Dans son bilan de l'année 2008 l'OMS reconnaît enfin qu'un assainissement insuffisant est l'une des causes du maintien de la polio en Inde, admettant ainsi du même coup que la vaccination ne pourra tout résoudre.

 

Le bilan 2008 de la polio [1] est certainement très mitigé et décevant pour l'OMS : 1655 cas contre 1315 en 2007. Mais surtout, alors qu'elle espérait, début 2008, éliminer le type 1 par le vaccin monovalent jugé beaucoup plus efficace que le trivalent pour ensuite s'attaquer au type 3, le type 1 a fait mieux que se maintenir (984 en 2008 contre 321 en 2007) et le type 3 est toujours là avec 671 cas contre 994 en 2007.


Aussi, l'OMS tente un nouveau changement de stratégie en demandant aux laboratoires de mettre au point un vaccin bivalent contre les types 1 et 3 afin d'attaquer simultanément les 2 virus avec une efficacité supérieure au trivalent sans pour autant remettre en circulation des virus vaccinaux de type 2 alors que le virus sauvage de ce type n'a pas été vu depuis octobre 1999.


Face à la réalité de la situation l'OMS adopte un discours plus modeste en reconnaissant que


« Pour atteindre l’objectif de l’éradication mondiale, il faudra envisager et appliquer d’autres innovations techniques et opérationnelles »

 

Autrement dit il faudra inventer de nouveaux moyens et de nouvelles stratégies. C'est donc enfin admettre que quand le programme d'éradication avait été lancé en 1988 l'OMS se lançait dans une aventure sans avoir conscience des problèmes qui l'attendaient. Elle reconnaît aujourd'hui qu'en Inde


« les problèmes essentiels liés à l’interruption de la transmission  du polio virus sauvage comprennent

 

1- la densité très élevée de la population;

2- les grandes cohortes de naissances;

3- les moyens d’assainissement insuffisants;

3- la forte charge de morbidité intestinale qui compromet l’efficacité du VPO. »


VPO Vaccin polio oral


Après avoir martelé pendant des années que la vaccination viendrait seule à bout des problèmes, elle reconnaît que sans améliorer suffisamment les problèmes liés à l'eau elle échouera. Cela a été maintes fois répété sur ce blog : pour l'essentiel, la polio se transmet par l'eau polluée par des excréments humains contaminés, le cas échéant par des virus vaccinaux. Aussi, il est INDISPENSABLE de réduire ces contaminations :


1- en évitant le plus possible que l'eau soit contaminée;

2- en traitant l'eau contaminée ;

3- en éduquant les populations.


Cela ne veut pas dire que le vaccin ne soit pas efficace mais que si les contaminations sont trop nombreuses, massives et répétées le vaccin devient impuissant. Dans tous les domaines il y a des seuils, en Physique, en Chimie et même dans la finance comme on le constate aujourd'hui. Alors pourquoi pas pour l'immunisation contre les maladies quand les contaminations dépassent certains seuils ? C'est le contraire qui serait étonnant.


Elle ajoute une nouvelles donnée à cette analyse : les maladies intestinales très nombreuses rendent le vaccin individuellement moins efficace. Sans doute aussi en raison des multiples bactéries et virus autres que ceux de la polio qui contaminent les eaux consommées par les populations.

 

Les chiffres

 

Il y a un an, quand l'OMS dressait le bilan 2007 de la polio (voir mon article), elle notait que le type 1 avait beaucoup diminué et annonçait une lutte ciblé contre ce virus au moyen du monovalent afin de l'éliminer avant de  s'attaquer au type 3 jugé moins redoutable.

J'écrivais donc, il y a un an, que l'année 2008 serait particulièrement intéressante à suivre de ce point de vue. Qu'en est-il ? Nous y sommes, et c'est PATATRAS !

 

 

 

Type 1 

Type 3

Total

Total 2007

321

994

1315

Total  2008

984

671

1655

Nigeria 2008

729 +1   

71+1

801

Inde 2008

75

484

559

Pakistan 2008

81

37

118

Afghanistan 2008

25

6

31

2009 au 3 mars

57+1

33+1

91

 

+1 signifie que les virus des 2 types étaient présents chez le même malade.

 

Il y a aussi la circulation des poliovirus dérivés de souches vaccinale, les PVDV. Si le type 2 n'a pas été vu à l'état sauvage depuis octobre 1999, le virus vaccinal de type 2 continue de circuler et de provoquer des paralysies. Voici le bilan actuel obtenu en combinant les données du REH [1] et du tableau du site dédié à l'éradication de la polio  [2].

 

 

PVDV 2

2006

2007

2008

2009

total

Nigeria

21

68

61

41*

191*

Congo

 

 

14

 

 

Éthiopie

 

 

4

1*

 

Angola

 

 

2

 

 

Somalie

 

 

1

 

 

Russie

 

 

1

 

 

PVDV 1 au Malawi

 

 

1

 

 

* Au 21 avril 2009

Le PVDV 2 continue de circuler dangereusement au Nigeria, ce qui est vraiment dommageable. On ne peut que regretter qu'il n'ait pas été possible de  supprimer plus tôt ce virus dans le vaccin. D'ailleurs le trivalent oral continue toujours d'être utilisé. Cela laisse aussi craindre qu'après l'élimination des virus sauvages de type 1 et 3 et l'indispensable arrêt du vaccin oral, les PVDV de types 1 et 3 provoquent eux aussi des paralysies. Ils peuvent circuler à bas bruit pendant 10 ans  avant de se manifester dangereusement. Cela s'est déjà produit.

 

Propagations

 

Type 1

Le poliovirus de type 1 s'est propagé du nord Nigeria vers  le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo.  Ces 6 pays étaient alors exempts de poliomyélite.

Il s'est aussi propagé du Niger au Tchad après être venu du Nigeria en 2006-2007.

 

Type 3

De l'Inde vers le Népal et l'Angola puis de l'Angola vers le Congo.

 

Du Nigeria vers le Bénin, le Niger, le Soudan et le Tchad.

 

Détection de virus

 

Des virus polio sauvages ont été détectés dans les eaux usées mais sans provoquer de cas :

 

«Le poliovirus sauvage de type 1 a été détecté à 2 reprises dans des eaux usées en Égypte en 2008 et rattaché à 2 événements d’importation distincts. Les virus détectés étaient génétiquement liés à des virus d’origine nigériane et indienne. Le virus d’origine nigériane avait tout récemment été retrouvé au Soudan en 2008. »

 

Durée de l'impact après une importation

Après une importation, le temps qui s'écoule pour stopper la propagation de l'impact est considéré comme un critère important à prendre en compte car il mesure la capacité du pays à faire face à la situation :

 

« Dans 5 pays précédemment exempts, la transmission du PVS (polio virus sauvage) provenant du Nigeria (PVS1 et PVS3 au Tchad; PVS1 au Niger et au Soudan) ou de l’Inde (PVS1 en Angola et en République démocratique du Congo) s’est maintenue pendant plus de 12 mois. »

 

[1] http://www.who.int/wer/2009/wer8414.pdf

[2] http://www.polioeradication.org/content/general/cvdpv_count.pdf