étude Tardieu sur la SEP chez les enfants

 

L'étude publiée en décembre 2007 sur le lien éventuel entre la vaccination hépatite B et la sclérose en plaques (SEP) a retenu 80 cas vaccinés dont 74 dans les 6 années qui suivent la vaccination, la date retenue étant celle de la première atteinte. Voici leur répartition par délai d'un an puis en regroupant sur 2 années :

 

Délai

De 0 à 1 an

1 à 2 ans

2 à 3 ans

3 à 4 ans

4 à 5 ans

5 à 6 ans

Cas par année

14

14

18

16

9

3

Cas cumulés sur 2 ans

28

34

12

 

À vue on voit qu'il y a une baisse importante du nombre de cas pour les cinquième et sixième année (12 cas contre 28 ou 34 pour les 2 autres périodes de 2 ans qui précèdent). Un test de comparaison par une loi de Poisson confirme un écart significatif :

Le plus faible écart, celui entre 28  et 12 cas donne une probabilité de 0,57% pour observer un écart au moins aussi important. La comparaison des 2 lois de Poisson modélisant les nombres de cas apparaissant au cours des délais inférieurs à 2 ans et entre 4 et 6 ans est faite par la loi normale centrée et de variance 28+12=40, l'écart observée étant 28-12=16.

Interprétation de ce signal 

Il y avait une barrière à 16 ans, tout cas apparaissant après 16 ans étant exclu de l'étude. Cela peut expliquer le déficit de cas pour les délais longs.

On peut aussi envisager, l'un n'excluant pas l'autre, que la vaccination ait provoqué un accroissement du nombre de SEP sur les délais ne dépassant pas 4 ans.

Disparition du signal avec les tests cas-témoins

Les auteurs ont publié pas moins de … 18 tests relatifs à ces délais ! Aucun signal n'apparait, ce qui permet aux auteurs de conclure que l'apparition d'une atteinte démyélinisante ayant par la suite évolué en SEP n'est pas associée au délai entre la vaccination hépatite B et la première atteinte.

Pourtant, il suffit de regarder la répartition des cas selon ces délais pour voir un signal pratiquement à vue !!!

 

De plus il y a un signal analogue pour les témoins vaccinés qui se répartissent de la même façon que les cas dans les différents délais considérés comme on le constate aisément :

 

 

Délai

1ère année

1 à 2 ans

2 à 3 ans

3 à 4 ans

5 ans

5 à 6 ans

Témoins par année

118

119

119

120

72

30

Témoins/cas

8,43

8,5

6,61

7,5

8

10

Témoins cumulés 2 ans

237

239

102

 

Les témoins ne sont donc pas une bonne référence !

 

 Pour plus de précisions sur cette étude voir mon article [2]

 

[0] Langer Gould accès libre https://jamanetwork.com/journals/jamaneurology/fullarticle/1917549

 

[1] Vaccination hépatite B et sclérose en plaques : une nouvelle étude "rassurante" mais ...

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2014/11/24/31023183.html

[2] Sclérose en plaques chez les enfants : des données très démonstratives.

http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/03/18/20609338.html

 

[3] http://www.bmj.com/content/344/bmj.d7901

 

[4] http://docteurdu16.blogspot.fr/2012/02/vaccination-anti-grippale-une-etude.html