Le dernier article publié dans le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) par l’Institut de veille sanitaire(InVS) date du 14 février 2006 et relate une étude sur le tétanos en France pour les 3 années de 2002 à 2004. Cette étude va insister sur l’efficacité de la vaccination effectuée au service militaire et qui protégerait même au delà de 70 ans :

« Comme les années précédentes, ces trois années de surveillance montrent que le tétanos affecte toujours les tranches d’âges les plus élevées de la population (75 % ont 70 ans et plus), principalement des femmes (64 %), moins bien protégées que les hommes, revaccinés au cours du service militaire. »

Qu’en penser vraiment, d’autant  plus que l’article recommande avec insistance les rappels tous les 10 ans :

« Tous ces cas et décès liés au tétanos pourraient être évités par une meilleure application de la politique des rappels anti-tétaniques (tous les 10 ans chez l’adulte ) et, en cas de plaie, par la vaccination et l’administration d’immunoglobulines spécifiques humaines selon le protocole recommandé (fonction des caractéristiques de la plaie et de la date du dernier rappel du vaccin antitétanique). »

 

Rappelons que l’InVS [1] est l’une des Agences du ministère de la santé dont la mission première est l’alerte sanitaire mais est aussi maintenant la surveillance permanente de la santé de la population.

Si le tétanos fait l’objet d’une déclaration obligatoire (DO) celle-ci n’est pas exhaustive car de 1995 à 2000, s’il y eut 47 décès notifiés par une DO, il fut établi 81 certificats de décès donnant pour cause le tétanos. Ces certificats sont la seule autre source permettant d’évaluer l’incidence du tétanos.

Le descriptif des données

L’étude publiée dans le BEH fait en particulier état d’une statistique du nombre de cas déclaré par classe d’âge et sexe pour les 3 années étudiées. Parmi les observations remarquables, il est noté que la moitié des cas ont au moins 77 ans, que 3 cas seulement avaient moins de 50 ans, le plus jeune ayant 13 ans ; le cas le plus âgé fut observé à 91 ans. 67 cas ont été déclaré pendant ces 3 années dont 16 décès ; 43 femmes ont été atteintes contre 24 hommes.

 49 cas ont été observé à la suite de blessures et 9 à la suite de plaies chroniques comme des escarres des ulcères variqueux et des dermatoses. Il reste 9 cas où la porte d’entrée n’a pu être identifiée.

3 malades avaient reçu une vaccination complète. Si deux d’entre eux n’ont pu préciser la date du dernier rappel, le troisième est un agriculteur de 55 ans pour lequel la porte d’entrée n’a pu être identifiée. L’auteur de l’article écrit à son sujet : « Il aurait reçu récemment 2 injections, en 1993 et 1999 mais les dates des injections antérieures ne sont pas connues ».

 

Pourtant, une statistique de l’Armée américaine reconnaît 12 cas de tétanos au cours de la seconde guerre mondiale dont 6 chez des sujets reconnus avoir été récemment et correctement vaccinés, « quatre avaient reçu le traitement complet » c’est à dire une injection de rappel après la blessure, les 2 autres n’ayant pas eu cet ultime rappel [2]. Ces faits ont été parfaitement authentifiés et publiés mais cela n’empêcha nullement en 1975 le Docteur Régine Lambert, Médecin Chef du Service central des vaccinations de Paris, dans une brochure préfacée par Robert Debré et distribuée gratuitement à tous les médecins de France, d’écrire que ces 6 cas étaient « mal vaccinés, pas de rappel après la blessure » alors que 4 d’entre eux l’avaient effectivement reçu [3].

Voir en annexe les copies d'écran de ces documents

 

Vaccination à l’armée = effet prolongé ?

