18 décembre 2007
Entre l'obsession de la couverture vaccinale et la démocratie sanitaire
La nécessité d’évoluer rapidement vers la démocratie
sanitaire est prise très au sérieux par nos experts de la santé publique qui
considèrent l’obligation vaccinale comme un archaïsme hérité de la première
moitié du XXe siècle,
injuste, car ne prenant pas en compte un gradient de risque, et sans souplesse,
car incapable de s’adapter rapidement à l’évolution épidémiologique. Mais une
obsession les taraude : et si cela faisait chuter la couverture vaccinale ?
Dans ce nouvelle article je
vais essayer de rendre compte de 3 communications faites aux journées de
veilles sanitaire organisées par l’InVS les 29 et 30 novembre 2007 à la Cité
des Sciences à La Villette (Paris). Il s’agit :
1- Politique
vaccinale et démocratie sanitaire par Didier Torny sociologue à l’Inra (le
résumé).
2- Attitude
vis à vis de la vaccination du grand public et des médecins libéraux par
N.Nicolay de l’InVS (le
résumé).
3- Evolutions
récentes et perspectives pour le suivi de la couverture vaccinale chez l’enfant
par J.P Guthmann de l’InVS (le
résumé).
En effet, ces 3 thèmes
peuvent se recouper et se compléter utilement. J’ai pris des notes à la volée
et il ne m’est pas possible de reconstituer l’ensemble de ces communications
pour lesquelles il
existe des résumés.
Politique
vaccinale et démocratie sanitaire
Didier Torny, semble avoir
eu un parcours un peu atypique : après avoir obtenu son diplôme d’Ingénieur de l’Ecole Centrale de Lille, il
s’oriente vers la sociologie pour obtenir le titre de docteur en
sociologie pour intégrer l’INRA en
2003 après un post-doctorat à l’INSERM. Il est le seul sociologue à s’être intéressé à la
sociologie de la politique vaccinale et à « ses tensions internes ».
Il est l’auteur d’une étude
sur l’obligation vaccinale : « Libertés individuelles et
santé collective » C’est une étude
socio-historique de l’obligation vaccinale publiée au Cermes, le centre de recherche en médecine, sciences santé
société, en novembre 2004.
C’est sans doute pour cette
raison qu’il était devenu membre du CTV et du CSHPF sous la présidence de
Christian Perronne qui présentait aussi une
communication. Daniel Lévy-Bruhl, modérateur du débat, nous dira qu’au CTV
il est "notre poil à gratter".
D. Torny nous dira qu’en France « la mobilisation sociale
autour des vaccinations reste relativement limitée » et qu’elles
donnent lieu « à très peu de discussions dans l’espace publique »,
ce qu’il semble regretter. Dans son analyse de la politique vaccinale il note :
1- Les
vaccins sont-ils des médicaments comme les autres ?
Ils sont un peu spécifiques
car destinés à des personnes saines qui vont avoir un contact volontaire avec
une substance toxique, d’où une attention toute particulière portée aux effets
secondaires et néfastes et aux victimes du vaccin.
2- L’infantilisation de la population par des obligations qui font des adultes non
responsables. L’obligation, en apparence égalitaire, est en réalité injuste car
ne prenant pas en compte un gradient de risque.
3- L’action collective des vaccinations avec le rôle
moteur de la puissance publique pour mettre en œuvre des schémas de vaccination
à effet collectif avec des vaccins altruistes. Mais l’obligation manque de
souplesse en ne permettant pas l’adaptation à l’évolution épidémiologique.
4- La
visée d’éradication : pour la variole, son éradication « a été
vendue comme ça », c’est à dire obtenue par la vaccination. Il sait
très bien que ce n’est pas le cas. Aussi, l’efficacité partielle est perçue
comme un échec (grippe, BCG).
5- « Le pouvoir magique du geste vaccinale » : contre le cancer et
le sida on espère un vaccin…
De ce point de vue j’ajouterai que le vaccin a récupéré la
fonction psychosociale jouée par l’amulette ou le talisman dans d’autres
cultures. Je ne dis pas que le vaccin n’a pas plus d’efficacité qu’une
amulette, je dis seulement que les populations attendent inconsciemment de lui qu’il protège comme d’autres populations
le pensaient pour l’amulette. Il a ce pouvoir magique de libérer de nos
angoisses face à la maladie : "si on avait un vaccin contre le sida
cela éviterait xxx milliers de morts
par an en Afrique " (citation authentique avec un nombre xxx que j’ai
oublié). On pourrait tout aussi bien dire " si on avait une amulette
contre le sida cela éviterait…" En 1984, après la découverte du virus du
sida, le professeur Montagnier dira : "maintenant qu’on a le virus on
peut espérer un vaccin dans 10 ans". On attend toujours…
6- Un
acteur commun, les firmes productrices : elles inspirent le soupçon
de l’intérêt financier. Le Texas voudrait rendre obligatoire le Gardasil !
