La Question des Vaccins

Moins parler des vaccins et des vaccinations que du discours fait sur eux. Mettre l'expertise à la portée de chacun en montrant le décalage entre ce qui est connu et ce qui est dit.

12 novembre 2007

Dengue, fièvre jaune, chikungunya, même combat !

Oui, le même combat contre le même moustique de type Aedes.

La dengue peut être très grave, tout comme la fièvre jaune ou même le chikungunya. Les virus responsables étant transmis par le même moustique, toutes les recommandations faites pour se protéger de ces moustiques sont valables pour chacune de ces 3 maladies. Or justement, le ministère de la santé a mis en ligne le 4 octobre 2007 un texte de 6 pages pour tout savoir sur la dengue. On peut trouver l’ensemble des informations du ministère sur la dengue en allant sur www.sante.gouv.fr et en cherchant Dengue dans la rubrique "Accès à tous les dossiers" sur la gauche. La page est sans adresse particulière.

Le ministère donne des explications fort intéressantes sur le fameux moustique, ses mœurs et les façons d’en limiter sa propagation ou de s’en protéger. Preuve que les autorités sanitaires ont conscience qu’il est possible d’avoir ainsi une action efficace et qu’elle ne doit pas être négligée. Mais pourquoi ne pas proposer aussi ces mesures pour réduire le risque de la fièvre jaune, même si elles devraient être insuffisantes ? J’espère que ce n’est pas parce qu’il existe un vaccin contre la fièvre jaune et pas contre la dengue !

Voici quelques extraits :

La maladie

« La dengue est une maladie due à un virus transmis par la piqûre d’un moustique du genre Aedes (principalement Aedes aegypti, plus rarement Aedes albopictus). L’Aedes est aussi vecteur d’autres arboviroses notamment la fièvre jaune et le chikungunya. »

« La dengue sévit sur un mode endémo-épidémique dans les Caraïbes et sur le continent latino-américain, en Océanie, dans les îles du Pacifique Sud et de l’Océan Indien, en Asie du Sud et du Sud-est, et, à un moindre degré, dans les pays de l’Afrique intertropicale. On recense plus de 70% de la charge de morbidité en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental.

Des cas isolés ou groupés de dengue sont observés dans les départements français des Amériques (Martinique, Guadeloupe, Guyane), dans les îles françaises du pacifique et de l’océan indien, ainsi que parfois chez les personnes de retour de zones endémiques.

Des épidémies sont observées régulièrement dans les départements et territoires français d’outre-mer.

Les symptômes sont le plus souvent de type grippal (fièvre, maux de tête, courbatures) se manifestent dans les 3 à 14 jours (4 à 7 jours en moyenne) qui suivent la piqure par le moustique. La dengue touche indifféremment les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes. L’hospitalisation est parfois nécessaire. Dans les cas de formes hémorragiques, qui restent rares, la maladie peut être grave voire entrainer le décès. »

« Il n’existe aujourd’hui ni vaccin, ni médicament contre la dengue. Pour les personnes se trouvant dans une zone susceptible d’être concernée par une endémie ou une épidémie de dengue, il est donc nécessaire d’adopter des attitudes de prévention individuelle – en se protégeant des piqûres de moustiques – et collective – en luttant contre la prolifération des moustiques. »

Le moustique et ses moeurs

« Aedes aegypti, principal moustique vecteur de la dengue, a une activité hématophage (se nourrit de sang) habituellement diurne : les femelles piquent le jour, de l’aube jusqu’au crépuscule ; il dispose d’un faible rayon de vol (en moyenne 30 à 50 mètres), mais la dispersion peut être plus importante grâce au vent ou à tout autre type de transport incluant l’avion ou le bateau. Il est très lié à l’urbanisation : les moustiques adultes se reposent dans les zones sombres (sous les lits et dans les placards des maisons) et se reproduisent en pondant surtout dans les gîtes créés par l’homme (tout récipient ou tout objet contenant de l’eau non polluée) ou parfois dans les gîtes artificiels (trou d’arbres contenant de l’eau).