" Comme les années précédentes, ces trois années de surveillance montrent que le tétanos affecte toujours les tranches d’âges les plus élevées de la population (75 % ont 70 ans et plus), principalement des femmes (64 %), moins bien protégées que les hommes, revaccinés au cours du service militaire"

Voilà qui avait retenu mon attention et il y a de quoi ! Pour traiter si le risque de tétanos serait plus grand pour les femmes que pour les hommes au moyen des données fournies, la première opération à faire serait de cumuler les données des 3 années considérées :  ainsi les valeurs annuelles faibles deviendront plus élevées et auront plus de chance de devenir significatives. De plus, si l'affirmation correspond à une réalité constante, elle devrait se manifester chaque année. Il est donc tout à fait logique de cumuler comme cela se fait couramment en analyse de données.
La comparaison entre les sexes et par tranche d’âge devient alors :

Moins de 49 ans : 3 Hommes et 0 Femmes 

50 à 59 ans : 1 H et 1F   

60 à 69 ans : 9 H et 3 F   

70 à 79 ans : 6 H et 17 F 

80 ans et plus : 5 H et 22 F 

Précisons pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la statistique, qu’une différence dite non significative veut signifier qu’elle pourrait s’expliquer par de simples variations aléatoires alors qu’en déclarant la différence significative le statisticien veut exprimer qu’elle a peu de chances de pouvoir s’expliquer uniquement par des variations aléatoires et qu’il convient donc de lui chercher une cause particulière.  En dehors du laboratoire et sur des populations ou de multiples facteurs peuvent intervenir, une statistique ne permet pas toujours de démêler l’écheveau des causes multiples dont certaines peuvent être inconnues. Aussi, il convient de se montrer très prudent avant de conclure. 

Jusqu’à 59 ans les différences observées n'ont aucune chance d’être significativement différentes . Constatons simplement, sans en tirer de conclusion, que dans la classe des  moins de 49 ans, celle où la vaccination au service militaire aurait le plus de chance de montrer son efficacité, il y a malgré tout 3 hommes pour 0 femmes, constat qui ne permet certainement pas de prétendre détenir une preuve de cette affirmation et ce d’autant plus que dans cette classe d’âge les nombres d'hommes et de femmes sont très proches avec même un peu moins d’hommes.

Les classes suivantes sont plus intéressantes : il est possible d’estimer le nombre moyen de personnes pour les 3 années :

60 à 69 ans : 2,44 millions d'hommes et 2,75 millions de femmes

70 à 79 ans : 1,98 millions d'H pour 2,70 F

80 ans et plus : 0,80 millions d'H pour 1,70 F

De 60 à 69 ans il y a donc 9 hommes pour 3 femmes, avec sensiblement moins d'hommes que de femmes. Si ces données sont significatives ce ne pourra être qu’en faveur de l’hypothèse qu’à cet âge les hommes auraient un plus grand risque tétanique que les femmes et non de l’hypothèse inverse. C'est clair.

Au delà de 70 ans il y a nettement plus de femmes atteintes par le tétanos que d’hommes mais il y a aussi un bien plus grand nombre de femmes que d’hommes.  L’auteur affirme que malgré cela les chiffres sont significatifs en faveur d’un risque plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Sans refaire de calculs acceptons donc la conclusion du BEH.

On met alors en évidence un phénomène intéressant à signaler  : un risque tétanique qui serait plus grand pour les hommes entre 60 et 69 ans, ce risque s’inversant ensuite pour les femmes au delà de 70 ans. Cette situation n’est ni nouvelle ni inexplicable.

Ce n’est pas nouveau :

Les statistiques des années 60-70 où il y avait beaucoup plus de cas  (350 par an), étaient de ce fait plus aisément significatives et montraient 3 pics : la petite enfance, les femmes à la cinquantaine (très net avec diminution sensible ensuite) et à la vieillesse avec un décalage de 10 ans entre hommes et femmes, le pic des hommes se produisant plus tôt. Les 2 premiers pics semblent avoir disparu mais le dernier paraît donc se maintenir.

