L'OMS a annoncé le 15 décembre dans un communiqué [1] qu'un nouveau vaccin contre la poliomyélite allait être utilisé en Afghanistan. Il y a quelques années, en raison de l'échec des campagnes d'éradication de la polio dans certains pays, l'OMS avait demandé aux laboratoires de produire un vaccin monovalent contre les types 1 et 3. Ces vaccins devaient être utilisés à la place du vaccin trivalent contre les types 1, 2 et 3. Rappelons que le type 2 n'a plus été vu à l'état sauvage depuis octobre 1999 mais que des variantes d'origine vaccinale ont encore provoqué 148 cas au Nigeria en 2009.

 

L'OMS avait alors élaboré la stratégie suivante : éliminer le type 1 par le seul vaccin monovalent pour s'attaquer ensuite au type 3. Mais la stratégie a échoué, le type 1 n'a pas disparu malgré la plus grande efficacité du monovalent et le type 3, jugé moins redoutable, a provoqué des épidémies ce qui a contraint l'OMS a utiliser aussi le monovalent de type 3. D'où des campagnes de vaccination où il fallait passer plusieurs fois pour vacciner. Aussi, le recours au vaccin trivalent avait dû être maintenu.

 

Le nouveau vaccin présenté par l'OMS est en fait un vaccin oral combinant les types 1 et 3 comme le trivalent combinait les types 1, 2 et 3. Contrairement à ce que chacun pourrait croire, cela nous fait réaliser ainsi qu'il n'est pas si aisé de supprimer une valence dans un vaccin et qu'il a fallu de nombreux essais pour obtenir ce vaccin polio oral bivalent désigné par le sigle VPOb. Dans le même ordre d'idée on pourrait se demander à quoi ça sert de vacciner les nourrissons de France dès l'âge de 2 mois contre la polio de type 2 alors que le virus est introuvable depuis 10 ans. Cette suppression demanderait des essais coûteux et une modification des chaînes de fabrication dont les laboratoires ne veulent certainement pas entendre parler. C'est en raison des échecs cuisants de la campagne d'éradication que les laboratoires ont accepté, sur l'insistance pressante de l'OMS, d'engager ces études et ces modifications. Non sans compensations sans doute ?

 

Selon les affirmations de l'OMS, ce vaccin bivalent est annoncé beaucoup plus efficace que le trivalent et presque aussi efficace que les monovalents :

 

"Un essai clinique sur le terrain, comparant le vaccin VPOb aux vaccins existants pour déterminer s’il confère une protection efficace aux enfants vivant dans des zones où les deux sérotypes restants sont en circulation, a pris fin en juin 2009. Avec une efficacité supérieure d’au moins 30% à celle du vaccin trivalent, on a constaté qu’il équivalait presque les vaccins monovalents contre les types 1 et 3, tout en ne nécessitant qu’une seule administration."

 

Mais qui donc affirmait que les vaccins combinés multi-poly-valents étaient tout aussi efficaces que les autres ?  Nous avons ainsi la preuve que c'est faux. Quoi qu'on en dise, les vaccins hexavalents sont très certainement moins efficaces que les vaccins moins riches en combinaisons. De plus, ils sont certainement aussi plus dangereux. Mais ils réduisent la logistique des injections. Comme le disait il y a quelques années l'Académie de médecine : il faut simplifier le calendrier vaccinal.  En supprimant des vaccins inutiles ? Non, en réduisant le nombre d'injections !!!

 

Quant à l'efficacité des campagnes de vaccination contre la polio en Inde, c'est le cauchemar de l'OMS : dans le BEH  du 10 juillet 2009 [2] elle reconnaissait que dans certaines régions de l'Inde plus de 95% des cas de polio avaient reçu de 4 à 7 doses de vaccin ou davantage et s'interroge sur les raisons de cette échec de la vaccination : malnutrition, transmission élevée, maladies diarrhéiques nombreuses et fréquentes (l'article de ce blog à ce sujet).  A ce jour, décembre 2009, le nombre de cas de polio en Inde en 2009 dépasse déjà largement le nombre total de cas observés en 2008 (672 contre 559). Il faudra bien aussi s'attaquer un jour aux véritables causes de ces échecs qui sont parfaitement connus et énumérés par l'OMS.

 

[1] http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2009/polio_afghanistan_20091215/fr/index.html

[2] http://www.who.int/wer/2009/wer8428.pdf