C'est le thème du prochain colloque piloté par des parlementaires le 4 mai 2011. Pour eux, la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 l’a confirmé, le vaccin n’emporte plus la confiance automatique des populations qu’il prétend soigner : il manque un socle fondamental en France sur les impératifs de la vaccination. A-t-on choisi les bons acteurs pour atteindre nos objectifs renchérira le président du CTV qui dénoncera les limites de la médecine générale et déclarera qu' il faut revoir le système …

 

 

Le mercredi 4 mai 2011 des parlementaires pilotent à la Maison de la Chimie à Paris, à 2 pas de l'Assemblée Nationale, leur troisième rencontre parlementaire sur les vaccins. Comme celui auquel j'avais assisté le 4 mars 2009 (voir mon article) et qui titrait « Vaccins : une excellence française à préserver ». Ce sont les mêmes parlementaires qui pilotent et participent, les députés Yves Bur, Jean-Pierre Door.

 

Titre du colloque auquel j'ai prévu d'assister pour écouter et noter, pas pour intervenir :

« Vaccins : Gagner la bataille de l'opinion – Acquérir un rôle pionnier à l'international »

 

Il est organisé par AgoraEurope qui propose le programme de la journée. L'objectif du colloque est biaisé dès son titre : il s'agit de gagner ''la bataille de l'opinion'' comme si l'opinion pouvait  être encore l'enjeu d'un combat des chefs pour s'emparer d'elle ! L'opinion serait la biche qui regarde le combat entre 2 cerfs mâles en attendant de se donner au vainqueur. A l'heure d'internet, de la circulation des idées et de l'information c'est devenu complètement archaïque.

« Dans ce combat à remporter, disent les députés organisateurs, ne faut-il pas mobiliser tous les acteurs de la chaîne de santé ? A cet égard et dans le contexte actuel de suspicion exacerbée à l’égard des laboratoires pharmaceutiques, il nous parait opportun d’étudier objectivement le rôle joué par les entreprises du médicament. Nous en discuterons publiquement avec eux. L’après-midi, nous élargirons notre propos à l’examen de notre politique sanitaire à l’étranger. »

Les députés sont des élus qui doivent vaincre des adversaires et pour cela convaincre les électeurs de voter pour eux. Mais la lutte contre les maladies infectieuses ne consiste pas à triompher d'un adversaire comme on le fait en politique. L'ennemi est le virus ou le bacille et on n'affronte pas le virus H1N1 ou le bacille de  Koch comme un adversaire politique. Nos parlementaires sont encore très loin de comprendre qu'il n'y a aucun combat à remporter ni même à mener, au sens où ils l'entendent. D'ailleurs, du fond de sa caverne, le fameux BK s'amuse beaucoup de ce genre d'attitude qui conduit à promouvoir un vaccin parce que c'est un vaccin ...

 

Pour ce colloque, l'objectif n'est visiblement pas de rechercher et promouvoir la meilleure stratégie de lutte contre des maladies mais de faire accepter des vaccins par la population nationale et au delà. Ce n'est pas nouveau : la façon dont la vaccination BCG a pollué et compromis la lutte antituberculeuse en France est démonstrative. Voir mon blog spécialisé à ce sujet.

En attendant cette journée passionnante voici un aperçu du programme qui va nous donner des indications sur son orientation.

 

Le matin

« Gagner la bataille de l'opinion.

Comment renforcer l’acceptabilité sociale des vaccins et associer les citoyens aux décisions ? Garantir la confiance du grand public. Quelles mesures opérationnelles ? »

 

Tout un programme ! On imagine assez facilement ce qui se prépare derrière ces mots car il en a déjà été question au cours des auditions parlementaires sur la pandémie. Voici ce qui fut proposé : introduire de la ''démocratie sanitaire'' en organisant des états généraux de la vaccination. Un panel de citoyens déclaré représentatif  serait choisi et comme ces membres ne connaitront rien aux vaccinations on les formera au préalable pendant 2 jours …

Tout est clair !!!

On imagine le spectacle ! D'abord, pour commencer, on leur dira que la variole a été vaincue par la vaccination généralisée, systématique et obligatoire. Mais allez voir mon article sur le sujet...Nos braves citoyens formatés et honorés d'être là valideront ce que les organisateurs voudront pour que ceux-ci puissent clamer partout qu'un panel représentatif du peuple à déclaré que la vaccination telle que proposée par les autorités sanitaires était bonne pour lui !