C’est explicable (hypothèse proposée) :

On sait que le bacille tétanique est anaérobie. On peut donc penser que tout ce qui défavorise la circulation sanguine, et donc une bonne oxygénation des tissus lésés, serait un facteur favorisant le tétanos. Par exemple une plaie anfractueuse. On sait aussi qu'il existe de façon générale 3 périodes de la vie où la circulation est moins bonne : la petite enfance, la ménopause et la vieillesse avec un décalage qui était de 10 ans à l'époque ( années 70 ) entre hommes et femmes.

Les hommes peuvent donc connaître aujourd’hui un état physiologique favorisant le tétanos quelques années avant les femmes, ce qui pourrait expliquer cette inversion du risque, car enfin, est-il raisonnable d’attribuer ce fait à une vaccination pratiquée à 20 ans au service militaire ? 

Si tel était le cas ce serait une preuve que le vaccin serait efficace pendant plus de 50 ou 60 ans. Pourquoi alors tant insister sur les rappels tous les 10 ans *? Il faudrait même presque admettre que cette vaccination serait plus efficace après 70 ans qu’avant !!!

 Voilà à quoi nos experts sont acculés quand ils s’entêtent à vouloir justifier les slogans malheureux de leurs prédécesseurs…Ils seraient pourtant mieux inspirés d’affirmer, à défaut de pouvoir le démontrer, que pendant leur vie active, les hommes étant soumis à des risques plus importants de blessures que les femmes en raison des métiers qu’ils pratiquent et d’un goût plus marqué pour les risques physiques, le risque tétanique serait plus élevé pour eux que pour les femmes mais que cela serait masqué dans les statistiques par l’action favorable de cette fameuse vaccination militaire. Ce serait une simple hypothèse qui aurait au moins le mérite de ne pas pouvoir être écartée aussi aisément que ce qu’ils préfèrent soutenir avec obstination depuis des décennies. Quoiqu’il en soit, l’argument du service militaire ne peut pas être démontré par ces données même si, en admettant un risque  plus élevé pour les hommes pendant leur vie active, cette vaccination pourrait malgré tout jouer un rôle que cette statistique récente ne peut mettre en évidence, mais pas au delà de 40 ans, je pense que tous pourraient en convenir.

* Depuis 2013 le calendrier vaccinal a été modifié de ce point de vue : pour les adultes les rappels DTP sont désormais recommandés tous les 20 ans jusqu'à ... 105 ans !!!

Au congrès Sfsp de santé publique de Bordeaux, les 17-19 octobre 2013, j'ai entendu le président du CTV dire qu'on avait reconnu que cette vaccination avait une durée d'efficacité plus longue qu'on ne le pensait et qu'un rappel tous les 20 ans était suffisant.

Même les statistiques plus anciennes ne semblent pas non plus pouvoir le démontrer car une différence entre hommes et femmes n'apparaissait pas avant l'âge de la ménopause alors que l'effet de cette vaccination devrait se manifester avant si on voulait en tirer cette conclusion.

A vouloir trop prouver…

Dans les années 70 un autre argument circulait pour « justifier» la vaccination antitétanique  : 2 villes de France, Poitiers et une autre dont je n’ai pas retenu le nom, déclarant sensiblement plus de cas que la moyenne, on attribuait cela au fait que ces 2 villes étaient d’anciens relais de diligences !!!  L’argument figurait dans un ouvrage des plus sérieux sur le tétanos, ouvrage que j’avais feuilleté dans une librairie spécialisée du Boulevard St Germain à Paris. Cet argument alimentait les certitudes sur le sujet comme je l’ai constaté à l’époque de la part d’un personnel médical vindicatif qui le brandissait comme un étendard ! Il était pourtant parfaitement ridicule pour de multiples raisons :

- D’abord il s’agissait de statistiques d’hôpitaux et les personnes soignées à Poitiers pouvaient venir de 50 kilomètres ou plus et n’avaient pas forcément contracté le tétanos sur les chemins des diligences…par ailleurs goudronnés.