Cela a déclenché une intense campagne d’opposition où le Viox, de sinistre
mémoire, et le Gardasil, produit par la même firme (Merck), sont associés sur des affiches hostiles qui nous ont été
présentées et qui circulent au Texas.
7- Une
expérimentation de grande envergure sur la nature où l’immunité naturelle est
remplacée par une immunité artificielle avec pour objectif le contrôle de la
nature.
8- Une
expérimentation sociale avec les obligations vaccinales et
l’indemnisation des victimes. Avec aussi les inévitables débordements de la
promotion vaccinale (VHB, Gardasil). Ou encore rester au milieu du gué avec une
couverture vaccinale suboptimale (rougeole).
9- La
critique de l’obligation vaccinale : le choix du patient et le choix du
médecin sont court-circuités.
Cela conduit à la recherche
d’alternatives à l’obligation vaccinale avec des recommandations graduées et
une mobilisation sociale de santé
publique. La question :
« Comment s’assurer, dans un cadre démocratique, que médecins et
patients feront ce qu’on leur recommandera de faire ? »
Il ne peut pas y avoir d’assurance de cette nature qui soit
à 100%. Pour les enfants, en population générale, 4 injections de DTP restent
encore obligatoires. On dit souvent qu’il n’y a plus qu’un seul vaccin
obligatoire et cela fut dit au cours de cette journée de veille sanitaire. Et
si c’était un hexavalent ? Non, le DTP c’est 5 vaccins avec la diphtérie,
le tétanos et les polios types 1, 2 et 3, ce qui fait 20 vaccinations
obligatoires en tout entre l’âge de 3
mois et 18 mois.
Devant les difficultés rencontrées pour l’éradication de la
polio et constatant que le type 2 avait disparu, l’OMS a obtenu, après quelques
réticences, que les laboratoires produisent des vaccins oraux monovalents de
type 1 et de type 3. Elle les considère comme plus efficaces que le trivalent.
On pourrait donc très bien supprimer la valence de type 2 dans le composé
vaccinal imposé aux petits Français. On pourrait alors avoir un vaccin plus
efficace et un peu moins nocif car plus on ajoute de valences et plus le vaccin
est agressif, quoi qu’on nous dise. Ce n’est pas l’affaire
des vaccins hexavalents en Allemagne qui va nous persuader du contraire.
De plus, pourquoi lier la diphtérie et les polios au
tétanos ? Pourquoi n’est-il pas possible de vacciner un enfant contre le
tétanos sans le vacciner aussi contre la diphtérie et 3 types de polio ?
Pour la commodité des laboratoires ! Le vaccin contre le tétanos ne
devrait pas être obligatoire selon nos normes juridiques fondamentales,
celui-ci ne pouvant assurer une protection mutuelle, seule condition en accord
avec nos principes juridiques, comme nous l’avait exposé le professeur de droit
Didier
Truchet à l’audition sur le BCG (voir en annexe de cet article un extrait
de son intervention).
Alors, pourquoi ne pas supprimer, dans un premier
temps, l’obligation du vaccin
antitétanique pour se mettre en conformité avec notre Droit ? Une
incitation vaccinale analogue au port du casque en vélo, "pas
obligatoire, juste indispensable" pourrait être acceptable. Il est
même probable que si les labos proposaient un vaccin pour enfant contre le seul
tétanos, la couverture vaccinale deviendrait plus importante qu’avec le DTP.
D. Torny présente
l’obligation vaccinale comme ayant été une idée de gauche, pour assurer le
remboursement, alors que la politique libérale serait de rembourser les vaccins
recommandés.