La saison des pluies est donc propice à sa prolifération. La multiplication des échanges humains et commerciaux, le climat tropical et le réchauffement climatique, la poussée démographique et l’urbanisation non maîtrisée sont des facteurs favorables à l’implantation durable et à la propagation de ce moustique.

Tous les moustiques se nourrissent de nectar de fleurs et de fruits. Seules les femelles sont hématophages (qui consomment du sang), non pas pour se nourrir, mais pour obtenir la source de protéines nécessaire à la fabrication des œufs (ovogenèse). L’ovogenèse dure entre 3 et 4 jours.

La femelle Aedes aegypti se reproduit dans des réserves d’eau, de préférence à l’abri de la lumière. Les lieux de ponte sont aussi appelés « gîtes larvaires ». Environ 80 % des gîtes sont créés par l’homme (gîtes domestiques et péri-domestiques). Le moustique Aedes est sédentaire : il ne s’éloigne pas de plus de 100 mètres de son gîte d’origine. Les femelles pondent leurs œufs dans les collections d’eau douce et peu chargée en matière organique (eau claire). Les œufs peuvent résister à la sécheresse pendant plusieurs mois.

La reproduction peut se faire :

A l’intérieur des maisons et des lieux de travail (gîtes domestiques), le moustique pond ses œufs dans tout récipient pouvant stocker de l’eau : vases d’appartement, soucoupes sous les pots de fleurs...

A proximité des maisons et des lieux de travail (gîtes péri-domestiques), tout récipient contenant de l’eau peut devenir un gîte larvaire :

- vases à fleurs, coupelles des plantes vertes, ornements de jardin et bassins de plante aquatique, vases à boutures, etc.,

- gouttières, regards, chenaux, bacs de climatisation, vides sanitaires,

- vieux pneus, poubelles,

- puits, réserves d’eau (citernes mal fermées, bassins, fûts, etc.), piscines abandonnées, bassins,

- abreuvoirs pour animaux, écuelles,

- récipients abandonnés aux intempéries (boîtes de conserves, pots de peinture, bouteilles,

emballages divers, noix de coco…).

Dans la nature (gîtes naturels)

- trous d’arbre, plantes à feuilles engainantes, noix de coco, … »

Comment lutter contre le moustique ?

« Outre les mesures de protection individuelle, la lutte contre la maladie passe par la prévention de la prolifération des moustiques, c’est à dire par la réduction de toutes les sources potentielles de gîtes larvaires constituées par les eaux stagnantes et tout récipient capable de retenir les eaux de pluie (pots de fleurs, pneus usagés, gouttières de toits, etc…) et par l’application de traitements larvicides lorsque la suppression de cette source n’est pas possible.

Cette lutte est également axée contre le moustique adulte au moyen de pulvérisations d’insecticide en zone infectée. La prévention dans l’habitat local repose sur l’utilisation d’insecticides autour des ouvertures de portes et des fenêtres, ainsi que l’utilisation de moustiquaires. »

Comment réduire la présence des moustiques autour des habitations ?

« Pour réduire la présence de moustiques autour de son habitation, il faut détruire les gîtes larvaires, c’est à dire les lieux de ponte du moustique. Après chaque pluie, il est conseillé d’effectuer une visite autour de la maison, et de supprimer tous les récipients, objets divers, déchets, végétation, qui contiennent de l’eau, car c’est dans ces rétentions d’eau que le moustique va pondre.

Les récipients de stockage d’eau de pluie doivent être fermés hermétiquement ou recouverts d’une moustiquaire, les soucoupes sous les pots de fleurs doivent être supprimées, l’eau des vases à boutures doit être renouvelée une fois par semaine. Les récipients exposés à la pluie doivent être retournés ou mis à l’abri de la pluie, les pneus ou détritus abandonnés doivent être éliminés ou remplis de terre, les gouttières bouchées avec stagnation d’eau doivent être réparées, les piscines abandonnées et les bassins doivent être chlorés ou remplis de sable, les bateaux doivent être retournés ou mis sous une bâche bien tendue. Les réservoirs derrière les frigidaires doivent être protégés. Les jouets doivent être ramassés, les boites ramassées ou jetées. »

Et en cas de maladie ?