- Si Poitiers déclarait plus de cas c’était sans doute parce qu’y étaient soigné les malades de 2 départements, la Vienne et les Deux-Sèvres moins bien équipées à l'époque.

- Pour avoir vécu à Poitiers dans les années 60 je peux vous certifier (et chacun me croira sans peine...) que les rues étaient goudronnées et les abords bétonnées depuis longtemps !!!

- Et puis ces 2 villes ne furent certainement pas les seuls relais de diligences…

Cet argument ne semble plus être en vigueur, et c'est tant mieux. Je pense qu'il serait temps d'en faire de même avec ce grand classique du service militaire qui protégerait les hommes du tétanos jusqu’à 75 ans et au delà…

Je tiens à préciser que cet article n’a pas pour objectif de démontrer que la vaccination antitétanique n’aurait aucune efficacité mais de montrer que certains arguments constamment brandis par les experts spécialisés pour en démontrer la réussite n’ont en réalité aucune valeur, voire sont visiblement faux ou ridicules et pourraient même desservir la vaccination. Il faut faire le distinguo entre le vaccin qui est un produit, la vaccination qui est un acte médical et les discours sur l’un et sur l’autre et qui sont le fait des hommes. Il est possible que le vaccin mérite mieux que des discours aussi incohérents et propres à semer le doute car enfin, on pourrait légitimement se demander pourquoi préfèrer de tels arguments plutôt que d’autres plus consistants et qui devraient pourtant exister si le vaccin était doté des propriétés qu’ils veulent à tout prix lui attribuer. En particulier, ce vaccin n’est certainement pas efficace à 100%. Pour avoir un discours clair il serait sans doute préférable de le reconnaître plutôt que de chercher sans cesse à excuser les cas en doutant par exemple de la réalité des vaccinations reçues par les victimes.

 

[1] BEH n°7 du 14/02/06 www.invs.sante.fr

 

[2] Centre International de l’Enfance – travaux et documents – 1952 – page 176 (Professeur d’Antona)

 

[3] Les vaccinations Pourquoi Comment – Sous l’égide de la commission technique des vaccinations -Régine Lambert – Préfecture de Paris - 1975

 

 

ANNEXE

 

 En complément voici les copies d'écran de la couverture de cet' ouvrage de 528 pages publiant le cours du Centre Internationale de l'Enfance professé à Paris en 1951 sur les vaccinations de l'époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis voici l'extrait que j'avais cité du Professeur D.d'Antona Directeur de l'Institut de Vaccins et Sérums  Sclavo, de Sienne (page 176) sur les 12 cas de tétanos dans l'armée américaine au cours de la seconde guerre mondiale :

 

 

 

 

 

 

 

Voici maintenant la version  qu'en avait donné Régine Lambert en 1976 dans une brochure "Les vaccinations Pourquoi Comment ?" (1975) réalisée sous l'égide de la Commission technique des vaccinations (CTV) et qui fut envoyée systématiquement (et gratuitement) à tous les médecins de France par les soins de la Préfecture de Paris :

 

 

Pour le tétanos (copie d'écran, j'avais moi-même souligné des passages pour les retrouver rapidement quand je faisais des conférences sur les vaccinations) :

 

 

 On a ainsi la preuve formelle indiscutable que le CTV de l'époque (1975) et Régine Lambert, la rédactrice de cette brochure, se sont montrés plutôt cavaliers avec les données de l'étude de LONG et SARTWELL sur ces 12 cas de tétanos dans l'armée américaine. L'ouvrage de 528 pages que j'ai rapidement présenté ici fut longtemps la Bible en matière de vaccinations. Il relate en français, sur toutes les vaccinations de l'époque, des conférences s'étant déroulées à Paris pendant 2 mois. Il est impensable que le CTV de l'époque et tous ces membres aient pu ignorer cet ouvrage que je possède (acheté à Paris en 1976), ou alors cela signifierait qu'il était pour le moins très mal organisé et que ces membres étaient très mal informés.