« Nous payons l’héritage de la vaccination hépatite B dont
l’objectif était l’arrêt de la transmission en vaccinant une génération
complète alors que la vaccination a été vendue comme égoïste. Aussi, le
bénéfice-risque individuel est seulement discuté. »
Je ne suis pas convaincu que ce soit le bénéfice-risque
individuel qui alimente l’essentiel du débat sur cette vaccination. La
propagande de lancement a exagéré les risques de la maladie au delà de toute
décence :
" L’hépatite B
tue en un jour plus que le sida en un an". "L’hépatite B se propage par la salive". Les statistiques sur le nombre de cas et
leur gravité ont été gonflées à l’hélium. Quand les premiers cas graves sont
apparus on nous a dit qu’il était prouvé que le vaccin était sans danger. Quand
l’accumulation des cas est devenue trop importante on nous a dit qu’il n’était
pas prouvé que le vaccin était dangereux, notez la nuance ! Puis, après
nous avoir dit que les adultes devaient se faire vacciner tous les 10 ans en
raison de la transmission sexuelle, on nous annonce que le vaccin est efficace
toute la vie s’il est réalisé avant l’âge de 13 ans (alors qu’on n’a pas un
recul de 30 ans depuis sa découverte) et qu’en conséquence les rappels chez
l’adulte, même exposé, ne sont plus nécessaires… Et j’en passe…Et
"ils" voudraient qu’on leur
garde notre confiance…Un vendeur d’aspirateurs a réussi à nous vendre un de ses
appareils qui nous pète à la figure en nous crevant un œil. Le vendeur se
représente pour nous proposer un fer à repasser dernier cri et nous devrions
lui acheter en toute confiance !!! Il y a des limites à tout et sur cette
affaire elles ont été très largement dépassées.
NON ! Le problème majeur posé par la vaccination
hépatite B en France est celui d’une très importante et profonde crise de
confiance entre la population et les acteurs de notre santé publique. Cette confiance ne se rétablira pas par un
passage en force qui ne fait qu’aggraver la crise, mais en disant la vérité, en reconnaissant les victimes, en les
indemnisant correctement (et ce n’est pas du luxe vu l’état dans lequel elles
sont), y compris au bénéfice du doute.
Attitude
vis-à-vis de la vaccination
Sur le second exposé je vais être plus bref, d’abord parce que j’ai
pris moins de notes, ensuite parce que l’enquête ici relatée, dite enquête
Nicolle, sur l’attitude du public et des médecins vis à vis de la vaccination,
sera bientôt publiée. Il y avait de nombreux tableaux statistiques que je n’ai
pu noter mais il sera possible d’y revenir.
Le résumé nous dit que plus de 50% des personnes interrogées (4112
participants) sont en faveur de l’obligation vaccinale. Cependant, cela ne
dépasse pas 60 %, dépend de l’âge, de la région et du niveau d’étude : les
âges les plus favorables à l’obligation sont les 18-24 ans (parce qu’ils sortent du moule de l’école et n’ont pas
encore l’expérience avec leurs enfants ? NDLR) et les plus de 64
ans ( question d’âge ou de générations ? NDLR). L’enquête
a montré que plus le niveau d’études était élevé et moins les personnes
interrogées étaient en faveur de l’obligation : à bac+ 5 on descend à
45,9% (fait constamment vérifié par d’autres enquêtes
mais non relaté dans le résumé qui, tout en faisant allusion à cette cause de
variation, ne donne aucune indication sur son orientation …Le même phénomène a
été observé à Londres selon les enquêtes relatées au cours de ces journées de veille sanitaire). A bac+ 5, 54% des
personnes interrogées sont donc en faveur de la suppression de l’obligation et
toutes classes d’âges confondues c’est environ 45%.
Le résumé conclut ainsi :
« si la vaccination reste largement acceptée par la population et
les professionnels de santé, elle ne s’impose plus comme une intervention
indiscutable. »
« Il apparaît donc prioritaire de poursuivre les efforts entrepris
pour améliorer l’accès à une information adaptée et transparente sur les
justifications et les enjeux des stratégies vaccinales recommandées. »
La couverture
vaccinale chez les enfants
Pour le troisième exposé sur la couverture vaccinale, l’enquête est en
ligne dans le BEH
n°6 du 13 février 2007 sur le site de
l’InVS. Elle est déjà ancienne : menée en 2001-2002 en CM2, en
2002-2003 en maternelle et en 2003-2004 en classe de 3e. C’est bien le constat fait par
l’intervenant : « délai long entre l’acte vaccinal et la
disponibilité de l’information », elle est ainsi « très peu réactive
aux changements du calendrier ».
Pour avoir des informations dans de meilleurs délais il y a les achats
et ventes par les pharmacies, les grossistes et les labos, par mois et par
départements. Mais cela ne donnera aucun renseignement sur l’âge des personnes
vaccinées. Dans les réunions internationales, les données de la France sont
toujours en blanc, contrairement aux autres pays. Cela irrite Christian
Perronne qui demande que l’on communique les données de l’année n-2 et non pas
celles de l’année n-1 comme le font sans doute les autres pays.