« Pendant les cinq premiers jours de la maladie, il faut éviter soi-même de se faire piquer par les moustiques : utiliser des anti-moustiques (répulsifs cutanés) ou rester sous une moustiquaire. En effet, pendant les cinq premiers jours de la dengue, la personne malade est porteuse du virus dans son sang : Si l’on réside dans une zone où le moustique vecteur est présent (Aedes), chaque moustique qui piquera une personne atteinte durant cette période se contaminera en prélevant le sang. Il pourra à son tour transmettre le virus à une autre personne à l’occasion d’une piqûre ultérieure (et participer ainsi à l’implantation locale de la maladie et à sa diffusion). »

Recommandations aux voyageurs.

D’abord se protéger des piqûres de moustique !

« La prévention individuelle repose sur les moyens de protection contre les piqûres de moustique en utilisant différents moyens physiques et chimiques.

Il est recommandé aux voyageurs se rendant dans les régions touchées par la dengue :

- de porter des vêtements amples et longs couvrant également les bras et les jambes jusqu’aux chevilles, surtout le matin et en fin d’après-midi, période d’intense activité du moustique vecteur ;

- d’imprégner les vêtements avec un produit insecticide spécial pour tissus, notamment dans les zones de prolifération intense des moustiques ;

- d’utiliser des répulsifs sur les zones de la peau découvertes ;

- d’utiliser des moustiquaires, des diffuseurs électriques à l’intérieur des maisons et des tortillons fumigènes à l'extérieur des maisons.

Pour les jeunes nourrissons, les moyens de protection contre les piqûres de moustiques sont limités (impossibilité d’utiliser des répulsifs corporels avant 2 mois, seule la moustiquaire imprégnée de perméthrine et le port de vêtements couvrant les membres peuvent les protéger), mais surtout ces derniers peuvent être fragilisés du fait des conditions climatiques et parfois d’hygiène selon les conditions du séjour. Il appartient donc aux familles, en lien avec le médecin traitant, de se

déterminer sur l’intérêt d’un séjour touristique avec un jeune nourrisson dans les zones où des maladies transmises par les moustiques sont endémiques ou épidémiques. »

Comment se transmet le virus de la dengue ?

« La transmission du virus s’effectue uniquement par la piqûre du moustique vecteur du genre Aedes. Ce sont des moustiques qui piquent essentiellement le jour. Pour transmettre la maladie, le moustique doit être porteur du virus de la dengue. Le moustique se contamine en en piquant et en prélevant le virus d’une personne atteinte de la maladie pendant la brève phase où le virus est présent dans son sang (virémie). Le développement du virus chez le moustique dure en moyenne 10 jours : il comporte une multiplication virale dans son abdomen puis le virus gagne ses glandes salivaires. Lors d’une piqûre ultérieure, il pourra transmettre à son tour le virus à une personne saine. On considère qu’un moustique reste infectant toute sa vie. »

Y a-t-il une transmission du virus d’homme à homme ?

« Il n’y a pas de transmission naturelle du virus directement d’homme à homme. La transmission se fait uniquement par le biais du moustique vecteur. Les personnes atteintes de la dengue ne sont donc contagieuses ni par contact, ni par le biais des postillons. Néanmoins, la transmission artificielle par la transfusion sanguine et la greffe apparaissent théoriquement possibles. »

Pour plus de renseignements vous pouvez aller sur le site du ministère. Je suis obligé de constater que s’il y a un dossier dengue il n’y en a pas pour la fièvre jaune. Par contre il y en a un sur le chikungunya où on lit ceci :

« Traitement

Uniquement symptomatique (anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques non salicylés).

Prévention

Au niveau individuel, la prévention passe préférentiellement par l’utilisation de moyens de protection physiques (vêtements, moustiquaires…). L’utilisation de répulsifs est recommandée avec des précautions à respecter chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 12 ans (dans ce cas, il est indispensable de prendre conseil auprès d’un médecin ou d’un pharmacien). Pour les nouveau-nés de moins de deux mois, il est recommandé de n’utiliser aucun produit répulsif et de privilégier l’emploi de moustiquaires imprégnées.