J'en profite pour apporter des précisions sur ce qui est entendu ici par "complètement vaccinés". A l'époque, on préconisait un rappel antitétanique lorsque la dernière vaccination datait de plus de 2 ans. Ce qui signifie aussi que si la dernière vaccination datait de moins de 2 ans, on ne faisait pas le rappel. Cette recommandation avait été initiée par Gaston Ramon et Zoeller. Ramon (de l'Institut Pasteur) était l'inventeur des vaccins antidipntérique et antitétanique sur le principe de ce qu'il avait appelé les  anatoxines. En 1928, à la sortie de son vaccin contre le tétanos, il avait affirmé qu'il protégeait toute la vie, sans doute en raison de l'importante production d'anticorps qu'il provoquait chez l'homme et de la très bonne persistance de ceux-ci sur les quelques années de ses observations car il n'avait évidemment pu suivre cette évolution sur toute une vie. Zoeller était un médecin militaire qui avait fait des observations sur les militaires vaccinés et blessés.

Le fait que les 2 hommes en soient arrivés à préconiser un rappel après blessure si plus de 2 ans laisse plus que supposer que Zoeller avait constaté des échecs. D'ailleurs cette recommandation reviendrait à faire à tous des rappels antitétanique tous les 2 ans car qui ne se blesse pas au moins une fois tous les 2 ans, surtout qu'on nous dit aussi qu'une simple piqûre d'épingles ou de rosier pourrait suffire. Pour 60 millions de Français cela ferait 30 millions de rappels par an. Non c'était impraticable. Par contre cela permettait à bon compte, comme on le constate, d'excuser le vaccin pour ses échecs : "c'est pas de la faute du vaccin, vous n'avez pas eu de rappel !"

 

De plus, cette mesure, si elle était appliquée, serait extrêmement dangereuse en raison des accidents rénaux très graves qui se produisent quand on fait un rappel sur une personne ayant déjà beaucoup d'anticorps. Cela a été établi comme je le montre un peu plus loin dans cet article et j'ai pu entendre 2 témoignages forts à ce sujet comme je le raconte aussi plus loin.

 

Cette mesure fut d'ailleurs abandonnée quelques années plus tard et l'espacement des rappels fut allongé à 10 ans puis 20 ans en 2013 pour les  adultes. D'ailleurs le CTV de l'époque et Régine Lambert ne pouvaient ignorer en 1975 les risques très graves que faisaient courir la multiplication des rappels antitétanique puisque la publication que je cite un peu plus loin datait de 1971, était en français et relatait une étude réalisée à l'Institut Pasteur, étude qui dura 10 ans et avait été lancée en raison de ces très graves réactions aux  rappels antitétanique. Cela veut donc dire qu'on connaissait ce problème depuis au moins 1960. En 1975 on aurait donc dû tout faire pour éviter cela. Au contraire, c'est l'incitation très forte faite aux médecins de multiplier les rappels tout en affirmant que cela n'a jamais crée le moindre problème ...

Contrairement à ce qu'affirme la brochure de 1975 la vaccination antitétanique peut connaitre des échecs. Il serait plus simple de le reconnaitre.

 

 

Pour ce qui est de la dangerosité du vaccin antitétanique, c'est très clair pour l'auteur et le CTV de l'époque (copie d'écran) :

 

 

 

 

Dangers du vaccin antitétanique 

 

Voici ce que j'avais pu lire à l'époque (1978) dans les Annales de l'Institut Pasteur,  sous la plume de trois de ses chercheurs, Bizzini, Turpin, Raynaud (1971 - Vol. 120 - pages 791-799), à propos de cette vaccination. J'en avais alors fait un article qui  a été mis en ligne depuis :

 

« La survenue de réactions indésirables lors de la primo-vaccination ou des injections de rappel a été rapportée par différents auteurs. »

 

Suit une liste de 12 références allemandes, anglaises, américaines publiées par exemple dans :

 

  • Journal American Medical Association,

  • New England Journal Medical,

  • British Medical Journal.