 

Mais une vraie démocratie sanitaire ne saurait être cela : pour être digne de ce nom et non d'une parodie de théâtre il faudrait que tous les problèmes soient mis sur la table et présentés par des personnes capables de les exposer. A commencer par l'éradication de la variole. Puis l'affaire du BCG et des tests tuberculiniques, les vicissitudes du programme d'éradication de la polio et de l'élimination de la rougeole, l'affaire de la vaccination hépatite B et des zones d'ombres autour de certaines études etc.

 

Parmi les interventions prévues

Didier HOUSSIN, directeur général de la Santé

- Évolution de la stratégie vaccinale en France ; les leçons tirées de la campagne contre la pandémie H1N1

 

Je suis très curieux de savoir quelles leçons il aura tiré de la pandémie.

 

Christian SAOUT, président du CISS*, président de la Conférence nationale de santé

- La question de la gratuité vaccinale : un accès payant et bloquant

- La nécessité d’un discours public fort et incitatif

- La nécessaire transparence de l’expertise et de la décision publique comme garanties de confiance

  • CISS collectif interassociatif sur la santé

Mais comment concilier un discours incitatif avec la transparence de l'expertise et de la décision publique ? C'est tout simplement IMPOSSIBLE. La vérité est complexe, nuancée et pas totalement connue, très loin de là d'ailleurs. Aussi, une décision incitative soutenue par un discours fort ne pourra qu'ignorer les incertitudes, oublier les doutes, écraser les nuances et même un peu plus. C'est absolument inévitable et on est déjà habitué …

 

Daniel FLORET, pédiatre et président du Comité technique des vaccinations 2007/2011, Haut Conseil de la Santé Publique

- Les couvertures vaccinales définies par la loi de santé publique ne sont pas respectées : qu’est-ce qu’on fait ?

- A-t-on choisi les bons acteurs pour atteindre nos objectifs ? Les limites de la médecine générale ; il faut revoir le système

- Mieux former les pédiatres ; davantage impliquer la médecine scolaire et du travail ; impliquer les infirmières et les pharmaciens

 

Là ça fait franchement peur ! ''Qu'est-ce qu'on fait ? Il faut revoir le système.'' Il pense à quoi, à écarter les médecins de la vaccination pour la confier à des vaccinateurs qui ne feraient que cela ? On a déjà vu ça avec la vaccination pandémique. C'est ça les leçons tirées de la pandémie ?

Le message paraît clair : il faut confier les vaccinations à des spécialistes de la vaccination. C'est sans doute l'idée lumineuse du président du CTV. Quant aux médecins généralistes ils tenteront de réparer les dégâts causés par les actions intempestives des premiers...On a déjà connu ça dans le passé …

Cécile REY-COQUAIS, directeur des affaires publiques de Pfizer

- Volonté de travailler pleine et entière en partenariat avec les autorités de santé

- Travail vers le grand public

 

C'est clair : les laboratoires travaillent la main dans la main avec les autorités de santé afin de mieux ''travailler'' le grand public … C'est fou comme ils ont tout compris depuis la pandémie, c'est encore pire qu'avant !!!

 

Jean-Philippe RIVIERE, directeur médical de Doctissimo

- La manière dont les internautes perçoivent la vaccination

- Mise en perspective de la communication sur la vaccination

 

Les forums "vaccins" de Doctissimo sont d'un niveau particulièrement élevé. A tout hasard, un forum sur les vicissitudes de l'éradication de la polio en Inde, c'est pas triste ! Ou encore sur l'éradication de la variole.

Mais cet intervenant va faire un discours sur LA manière dont les internautes perçoivent la vaccination. Sans doute à travers le seul Doctissimo ...

Si vous voulez savoir ce que pourrait être un BON, un VRAI forum, allez jeter un coup d'œil sur le forum sur le BCG qui s'est développé (548 commentaires) sur Le Blog Bébé pendant 18 mois entre février 2006 et juillet 2007 quand le Monovax a été abandonné au profit du BCG SSI intradermique. Vous verrez qu'il y a de l'émotion, de l'inquiétude, des problèmes réels et vécus, de l'espoir, des déceptions, de la réflexion, de la colère, de l'attente, du doute et enfin une formidable délivrance quand l'obligation a été levée officiellement le 19 juillet 2007 ! C'est autre chose que les forums de Doctissimo mais le directeur médical de ce site va sans doute présenter aux parlementaires ce qu'il observe et contribue vraisemblablement à orienter sur son site.