Au niveau communautaire, des actions de lutte contre le vecteur diurne et urbain doivent être mises en œuvre :
- la mesure la plus efficace à moyen et long terme est la réduction du nombre de gîtes larvaires par suppression de toutes les réserves d'eau stagnante dans et à proximité des maisons et, lorsque cette suppression n’est pas possible, par application de traitements larvicides.
- en période épidémique, des pulvérisations spatiales d'insecticide permettent à court terme, de lutter contre la prolifération des moustiques adultes et de réduire les risques de transmission par piqûres.

De 1954 à 1972, des recherches ont été effectuées par l’armée américaine sur un vaccin anti-chikungunya, mais la mise en évidence d’effets indésirables graves et d’une durée de protection insuffisante conférés par ce produit l’ont fait rayer des listes vaccinales possibles.

En 2000, un nouvel essai vaccinal contre le chikungunya a été mis en oeuvre par l’armée américaine avec un vaccin vivant atténué Il a inclus des tests sur 73 volontaires, dont 59 vaccinés. Ce vaccin a semblé être bien toléré, toutefois, il entraînait des arthralgies dans un nombre non négligeable de cas. Aucune suite n’avait été donnée à cet essai. L'Inserm étudie actuellement la possibilité de continuer les recherches sur ce vaccin américain.

Il n’existe donc pas à l’heure actuelle de vaccin anti-chikungunya disponible ayant une autorisation de mise sur le marché dans quelque pays que ce soit, et l'utilisation d'un vaccin expérimental ne peut pas constituer un élément de réponse à court ou moyen terme pour contrôler une épidémie de Chikungunya. »

Donc, pas de vaccin et pas vraiment de traitement. Même motif, même punition, il faut lutter contre les moustiques. Bien ! C’est effectivement ainsi que Soper, soutenu pas la Fondation Rockefeller, avait réussi à éliminer totalement le moustique d’Amérique du Sud, Centrale, Mexique qui avait disparu de ces contrées en 1960 alors que la fièvre jaune fut l'une des causes majeures qui mirent fin, en 1888, à la tentative française de construction du canal de Panama*. Il restait le sud des Etats-Unis et là, la population s’est opposée aux mesures à accepter : contrôle des jardins, modification des façades des maisons…Le moustique a pu ainsi reconquérir progressivement le terrain perdu, propageant avec lui la dengue et la fièvre jaune qui avaient disparu. Voir mes articles "1960 : la fièvre jaune avait presque disparu aux Amériques" et "Fièvre jaune : une seule solution, la vaccination !" (catégorie maladies tropicales) où le lecteur constatera aussi que contre la fièvre jaune on en arrive aujourd’hui à oublier l’importance de la lutte contre le moustique pour ne parler que du rôle du vaccin. Comme quoi l’existence d’un vaccin peut être un obstacle pour une vraie lutte contre des maladies car il fait oublier les véritables causes. D’ailleurs le texte cité du ministère l’exprime très bien :

« Il n’existe aujourd’hui ni vaccin, ni médicament contre la dengue. Il est donc nécessaire d’adopter des attitudes de prévention individuelle – en se protégeant des piqûres de moustiques – et collective – en luttant contre la prolifération des moustiques. »

Autrement dit, s'il existait un vaccin cela ne serait pas nécessaire...et on n'en parlerait pas... Fort heureusement il s’agit du même moustique et la lutte menée contre lui pour raison de dengue et de chikungunya devrait aussi réduire le risque de fièvre jaune. A se demander s’il faut vraiment souhaiter "qu’ils" trouvent des vaccins contre ces maladies…

*Après l’échec français pour réaliser le canal de Panama, les USA reprendront les travaux en mai 1904. A cette époque, il n’y avait pas de vaccin contre la fièvre jaune. De plus, le paludisme sévissait également dans la région. Le colonel Gorgas résoudra ces 2  problèmes en faisant couvrir les flaques d’eau de pétrole dans la zone du canal.

Posté par BernardGue à 15:28 - Maladies Tropicales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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