 

« Certains de ces auteurs (5 au total sur 12), ont attribué l'incidence élevée de ces réactions allergiques à l'existence chez les vaccinés d'un taux d'anticorps élevé, pré-existant au moment de l'injection de rappel (1).
Pour éviter ces réactions indésirables, diverses solutions ont été proposées. Lévine a proposé un schéma pour les vaccinations de rappel avec une anatoxine à faible dosage (2)... Kuhns a montré que les injections multiples  d'anatoxine  (diphtérique ou tétanique) pourraient conduire à un changement dans le spectre des anticorps produits avec pour conséquence l'augmentation de l'incidence des réactions allergiques. »

 

Les auteurs exposent alors une étude chez l'animal sur les variations de production d'anticorps et de persistance de ceux-ci en fonction  de diverses variantes de vaccins antitétaniques. La conclusion de leur étude fut que :

 

« La forte activité immunogène de l'anatoxine pure 7 S devrait permettre de diminuer l'intensité des réactions résultant de la combinaison avec les anticorps antitoxiques par réduction des doses d'anatoxines injectées. Il reste à préciser par des essais chez l'homme la dose minimale d'anatoxine pure à recommander pour les injections de rappel ».

 

Chez l'homme étranger sans doute, puisque chez nous il n'y avait JAMAIS d'incidents. Ou alors, c'est bien plutôt que les spécialistes allemands et anglo-saxons, n'ayant pas eu la chance de recevoir gratuitement la brochure bien française de Régine Lambert sous l'égide du CTV,   ignoraient encore la différence entre vaccin et sérum. Faut-il envoyer des missionnaires ?

 

Confusion fréquemment commise et qui a dû égarer le Tribunal Administratif de Lyon lorsque celui-ci a rendu un jugement rapporté  par  les  journaux  (octobre 1977)  indemnisant  Mme  Caroline R. qui avait donné un rein pour permettre une greffe indispensable à sa fille, Mme Chantal D. en raison de « son état consécutif à une vaccination antitétanique obligatoire qui avait provoqué une glomérulo-néphrite nécessitant une greffe de rein en février 1973 »

 

II semble donc que les experts auprès de ces tribunaux, généralement des professeurs de faculté de Médecine, soient des incompétents incapables de distinguer un vaccin d'un sérum. Heureusement, il y a eu Régine Lambert et sa petite brochure réalisée sous l'égide du CTV de l'époque et préfacée par Robert Debré, membre de l'Institut, pour rétablir la vérité ...

Force nous est de conclure que ces auteurs comme les directeurs de ces revues médicales ignorent encore la différence  entre vaccin  et  sérum ! Apparemment il en est de même à l'Institut Pasteur où ses chercheurs s'appuient sur ce genre de travaux où tout n'est que malentendus et confusions ! Par chance, à l'époque nous avions Régine Lambert pour nous éclairer.

Témoignages

 

En 1978 je tenais un stand sur les vaccinations dans une manifestation type  "santé et produits bio". Une jeune femme vient vers moi en me disant qu'elle allait apporter de l'eau à mon moulin. Elle était infirmière dans un hôpital régional (CHU). Elle me dit qu'elle avait fait un oedème de Quincke  après un rappel DTP qui était obligatoire à l'époque tous les 5 ans pour cette profession. A l'hopital ils avaient recherché lequel des vaccins en était à l'origine et avaient trouvé que c'était le vaccin antitétanique. Depuis elle ne peut plus se faire vacciner contre le tétanos ni recevoir de sérum sous peine de mort. Elle me dit alors qu'elle ne pourra plus se protéger et qu'elle était donc désormais toute nue devant le tétanos. J'aurai aimé la rassurer en lui disant qu'avec la dose d'anticorps qu'elle devait avoir et qui était à l'origine de son problème, elle en avait pour le restant de ses jours. Mais  sa réaction en disait long sur le formatage des esprits chez  les professionnels dits "de santé".

