11 décembre 2007
Rougeole : Mortalité réduite de 91% en Afrique ! Trop beau pour être vrai ?
Dans un communiqué
daté du 29 novembre 2007 l’OMS annonce que
« Le nombre de décès dus à la rougeole en Afrique a diminué de 91% entre 2000 et 2006, étant ramené, selon les estimations, de 396 000 à 36 000, ce qui a permis d’atteindre, quatre ans avant la date fixée, l’objectif des Nations Unies pour 2010, à savoir une réduction de 90% de la mortalité rougeoleuse. Ces progrès spectaculaires obtenus en Afrique ont largement contribué au recul de 68% de la mortalité rougeoleuse mondiale au cours de la même période – de 757 000 à 242 000 décès , selon les estimations. »
Selon les
estimations, et c’est bien là le problème. Chacun pense sans doute que la
comparaison entre 2000 et 2006 s’appuie sur les décès enregistrés au cours de
ces 2 années. Le problème est que les pays d’Afrique ne disposent pas de telles
statistiques et que l’estimation repose en réalité sur la couverture vaccinale.
C’est ce qu’on apprend dans le REH
du 30 novembre 2007 : (le relevé épidémiologique hebdomadaire est une
publication de l’OMS).
« Estimations de la mortalité pour 2006
Malgré les progrès réalisés concernant la surveillance et la notification de la rougeole au niveau mondial, des données de surveillance complètes et fiables font encore défaut concernant le nombre de décès dans de nombreux pays, notamment ceux dont la charge de morbidité est la plus élevée. Pour estimer la mortalité rougeoleuse, l’OMS a utilisé le modèle de l’histoire naturelle récemment publié et l’a mis à jour à l’aide des données en population obtenues dans les séries chronologiques les plus récentes, les estimations systématiques de la couverture vaccinale de l’OMS-UNICEF et la couverture signalée des activités de vaccination supplémentaires, ainsi que l’incidence de la rougeole signalée à l’OMS. Cette procédure a permis d’aboutir aux estimations de la mortalité en 2006 et de mettre à jour les estimations pour les années 2000 à 2005. »
Je ne connais pas le modèle en question mais puisqu’il
s’appuie sur la couverture vaccinale il doit fonctionner en admettant a priori
une efficacité donnée de la vaccination pour réduire la mortalité. Autrement
dit on admet ce qu’il faudrait démontrer ! Il est parfaitement établi, car
observé dans tous les pays qui utilisent cette vaccination depuis longtemps,
qu’elle provoque un déplacement de la maladie vers des personnes plus âgées qui
font des formes plus graves et donc plus facilement mortelles. Ce phénomène,
qui joue aussi pour les oreillons, la varicelle et la coqueluche, s’explique
par l’efficacité du vaccin qui en réduisant la circulation du virus chez les enfants
réduit aussi les rappels naturels chez les adultes. Aussi, se fonder sur un
modèle et non sur les cas comporte quelques risques dont l’OMS est certainement
consciente en reconnaissant
« l’absence
de systèmes de surveillance fondés sur les cas dans un quart des pays et
d’une notification nationale incomplète dans de nombreux pays».
Ne pouvant donc se
fonder sur des données sûres l’OMS construit des modèles et annonce
triomphalement des chiffres spectaculaires sur la mortalité mais pas sur le
nombre de cas alors que le modèle prévoit l’évaluation de la mortalité en
s’appuyant aussi sur le nombre de cas. Ce nombre est très mal connu en France,
alors en Afrique…
Si ces nombres sont pour
le moins à prendre avec des pincettes, à quoi peuvent-ils servir ? J’y
vois un soutien psychologique pour entraîner dirigeants et populations dans de
vastes campagnes de vaccination en accréditant l’idée que l’éradication mondiale de la rougeole par la
vaccination serait possible.
L’éradication de la
polio par la seule vaccination piétine depuis de nombreuses années et le succès
n’est nullement assuré. Si l’éradication de la variole a été obtenue, ce ne fut
pas, pour l’essentiel, par la vaccination mais par l’isolement des malades et
de leurs contacts. Celle de la rougeole pourrait-elle réussir ? Les 29 et
30 novembre 2005 j’ai assisté aux journées de veille sanitaire organisées par
l’InVS. Un expert de haut niveau nous a dit à propos de la rougeole : « Nous
n’atteindrons pas le seuil d’élimination ». Il parlait pour la France.
Alors en Afrique…A défaut on se gargarise sur des chiffres de mortalité
impossibles à vérifier.
Ceci dit, tant mieux si
c’est vrai, et surtout si ç’était durable. Je me refuse à souhaiter la
souffrance des populations pour le seul plaisir d’avoir raison, même si mes
souhaits ne changeront rien à la situation. Aux récentes journées de veille
sanitaire de 2007 le président du CTV (Comité technique des vaccinations)
parlait des lunes de miel ayant suivi les premières campagnes de vaccination
contre la varicelle aux USA, mais après…c’est devenu pire qu’avant…(voir
mon article). En France on refuse de se lancer dans cette aventure
vaccinale avec la varicelle ; aux USA on double les vaccinations pour ne
pas reculer. Pour la rougeole on est au milieu du gué, alors, ne pouvant plus
reculer on doit avancer, c’est à dire vacciner toujours plus alors que
l’épidémiologie de ces 2 maladies est pratiquement la même.
D’ailleurs, ce qui
rend méfiant c’est que l’objectif de réduction de 90% de la mortalité a été
obtenu 4 ans avant la date fixée de 2010. Ce serait bien la première fois qu’un
objectif de santé publique mondiale serait atteint bien avant la date !
Les carences dans la surveillance des cas
L’OMS précise :
« Au niveau mondial, le
nombre des cas signalés de rougeole en 2006 (373 421) a diminué de 56% par
rapport à 2000 (852 937). Le nombre des cas notifiés dans la Région européenne
de l’OMS est toutefois passé de 37 421 en 2000 à 53 344 en 2006, principalement
en raison d’importantes flambées en Roumanie et en Ukraine. En outre, le nombre
de cas signalés dans la Région de l’Asie du Sud-Est est passé de 78 574 en 2000
à 94 562 en 2006, principalement du fait de l’amélioration de la
surveillance en Inde et en Indonésie.
Néanmoins, les données sur les cas de rougeole
signalés doivent être interprétées avec précaution en raison de la notification
incomplète des données à l’OMS, de la détection incomplète des cas et de la notification
nationale incomplète dans de nombreux
pays, ainsi que de l’absence de systèmes de surveillance fondés sur les cas
dans un quart des pays. »
CONSTAT
Nous constatons donc d’une part que beaucoup de pays n’ont pas de
système de surveillance des cas de rougeole et d’autre part que dès que cette
surveillance s’améliore le nombre de cas augmente de façon très importante.
Donc, la prudence s’impose…
Pour plus d’infos sur la rougeole il y a l’aide mémoire 286 de l’OMS (4 pages).
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