Pour les données de la couverture vaccinale à 5-7 ans, le BCG est à
99,9%, le DTP à 96%, la coqueluche à 92,3, le Hib à 63,5 ; l’hépatite B à
33,5 (42,4 à 15 ans), le ROR à 93% pour une dose.
Ainsi, on est ravi d’apprendre que la CV pour le BCG atteint
les 99,9% !!! Mais ce qui serait intéressant c’est la CV en 2006 et 2007
avec le SSI. D’ailleurs 99,9% de vaccinés à 5-7 ans c’est déjà beaucoup avec
les inévitables contre-indications. C’est un taux d’élection dite démocratique
dans un pays qui ne l’est pas. Un médecin à la retraite me racontait qu’il
n’avait jamais fait un seul BCG et qu’il vaccinait avec le stylo quand la
famille était sûre ou dans le coton quand les familles réclamaient le vaccin
!!! On devrait donc
s’interroger sur la réalité de ces taux exceptionnels de vaccination. La
PMI de Paris par exemple exigeait le BCG pour toute entrée en crèche ou
garderie, la contre-indication n’étant pas acceptée : « la
contre-indication ne relève pas du mode de garde collectif » déclarait
une responsable de la PMI de Paris à
l’audition BCG tout en nous présentant l’enquête de ses services sur les
simulacres de vaccination et les faux certificats…(diaporama
de Véronique Dufour, diapos 17 et 18). Voilà l’effet délétère produit pas des contraintes excessives et en
l’occurrence illégales. Les nombres ne veulent plus rien dire et ici, pour le
BCG, c’est plus que hautement vraisemblable. D’autant que la couverture pour le
DTP est de 96% au même âge. Y-aurait-il plus de contre-indications pour le DTP
que pour le BCG Monovax ? C’est fort douteux.
La vaccination hépatite B est considérée comme « la plus
problématique avec une couverture qui a nettement diminuée par rapport à
celle estimée lors de la précédente enquête menée en 2000-2001 en classe de 3e auprès de générations d’enfants qui avaient
bénéficiés des campagnes de vaccination en classe de 6e : la
couverture est passée de 62,4% à 42,4%. Les données pour les enfants âgés de 11
ans ne montrent pas de mise en œuvre d’un rattrapage comme le préconise le
calendrier vaccinal. »
J’aime à dire qu’en football on ne gagne pas un match en
demandant à ceux qui tiennent le panneau d’affichage de le modifier en notre
faveur, mais en allant sur le terrain pour jouer, en s’entraînant pour
progresser et marquer les buts nécessaires. Ce principe fondamental s’applique
à tous et pour toutes choses. Si nos experts en vaccination veulent que la CV de
l’hépatite B remonte, il leur faudra descendre dans l’arène pour venir
s’expliquer devant la population sur leurs incroyables affirmations et
contre-affirmations dont ils nous ont abreuvés depuis octobre 1994. Ce sera une
autre affaire que de formuler une recommandation dans un calendrier… Allons, un
peu de courage !
La couverture vaccinale : une mesure
de la santé de la population ?
Tous ces experts semblent être obnubilés par la CV et ses
variations. C’est l’obsession absolue. Mais que vaut ce thermomètre pour
évaluer si la santé de la population s’améliore ou se détériore ? Ils ne se posent pas la question. Ils ont une
mission : évaluer la couverture et proposer des solutions pour la faire
progresser. Ils ont l’œil rivé sur la fameuse couverture comme d’autres sur la
courbe des ventes ou sur la ligne Maginot. Mais les virus pourraient bien se
jouer de cette fortification comme cela se produit actuellement avec la polio
en Inde et au Nigeria.
A l’audition BCG, après une journée et demi d’interventions
d’experts, un médecin de terrain est venu nous dire la réalité du médecin de
ville et de campagne (diaporama
médecin traitant). Auparavant, il était venu me dire quelques mots tout en
prenant son café. Il nous a fait du bien en nous remettant les pieds sur Terre
et la tête face à la réalité du malade. Je me suis alors demandé qui étaient
les meilleurs : les experts de haut niveau qui jouent avec les chiffres
devant leurs ordinateurs ou ces médecins de terrain, seuls face à la souffrance
de leurs malades et qui n’ont pas droit à l’erreur. Quelques semaines plus
tard, à la télé régionale, j’ai revu ce médecin suivi par la caméra dans sa
tournée de campagne, allant de malades en malades alors que les grands experts
vont de colloques en colloques...C’est un médecin allopathe et qui vaccine,
mais c’est un homme de valeur, un vrai médecin se fiant à son expérience plutôt
qu’aux statistiques des experts.