 

Par la suite, après avoir supprimé la vaccination après blessure quand le dernier rappel datait de moins de 2 ans, ce qui reviendrait à  faire pratiquement un rappel tous les 2 ans, le délai pour les adultes fut allongé à 10 ans puis à 20 ans avec le calendrier vaccinal 2013. J'ai entendu Daniel Floret, qui était alors président du CTV, dire qu'on savait maintenant que la durée d'efficacité du vaccin était suffisamment longue pour espacer ainsi les rappels pour les adultes. On est ainsi passé de 5 ans à 20 ans !

 

A la même époque j'avais rencontré un agriculteur que son médecin surveillait comme le lait sur le feu pour ce qui était du tétanos (les fourches de fumier). Il lui faisait un rappel tous les 5 ans, ce qui, à force d'accroitre le taux d'anticorps, fera déborder le vase sous la forme d'une atteinte rénale sérieuse. Il me dira que depuis il n'avait plus autant de force qu'avant, ce qui est génant pour tout le monde, tout particulièrement pour un agriculteur. De plus, ça n'allonge pas l'existence ni n'améliore la fin de vie ...

 

Tout cela ne veut pas dire qu'il ne faudrait jamais utiliser le vaccin contre le tétanos, mais il ne faut pas que les autorités de santé formulent n'importe quelles recommandations à son sujet ni en banalisent l'usage en affirmant, même aux médecins, que cette vaccination serait totalement inoffensive, ce n'est pas vrai, pas du tout et cette banalisation est au contraire très dangereuse.

 

ANNEXE 2

 

Moins de tétanos en Angleterre qu'en France

 

Grâce à une vaccination plus systématique ?

 

 

 

C'est ce que soulignait la brochure de Régine Lambert, vantant la remarquable réussite de nos voisins anglais qui, grâce à des vaccinations très systématiques, n'ont eu depuis 1968 et en 4 ans, 49 cas de tétanos en tout alors que la France avait eu en  1973,  436 cas dont 228 morts. Cette comparaison paraît impressionnante.

 

Dans la brochure sous l'égide du CTV, Régine Lambert écrit (en 1975) page 12 :

 

"ANGLETERRE : 49 cas en 4 ans (vaccination très systématique)  FRANCE : 436 cas, 228 morts"

 

 

 

Cependant voici 2 éléments d'information qui conduisent à s'interroger sur la valeur de cette affirmation 

D'une part les statistiques de l'OMS dont j'avais pu disposer  à l'époque  :

 

 

 

 

 

OMS - Annuaire des statistiques sanitaires mondiales

 


TÉTANOS

 

 

 

 

 

1962

1963

1964

1965

1966

1967

1968

1969

1970

1971

1972

 Angleterre
+
Pays de Galles

 Morts

 19

13

 21

21

18

18

13

6

9

5

4

 Vaccinés

 

25903

28866

35128

835506

849339

753722

557770

724474

750926

725077

 Rappels

 

7 769

15843

20205

933 266

1087799

1102160

1025536

558532

953491

814864

 TOTAL

 

33671

44709

55333

1768772

1937138

1855882

1583126

1283006

1704417

1539941

 France

  Morts

332

293

264

258

246

234

228

207

236

234

237

 Vaccinés

480978

519494

644000

682000

 

965738

1004493

1071995

812407

761633

629973

 Rappels

432592

 

 

 

 

851816

920171

843 801

955710

951768

630000

 TOTAL

913570

 

 

 

 

1817554

1924664

1915796

1768117

1713401

1259973

 

 

 

 D'autre part ces graphiques :

 https://books.google.fr/books?id=iMnN4fZrj70C&lpg=PA107&ots=5GVTrJl7dGhl=fr&pg=PA107#v=onepage 

 L'un indique que la vaccination antitétanique a débuté chez les enfants en 1961 alors qu'elle avait été rendue obligatoire en France dès 1940. L'autre, au dessus, donne à partir de 1964 les taux de couverture vaccinale antitétanique pour les enfants de moins de 2 ans en Angleterre et Pays de Galles cumulés. Une différence notable apparait entre les données OMS et ce graphique puisque les taux de couverture vaccinale y sont indiqués comme étant voisins de 75% en 1964 et 1965 pour les enfants de moins de 2 ans alors  que le tableau OMS donne 28866 et 35128 primovaccinations pour ces années 1964 et 1965.