 

Thanh LE LUONG, directrice générale de l’INPES

- Constat d’un besoin d’information de la part du grand public

- Une couverture vaccinale satisfaisante.

 

L'INPES reconnait un besoin d'information exprimé par le public et jugerait  la couverture vaccinale satisfaisante contrairement à Daniel Floret qui en fait visiblement un peu trop...C'est le premier orateur qui pense à prendre en compte les demandes du public, les autres ne veulent que lui imposer leur volonté. 

D'ailleurs, ce terme public désigne ceux qui regardent, applaudissent ou sifflent, c'est tout ce qu'on lui demande. Si, il faut aussi qu'il paie, en argent et avec son corps.

 

L'après-midi

« Avoir un rôle pionnier à l'international

Pour l’avènement d’une véritable diplomatie sanitaire française. »

 

Il s'agit donc de voir comment exporter nos brillantes idées en matière de vaccinations comme la campagne de vaccination hépatite B qu'aucun autre pays, fort heureusement pour lui, n'a imité.

De même, alors que la quasi totalité des pays d'Europe de l'Ouest ont abandonné le BCG ou  l'ont limité à très peu, certains depuis longtemps, on en est encore en France à juger la couverture vaccinale insuffisante et à le présenter comme obligatoire pour l'entrée en crèche contrairement à la législation et aux instructions ministérielles (circulaire)

Pendant des décennies nous avons envoyé des médecins tester l'immunité anti-tuberculeuse dans les écoles alors qu'aucun laboratoire ne sait le faire...On n'était pas ridicule ! Il a fallu attendre fin 2004 pour que la France entérine à ce sujet les recommandations formulées en août 1995 par l'OMS pour limiter à au plus un seul le nombre de BCG par individu et ne plus utiliser la tuberculine pour tester l'immunité anti-tuberculeuse...

 

La France aurait pu piloter la stratégie DOTS de l'OMS

Dans les années 1970 la France a raté le coche pour devenir pilote mondiale dans la lutte contre la tuberculose : dès avril 1974 le directeur du comité national de lutte contre la tuberculose, le Docteur Coudreau, proposait dans un article du Concours Médical de mettre en place en France une stratégie de lutte contre la tuberculose qui deviendra plus de 20 ans plus tard la stratégie DOTS de l'OMS. Elle venait de l'UICTMR, l'Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires qui a son siège à Paris 66 boulevard St Germain alors que le comité national est au 68 (ou l'inverse).

 

Pour le compte de l'UICTMR le Hollandais Karel Styblo avait expérimenté avec succès cette stratégie non encore nommée et le Docteur Coudreau militait avec ardeur pour que la France l'applique et abandonne le BCG. Cela a failli se réaliser mais des forces puissantes sont intervenues pour bloquer le processus. Il faudra attendre fin 2007 pour que l'abandon du Monovax contraigne, dans la douleur, à une évolution de la vaccination BCG et de la politique de lutte contre la tuberculose.

 

Au lieu d'être pilote la France est resté à la traine avec des méthodes archaïques inadaptées pour faire face à la tuberculose liée à l'immigration. Mais nos parlementaires voudraient que la France soit pilote pour mener la santé publique au niveau international !!!

 

Atika ABELIN, directeur adjoint, Global Immunisation Policy, Sanofi Pasteur

- Renforcer l’expertise et la présence françaises dans les instances internationales

- Le positionnement de la France en matière de santé publique est très important pour un acteur privé français

 

Pour renforcer l'expertise française dans les instances internationales il faudra faire mieux qu'avec le BCG ! En effet, pour évaluer le nombre de cas évités par le BCG ils ont utilisé une règle de trois (3 choux coûtent tant, combien coûtent 10 choux ?) mais en oubliant que tous les choux devaient être au même prix … Voir mon article à ce sujet.

Et je ne parle pas des études sur la vaccination hépatite B et la sclérose en plaques, il y a beaucoup à dire ...Je l'ai fait dans plusieurs articles sur ce blog (voir catégorie Hépatite B).