 

Je n'avais aucune raison a priori de douter de ces chiffres car je les avais reçus en 1978 d'un correspondant qui était allé les chercher à Genève au siège de l'OMS et m'avait envoyé des photocopies de « l'Annuaire des statistiques sanitaires mondiales » comme je l'ai mentionné ici et comme j'avais pu le lire à l'époque. Les chiffres de l'annuaire de l'OMS sont ceux communiqués par les différents Etats à l'OMS, ils ont donc un caractère quasi officiel. Avec ces données, j'avais aussitôt fait un article pour la revue d'une association. Je n'ai pas conservé ces documents et je n'ai fait ici que reprendre les données de l'article que j'avais écrit à l'époque. D'ailleurs l'Annuaire en question se trouve sans doute toujours au Siège de l'OMS à Genève, en version papier. Il faut donc essayer de comprendre comment ces chiffres ont pu être générés. Or il est tout à fait possible d'expliquer de tels différences.

La vaccination des enfants a donc débuté en 1961 et, selon les chiffres de l'annuaire de l'OMS, elle débuta de façon quasi embryonnaire. Mais il n'est pas invraisemblable qu'à partir de 1966 ou plus tard, l'Angleterre ait organisé un rattrapage pour les classes d'âges dont la vaccination avait été prévue en 1961, 1962, ...1965 et n'avait pu être vraiment effectuée.  Puis, plus tard, on peut tout à fait concevoir que les services anglais aient réparti les nombres de vaccinations réalisées en 1966, 1967 … sur des enfants qu'il était prévu de vacciner en 1961, ...1965, dans ces années là afin d'avoir une répartition homogène des chiffres d'année en année. Cela avait l'avantage de permettre d'avoir sous les yeux la couverture vaccinale par classe d'âge, ce qui est beaucoup plus signifiant pour suivre par la suite l'évolution de cette couverture que les chiffres réels de vaccinations pratiquées année par année et chevauchant plusieurs classes d'âge, d'où 2 déformations statistiques, les années de rattrapage pouvant laisser croire à une couverture vaccinale plus élevée qu'en réalité pour la classe d'âge correspondante et beaucoup plus faible qu'en réalité pour les premières classes d'âge à partir de 1961.Cette réorganisation des données est donc très vraisemblable. D'autant plus que par la suite, la situation s'étant régularisée, les nombres de primo-vaccinations réalisées telle année correspondaient alors au nombre d'enfants vaccinés de telle classe d'âge, ce qui n'était pas le cas dans les premières années. D'où une volonté très compréhensible d'uniformiser la signification des données statistique.

Pour ce qui est des rappels, ils correspondent sans doute aux militaires et personnels de santé qui pouvaient avoir été vaccinés depuis plus longtemps, leur vaccination ayant débuté beaucoup plus tôt que celle des enfants et ce dans le cadre de rappels diphtériques, les 2 vaccins étant généralement associés.

Quoi qu'il en soit, une conclusion parait s'imposer : rien ne permet d'affirmer, bien au contraire, que l'Angleterre aurait davantage vacciné contre le tétanos que la France. Il ne parait donc pas raisonnable d'attribuer à une vaccination qualifiée de "très systématique" le fait qu'il y avait beaucoup moins de morts par tétanos en Angleterre qu'en France.

L'affirmation de Régine Lambert à ce sujet n'était donc pas fondée et s'apparente à une propagande abusive et finalement dangereuse.

 

 

 

 

 

j